



{"id":3932,"date":"2013-06-27T15:47:03","date_gmt":"2013-06-27T13:47:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3932"},"modified":"2013-07-10T13:50:51","modified_gmt":"2013-07-10T11:50:51","slug":"energie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3932","title":{"rendered":"Sous la prairie, l\u2019or noir"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/062013\/010713.jpg\" alt=\"010713.jpg\" title=\"010713.jpg\" width=\"468\" height=\"310\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>La grande flamme orange illumine la nuit. Sortie tout droit de la terre, elle cr\u00e9pite, grandit, puis r\u00e9tr\u00e9cit, aliment\u00e9e par un carburant invisible. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, une pompe fore sans rel\u00e2che le sol, comme une gigantesque mante religieuse m\u00e9tallique. Le silence est presque complet, si ce n\u2019est le l\u00e9ger grincement d\u2019une poulie.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te des milliers de fois dans ce coin du Dakota du Nord, coinc\u00e9 entre le Montana et la fronti\u00e8re canadienne, 5\u2019161 fois tr\u00e8s exactement. C\u2019est le nombre de puits de p\u00e9trole qui recouvrent actuellement ce territoire de 520\u2019000 km2 situ\u00e9 au-dessus de la d\u00e9pression du Bakken, l\u2019une des zones les plus riches en hydrocarbures au monde. Le sous-sol est si dens\u00e9ment gorg\u00e9 de p\u00e9trole qu\u2019il ne vaut m\u00eame pas la peine d\u2019exploiter le gaz qui sort en m\u00eame temps, devenu trop bon march\u00e9. On le br\u00fble, ce qui cr\u00e9e une multitude de flammes illuminant la prairie.<\/p>\n<p>La r\u00e9gion n\u2019en est pas \u00e0 son premier boom p\u00e9trolier. \u00abNous en avons d\u00e9j\u00e0 connu un dans les ann\u00e9es 1960, et un autre dans les ann\u00e9es 1980, raconte Ward Koeser, le maire de Williston, une petite ville qui se trouve \u00e0 l\u2019\u00e9picentre du Bakken. Nous savons que notre sous-sol contient du p\u00e9trole depuis 1951, mais nous ne disposions pas jusqu\u2019ici de la technologie n\u00e9cessaire pour l\u2019extraire de fa\u00e7on \u00e9conomiquement viable.\u00bb<\/p>\n<p>La situation a chang\u00e9 en 2004, lorsque Continental Resources, une petite firme bas\u00e9e dans l\u2019Oklahoma, a eu l\u2019id\u00e9e de combiner le forage d\u2019un puits horizontal avec une nouvelle forme d\u2019extraction, le fracking, qui consiste \u00e0 injecter de l\u2019eau, du sable et des produits chimiques \u00e0 haute pression sous la terre pour provoquer de minuscules fissures dans la pierre contenant le p\u00e9trole, et ainsi le lib\u00e9rer.<\/p>\n<p>Cette technique a \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9e dans le Bakken \u00e0 partir de 2006, par le groupe texan EOG Resources. Une autre entreprise, Brigham (rachet\u00e9e depuis par Statoil), l\u2019a am\u00e9lior\u00e9e en 2009, divisant l\u2019unique puits horizontal en 25 bras, ce qui a permis d\u2019\u00e9largir la surface de forage. Cela a donn\u00e9 lieu \u00e0 une explosion de la production de p\u00e9trole.<\/p>\n<p>Le Dakota du Nord est devenu le deuxi\u00e8me Etat p\u00e9trolier du pays derri\u00e8re le Texas, d\u00e9passant la Californie en janvier 2012 et l\u2019Alaska en mars 2012. En d\u00e9cembre 2012, la production a atteint un record de 769\u2019000 barils par jour, compar\u00e9 \u00e0 172\u2019000 en 2008. Aujourd\u2019hui, 10% du p\u00e9trole am\u00e9ricain provient de ce petit Etat sauvage et peu peupl\u00e9.