



{"id":3823,"date":"2013-01-10T11:58:34","date_gmt":"2013-01-10T09:58:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3823"},"modified":"2013-02-27T11:18:41","modified_gmt":"2013-02-27T09:18:41","slug":"musique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3823","title":{"rendered":"La valeur du live"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/012013\/large100113.png\" alt=\"large100113.png\" title=\"large100113.png\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><br \/>\nL\u2019industrie musicale semble enfin mieux respirer, apr\u00e8s une d\u00e9cennie noire. Entre 1999 et 2009, les ventes de disques ont chut\u00e9 de 26,3 milliards \u00e0 17 milliards de dollars, selon la F\u00e9d\u00e9ration internationale de l\u2019industrie phonographique. L\u2019espoir est revenu l\u2019an pass\u00e9, puisque dans son rapport annuel, l\u2019organisme a annonc\u00e9 une premi\u00e8re hausse des ventes gr\u00e2ce aux revenus du t\u00e9l\u00e9chargement et des abonnements streaming.<\/p>\n<p>Cette travers\u00e9e du d\u00e9sert a n\u00e9anmoins laiss\u00e9 des traces dans l\u2019univers de la musique. Pour ne pas sombrer, les maisons de disques et les managers d\u2019artistes ont cherch\u00e9 \u00e0 diversifier leurs sources de revenus. Les stars de la pop comme Lady Gaga ou Justin Bieber constituent plus que jamais des marques globales, aux ramifications multiples. L\u2019adolescent canadien \u00e9coule ainsi chaque ann\u00e9e l\u2019\u00e9quivalent de 120 millions de dollars de parfum \u00e0 son nom. \u00abNous n\u2019assistons pas \u00e0 la mort de notre industrie, mais \u00e0 sa mue, expliquait r\u00e9cemment son manager Scooter Braun au magazine The New Yorker. Les ventes de CD ont baiss\u00e9 drastiquement, mais le business global est en croissance gr\u00e2ce aux licences, au merchandising et aux ventes num\u00e9riques.\u00bb<\/p>\n<p>Comme tous les musiciens n\u2019ont pas le potentiel aromatique du blondinet, leurs managers ont \u00e9galement mis\u00e9 sur les concerts pour compenser le recul des ventes de disques. Depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, les tourn\u00e9es s\u2019allongent tandis que l\u2019offre en salles et en festivals s\u2019\u00e9toffe, ce qui g\u00e9n\u00e8re une hausse du chiffre d\u2019affaires des spectacles. \u00abEn Suisse, les recettes des concerts ont d\u00e9pass\u00e9 celles de la vente de musique enregistr\u00e9e il y a environ cinq ans\u00bb, confirme Vincent Sager, le directeur de l\u2019organisateur de spectacles Opus One. Pour Patrick David, co-fondateur de l\u2019agence lausannoise de tourn\u00e9e et de management Two Gentlemen, ce succ\u00e8s s\u2019explique par un \u00e9largissement de la base de public: \u00abLe nombre de personnes qui ont des casques sur les oreilles dans la rue ou dans le train t\u00e9moigne de l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant des gens pour la musique.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une aubaine d\u2019abord pour les stars<\/strong><\/p>\n<p>Jadis g\u00e9r\u00e9e par de petites soci\u00e9t\u00e9s artisanales, l\u2019organisation de spectacles a attir\u00e9 de puissants acteurs all\u00e9ch\u00e9s par les perspectives financi\u00e8res de cette nouvelle poule aux \u0153ufs d\u2019or. Les majors ont rachet\u00e9 des entreprises de tourn\u00e9es, \u00e0 l\u2019image de Warner qui a acquis Jean-Claude Camus Productions, le producteur de Johnny Hallyday ou de Michel Sardou. Surtout, des organisateurs de concerts comme Live Nation ou AEG Live, tous deux fond\u00e9s en 2005, contr\u00f4lent d\u00e9sormais tous les maillons de la cha\u00eene, de la billetterie aux infrastructures. Pour s\u2019assurer les services des plus grandes stars, ces tourneurs font de la surench\u00e8re, proposant des dizaines, voire des centaines de millions de dollars, \u00e0 des artistes comme Madonna, Jay-Z ou U2. Dans le monde francophone, des artistes tels que Yannick Noah ou David Guetta engrangent plusieurs millions d\u2019euros par an avec leurs tourn\u00e9es. \u00abDans le jazz, un musicien comme Keith Jarrett r\u00e9clame des sommes \u00e0 six chiffres\u00bb, rel\u00e8ve pour sa part George Robert, directeur de la section jazz au Conservatoire de Lausanne.