



{"id":3920,"date":"2013-06-12T16:55:23","date_gmt":"2013-06-12T14:55:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3920"},"modified":"2013-06-12T17:56:10","modified_gmt":"2013-06-12T15:56:10","slug":"concentration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3920","title":{"rendered":"Le prix du multitasking"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/062013\/large12062013.jpg\" alt=\"large12062013.jpg\" title=\"large12062013.jpg\" width=\"468\" height=\"310\" border=\"0\" \/><br \/>\nOn parie que vous consultez cet article entre deux alertes \u00e9lectroniques, une conversation avec un coll\u00e8gue et le bouclage d\u2019un dossier. Et que vous \u00eates fier de votre capacit\u00e9 \u00e0 jongler avec toutes ces activit\u00e9s. Et bien, vous avez tort. Pire: plus vous vous pensez bon en multitasking, plus vous \u00eates, en r\u00e9alit\u00e9, mauvais (et impulsif). Telle est la conclusion \u00e0 laquelle sont arriv\u00e9s des chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019Utah (Etats-Unis), dans une \u00e9tude publi\u00e9e en janvier dernier. Mais rassurez-vous, vous n\u2019\u00eates pas seul; selon un sondage r\u00e9alis\u00e9 par le CSA, pr\u00e8s de 75% des internautes fran\u00e7ais surfent en regardant des vid\u00e9os.<\/p>\n<p>Les chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019Utah ont demand\u00e9 \u00e0 310 \u00e9tudiants en psychologie, filles et gar\u00e7ons autour de la vingtaine, de r\u00e9pondre \u00e0 des questionnaires sur leur utilisation de tous les m\u00e9dias, de la presse \u00e9crite en passant par les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision et les smartphones, et \u00e0 des questionnaires reconnus sur l\u2019impulsivit\u00e9 et la recherche de sensations. Les participants ont ensuite auto-\u00e9valu\u00e9 leur capacit\u00e9 au multitasking, notamment en t\u00e9l\u00e9phonant au volant. R\u00e9sultat: ceux qui font le plus de choses \u00e0 la fois sont aussi les plus impulsifs, en qu\u00eate de sensations, qui sur\u00e9valuent leurs capacit\u00e9s et s\u2019av\u00e8rent en fait moins dou\u00e9s que les autres dans ce domaine.<\/p>\n<p>M\u00eame si le professeur David Strayer a pr\u00e9cis\u00e9 que ceux qui se pensaient meilleurs dans le domaine \u00e9taient de vifs esprits qui s\u2019ennuyaient rapidement, il n\u2019emp\u00eache: les conclusions de l\u2019enqu\u00eate sont venues corr\u00e9ler de nombreuses autres \u00e9tudes qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ont point\u00e9 du doigt des croyances erron\u00e9es sur le pouvoir du multitasking. Pourtant, au d\u00e9but de ce troisi\u00e8me mill\u00e9naire, c\u2019est-\u00e0-dire hier, c\u2019\u00e9tait le talent \u00e0 mettre en avant, signe d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Une illusion v\u00e9hicul\u00e9e avec enthousiasme par les m\u00e9dias et les technophiles, insistent les sp\u00e9cialistes. L\u2019un des premiers \u00e0 avoir flair\u00e9 l\u2019arnaque est un Am\u00e9ricain, Dave Crenshaw. En 2008, il publiait The Myth of Multitasking: How \u00abDoing It All\u00bb Gets Nothing Done. \u00abAujourd\u2019hui, le multitasking a une connotation d\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Nombreux sont les dirigeants qui se flattent de leur capacit\u00e9 \u00e0 le ma\u00eetriser, et c\u2019est une qualit\u00e9 qui continue d\u2019\u00eatre demand\u00e9e dans les offres d\u2019emploi. Enfin, il est \u00e9vident que nos t\u00e9l\u00e9phones, Facebook ou Twitter nous poussent au multi-t\u00e2ches.\u00bb<\/p>\n<p>Conf\u00e9rencier et conseiller en entreprise r\u00e9put\u00e9 outre-Atlantique, Dave Crenshaw estime que le terme m\u00eame a \u00e9t\u00e9 mal compris. \u00abLe mot n\u2019est entr\u00e9 dans le langage commun que dans les ann\u00e9es 1990. Il s\u2019agissait au d\u00e9part d\u2019un terme utilis\u00e9 dans l\u2019informatique, apparu lorsque le syst\u00e8me Windows s\u2019est impos\u00e9 et qui d\u00e9signe l\u2019accomplissement apparemment simultan\u00e9 de deux t\u00e2ches ou plus par l\u2019unit\u00e9 centrale de l\u2019ordinateur, nous explique-t-il. Ce qui compte, c\u2019est le mot \u00abapparent\u00bb. Car tout comme votre cerveau, l\u2019ordinateur ne peut pas se concentrer sur deux choses. Il ne fait que passer rapidement d\u2019un programme \u00e0 l\u2019autre, ce qui donne l\u2019illusion qu\u2019il fait les deux en m\u00eame temps.