



{"id":3858,"date":"2013-03-07T14:27:51","date_gmt":"2013-03-07T12:27:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3858"},"modified":"2013-06-17T10:29:22","modified_gmt":"2013-06-17T08:29:22","slug":"valais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3858","title":{"rendered":"La disgr\u00e2ce du millionnaire qui voulait sauver Saas-Fee"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/032013\/110313.jpg\" alt=\"110313.jpg\" title=\"110313.jpg\" border=\"0\" height=\"310\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>A Saas-Fee, le r\u00eave am\u00e9ricain pourrait bien tourner au cauchemar pour un investisseur providentiel. Quand Edmond Offermann, sp\u00e9cialiste en hedge funds pour Renaissance Technologies LLC \u00e0 New York, s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la station valaisanne, en 2010, celle-ci \u00e9tait en perte de rentabilit\u00e9. L\u2019incomparable panorama n\u2019y suffisait plus: chiffre d\u2019affaires et nombre de nuit\u00e9es avaient recul\u00e9 ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es plus rapidement qu\u2019ailleurs en Suisse.<\/p>\n<p>De nouveaux investissements pour moderniser les remont\u00e9es m\u00e9caniques et attirer la client\u00e8le asiatique s\u2019av\u00e9raient n\u00e9cessaires. Des investissements que la commune ne pouvait assumer seule. Le financier, binational hollandoam\u00e9ricain, a alors rachet\u00e9 les actions des remont\u00e9es m\u00e9caniques de Saas-Fee d\u00e9tenues par la Compagnie des Alpes qui r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 un recentrage de ses activit\u00e9s en France. Le millionnaire expliquait \u00eatre tomb\u00e9 amoureux de la station alors qu\u2019il travaillait comme physicien nucl\u00e9aire au CERN, \u00e0 Gen\u00e8ve. Pour la petite histoire, ce g\u00e9nie des math\u00e9matiques semble avoir inspir\u00e9 le romancier anglais Robert Harris. L\u2019auteur de Ghost Writer, adapt\u00e9 par Roman Polanski au cin\u00e9ma, a publi\u00e9 The Fear Index l\u2019an dernier, un polar haletant dans le milieu de la finance \u00e0 Gen\u00e8ve avec un personnage dont le CV suit ligne par ligne celui d\u2019Edmond Offermann.<\/p>\n<p>Devenu actionnaire principal avec 39% des parts de la soci\u00e9t\u00e9, ce dernier s\u2019est d\u2019abord charg\u00e9 de faire des coupes dans le personnel, ainsi que dans les semaines d\u2019ouverture du domaine skiable pour obtenir une meilleure rentabilit\u00e9. Il souhaite d\u00e9sormais trouver des investisseurs ext\u00e9rieurs pour d\u00e9velopper la station. Sollicit\u00e9 par L\u2019Hebdo, il n\u2019a pas souhait\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0 nos questions pour l\u2019instant. Son projet passe par trois \u00e9tapes: la construction d\u2019un h\u00f4tel dot\u00e9 d\u2019une logistique moderne, la r\u00e9duction du temps de d\u00e9placement entre les habitations ainsi que les remont\u00e9es m\u00e9caniques et enfin la cr\u00e9ation de plusieurs installations avec comme projet phare une liaison alpine avec le domaine skiable de Zermatt en une heure. Ce qui n\u2019a pas encore soulev\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat du c\u00f4t\u00e9 de Zermatt.<\/p>\n<p>Si le projet de resort, qui impliquerait que les remont\u00e9es m\u00e9caniques g\u00e8rent aussi l\u2019offre h\u00f4teli\u00e8re de la station, entre en conflit avec la volont\u00e9 farouche d\u2019ind\u00e9pendance des entrepreneurs locaux, les autres projets apparaissent peu contest\u00e9s en soi. De telles id\u00e9es circulaient d\u00e9j\u00e0 dans la station avant l\u2019arriv\u00e9e du financier, \u00e0 l\u2019image de la liaison vers Zermatt, imagin\u00e9e en son temps par Hubert Bumann, pr\u00e9sident de la station entre 1949 et 1969.<\/p>\n<p>En coulisse, une guerre s\u2019est pourtant d\u00e9clar\u00e9e entre l\u2019investisseur et certaines figures locales. Les dissensions sont apparues au grand jour lors des derni\u00e8res r\u00e9unions du conseil d\u2019administration des Saas-Fee Bergbahnen (SFB) dont deux membres du village, Claude Bumann et Beat Anthamatten, ont d\u00e9missionn\u00e9 ou ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s vers la sortie par l\u2019Am\u00e9ricain. Ils ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par deux sp\u00e9cialistes du secteur, non-r\u00e9sidents de Saas-Fee.<\/p>\n<p>Ces \u00e9victions ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues comme une prise de pouvoir autoritaire par une partie de la population qui consid\u00e8re les SFB comme bien plus qu\u2019une entreprise. \u00abOn ne g\u00e8re pas des remont\u00e9es m\u00e9caniques comme Novartis ou Lonza. Les d\u00e9cisions qui sont prises ont un impact \u00e9cologique, social et macro\u00e9conomique sur tout le village\u00bb, explique Beat Anthamatten, h\u00f4telier et ex-pr\u00e9sident de Saas-Fee Tourisme, \u00e9ject\u00e9 du conseil d\u2019administration des SFB l\u2019an dernier.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des int\u00e9r\u00eats inextricablement li\u00e9s, la brouille n\u2019a depuis cess\u00e9 de s\u2019aggraver entre les partenaires. Cela, \u00e0 coups de petites phrases et d\u2019articles de presse. \u00abJ\u2019ai men\u00e9 les n\u00e9gociations avec Edmond Offermann pour la commune, se souvient Beat Anthamatten. A l\u2019\u00e9poque, on avait pass\u00e9 un accord pour que les gens du village gardent des r\u00f4les cl\u00e9s dans l\u2019entreprise. Or, par la suite, M. Offermann n\u2019a pas suivi cette politique et a chang\u00e9 de comportement \u00e0 notre \u00e9gard. Il nous a accus\u00e9s de ne rien comprendre au tourisme. Il a eu des paroles que je pr\u00e9f\u00e8re taire mais qui \u00e9taient tr\u00e8s dures \u00e0 notre encontre.