



{"id":3878,"date":"2013-04-10T16:26:35","date_gmt":"2013-04-10T14:26:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3878"},"modified":"2013-04-11T08:57:22","modified_gmt":"2013-04-11T06:57:22","slug":"science","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3878","title":{"rendered":"R\u00e9inventer l&rsquo;\u00e9conomie pour pr\u00e9dire les crises"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/032013\/science_crises_der.jpg\" alt=\"science_crises_der.jpg\" title=\"science_crises_der.jpg\" width=\"468\" height=\"319\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Les catastrophes naturelles peuvent \u00eatre impr\u00e9visibles, mais pas les krachs boursiers. \u00abLa crise financi\u00e8re de 2007-2008 \u00e9tait \u00e9vitable, \u00e9crivait la Financial Crisis Inquiry Commission dans son rapport publi\u00e9 d\u00e9but 2011. [Elle] a \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat d\u2019actions et d\u2019inactions humaines, pas de Dame Nature ou de mod\u00e8les informatiques d\u00e9traqu\u00e9s. (\u2026) Il y avait des signaux d\u2019alarme. La trag\u00e9die, c\u2019est qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, les instruments de gestion de risque employ\u00e9s autant par les banques que par les r\u00e9gulateurs se sont av\u00e9r\u00e9s compl\u00e8tement d\u00e9ficients. \u00abDevant la crise, nous nous sommes sentis abandonn\u00e9s par les outils conventionnels\u00bb, d\u00e9clarait en 2010 Jean-Claude Trichet, alors pr\u00e9sident de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE). \u00abA mon avis, les \u00e9conomistes se sont \u00e9gar\u00e9s, car ils ont, en tant que groupe, confondu la beaut\u00e9 &#8212; rev\u00eatue d\u2019imposants atours math\u00e9matiques &#8212; avec la v\u00e9rit\u00e9\u00bb, \u00e9crivait quant \u00e0 lui l\u2019\u00e9conomiste Paul Krugman dans le \u00abNew York Times\u00bb du 2 septembre 2009. Son texte s\u2019est rapidement transform\u00e9 en une p\u00e9tition sign\u00e9e par 2\u2019000 intellectuels pour exiger de \u00abrevitaliser les sciences \u00e9conomiques apr\u00e8s le krach\u00bb. <\/p>\n<p>Depuis, un nombre croissant de penseurs veulent r\u00e9parer une science \u00e9conomique per\u00e7ue comme d\u00e9ficiente. Ils pr\u00e9conisent un changement de strat\u00e9gie radical. Alors que les sciences \u00e9conomiques classiques ont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent avanc\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de mod\u00e8les math\u00e9matiques fortement simplifi\u00e9s, cette nouvelle approche consid\u00e8re le monde financier comme une sorte d\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. <\/p>\n<p><strong>Approche interdisciplinaire<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLe probl\u00e8me principal de l\u2019approche standard est qu\u2019elle pr\u00e9suppose que les march\u00e9s atteignent un \u00e9tat d\u2019\u00e9quilibre, note Didier Sornette, directeur du Financial Crisis Observatory \u00e0 l\u2019EPF Zurich. Mais le syst\u00e8me financier global n\u2019est pas du tout en \u00e9quilibre, en particulier lors de phases de bulles ou de krachs.\u00bb La th\u00e9orie classique se base sur des principes abstraits selon lesquels l\u2019humain est un \u00abHomo oeconomicus\u00bb purement rationnel, qui d\u00e9sire uniquement maximiser son profit et sait parfaitement le faire. Mais cette vision simplifi\u00e9e ne correspond pas du tout \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, comme l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9 de nombreuses exp\u00e9riences de psychologie: l\u2019humain est \u00abirrationnel\u00bb, dans le sens qu\u2019il ne cherche pas toujours \u00e0 gagner le plus possible ou se trompe parfois dans son \u00e9valuation des risques.