



{"id":3928,"date":"2013-06-24T18:23:51","date_gmt":"2013-06-24T16:23:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3928"},"modified":"2013-06-24T18:43:48","modified_gmt":"2013-06-24T16:43:48","slug":"oenologie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3928","title":{"rendered":"Le nouvel \u00e2ge d\u2019or des vins hybrides"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/062013\/large24062013.jpg\" alt=\"large24062013.jpg\" title=\"large24062013.jpg\" border=\"0\" height=\"310\" width=\"468\" \/><br \/>\nCette naissance pourrait bouleverser la famille viticole suisse. Fruit du croisement d\u2019une \u00abm\u00e8re\u00bb Gamaret et d\u2019un \u00abp\u00e8re\u00bb Bronner, un nouveau c\u00e9page hybride vient d\u2019\u00eatre homologu\u00e9 par l\u2019Agroscope de Pully (VD). Le centre de recherche f\u00e9d\u00e9ral a mis seize ans \u00e0 le concevoir. L\u2019attente en valait la peine, \u00e0 en croire Jean-Laurent Spring, chef du groupe de recherche viticulture: \u00abNous avons test\u00e9 30\u2019000 ceps avec des marqueurs biochimiques pour trouver des c\u00e9pages r\u00e9sistants au mildiou (un champignon qui attaque la vigne, ndlr). La r\u00e9sistance n\u2019est pas absolue, mais stable. Elle permet de r\u00e9duire les interventions phytosanitaires et diminue la capacit\u00e9 d\u2019adaptation des champignons.\u00bb<\/p>\n<p>Si ce rejeton au nom de code improbable (IRAC 2091) est plus vigoureux que ses lointains cousins Gamay et Chardonnay, c\u2019est parce que du sang am\u00e9ricain coule dans ses veines. Aujourd\u2019hui, la grande majorit\u00e9 des vignes plant\u00e9es \u00e0 travers la plan\u00e8te appartiennent \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce europ\u00e9enne Vitis vinifera, qui donne les crus les plus fins. Mais l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique du nouveau-n\u00e9, disponible aupr\u00e8s des p\u00e9pini\u00e9ristes d\u00e8s 2015, compte \u00e9galement des g\u00e8nes r\u00e9sistant aux champignons, h\u00e9ritage de croisements sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations avec des esp\u00e8ces am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Pour comprendre l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces croisements, il faut passer par les sursauts de l\u2019histoire viticole. Avant la d\u00e9couverte du Nouveau Monde, la vigne europ\u00e9enne \u00e9tait b\u00e9nie des dieux, abondante et peu affect\u00e9e par la maladie. Mais l\u2019apparition de nouvelles esp\u00e8ces nuisibles venues d\u2019outre-Atlantique faillit signer l\u2019arr\u00eat de mort de cette tradition \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. \u00abIl a fallu s\u2019adapter. Si on utilisait encore les moyens de l\u2019\u00e9poque, la culture de la vigne aurait totalement disparu\u00bb, rappelle Philippe Dupraz, professeur \u00e0 l\u2019Ecole d\u2019ing\u00e9nieurs de Changins.<\/p>\n<p>Le premier de ces maux a pour nom phyllox\u00e9ra, un puceron qui pique les racines des plants pour en extraire la s\u00e8ve, ce qui provoque une blessure et m\u00e8ne \u00e0 la pourriture. \u00abLes viticulteurs n\u2019arrivaient pas \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser. Heureusement, on s\u2019est rendu compte d\u2019une chose: si le puceron venait d\u2019Am\u00e9rique, les esp\u00e8ces viticoles sauvages am\u00e9ricaines, comme Vitis rupestris ou Vitis riparia, devaient bien lui r\u00e9sister.\u00bb<\/p>\n<p>Les vignerons ont alors crois\u00e9 esp\u00e8ces europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaines &#8212; comme le fait aujourd\u2019hui l\u2019Agroscope &#8212; pour donner des hybrides, r\u00e9sistant non seulement au phylloxera, mais \u00e9galement aux champignons venus d\u2019outre-Atlantique, le \u00abmildiou\u00bb et l\u2019\u00abo\u00efdium\u00bb. \u00abEn France, dans les ann\u00e9es 1950, il y avait 500\u2019000 hectares de productions hybrides\u00bb, souligne Jean-Laurent Spring.