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abEn fait, ce que l\u2019on appelle multitasking consiste \u00e0 aller et venir d\u2019une t\u00e2che \u00e0 l\u2019autre\u00bb, r\u00e9sume David M. Sanbonmatsu, de l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019Utah. Reste que le lien quasi organique entre l\u2019ordinateur et un environnement en mutation constante est fait tout de suite. Les sp\u00e9cialistes et les m\u00e9dias s\u2019emparent du concept et le rendent \u00abrapidement aussi populaire et accept\u00e9 que la voiture et le hamburger\u00bb, selon Dave Crenshaw.<\/p>\n<p>A l\u2019attention volontaire, qui se concentre sur une seule et unique t\u00e2che, s\u2019ajoute l\u2019attention involontaire, stimul\u00e9e par l\u2019ext\u00e9rieur, comme une petite enveloppe qui appara\u00eet sur l\u2019\u00e9cran ou une alerte sonore. Trop de stimuli nuit; la productivit\u00e9 baisserait jusqu\u2019\u00e0 40% lorsqu\u2019on essaie de faire plusieurs choses \u00e0 la fois. Pertes de temps et erreurs sont in\u00e9vitables; en raison des transitions exig\u00e9es par le fait de changer constamment de t\u00e2che. Selon la compagnie informatique Intel, un employ\u00e9 consulte ses mails 50 fois par jour, produisant stress, fatigue et, en corollaire, une productivit\u00e9 et une satisfaction moindres. Une situation qui ne va pas s\u2019arranger, puisque le nombre de mails cro\u00eet \u00e0 un rythme annuel de 66%, selon l\u2019ePolicy Institute.<\/p>\n<p>Et ceux qui pensent que le multitasking concerne avant tout les femmes, g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9es pour g\u00e9rer toutes sortes de choses en parall\u00e8le, se trompent. \u00abEn fait, la majorit\u00e9 de mes clients sont des clientes, des femmes d\u2019affaires qui viennent me voir car depuis des ann\u00e9es, elles se sentent compl\u00e8tement incomp\u00e9tentes face \u00e0 des attentes sociales erron\u00e9es et l\u2019image v\u00e9hicul\u00e9e qu\u2019elles devraient \u00eatre capables de tout g\u00e9rer. Alors que les femmes, comme les hommes, peuvent tout faire &#8212; mais PAS en m\u00eame temps. A la limite, les femmes sont peut-\u00eatre plus rapides que les hommes \u00e0 passer d\u2019une t\u00e2che \u00e0 l\u2019autre\u00bb, insiste Dave Crenshaw.<\/p>\n<p>Personne ne sera \u00e9tonn\u00e9 d\u2019apprendre que les femmes font plus de choses en m\u00eame temps, que les hommes. Pas besoin de chercher tr\u00e8s loin pour comprendre. Depuis la nuit des temps, les m\u00e8res de famille n\u2019ont-elles pas travaill\u00e9, aux champs ou \u00e0 la maison, nettoy\u00e9, cuisin\u00e9 et bien s\u00fbr \u00e9lev\u00e9, nourri et blanchi des myriades d\u2019enfants? Dans une \u00e9tude parue fin 2011 dans l\u2019American Sociological Review, la chercheuse Shira Offer a d\u00e9montr\u00e9 que les m\u00e8res qui travaillent font plus de multitasking que les p\u00e8res, et que \u00abdans l\u2019ensemble, c\u2019est pour elles une exp\u00e9rience bien plus n\u00e9gative que pour les p\u00e8res\u00bb. \u00abL\u2019id\u00e9e r\u00e9pandue que les m\u00e8res ou les femmes en g\u00e9n\u00e9ral sont de parfaites adeptes du multi-tasking est trop simpliste\u00bb, r\u00e9sume cette professeure assistante au D\u00e9partement de sociologie de l\u2019Universit\u00e9 de Bar-Ilan, pr\u00e8s de Tel-Aviv (Isra\u00ebl).<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que la tendance n\u2019est pas pr\u00e8s de s\u2019inverser. \u00abBeaucoup de gens savent que le multitasking est n\u00e9faste. Mais leur comportement reste inchang\u00e9, car c\u2019est addictif, et que nous avons conditionn\u00e9 notre esprit et notre corps \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces stimuli. Sans parler de tous ceux, encore trop nombreux, qui sont fiers de leur capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer plusieurs choses de front\u00bb, indique Dave Crenshaw. Qui parle d\u2019exp\u00e9rience. \u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 comme s\u00e9v\u00e8rement hyperactif. Ajoutez \u00e0 cela que je suis un entrepreneur qui a toujours eu l\u2019habitude de g\u00e9rer plein de choses \u00e0 la fois et vous imaginez la gravit\u00e9 du cas. Mon bureau \u00e9tait dans une pagaille permanente, avec de la paperasse du sol au plafond, mais ma carri\u00e8re aussi \u00e9tait d\u00e9sorganis\u00e9e: je ne cessais d\u2019en changer.