\u00bb \u00abIl s\u2019est comport\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9phant dans un magasin de porcelaine\u00bb, rench\u00e9rit Tobias Zurbriggen, un autre h\u00f4telier et membre du Conseil communal. Un remake de l\u2019histoire du repreneur \u00e9tranger qui impose ses m\u00e9thodes de management sans \u00e9gard pour la culture locale? Oui. Sauf que dans ce fond de vall\u00e9e, elle se complique de particularismes bien ancr\u00e9s. Saas-Fee se situe dans un Haut-Valais r\u00e9put\u00e9 pour son caract\u00e8re fier. Quelques familles, la bourgeoisie locale, ont la mainmise depuis toujours sur les affaires publiques et \u00e9conomiques du village.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019\u00e9conomie est tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 la politique locale. Les municipalit\u00e9s ont souvent mis de l\u2019argent dans les remont\u00e9es. D\u2019o\u00f9 un certain chauvinisme\u00bb, analyse Vincent Riesen, directeur de la Chambre de commerce du Valais. L\u2019arriv\u00e9e d\u2019un sp\u00e9cialiste des hedge funds, jug\u00e9 condescendant et pr\u00e9occup\u00e9 de rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate, ne pouvait que cr\u00e9er des conflits. Ceux-ci se sont cristallis\u00e9s notamment autour de la r\u00e9duction du nombre de semaines d\u2019ouverture du domaine. \u00abQuand on ferme plus t\u00f4t pour limiter les co\u00fbts, on fait des pertes, on r\u00e9duit les profits des h\u00f4teliers\u00bb, explique Yvan Aymon, sp\u00e9cialiste du tourisme valaisan. \u00abDans les stations de ski, deux questions int\u00e9ressent tout le monde: celle des ouvertures journali\u00e8res et saisonni\u00e8res et celle des prix. Le reste c\u2019est du d\u00e9tail. Le probl\u00e8me, avec M. Offermann, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a consult\u00e9 personne avant de raccourcir la saison. La station fait 200 millions de chiffre d\u2019affaires, dont 25 millions pour le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique. Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9conomie int\u00e9grale, ce qui est peut-\u00eatre difficile \u00e0 comprendre pour lui\u00bb, rench\u00e9rit Beat Anthamatten.<\/p>\n<p>Pour l\u2019ancien directeur des remont\u00e9es de Lenzerheide, Rainer Flaig, nomm\u00e9 \u00e0 la t\u00eate des SFB par Edmond Offermann, ces dissensions sont le r\u00e9sultat d\u2019un esprit pass\u00e9iste et d\u2019un \u00aborgueil mal plac\u00e9\u00bb de la part de certains habitants. \u00abBeaucoup de bonnes choses ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 Saas-Fee par le pass\u00e9, mais les temps changent dans le tourisme et la globalisation touche aussi la station. Le march\u00e9 nous a envoy\u00e9 suffisamment de signaux clairs lors de la derni\u00e8re d\u00e9cennie qui montrent que Saas-Fee ne peut plus \u00eatre g\u00e9r\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats particuliers. Pour le futur, nous avons besoin d\u2019innovation et de capitaux frais de la part d\u2019investisseurs \u00e0 la vision durable comme Edmond Offermann. Avec le Conseil communal, nous devons convaincre la population par le biais d\u2019une communication entrepreneuriale et non plus politique.\u00bb<\/p>\n<p>Fond\u00e9e sur deux visions du monde difficilement r\u00e9conciliables, cette brouille met en relief la mue douloureuse \u00e0 laquelle sont confront\u00e9es les stations de ski helv\u00e9tiques. Alors que dans les pays voisins, comme en Autriche, le ski est en plein essor, le franc fort p\u00e8se toujours plus sur les affaires des stations suisses, les obligeant \u00e0 se r\u00e9inventer.<\/p>\n<p>A Saas-Fee, en d\u00e9pit des chamailleries, les fondamentaux demeurent positifs. Avec son glacier, son panorama, son village de carte postale, son domaine skiable en haute altitude, la station poss\u00e8de quantit\u00e9 d\u2019atouts. Qui plus est, elle atteint un quasi\u00e9quilibre de fr\u00e9quentation entre l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019hiver et elle a suivi jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui un d\u00e9veloppement mesur\u00e9, avec un nombre de r\u00e9sidences secondaires, les fameux lits froids, limit\u00e9. \u00abElle est Lex Weber compatible depuis des ann\u00e9es\u00bb, acquiesce Yvan Aymon.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019attitude d\u2019Edmond Offermann, les habitants du village se sont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent braqu\u00e9s chacun dans leur coin, mais une s\u00e9ance de deux jours au Conseil communal consacr\u00e9e \u00e0 la question devrait les r\u00e9unir en mars.<\/p>\n<p>L\u2019histoire pourrait tenir en haleine plusieurs communes alpines en Suisse, car d\u2019Andermatt \u00e0 Aminona, d\u2019autres investisseurs \u00e9trangers se lancent dans des projets d\u2019envergure qui risquent non seulement de modifier leur visage mais aussi de perturber certains \u00e9quilibres internes.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un magnat new-yorkais des hedge funds et les barons locaux s\u2019affrontent autour du d\u00e9veloppement de la station. 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