<\/p>\n<p>Pour rentabiliser leurs investissements consid\u00e9rables, les tourneurs ont impos\u00e9 une hausse substantielle du prix des billets. \u00abIl y a quinze ans, le prix de r\u00e9f\u00e9rence se situait autour de 50 francs, aujourd\u2019hui il d\u00e9passe les 85 francs\u00bb, constate ainsi Vincent Sager d\u2019Opus One. Des majorations qui ne semblent pour l\u2019instant pas influencer de mani\u00e8re n\u00e9gative la fr\u00e9quentation, m\u00eame si le syst\u00e8me comporte ses limites. Le r\u00e9cent concert de Madonna \u00e0 l\u2019Olympia \u00e0 Paris, lors duquel les fans ont hu\u00e9 la chanteuse au son de \u00abRemboursez!\u00bb \u00e0 la fin d\u2019une prestation de 45 minutes sans rappel pour des billets allant de 90 \u00e0 200 euros, montre que le public n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 se faire tondre sans contrepartie.<\/p>\n<p>Les perspectives financi\u00e8res des artistes varient en r\u00e9alit\u00e9 beaucoup en fonction des circuits sur lesquels ils se produisent. \u00abEn r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les cachets des artistes de jazz qui jouent dans les grands festivals ont augment\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. A l\u2019inverse, la situation de ceux qui \u00e9voluent dans les clubs s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e. A Paris, par exemple, on leur propose souvent un fixe tr\u00e8s bas et un pourcentage sur les entr\u00e9es, ce qui les oblige \u00e0 d\u00e9penser beaucoup d\u2019\u00e9nergie en autopromotion\u00bb, analyse George Robert.<\/p>\n<p><strong>Les programmateurs ont le beau r\u00f4le <\/strong><\/p>\n<p>En Suisse, une convention collective sign\u00e9e par 35 clubs recommande une r\u00e9mun\u00e9ration minimale de 400 \u00e0 500 francs pour les musiciens de jazz. \u00abMais dans les autres genres musicaux, le march\u00e9 est compl\u00e8tement libre\u00bb, ajoute Marc Ridet, pr\u00e9sident de la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles (CMA). Dans ce cas, les cachets des artistes reposent sur leur notori\u00e9t\u00e9 et sur les lois de l\u2019offre et de la demande. \u00abComme les disques rapportent moins, il y a davantage de musiciens qui cherchent des dates de concerts. Assi\u00e9g\u00e9s par les demandes, les programmateurs peuvent se permettre d\u2019offrir des conditions moins attractives\u00bb, explique George Robert. Une situation qui a des cons\u00e9quences directes pour les musiciens du circuit alternatif: \u00abJe touche moins d\u2019argent qu\u2019en 2005 pour de plus gros concerts\u00bb, rel\u00e8ve ainsi Thomas Grandjean, le leader vaudois du groupe de rock BigPants.<\/p>\n<p>D\u2019autres facteurs influencent le montant des cachets \u00e0 la hausse comme \u00e0 la baisse. \u00abSi le manager cherche \u00e0 remplir un trou dans une tourn\u00e9e, il acceptera facilement de baisser les prix, parfois de moiti\u00e9, car il est toujours plus int\u00e9ressant de jouer \u2013 m\u00eame \u00e0 prix brad\u00e9 \u2013 que d\u2019assurer \u00e0 perte les frais d\u2019h\u00e9bergement et de bouche des musiciens\u00bb, souligne George Robert. Tout est affaire de n\u00e9gociation, et les programmateurs qui b\u00e9n\u00e9ficient de bonnes relations avec les managers et les artistes obtiennent g\u00e9n\u00e9ralement de meilleures conditions.<\/p>\n<p>L\u2019importance \u00e9conomique du live par rapport au disque varie aussi selon les niches musicales: \u00abEn hip-hop, les musiciens r\u00e9alisent des ventes tr\u00e8s basses, mais font de bons scores en live, note Patrick David de Two Gentlemen. A l\u2019inverse, dans le rock, qui attire un public plus adulte, des groupes comme Radiohead parviennent \u00e0 vendre \u00e9norm\u00e9ment de coffrets collectors.\u00bb Une application de la BBC comptabilisant les t\u00e9l\u00e9chargements ill\u00e9gaux montre l\u2019importance du piratage en hip-hop: en France, le groupe de rap Sexion d\u2019Assaut arrive en t\u00eate des artistes pirat\u00e9s avec plus de 8 millions de titres \u00e9chang\u00e9s. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, les rappeurs Drake aux Etats-Unis et Kanye West au Canada dominent ce classement.