



{"id":3888,"date":"2013-04-25T10:29:11","date_gmt":"2013-04-25T08:29:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3888"},"modified":"2013-04-26T09:44:27","modified_gmt":"2013-04-26T07:44:27","slug":"nucleaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3888","title":{"rendered":"Une caverne pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/042013\/Large25042013.jpg\" alt=\"Large25042013.jpg\" title=\"Large25042013.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Les portes du sas se referment derri\u00e8re la voiture. Nous entrons dans le tunnel, faiblement \u00e9clair\u00e9 par des n\u00e9ons. La route devient plus \u00e9troite, pour finalement ne plus laisser passer qu\u2019un seul v\u00e9hicule. \u00c7\u00e0 et l\u00e0, des hommes et des femmes apparaissent dans des galeries transversales. Casque viss\u00e9 sur la t\u00eate, ils s\u2019affairent sur divers instruments. Creusement d\u2019un tunnel? Mine? Pas du tout. Nous sommes au Mont Terri, un laboratoire d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la recherche sur le stockage en profondeur des d\u00e9chets nucl\u00e9aires. Son objectif: mieux conna\u00eetre les roches qui pourraient un jour accueillir pendant des centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es des mat\u00e9riaux hautement radioactifs.<\/p>\n<p>Situ\u00e9 au nord de Saint-Ursanne (Jura), le site se trouve \u00e0 pr\u00e8s de 300 m de profondeur, sous le Mont Terri. Il y a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 \u00e0 partir de 1996, dans la galerie de s\u00e9curit\u00e9 du tunnel autoroutier voisin de la Transjurane. Au d\u00e9part, seules quelques exp\u00e9riences occupaient des niches creus\u00e9es dans la roche; aujourd\u2019hui, environ 600 m de galeries sont am\u00e9nag\u00e9es. Quinze partenaires (europ\u00e9ens, am\u00e9ricains ou encore japonais) financent le projet, dont trois suisses: la Nagra, charg\u00e9e du stockage des d\u00e9chets radioactifs, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la topographie (Swisstopo), qui s\u2019occupe de l\u2019exploitation du site et coordonne les recherches, ainsi que l\u2019Inspection f\u00e9d\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 nucl\u00e9aire (IFSN).<\/p>\n<p><strong>Une roche imperm\u00e9able<\/strong><\/p>\n<p>La gen\u00e8se du projet remonte au chantier de creusement du tunnel autoroutier. \u00abDes g\u00e9ologues se sont aper\u00e7us que l\u2019une des couches rocheuses travers\u00e9es par la galerie \u00e9tait totalement imperm\u00e9able: on n\u2019y observait aucun suintement d\u2019eau, malgr\u00e9 sa pr\u00e9sence dans les couches g\u00e9ologiques adjacentes\u00bb, relate Christophe Nussbaum, responsable du projet Mont Terri chez Swisstopo. <\/p>\n<p>Or, l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 constitue l\u2019une des principales caract\u00e9ristiques recherch\u00e9es pour les roches destin\u00e9es \u00e0 recevoir un stockage de d\u00e9chets. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9tudier d\u2019un peu plus pr\u00e8s les propri\u00e9t\u00e9s des roches identifi\u00e9es au Mont Terri. Form\u00e9es il y a 180 millions d\u2019ann\u00e9es par d\u00e9p\u00f4t de s\u00e9diments marins, ces argiles \u00e0 Opalinus abritent de nombreux fossiles de l\u2019ammonite Leioceras opalinum, un mollusque \u00e0 la coquille opalescente.Ces argiles ne sont pas seulement imperm\u00e9ables, elles peuvent \u00e9galement fixer \u00e0 la surface des feuillets qui la composent les \u00e9l\u00e9ments radioactifs, ce qui limite leur d\u00e9placement. Elles poss\u00e8dent aussi une capacit\u00e9 d\u2019auto-cicatrisation: lorsqu\u2019une fracture appara\u00eet, par exemple sous l\u2019effet d\u2019un s\u00e9isme, l\u2019argile gonfle progressivement et colmate l\u2019espace laiss\u00e9 libre, ce qui limite les risques de mouvements de roches ou d\u2019infiltration d\u2019eau.<\/p>\n<p>Ces divers avantages ont amen\u00e9 la Suisse \u00e0 choisir les argiles \u00e0 Opalinus comme roches de r\u00e9f\u00e9rence pour le stockage en profondeur des d\u00e9chets radioactifs. Cependant, ces argiles ont aussi leurs d\u00e9fauts: elles sont en particulier tr\u00e8s friables, ce qui n\u00e9cessite d\u2019anticiper leurs d\u00e9formations pendant et apr\u00e8s le creusement des galeries. \u00abIl n\u2019existe pas de roche id\u00e9ale pour abriter les d\u00e9chets radioactifs, dit Meinert Rahn de l\u2019IFSN. D\u2019autres choix ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 faits \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment celui du sel en Allemagne et celui du granit dans les pays nordiques.