



{"id":3931,"date":"2013-06-26T18:20:40","date_gmt":"2013-06-26T16:20:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3931"},"modified":"2013-07-16T12:15:13","modified_gmt":"2013-07-16T10:15:13","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3931","title":{"rendered":"\u00abLes scientifiques doivent \u00eatre anarchistes\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/062013\/large26062013.jpg\" alt=\"large26062013.jpg\" title=\"large26062013.jpg\" height=\"310\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Pendant huit ans, Dieter Imboden a \u00e9t\u00e9 la personne la plus influente de la science helv\u00e9tique: \u00e0 la t\u00eate du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) jusqu\u2019\u00e0 fin 2012, il a supervis\u00e9 l\u2019attribution annuelle de quelque 700 millions de francs aux meilleurs projets scientifiques du pays. L\u2019ancien pr\u00e9sident du FNS dit se m\u00e9fier de la \u00abbig science\u00bb et attend des chercheurs qu\u2019ils s\u2019engagent dans la soci\u00e9t\u00e9: \u00abRester dans son bureau, c\u2019est de l\u2019indiff\u00e9rence.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les scientifiques promettent parfois des r\u00e9sultats irr\u00e9alistes pour toucher des fonds. Un probl\u00e8me?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est dangereux car cela peut d\u00e9cr\u00e9dibiliser le monde de la science. Il faut \u00e9galement \u00e9viter d\u2019exag\u00e9rer les dangers, comme en environnement ou dans la sant\u00e9, car si on crie trop au loup, on finit par ne plus se faire entendre.<\/p>\n<p>Les politiciens exercent une grande pression, et certains voient la science comme une bo\u00eete noire: on y met 1 franc et on en retire 2. Les chercheurs partent perdants s\u2019ils acceptent cette mani\u00e8re de voir les choses et avancent l\u2019argument \u00e9conomique pour justifier leurs travaux. La vraie raison de faire de la science, ce ne sont pas les 2 francs. C\u2019est d\u2019interroger la connaissance &#8212; un processus sans lequel une soci\u00e9t\u00e9 risque de mourir.<\/p>\n<p><strong>Nos politiciens connaissent-ils suffisamment le monde acad\u00e9mique?<\/strong><\/p>\n<p>On ne d\u00e9nombre qu\u2019une poign\u00e9e de parlementaires issus du milieu scientifique, contre de nombreux avocats, enseignants, fermiers\u2026 Mais la voix des chercheurs se fait mieux entendre, et nous b\u00e9n\u00e9ficions d\u2019un soutien extraordinaire au niveau du financement de la recherche fondamentale \u2013- ce qu\u2019on appelle la \u00abcuriosity-driven science\u00bb. Nous avons obtenu des hausses budg\u00e9taires moins importantes que demand\u00e9, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Il faut rester r\u00e9aliste.<\/p>\n<p><strong>Le plus important pour vous, c\u2019est que les chercheurs b\u00e9n\u00e9ficient de la plus grande libert\u00e9 possible?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est absolument crucial. Le monde politique et des institutions telles que le Fonds national suisse ne doivent pas d\u00e9cider ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9 ou non. Le FNS juge uniquement la qualit\u00e9 des chercheurs et les m\u00e9thodes qu\u2019ils proposent d\u2019utiliser &#8212; pas le sujet d\u2019\u00e9tude ou s\u2019il est utile pour la soci\u00e9t\u00e9 ou non. L\u2019important, c\u2019est de cr\u00e9er de la connaissance. Le chercheur doit se m\u00e9fier de l\u2019autorit\u00e9. Il doit \u00eatre anarchiste. Aucune question scientifique n\u2019est a priori injustifiable.<\/p>\n<p><strong>Que pensez-vous de l\u2019essor de la Big science?<\/strong><\/p>\n<p>Il est \u00e9videmment n\u00e9cessaire de se mettre ensemble pour des projets tels que le Cern, mais je me m\u00e9fie des \u00e9normes r\u00e9seaux de collaboration. On peut construire un tunnel plus rapidement avec davantage d\u2019ouvriers, mais c\u2019est diff\u00e9rent avec la recherche. On risque de cr\u00e9er de la bureaucratie et des frictions et d\u2019encourager la cr\u00e9ation de r\u00e9seaux alibis o\u00f9 les chercheurs ne collaborent pas vraiment.<\/p>\n<p><strong>On entend de plus en plus dire que la science helv\u00e9tique est l\u2019une des meilleures au monde. Votre opinion? <\/strong><\/p>\n<p>Mesurer la qualit\u00e9 de la recherche est une question multidimensionnelle et les rankings d\u00e9pendent fortement de poids attach\u00e9s aux diff\u00e9rents facteurs. Ce qui importe, c\u2019est que nous nous trouvons parmi les trois meilleurs, quels que soient les aspects consid\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Votre explication pour ce succ\u00e8s?<\/strong><\/p>\n<p>La Suisse n\u2019excelle pas seulement en science, mais \u00e9galement dans les affaires. Nous sommes bons, car nous sommes petits et nous ne pouvons ignorer ce qui se passe autour de nous &#8212; au contraire des grandes nations.<\/p>\n<p>L\u2019argent joue ind\u00e9niablement un r\u00f4le: nous n\u2019avons pas d\u00fb reconstruire le pays apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. C\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode que la science a commenc\u00e9 \u00e0 fortement s\u2019internationaliser et le pays \u00e9tait bien plac\u00e9. On peut relever que l\u2019EPFZ avait 60% de professeurs \u00e9trangers \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle (principalement des Allemands) &#8212; soit le m\u00eame taux qu\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>Le taux \u00e9lev\u00e9 de professeurs \u00e9trangers est devenu un th\u00e8me politique. Quelle est la limite \u00e0 ne pas d\u00e9passer?