<\/p>\n<p>De quoi alimenter un boom qui pourrait durer jusqu\u2019\u00e0 une centaine d\u2019ann\u00e9es, selon les estimations les plus optimistes. Les signes de cette aubaine p\u00e9troli\u00e8re ne sont nulle part plus apparents qu\u2019\u00e0 Williston. Cette petite bourgade endormie est pass\u00e9e de 16\u2019800 habitants en 2010 \u00e0 38\u2019300 en 2012. Le taux de ch\u00f4mage y atteint \u00e0 peine 1%, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 8% sur le plan national. Les routes autrefois d\u00e9sertes sont encombr\u00e9es de camions, semi-remorques et autres monstres \u00e0 18 roues transportant du mat\u00e9riel vers les puits.<\/p>\n<p>Le long de la rue principale, des panneaux \u00e9gr\u00e8nent les opportunit\u00e9s. \u00abRejoignez notre \u00e9quipe\u00bb, enjoint celui de Halliburton. \u00abNous engageons des r\u00e9ceptionnistes et des femmes de chambre\u00bb, harangue celui du motel Super 8. Le McDonald\u2019s local paie ses employ\u00e9s 17 dollars de l\u2019heure, contre 8,25 dollars sur le plan national. Certains employ\u00e9s ont m\u00eame re\u00e7u un bonus \u00e0 l\u2019engagement.<\/p>\n<p>Brian Nestor fait partie de ceux qui ont voulu obtenir une part de ce g\u00e2teau p\u00e9trolier. Ce New-Yorkais de 27 ans aux \u00e9paules vo\u00fbt\u00e9es a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Williston en octobre dernier, avec son fr\u00e8re. \u00abNous avons commenc\u00e9 \u00e0 y penser l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, apr\u00e8s avoir entendu parler du boom aux nouvelles, raconte-t-il. A l\u2019automne, nous avons pris notre voiture et fait trois jours de route pour gagner Williston.\u00bb<\/p>\n<p>Un mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e, il d\u00e9croche un emploi ferme dans une entreprise de moulage, qui fournit ses services \u00e0 l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re. \u00abJe me fais 26 dollars de l\u2019heure et je travaille en moyenne une centaine d\u2019heures par semaine, d\u00e9crit-il. A l\u2019ann\u00e9e, je gagne pass\u00e9 100\u2019000 dollars.\u00bb Une petite fortune dans un pays qui peine \u00e0 sortir de la r\u00e9cession. \u00abL\u2019oc\u00e9an me manque, les hivers sont longs et la nourriture est inf\u00e2me, mais je vais rester aussi longtemps que possible.\u00bb<\/p>\n<p>Brian Nestor est loin d\u2019\u00eatre un cas isol\u00e9. Au nord de Williston, plusieurs villes nouvelles sont sorties de terre pour h\u00e9berger la foule de travailleurs r\u00e9cemment d\u00e9barqu\u00e9s. Les champs de caravanes isol\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te avec des planches c\u00f4toient les parcs de maisonnettes en t\u00f4le, toutes identiques, pos\u00e9es \u00e0 m\u00eame la boue. Le prix de l\u2019immobilier a explos\u00e9 dans la r\u00e9gion: un deux-pi\u00e8ces co\u00fbte d\u00e9sormais 2\u2019500 dollars par mois, contre 500 dollars il y a quelques ann\u00e9es. De nombreux travailleurs en sont r\u00e9duits \u00e0 vivre dans leur voiture, parfois durant des mois. Cette p\u00e9nurie a donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de \u00abman camps\u00bb, de gigantesques camps compos\u00e9s de cabines pr\u00e9fabriqu\u00e9es \u00e0 la lisi\u00e8re de la ville. \u00abTout est temporaire ici: une fois que les besoins en logement auront disparu, nous d\u00e9monterons nos infrastructures et rendrons la terre aux paysans\u00bb, explique Nicholas Nelsen, l\u2019un des g\u00e9rants du Bear Paw Lodge, une unit\u00e9 de 686 lits. Le comt\u00e9 de Williams, o\u00f9 se trouve Williston, en compte 9\u2019700.<\/p>\n<p>Dans ces camps aseptis\u00e9s, l\u2019alcool, la drogue, les armes \u00e0 feu et les visites, m\u00eame familiales, sont interdits. Il n\u2019y a que 6 \u00e0 8% de femmes. Les ouvriers ont chacun une chambre, re\u00e7oivent trois repas par jour et ont acc\u00e8s \u00e0 une salle de sport. Un bus les am\u00e8ne chaque jour sur les plateformes p\u00e9troli\u00e8res. \u00abTout est fait pour qu\u2019ils n\u2019aient jamais besoin de quitter le camp, sauf pour aller travailler\u00bb, souligne Nicholas Nelsen.