<\/p>\n<p>De nouvelles approches en science \u00e9conomique tiennent d\u00e9sormais compte de ces aspects et adoptent une forme de plus en plus interdisciplinaire. La psychologie permet ainsi de mieux caract\u00e9riser ce qui motive ses acteurs, des concepts emprunt\u00e9s \u00e0 la biologie cherchent \u00e0 \u00e9tudier la stabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me financier, alors que la physique caract\u00e9rise les phases de bulles pour mieux les pr\u00e9voir (lire ci-dessous).<\/p>\n<p>La th\u00e9orie des r\u00e9seaux apporte une pi\u00e8ce importante \u00e0 l\u2019\u00e9difice. Les chercheurs tentent de localiser les maillons faibles du r\u00e9seau financier mondial et d\u2019estimer l\u2019efficacit\u00e9 de mesures pouvant stabiliser la structure globale &#8212; comme par exemple la s\u00e9paration des activit\u00e9s de banque de d\u00e9p\u00f4t et d\u2019investissement. \u00abBeaucoup de gens ont gravement sous-estim\u00e9 l\u2019importance des r\u00e9actions en cha\u00eene, comme par exemple la faillite de Lehman Brothers, qui a pr\u00e9cipit\u00e9 une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements catastrophiques\u00bb, explique Dirk Helbing, physicien \u00e0 l\u2019EPF Zurich et directeur de FuturICT, un projet de recherche voulant simuler de mani\u00e8re informatique les crises soci\u00e9tales. \u00abLa plupart des infrastructures cr\u00e9\u00e9es par l\u2019homme poss\u00e8dent des m\u00e9canismes con\u00e7us pour emp\u00eacher la propagation des probl\u00e8mes, comme par exemple un disjoncteur pour un r\u00e9seau \u00e9lectrique, un firewall pour internet, ou simplement des back-up en cas de panne, poursuit Dirk Helbing Le syst\u00e8me financier, lui, ne poss\u00e8de ni disjoncteur ni back-up.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La soci\u00e9t\u00e9 simul\u00e9e sur ordinateur<\/strong><\/p>\n<p>Le physicien est convaincu que les nouvelles approches \u00e9conophysiques pourraient permettre d\u2019\u00e9viter les crises. Le volet financier du projet FuturICT commencera par rassembler au niveau global des donn\u00e9es telles que PIB, taux de ch\u00f4mage ou encore taux d\u2019int\u00e9r\u00eat afin de d\u00e9couvrir des corr\u00e9lations cach\u00e9es et de comprendre les m\u00e9canismes qui r\u00e9gissent la finance mondiale. Des mod\u00e9lisations simuleront les comportements des traders afin d\u2019observer la mani\u00e8re dont les ph\u00e9nom\u00e8nes de contagion collective se mettent en place et finissent par cr\u00e9er des bulles ou des krachs. Une derni\u00e8re \u00e9tape ambitieuse &#8212; voire utopique, d\u00e9noncent certains &#8212; veut proposer des outils d\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision capables de tester l\u2019impact de diff\u00e9rentes d\u00e9cisions politiques de mani\u00e8re virtuelle, avant leur \u00e9ventuelle mise en pratique.<\/p>\n<p>Depuis la crise financi\u00e8re, les acteurs du monde financier suivent de plus pr\u00e8s ces travaux acad\u00e9miques. La BCE a, par exemple, lanc\u00e9 le programme de recherche MARS afin de d\u00e9finir de nouveaux indicateurs des risques syst\u00e9miques. \u00abUne premi\u00e8re t\u00e2che consiste \u00e0 enrichir les mod\u00e8les existants en y incorporant des nouveaux aspects tels que l\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re, d\u00e9taille Carsten Detken de la BCE. Un deuxi\u00e8me axe utilise la th\u00e9orie des r\u00e9seaux pour \u00e9tudier par exemple les corr\u00e9lations entre les performances des banques et identifier ainsi des risques de contagion.