<\/strong><\/p>\n<p>Notez que les autres grands pays de la science, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, affichent eux aussi des taux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s de chercheurs \u00e9trangers. Nous n\u2019avons pas trop de chercheurs \u00e9trangers, mais pas assez de Suisses. Le pool de candidats locaux reste trop faible. Prenez l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Harvard ou le MIT: ils n\u2019auraient aucune chance s\u2019ils devaient se limiter \u00e0 recruter dans l\u2019Etat du Massachusetts, qui a une population similaire \u00e0 la Suisse.<\/p>\n<p>Il y a un probl\u00e8me de rel\u00e8ve: de nombreux scientifiques de talent quittent la recherche pour l\u2019industrie, car ils ne voient pas de perspectives \u00e0 moyen terme. Les comp\u00e9tences dans la recherche ne font pas tout lors de l\u2019attribution d\u2019un poste de professeur et ce serait un d\u00e9sastre de regarder uniquement la liste de publications. Il s\u2019agit \u00e9galement d\u2019enseigner, de tisser des liens avec la soci\u00e9t\u00e9, de fonder des entreprises, d\u2019intervenir en politique. Les candidats suisses poss\u00e8dent ici un certain avantage.<\/p>\n<p><strong>Vous attendez des chercheurs qu\u2019ils sortent de leurs labos et s\u2019engagent dans la soci\u00e9t\u00e9 civile. Mais quelle autorit\u00e9 ont-ils pour s\u2019exprimer hors de leur champ d\u2019expertise? On voit souvent des climatologues exprimer des opinions non pas scientifiques mais politiques.<\/strong><\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, on ne peut pas changer le monde si on reste cach\u00e9 derri\u00e8re son bureau. Il ne s\u2019agit pas de neutralit\u00e9, mais d\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Il existe en effet un vrai danger de confusion et un chercheur se doit de clarifier s\u2019il parle en tant qu\u2019expert ou en tant que personnalit\u00e9 publique &#8212; \u00e0 l\u2019instar d\u2019une star du sport ou de la culture. On risque toujours de perdre un peu la t\u00eate lorsqu\u2019on atteint un haut niveau, en science ou ailleurs, et il ne faut pas devenir un \u00abdictateur de la connaissance\u00bb qui croit tout savoir. Le r\u00f4le des chercheurs, c\u2019est de faire avancer le savoir. Les d\u00e9cisions que prend la soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est l\u2019affaire des politiques.<\/p>\n<p><strong>Quel est le plus gros challenge pour la science?<\/strong><\/p>\n<p>Nous arrivons tr\u00e8s bien \u00e0 trouver des solutions technologiques aux probl\u00e8mes de notre soci\u00e9t\u00e9, une fois apparus. Nous avons bien plus de difficult\u00e9s \u00e0 agir sur les causes en amont. Il nous faut mieux comprendre les aspects psychologiques, sociologiques et politiques.<\/p>\n<p><strong>Faudrait-il donc nommer un sociologue \u00e0 la t\u00eate du FNS?<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi pas. Mais je ne pense pas qu\u2019une seule personne soit \u00e0 m\u00eame de changer la situation.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 2\u2019000 watts<\/strong><\/p>\n<p>\u00abJe ne suis jamais entr\u00e9 en politique pour ne pas risquer de perdre mon \u00e2me.\u00bb Et pourtant: pr\u00e9sident du Conseil national de la recherche du FNS entre 2005 et 2012, Dieter Imboden a crois\u00e9 plus d\u2019une fois le fer avec les politiciens. Durant sa carri\u00e8re de chercheur men\u00e9e \u00e0 l\u2019EPFZ, il fut l\u2019un des premiers \u00e0 appliquer la physique \u00e0 des questions environnementales et notamment lacustres.<\/p>\n<p>Dieter Imboden est \u00e9galement \u00e0 l\u2019origine du projet de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 2\u2019000 watts, une initiative men\u00e9e par l\u2019EPFZ pour imaginer comment diviser notre consommation d\u2019\u00e9nergie par trois. Fra\u00eechement retrait\u00e9, le physicien b\u00e2lois de 70 ans dit vouloir \u00e9crire des livres et voyager \u00e0 travers l\u2019Europe en bateau avec sa femme et son golden retriever.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Un professeur de l\u2019EPFL \u00e0 la t\u00eate du FNS<\/strong><\/p>\n<p>Depuis janvier 2013, le nouveau pr\u00e9sident du Conseil national de la recherche du FNS est le professeur de l\u2019EPFL Martin Vetterli. \u00abLe FNS est probablement l\u2019une des meilleures institutions d\u2019encouragement de la recherche de la plan\u00e8te\u00bb, dit-il. La raison? \u00abLa grande majorit\u00e9 des requ\u00eates sont jug\u00e9es de mani\u00e8re comp\u00e9titive (\u00abbottom-up\u00bb) \u00e0 partir de l\u2019avis d\u2019experts ind\u00e9pendants, sans contrainte politique. Notre principal d\u00e9fi sera d\u2019assurer la rel\u00e8ve en chercheurs.\u00bb<\/p>\n<p>Sp\u00e9cialiste du traitement du signal, il avait \u00e9t\u00e9 auparavant vice-pr\u00e9sident des affaires institutionnelles de l\u2019EPFL pendant sept ans et doyen de la Facult\u00e9 informatique et communication &#8212; et poursuivra ses activit\u00e9s de recherche \u00e0 mi-temps.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ancien pr\u00e9sident du Fonds national suisse Dieter Imboden plaide pour une recherche libre. Entretien.<\/p>\n","protected":false},"author":19478,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3931","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3931","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19478"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3931"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3931\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3931"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3931"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3931"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}