<\/p>\n<p>S\u2019il ne l\u2019a pas totalement enterr\u00e9, le num\u00e9rique a taill\u00e9 le disque en pi\u00e8ces. Un d\u00e9pe\u00e7age qui a comme cons\u00e9quence le retour au vinyle pour les plus f\u00e9tichistes de l\u2019objet. Mais aussi au live, mani\u00e8re de partager un v\u00e9ritable moment avec un artiste, sa vision de la musique et sa sensibilit\u00e9, plus nuanc\u00e9e que sur le seul tube t\u00e9l\u00e9charg\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Emotion et authenticit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un paradoxe: en poussant \u00e0 l\u2019extr\u00eame la d\u00e9personnalisation de l\u2019artiste, d\u00e9crite d\u00e8s 1936 par le philosophe allemand Walter Benjamin dans son essai L\u2019\u0153uvre d\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa reproductibilit\u00e9 technique, les technologies contemporaines ont entra\u00een\u00e9 la revalorisation du corps du musicien et de sa prestation sur sc\u00e8ne. \u00abLors d\u2019un enregistrement classique, on colle des bouts de prise les uns aux autres afin d\u2019obtenir un produit parfait, aux d\u00e9pens de l\u2019\u00e9motion qui est la grande valeur du live\u00bb, confirme Eva Aroutunian, pianiste et directrice du Conservatoire de Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p>La spontan\u00e9it\u00e9 du concert ne se retrouve pas en studio. \u00abEn live, on se permet de changer les arrangements selon notre humeur et le rapport au public\u00bb, explique le chanteur de BigPants. Et George Robert de rench\u00e9rir: \u00abLes deux exercices n\u2019ont rien \u00e0 voir. Il y a dans le live une tension palpable, quelque chose de presque magique. Se retrouver \u00e0 un m\u00e8tre d\u2019un musicien est devenu quelque chose de tr\u00e8s important de nos jours, o\u00f9 l\u2019aspect visuel a gagn\u00e9 en importance. Voir un musicien constitue une exp\u00e9rience m\u00e9morable. On peut le v\u00e9rifier avec le succ\u00e8s des concerts diffus\u00e9s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, en DVD ou sur internet.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>INTERVIEW<\/p>\n<p><strong>\u00abLes acteurs non professionnels ont un contact direct avec le public\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre contemporain offre parfois des r\u00f4les \u00e0 des personnes sans exp\u00e9rience de la sc\u00e8ne. Barbara Giongo, productrice de la compagnie L\u2019Alakran d\u2019Oscar G\u00f3mez-Mata, qui a dirig\u00e9 les dipl\u00f4m\u00e9s de La Manufacture, explique cette d\u00e9marche. <\/em><\/p>\n<p><strong>Dans quel cadre avez-vous fait appel \u00e0 des acteurs amateurs? <\/strong><br \/>\nJe pr\u00e9f\u00e8re le terme non professionnel, car le mot amateur renvoie aux troupes qui jouent pour le plaisir. Dans notre pi\u00e8ce Ka\u00efros, mont\u00e9e \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve en 2009, nous avions par exemple fait appel \u00e0 Maria, \u00e2g\u00e9e de plus de 80 ans, qui \u00e9tait toujours sur sc\u00e8ne sur sa chaise \u00e0 roulettes, et \u00e0 un jeune gar\u00e7on d\u2019origine sri-lankaise, qui interpr\u00e9tait un vendeur de fleurs de rue.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi ne pas avoir choisi des acteurs professionnels? <\/strong><br \/>\nLes non professionnels contribuent au spectacle par leur seule pr\u00e9sence, comme ces personnes qui sautent dans l\u2019ar\u00e8ne sans savoir faire de la corrida, qu\u2019on appelle les espont\u00e1neos en espagnol. Ils ont un contact direct avec le public, qui se reconna\u00eet dans leur fragilit\u00e9 naturelle, non construite.<\/p>\n<p><strong>Il aurait plut\u00f4t fallu engager un v\u00e9ritable vendeur de fleurs\u2026<\/strong><br \/>\nC\u2019\u00e9tait notre id\u00e9e au d\u00e9part, mais ils n\u2019ont en g\u00e9n\u00e9ral pas de permis de s\u00e9jour. Impossible donc de les payer. Il arrive cependant que nous engagions des \u00ablocaux\u00bb lorsque nous partons en tourn\u00e9e. A Burgos, en Espagne, le th\u00e9\u00e2tre a recrut\u00e9 un vrai clandestin chinois qui vendait des DVD pirates. Le public l\u2019a reconnu et l\u2019a applaudi quand il est arriv\u00e9 sur sc\u00e8ne! Il s\u2019est retrouv\u00e9 subitement en pleine lumi\u00e8re, alors que d\u2019habitude il se cachait derri\u00e8re ses DVD. Cette intervention \u00e9tait tr\u00e8s forte.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue sans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 4).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Crise du disque oblige, les musiciens reprennent  la route pour gagner leur vie. 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