<\/p>\n<p>Mais ces productions ne sont jamais parvenues \u00e0 \u00e9galer les qualit\u00e9s gustatives des esp\u00e8ces europ\u00e9ennes. \u00abLes esp\u00e8ces am\u00e9ricaines \u00e9taient sauvages, elles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es pour leur qualit\u00e9.\u00bb Une autre pratique, qui consiste \u00e0 greffer les esp\u00e8ces europ\u00e9ennes sur des racines am\u00e9ricaines r\u00e9sistantes au phylloxera, l\u2019a alors emport\u00e9. Pour traiter les champignons, on s\u2019oriente vers les nouveaux pesticides disponibles sur le march\u00e9. Le vent tourne alors contre les hybrides: \u00abIl y a eu une forme de chasse aux sorci\u00e8res, notamment en France. Dans les ann\u00e9es 1950, les hybrides ont \u00e9t\u00e9 exclus des appellations et la production est tomb\u00e9e \u00e0 20\u2019000 hectares.\u00bb<\/p>\n<p>Les hybrides, apr\u00e8s un demi-si\u00e8cle de d\u00e9clin,  pourraient vivre un second \u00e2ge d\u2019or. \u00abLes consommateurs ont acquis une grande sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019environnement et acceptent moins le traitement des vignes, explique Philippe Dupraz. Contre l\u2019o\u00efdium, on utilise du soufre, qui se d\u00e9grade et ne pr\u00e9sente pas de probl\u00e8me majeur. En revanche, contre le mildiou, on utilise du cuivre, un oligo-\u00e9l\u00e9ment stable et peu mobile, qui conduit \u00e0 un risque d\u2019intoxication du sol. Selon le taux de r\u00e9sidus des produits, il pourrait aussi y avoir un impact sur la sant\u00e9.\u00bb La pression des consommateurs agit donc en faveur d\u2019un retour des hybrides.<\/p>\n<p>L\u2019an pass\u00e9, les attaques de mildiou ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement virulentes en Suisse. La faute au r\u00e9chauffement climatique? \u00abLes incertitudes restent nombreuses. Mais le r\u00e9chauffement risque de mener \u00e0 plus d\u2019humidit\u00e9, donc \u00e0 une augmentation pr\u00e9visible des maladies. Cela explique que tous les organismes europ\u00e9ens travaillent sur la cr\u00e9ation d\u2019hybrides pour obtenir de nouveaux c\u00e9pages. La question du phyllox\u00e9ra est r\u00e9gl\u00e9e par le greffage. La priorit\u00e9 maintenant est de r\u00e9sister aux champignons et \u00e0 la pourriture qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent sur les ceps.\u00bb<\/p>\n<p>Reste la question du go\u00fbt. Si les productions de vins d\u2019hybrides ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es au milieu du XXe si\u00e8cle en raison de leur grossi\u00e8ret\u00e9, comment \u00e9viter un nouvel \u00e9chec? \u00abL\u2019id\u00e9al, c\u2019est la qualit\u00e9 europ\u00e9enne avec la r\u00e9sistance am\u00e9ricaine. Le c\u00e9page obtenu a \u00e9t\u00e9 travaill\u00e9 sur de multiples g\u00e9n\u00e9rations pour conserver uniquement le go\u00fbt Vinifera.\u00bb C\u2019est le point critique pour l\u2019acceptation du march\u00e9, reconna\u00eet Jean-Laurent Spring, qui parle d\u2019un vin tr\u00e8s proche du Gamaret, mais aux couleurs plus soutenues. \u00abIl a donn\u00e9 satisfaction lors des tests men\u00e9s aupr\u00e8s de consommateurs.\u00bb<\/p>\n<p>Ceux-ci ne seront pas forc\u00e9ment les plus durs \u00e0 convaincre. De leur c\u00f4t\u00e9, les viticulteurs accepteront-ils facilement de troquer leurs crus pour des hybrides de sang m\u00eal\u00e9? \u00abC\u2019est vrai que nous avons le culte de la tradition dans la viticulture suisse, conc\u00e8de Jean-Laurent Spring. Mais \u00e0 la marge des appellations d\u2019origine, je crois qu\u2019il y a de la place pour le d\u00e9veloppement de ces produits. Il y aura une pression accrue au niveau des maladies fongiques. Ce sont des r\u00e9flexions douloureuses, mais il faut penser \u00e0 des alternatives.\u00bb<\/p>\n<p>Philippe Dupraz note un \u00abrevirement r\u00e9cent, mais tr\u00e8s net\u00bb en France, pays historiquement le plus r\u00e9tif \u00e0 l\u2019utilisation des hybrides. Le chercheur admet que l\u2019ancienne g\u00e9n\u00e9ration a du mal \u00e0 accepter le retour de l\u2019hybride. \u00abMais ils finiront par y trouver leur compte. Car il y a aussi un crit\u00e8re \u00e9conomique, avec la diminution de la quantit\u00e9 de produits pour traiter la vigne.