\u00bb Une chose est s\u00fbre en tout cas: le site du Mont Terri lui-m\u00eame n\u2019abritera aucun d\u00e9chet, car il n\u2019est pas suffisamment profond. Et son emplacement sur un pli rocheux le rend moins stable qu\u2019un empilement r\u00e9gulier de couches g\u00e9ologiques.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00f4le des microbes<\/strong><\/p>\n<p>Retour sous terre, dans le laboratoire. Dans une galerie, un mod\u00e8le factice de \u00abcolis\u00bb de d\u00e9chets radio-actifs a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9. Ce conteneur de forme cylindrique de 5 m de long et 1 m de diam\u00e8tre est muni d\u2019une coque en acier d\u2019une quinzaine de centim\u00e8tres d\u2019\u00e9paisseur. Selon le concept de stockage envisag\u00e9 actuellement, ces conteneurs seront plac\u00e9s dans une galerie remplie de bentonite, un type d\u2019argile naturel qui gonfle au contact de l\u2019eau &#8212; de quoi \u00e9voquer une liti\u00e8re pour chats. La galerie sera ensuite scell\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019un \u00abbouchon\u00bb en b\u00e9ton.<\/p>\n<p>Qu\u2019arrivera-t-il \u00e0 ces conteneurs, une fois plac\u00e9s sous terre et laiss\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames? Pour le savoir, plusieurs hypoth\u00e8ses sont test\u00e9es au laboratoire du Mont Terri. Par exemple, les scientifiques pr\u00e9voient que l\u2019acier des conteneurs va s\u2019\u00e9roder au cours du temps et \u00e9mettre de l\u2019hydrog\u00e8ne gazeux. Celui-ci pourrait cr\u00e9er une surpression dans la roche et g\u00e9n\u00e9rer des fractures. Dans une exp\u00e9rience, des chercheurs ont for\u00e9 les argiles \u00e0 Opalinus afin d\u2019y injecter de l\u2019hydrog\u00e8ne. Ils se sont alors rendu compte que la quantit\u00e9 de gaz pr\u00e9sente dans la roche diminuait rapidement; le d\u00e9gagement d\u2019hydrog\u00e8ne ne repr\u00e9sente donc apparemment pas une menace pour la stabilit\u00e9 du d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<p>Mais comment expliquer la disparition de ce gaz? \u00abDeux hypoth\u00e8ses sont actuellement envisag\u00e9es: soit il est fix\u00e9 par les min\u00e9raux argileux, soit il est absorb\u00e9 par des micro-organismes\u00bb, avance Christophe Nussbaum.<\/p>\n<p>Des organismes microbiens ont en effet \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dans le laboratoire du Mont Terri il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, sans que l\u2019on sache encore s\u2019il s\u2019agit d\u2019esp\u00e8ces natives des lieux ou si elles y ont \u00e9t\u00e9 introduites par l\u2019\u00eatre humain. \u00abQuoi qu\u2019il en soit, il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tudier la mani\u00e8re dont ces organismes modifient la chimie de leur milieu, afin de d\u00e9terminer l\u2019impact qu\u2019ils pourraient avoir sur les d\u00e9chets, explique Rizlan Bernier-Latmani, responsable du laboratoire de microbiologie environnementale \u00e0 l\u2019EPFL, qui m\u00e8ne des recherches sur le site. Ils pourraient absorber une partie de l\u2019hydrog\u00e8ne \u00e9mis dans la roche ou acc\u00e9l\u00e9rer la corrosion des conteneurs. On les soup\u00e7onne \u00e9galement de pouvoir transformer ou fixer certains \u00e9l\u00e9ments radioactifs.\u00bb<\/p>\n<p><strong>De 10 \u00e0 100\u2019000 ans<\/strong><\/p>\n<p>Le laboratoire du Mont Terri abrite des d\u00e9monstrateurs destin\u00e9s \u00e0 valider les m\u00e9thodes de stockage des d\u00e9chets. L\u2019une de ces exp\u00e9riences, qui avait d\u00e9but\u00e9 en 2001, s\u2019est termin\u00e9e r\u00e9cemment. Un conteneur \u00e0 taille r\u00e9elle \u2013 mais sans d\u00e9chets \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u2013 a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans une galerie remplie de bentonite. Le comportement de la roche et des mat\u00e9riaux de comblement a ensuite \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 pendant une dizaine d\u2019ann\u00e9es, de quoi d\u00e9montrer la faisabilit\u00e9 technique du d\u00e9p\u00f4t envisag\u00e9 et \u00e9valuer certains param\u00e8tres de s\u00fbret\u00e9. <\/p>\n<p>Une exp\u00e9rience plus ambitieuse d\u00e9butera en 2014: un conteneur \u00e9mettant artificiellement de la chaleur sera plac\u00e9 dans les argiles afin de mieux simuler la pr\u00e9sence de