<\/p>\n<p>Mais l\u2019ambiance n\u2019est pas toujours aussi industrieuse \u00e0 Williston. La ville compte d\u00e9sormais 50 hommes pour chaque femme. Cet afflux d\u2019ouvriers masculins au porte-monnaie bien garni n\u2019est pas pass\u00e9 inaper\u00e7u dans les milieux de la prostitution. Les deux strip-clubs de Williston, Heartbreakers et Whispers, ne d\u00e9semplissent pas.<\/p>\n<p>Trinity, une petite blonde aux cheveux boucl\u00e9s, a quitt\u00e9 son Montana natal il y a sept mois pour venir travailler chez Heartbreakers. \u00abUne \u00e9ternit\u00e9, rigole la jeune fille de 22 ans, entre deux conversations avec des clients. La plupart des filles passent deux \u00e0 trois semaines ici, gagnent un maximum d\u2019argent, puis s\u2019en vont.\u00bb Les bons soirs, elle peut se faire jusqu\u2019\u00e0 2\u2019000 dollars.<\/p>\n<p>Les nouveaux venus ne sont pas les seuls \u00e0 avoir profit\u00e9 du boom p\u00e9trolier. \u00abIl y a quelques ann\u00e9es, Williston \u00e9tait une communaut\u00e9 agricole vieillissante, se souvient le maire Ward Koeser. Les jeunes quittaient la ville pour aller \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et ne revenaient pas, car il n\u2019y avait pas de travail.\u00bb L\u2019exode \u00e9tait tel que le gouvernement a m\u00eame envisag\u00e9 de vider ce territoire de ses derniers habitants pour le transformer en r\u00e9serve naturelle pour les bisons.<\/p>\n<p>Cette tendance a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement invers\u00e9e par la manne p\u00e9troli\u00e8re. Le nombre de foyers qui gagnent plus de 100\u2019000 dollars par an est pass\u00e9 de 6 \u00e0 21% en une d\u00e9cennie au Dakota du Nord. Le revenu moyen atteint 77\u2019000 dollars, contre 43\u2019000 dollars sur le plan national.<\/p>\n<p>A Williston, il n\u2019est pas facile de trouver quelqu\u2019un qui n\u2019ait pas profit\u00e9 du boom p\u00e9trolier. M\u00eame chez les retrait\u00e9s. Ils sont nombreux \u00e0 s\u2019\u00eatre regroup\u00e9s en ce samedi de f\u00e9vrier dans la salle paroissiale de l\u2019\u00e9glise luth\u00e9rienne pour le \u00abLutefisk\u00bb annuel, une f\u00eate qui comm\u00e9more les racines norv\u00e9giennes des habitants du cru. Le clou de la c\u00e9r\u00e9monie: de la morue s\u00e9ch\u00e9e arros\u00e9e de beurre. \u00abLa plupart de nos anc\u00eatres sont arriv\u00e9s au Dakota du Nord \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, raconte Jerry Olsen, 78 ans, en servant des bols de poisson fumant. Le gouvernement leur a donn\u00e9 des terres, contre la promesse de les cultiver.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Nouveaux riches<\/strong><\/p>\n<p>Ce cadeau s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre une v\u00e9ritable b\u00e9n\u00e9diction avec la d\u00e9couverte du p\u00e9trole en 1951. \u00abAu Dakota du Nord, le propri\u00e9taire de la terre en surface ne doit pas forc\u00e9ment \u00eatre le m\u00eame que celui du sous-sol\u00bb, indique-t-il. Nombre de paysans ont donc vendu leurs droits min\u00e9raux aux entreprises p\u00e9troli\u00e8res, empochant au passage un joli pactole. <\/p>\n<p>Luanna Fisketjon n\u2019a re\u00e7u qu\u2019un quart des b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s par ses parents sur leur ferme, mais cela lui suffira pour prendre sa retraite \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 51 ans. Son mari et elle ont achet\u00e9 une maison en Floride. \u00abMes parents ont re\u00e7u 90\u2019000 dollars initialement, puis 16\u2019000 dollars par mois pour l\u2019exploitation du puits qui se trouve sur leurs terres, relate-t-elle. Ils ne savent pas quoi faire de cet argent. Ils ont l\u2019habitude de vivre avec 1\u2019000 dollars par mois.