\u00bb Il s\u2019est pos\u00e9, s\u2019est concentr\u00e9, a \u00e9crit son livre, et se consacre d\u00e9sormais \u00e0 d\u00e9noncer les m\u00e9faits du multit\u00e2ches.<\/p>\n<p>\u00abCe qu\u2019il faut comprendre, c\u2019est que ce n\u2019est pas la technologie qu\u2019il faut remettre en question, mais la mani\u00e8re dont nous l\u2019utilisons, insiste Dave Crenshaw. Nous, ses utilisateurs, \u00e9voluons plus lentement qu\u2019elle, alors que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fis de productivit\u00e9 qui n\u2019existaient pas il y a vingt ans, et qui exigent de repenser la mani\u00e8re dont nous utilisons les outils technologiques dont nous disposons.\u00bb Et de conclure par ces mots \u00e0 la fois simples et \u00e9tonnants: \u00abIl est important de se rappeler que la technologie est \u00e0 notre service et que nous en sommes ma\u00eetres. Nous avons le pouvoir d\u2019\u00e9teindre notre portable, notre bo\u00eete \u00e9lectronique ou nos alertes de SMS. Mais ce qui est fou, c\u2019est que la majorit\u00e9 des gens ne s\u2019en rend pas compte.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>De l\u2019open office au slow work<\/strong><\/p>\n<p>Tr\u00e8s populaire jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, l\u2019espace de travail partag\u00e9, dit open space, est aujourd\u2019hui remis en question. Cette conception collective, pens\u00e9e pour renforcer le team building mais surtout l\u2019interaction et les synergies, se voit d\u00e9sormais associ\u00e9e \u00e0 une augmentation du stress et de mauvaises relations entre les employ\u00e9s. Alors quoi? Difficile de revenir au banal bureau d\u2019antan, trop cloisonn\u00e9. La revue d\u2019architecture Stream, cr\u00e9\u00e9e par l\u2019architecte fran\u00e7ais Philippe Chiambaretta, a consacr\u00e9 son \u00e9dition 2O12 au bureau postmoderne. Des entreprises comme Google, Facebook ou les studios Pixar ont fait les gros titres avec leurs espaces cool office d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la d\u00e9tente des employ\u00e9s. Au cool office r\u00e9pond le slow office, salle r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la concentration des employ\u00e9s. Les architectes con\u00e7oivent aujourd\u2019hui des espaces modulables, certains destin\u00e9s aux r\u00e9unions informelles o\u00f9 l\u2019on reste debout; d\u2019autres pour des rendez-vous importants, compl\u00e9t\u00e9s par des zones priv\u00e9es pour des moments de concentration. L\u2019enjeu aujourd\u2019hui est de combiner la cellule et le clo\u00eetre, le priv\u00e9 et l\u2019ouverture, r\u00e9sumait Philippe Chiambaretta.<\/p>\n<p>Chez la maison suisse de mobilier Vitra, c\u2019est le citizen office qui prime. L\u2019id\u00e9e est celle d\u2019un bureau interchangeable dont chaque membre est responsable et autonome. De plus en plus, notamment dans les start-up outre-Atlantique, les postes de travail sont modulables selon les activit\u00e9s de la journ\u00e9e. Sinon, des entreprises conseillent de changer les places attribu\u00e9es \u00e0 intervalle de quelques mois, afin d\u2019\u00e9viter la routine. Enfin, timidement, certains mettent en avant la notion de slow work, dans la droite ligne du mouvement slow food. C\u2019est le cas de l\u2019Am\u00e9ricain Pete Bacevice. L\u2019id\u00e9e: ralentir un rythme rendu fr\u00e9n\u00e9tique, en se bloquant des plages horaires o\u00f9 on ne laissera rien nous interrompre, en changeant de pi\u00e8ce pour retrouver l\u2019inspiration ou en sortant travailler dans un caf\u00e9.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 5).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vant\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, la capacit\u00e9 \u00e0 effectuer plusieurs t\u00e2ches de mani\u00e8re simultan\u00e9e se voit fortement remise en question. 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