mat\u00e9riel radioactif, une d\u00e9monstration qui doit se prolonger sur plusieurs d\u00e9cennies. Mais les \u00e9chelles de temps des d\u00e9chets nucl\u00e9aires sont autrement plus longues: 100\u2019000 ans pour les mat\u00e9riaux de moyenne activit\u00e9, un million d\u2019ann\u00e9es pour ceux de haute activit\u00e9. Des recherches, aussi pointues soient-elles, peuvent-elles vraiment se projeter dans un avenir aussi lointain afin de garantir la s\u00fbret\u00e9 d\u2019un d\u00e9p\u00f4t? \u00abNotre r\u00f4le est justement d\u2019imaginer l\u2019inimaginable, r\u00e9pond Christophe Nussbaum. Par exemple, la Terre pourrait conna\u00eetre une nouvelle phase de glaciation. C\u2019est pourquoi l\u2019on recommande de placer les d\u00e9chets \u00e0 500 m de la surface au minimum, afin qu\u2019ils ne soient pas touch\u00e9s par le creusement des vall\u00e9es occasionn\u00e9 par le retrait des glaciers.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Stocker les d\u00e9chets nucl\u00e9aires Suisses<\/strong><\/p>\n<p>La Suisse pr\u00e9voit d\u2019entreposer dans son sous-sol quelque 100\u2019000 m3 de d\u00e9chets nucl\u00e9aires de moyenne et haute activit\u00e9, issus principalement des centrales nucl\u00e9aires mais aussi de l\u2019industrie, de la m\u00e9decine et de la recherche. En avril 2008, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a approuv\u00e9 le plan sectoriel \u00abD\u00e9p\u00f4ts en couches profondes\u00bb qui d\u00e9finit les crit\u00e8res pour le choix des sites de stockage.<\/p>\n<p>La Nagra a propos\u00e9 plusieurs domaines d\u2019implantation appropri\u00e9s d\u2019un point de vue g\u00e9ologique. Le choix d\u00e9finitif interviendra dans plusieurs ann\u00e9es, apr\u00e8s comparaison de ces sites, mais sera sans aucun doute accompagn\u00e9 d\u2019\u00e2pres batailles politiques. L\u2019exploitation d\u2019un d\u00e9p\u00f4t profond ne devrait pas d\u00e9buter avant 2040.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Attention, danger!<\/strong><\/p>\n<p>Une fois referm\u00e9, un d\u00e9p\u00f4t de d\u00e9chets nucl\u00e9aire doit rester isol\u00e9 du monde qui l\u2019entoure pendant des centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es, le temps que la radio-activit\u00e9 diminue. Mais comment s\u2019assurer que personne ne puisse entrer &#8212; volontairement ou non &#8212; sur le site dans l\u2019intervalle? Un simple panneau \u00abAttention danger!\u00bb n\u2019est clairement pas suffisant, car il risque de devenir illisible au bout de quelques centaines ou milliers d\u2019ann\u00e9es\u2026 M\u00eame les symboles employ\u00e9s ou la langue utilis\u00e9e risquent de se transformer ou de dispara\u00eetre un jour. D\u2019autres solutions doivent donc \u00eatre envisag\u00e9es.<\/p>\n<p>Un projet am\u00e9ricain pr\u00e9voit de marquer les d\u00e9p\u00f4ts de d\u00e9chets \u00e0 l\u2019aide de st\u00e8les grav\u00e9es portant des repr\u00e9sen-tations de visages effray\u00e9s. Cependant, une signalisation trop voyante pr\u00e9sente le risque d\u2019attirer l\u2019attention des g\u00e9n\u00e9rations futures, qui voudront savoir ce que le site renferme. \u00abC\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 avec les pyramides d\u2019Egypte, illustre Meinert Rahn. Elles ont \u00e9t\u00e9 visit\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises par des personnes qui y recherchaient des objets de valeur.\u00bb La meilleure solution pourrait \u00eatre la plus simple: ne pas signaliser du tout le site &#8212; ou alors uniquement en profondeur, afin de dissuader les curieux qui auraient d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 creuser.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les montagnes du Jura, un laboratoire grandeur nature \u00e9tudie une roche susceptible d\u2019accueillir les d\u00e9chets nucl\u00e9aires suisses. L\u2019enjeu: assurer une parfaite stabilit\u00e9 sur 100\u2019000 ans.<\/p>\n","protected":false},"author":19993,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-3888","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3888","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19993"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3888"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3888\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3888"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3888"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3888"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}