\u00bb Ces nouveaux riches ont fait exploser les r\u00e9sultats des banques locales. La McKenzie County Bank, situ\u00e9e \u00e0 Watford City, une bourgade au sud de Williston o\u00f9 les puits de p\u00e9trole cohabitent avec les silos et les ascenseurs \u00e0 grain, a vu ses avoirs sous gestion passer de 29 millions de dollars en 2002 \u00e0 114 millions de dollars en 2012. \u00abIl y a une incroyable concentration de richesses dans la r\u00e9gion, commente Dale Patten, son directeur, au milieu des t\u00eates de bison empaill\u00e9es et des peaux d\u2019ours qui ornent les murs de l\u2019\u00e9tablissement. <\/p>\n<p>Le Bakken souffre n\u00e9anmoins d\u2019un handicap de taille: engonc\u00e9 au milieu des terres, il se trouve \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres des raffineries situ\u00e9es sur les c\u00f4tes. Et les capacit\u00e9s de transport manquent. Environ 40% du p\u00e9trole extrait au Dakota du Nord est envoy\u00e9 vers Minneapolis et Chicago par pipeline, 5% quitte la r\u00e9gion par la route et 55% par le rail. \u00abCette derni\u00e8re option est la meilleure car elle permet d\u2019obtenir un meilleur prix: un baril, qui co\u00fbte 45 \u00e0 65 dollars \u00e0 produire dans le Bakken, se vend 110 dollars sur les c\u00f4tes, contre 90 dollars ici\u00bb, explique Mike Morey, un analyste de Viking Mutual Funds, un fonds bas\u00e9 \u00e0 Minot, \u00e0 l\u2019est de Williston.<\/p>\n<p>Rich Vestal, un entrepreneur de Williston qui s\u2019est sp\u00e9cialis\u00e9 dans le transport de p\u00e9trole par la route, compte bien profiter de cette aubaine. Depuis le d\u00e9but du boom, ses employ\u00e9s sont pass\u00e9s de 12 \u00e0 155 personnes. \u00abJe cherche maintenant \u00e0 remplacer mes camions par des trains\u00bb, indique-t-il en inspectant les rails qui viennent d\u2019\u00eatre pos\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du terminal ferroviaire qu\u2019il est en train de construire en bordure de Williston. \u00abUn camion peut transporter 220 barils, un wagon 700 barils\u00bb, glisse-t-il.<\/p>\n<p>Les cheveux blancs qui d\u00e9passent de sa casquette en disent long sur son exp\u00e9rience. \u00abJ\u2019ai v\u00e9cu le boom de la fin des ann\u00e9es 1970. Lorsqu\u2019il s\u2019est \u00e9teint, au milieu des ann\u00e9es 1980, j\u2019ai tout perdu. J\u2019ai d\u00fb licencier une bonne partie de mes employ\u00e9s et me mettre en faillite.\u00bb La fin du boom, provoqu\u00e9 par la chute soudaine du prix du p\u00e9trole dans le sillage des crises \u00e9nerg\u00e9tiques de 1973 et 1979, a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme un traumatisme \u00e0 Williston. \u00abBeaucoup de gens ont \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s, note Rich Vestal. Mais cette fois, ce sera diff\u00e9rent: la technologie a beaucoup progress\u00e9 et il y a bien plus de p\u00e9trole \u00e0 extraire.\u00bb<\/p>\n<p>Cette confiance aveugle est omnipr\u00e9sente \u00e0 Williston. La ville vient d\u2019investir 70 millions de dollars dans la construction d\u2019un centre sportif et 150 millions de dollars pour un nouvel a\u00e9roport. Elle a aussi b\u00e2ti de nouvelles routes, \u00e9coles et h\u00f4pitaux. Ces investissements sont financ\u00e9s par le p\u00e9trole: le Dakota du Nord per\u00e7oit 11,5 centimes sur chaque dollar gagn\u00e9 par les entreprises p\u00e9troli\u00e8res, soit 2 milliards de dollars de revenus suppl\u00e9mentaires par an. <\/p>\n<p><strong>Craintes des \u00e9cologistes<\/strong><\/p>\n<p>Williston ne craint-elle pas de voir l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e9ter? Lorsque