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Bio et locale, la tomate du futur <\/strong><\/p>\n<p><em>Le march\u00e9 des semences hybrides est contr\u00f4l\u00e9 par des multinationales, accus\u00e9es de faire chuter la biodiversit\u00e9. L\u2019engouement pour la vente directe pourrait changer la donne.<\/em><\/p>\n<p>Dans la culture mara\u00eech\u00e8re, les hybrides ne sont pas sur le retour, comme en \u0153nologie. Ils dominent largement la production. \u00abLes croisements donnent des semences plus productives et homog\u00e8nes, explique Vincent Gigon, charg\u00e9 d\u2019enseignement \u00e0 la Haute \u00e9cole du paysage, d\u2019ing\u00e9nierie et d\u2019architecture \u00e0 Gen\u00e8ve (hepia). De plus, l\u2019ensemble de la production arrive \u00e0 maturit\u00e9 au m\u00eame moment, n\u00e9cessitant une seule r\u00e9colte.\u00bb Mais les hybrides ont un grand d\u00e9faut: elles ne sont pas reproductibles. Et ce march\u00e9 s\u2019est concentr\u00e9 au point d\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui domin\u00e9 par quelques multinationales, comme Monsanto, Cargill ou Syngenta: \u00abCes entreprises ont la mainmise, car elles sont capables de faire ces croisements. Avant, les s\u00e9lectionneurs \u00e9taient des maisons familiales.\u00bb<\/p>\n<p>La l\u00e9gislation leur procure aussi un avantage. Dans la plupart des pays europ\u00e9ens, les semences commercialisables doivent \u00eatre inscrites dans un catalogue de vari\u00e9t\u00e9s. Mais des crit\u00e8res d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et un co\u00fbt d\u2019inscription \u00e9lev\u00e9 favorisent les producteurs d\u2019hybrides: \u00abEn France, la soci\u00e9t\u00e9 Kokopelli a voulu vendre des vari\u00e9t\u00e9s anciennes et reproductibles, mais non inscrites au catalogue. Il y a eu proc\u00e8s et elle a perdu.\u00bb De son c\u00f4t\u00e9, la Suisse a mis en place une cat\u00e9gorie sp\u00e9ciale pour les vari\u00e9t\u00e9s de niche, avec des exigences moins importantes, notamment en termes de frais d\u2019inscription. \u00abLa pratique suisse devrait \u00eatre \u00e9tendue au reste de l\u2019Europe, estime Vincent Gigon. Il n\u2019y a pas de raison qu\u2019un mara\u00eecher ne puisse pas vendre des semences.\u00bb<\/p>\n<p>La perte de biodiversit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la domination d\u2019une minorit\u00e9 d\u2019esp\u00e8ces est aujourd\u2019hui d\u00e9nonc\u00e9e. \u00abIl y a une tendance \u00e0 revenir sur d\u2019anciennes vari\u00e9t\u00e9s reproductibles, de plus en plus pr\u00e9sentes dans la vente directe. Des fondations comme Pro Specie Rara conservent de leur c\u00f4t\u00e9 leur patrimoine g\u00e9n\u00e9tique. Ce sont des r\u00e9servoirs de biodiversit\u00e9 pour le futur, qui seront peut-\u00eatre utiles un jour.\u00bb<\/p>\n<p>Pour Vincent Gigon, la perte de biodiversit\u00e9 n\u2019est pas li\u00e9e uniquement \u00e0 l\u2019hybridation: Il faut un changement de comportement des consommateurs, qui m\u00e8nera \u00e0 des concessions de la grande distribution, estime le chercheur. Il observe aussi un nouvel \u00e9tat d\u2019esprit parmi ses \u00e9tudiants, plus ax\u00e9s que leurs parents sur le bio.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 5).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux ravages des champignons et au r\u00e9chauffement climatique, les \u0153nologues suisses travaillent sur un vin hybride, combinant qualit\u00e9 europ\u00e9enne et r\u00e9sistance am\u00e9ricaine. <\/p>\n","protected":false},"author":19840,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3928","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3928","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19840"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3928"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3928\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3928"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3928"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3928"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}