\u00bb<\/p>\n<p>Mais Didier Sornette de l\u2019EPF Zurich n\u2019y croit qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9: \u00abLe d\u00e9calage entre la recherche et la pratique reste \u00e9norme. Il existe une tr\u00e8s grande inertie au sein des r\u00e9gulateurs &#8212; la majorit\u00e9 de ces fonctionnaires ne sont pas pr\u00eats \u00e0 remettre en question tout ce qu\u2019ils avaient appris pendant leur formation. Certains \u00e9conomistes de la vieille \u00e9cole appellent aujourd\u2019hui \u00e0 un renouveau, mais dans les faits, ne proposent rien de neuf. Les sciences \u00e9conomiques constituent un milieu particuli\u00e8rement conservateur, domin\u00e9 par des r\u00e9seaux organis\u00e9s autour d\u2019un petit nombre de courants. Il est tr\u00e8s difficile de se faire entendre lorsque l\u2019on va contre les dogmes en vigueur\u2026\u00bb<br \/>\n________<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9dire les bulles, c\u2019est possible<\/strong><\/p>\n<p>Didier Sornette en est convaincu: il est possible de pr\u00e9dire les bulles financi\u00e8res. Et le physicien d\u2019EPF Zurich compte bien le d\u00e9montrer. A quatre reprises, il a publi\u00e9 \u00e0 l\u2019avance et de mani\u00e8re chiffr\u00e9e ses pr\u00e9dictions: quelles actions, mati\u00e8res premi\u00e8res ou indices financiers sont d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9s dans une phase de bulle, et quand cette derni\u00e8re devrait prendre fin. Il a \u00e9galement annonc\u00e9 publiquement \u00e0 quelle date l\u2019analyse prendrait effet. Impossible d\u00e8s lors de tricher en s\u00e9lectionnant a posteriori ses pr\u00e9dictions ou le moment de l\u2019analyse. Pour le chercheur, les r\u00e9sultats sont positifs. \u00abSur les 27 bulles que nous avions par exemple identifi\u00e9es \u00e0 la fin 2010, 24 se sont av\u00e9r\u00e9es correctes. Et 17 sur 25 ont subi un changement de r\u00e9gime dans l\u2019intervalle de temps que nous avions pr\u00e9dit.\u00bb<\/p>\n<p>Son outil de diagnostic se base sur un mod\u00e8le \u00e9tabli en tissant des liens avec d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes physiques tels que les tremblements de terre ou la transformation d\u2019eau en glace. Son mod\u00e8le caract\u00e9rise une bulle par deux composantes: une croissance super-exponentielle qui traduit les effets de contagion (tout le monde veut acheter pour profiter de la hausse de la valeur) accompagn\u00e9e d\u2019oscillations provenant des traders qui vendent pour recoller au prix du fondamental.<\/p>\n<p>Pour Didier Sornette, son outil d\u2019analyse est fiable. \u00abNous pensons lancer une spin-off bas\u00e9e sur cette m\u00e9thode. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 en discussion avec un grand acteur de l\u2019\u00e9nergie suisse, qui est int\u00e9ress\u00e9 par le fait de pouvoir d\u00e9tecter \u00e0 temps la cr\u00e9ation d\u2019une bulle financi\u00e8re dans le secteur de l\u2019\u00e9nergie. Il pourrait alors s\u2019en prot\u00e9ger \u00e0 l\u2019aide d\u2019instruments de hedging tels que des contrats \u00e0 terme.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (6 \/ 2012).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des physiciens d\u00e9noncent les mod\u00e8les financiers jug\u00e9s trop simplistes pour anticiper les crises. Ils proposent des approches radicalement diff\u00e9rentes qui font appel aux th\u00e9ories des \u00e9cosyst\u00e8mes, des r\u00e9seaux et de la complexit\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":19478,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3878","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3878","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19478"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3878"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3878\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}