le dernier boom s\u2019est effondr\u00e9, la ville s\u2019est retrouv\u00e9e avec 28 millions dollars de dettes et des infrastructures sur les bras dont plus personne n\u2019avait besoin. \u00abLe boom p\u00e9trolier est l\u00e0 pour durer et, au final, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une b\u00e9n\u00e9diction que d\u2019un fl\u00e9au, assure le maire Ward Koeser, l\u00e9g\u00e8rement irrit\u00e9. Chaque nouveau puits construit suscite la cr\u00e9ation de deux emplois permanents. Sur dix ans, cela fait 40\u2019000 places de travail.\u00bb Cet ancien professeur de math\u00e9matiques, lui-m\u00eame venu \u00e0 Williston en 1978 pour fonder une entreprise louant des radios aux entreprises p\u00e9troli\u00e8res, pense qu\u2019une partie de ces gens s\u2019installeront ici de fa\u00e7on d\u00e9finitive. <\/p>\n<p>L\u2019autre sujet qui f\u00e2che \u00e0 Williston, ce sont les craintes des \u00e9cologistes. Contrairement \u00e0 ce qui se passe en Pennsylvanie et au Texas, les produits chimiques utilis\u00e9s pour le fracking et les feux gaziers, qui lib\u00e8rent du dioxyde de carbone dans l\u2019atmosph\u00e8re, ne sont pratiquement pas r\u00e9glement\u00e9s au Dakota du Nord. \u00abCela ne m\u2019emp\u00eache pas de dormir la nuit, assure Ward Koeser. Au Dakota du Nord, les forages se d\u00e9roulent \u00e0 3\u2019000 m de profondeur, soit bien en dessous de la nappe phr\u00e9atique. Et ces craintes trouvent peu de relais au sein de la population. Les paysans du coin ne sont pas des \u00e9cologistes.\u00bb<\/p>\n<p>Une chose le pr\u00e9occupe n\u00e9anmoins. \u00abActuellement, 40% de la population travaille dans l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re, c\u2019est beaucoup trop.\u00bb Mais les id\u00e9es pour diversifier l\u2019\u00e9conomie locale manquent. Cette t\u00e2che revient \u00e0 Tom Rolfstad. Ce grand homme aux traits patibulaires est responsable du d\u00e9veloppement \u00e9conomique de Williston. \u00abApr\u00e8s le boom, nous aurons des terminaux ferroviaires, du gaz en abondance et beaucoup d\u2019eau \u00e0 disposition, \u00e9num\u00e8re-t-il. Nous pourrions attirer des firmes qui fabriquent du plastique, des fertilisants ou des produits chimiques.\u00bb Dans un coin de son bureau, un tas de pelles ray\u00e9es t\u00e9moigne de la fr\u00e9n\u00e9sie qui s\u2019est abattue sur Williston ces derniers mois. \u00abNous les utilisons pour donner le premier coup de pioche sur les nouveaux chantiers\u00bb, rel\u00e8ve-t-il, en jetant un coup d\u2019\u0153il furtif aux cartes de puits p\u00e9troliers qui ornent ses murs. \u00abIl n\u2019y a plus de retour en arri\u00e8re possible, Williston ne redeviendra jamais la petite ville sans avenir qu\u2019elle \u00e9tait.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (no 2 \/ 2013)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Etats-Unis sont en train de vivre une renaissance \u00e9nerg\u00e9tique, aliment\u00e9e par le p\u00e9trole de schiste. L\u2019\u00e9picentre de ce ph\u00e9nom\u00e8ne se trouve au Dakota du Nord, dans la petite ville de Williston. Reportage sur les traces de cette nouvelle ru\u00e9e vers l\u2019or.<\/p>\n","protected":false},"author":19990,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3932","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3932","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19990"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3932"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3932\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3932"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3932"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3932"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}