



{"id":3808,"date":"2012-12-13T15:45:02","date_gmt":"2012-12-13T13:45:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3808"},"modified":"2017-07-12T11:21:50","modified_gmt":"2017-07-12T09:21:50","slug":"suisse-192","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3808","title":{"rendered":"L\u2019obsol\u00e8te pr\u00e9tention du militaire \u00e0 incarner le pays"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/122012\/arm__e.jpg\" alt=\"arm__e.jpg\" title=\"arm__e.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><br \/>\nCe n\u2019est \u00e9videmment pas une bombe. Par 121 voix contre 56, le Conseil national, apr\u00e8s le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, a largement balay\u00e9 l&rsquo;initiative du Groupe pour une Suisse sans arm\u00e9e (GSsA). Laquelle, comme on sait, propose l\u2019abandon du service militaire obligatoire, tout en cr\u00e9ant un service civil volontaire ouvert \u00e0 chacun. C&rsquo;est la troisi\u00e8me tentative du GSsA de l\u00e9zarder la sainte institution de l\u2019arm\u00e9e de milice, les deux premi\u00e8res salves ayant \u00e9t\u00e9 s\u00e8chement transform\u00e9es en p\u00e9tards mouill\u00e9s par le peuple en 1989 et 2001.<\/p>\n<p>Rien de bien nouveau donc. Sauf que les arguments des amoureux du vert de gris ont spectaculairement vieilli, au point d\u2019appara\u00eetre si pas ridicules, du moins d\u2019une outrecuidance qui sent de plus en plus fort sa vieille baderne. On veut parler surtout du fond de l\u2019argumentation, de ce vieux principe inattaquable et essentialiste: que le citoyen suisse naitrait soldat, que servir dans l\u2019arm\u00e9e serait une affaire de culture et d\u2019identit\u00e9, qu\u2019attaquer donc l\u2019arm\u00e9e, ce serait attaquer la nature m\u00eame, la chair profonde du pays.<\/p>\n<p>Sauf qu\u2019une telle vision date d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on admettait volontiers l\u2019existence de plusieurs sortes de citoyens, de sous-citoyens \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des vrais et qui avaient pour droit principal celui de se taire. Les femmes par exemple. C\u2019est d\u2019ailleurs cet argument que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral utilise en 1957 contre le vote des femmes: la citoyennet\u00e9 \u00e9tant ins\u00e9parable de l\u2019obligation de servir, qui n\u2019est pas soldat ne vote pas, circulez mesdames.<\/p>\n<p>Ressasser aujourd\u2019hui l\u2019antienne que le service militaire ferait le citoyen, c\u2019est prof\u00e9rer cette vilenie: que les femmes, les mal portants, les fragiles psychologiquement ou, au contraire, les petits malins &#8212; de plus en plus nombreux \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la conscription, et encourag\u00e9s d\u00e9sormais en cela par le monde du travail &#8212; seraient des citoyens au rabais et de mauvais suisses.<\/p>\n<p>Une grande partie de la classe politique continue pourtant tranquillement de camper sur cette pauvre position. Et cela au c\u0153ur d\u2019une Europe o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 23 pays ont rang\u00e9 le service militaire  obligatoire sur le rayon de vieilleries aussi dat\u00e9es que les guerres napol\u00e9oniennes.<\/p>\n<p>Ainsi le PDC fribourgeois Dominique de Buman qualifie-t-il l&rsquo;initiative du GSsA de \u00absournoise\u00bb et ses initiants d&rsquo;\u00abennemis int\u00e9rieurs\u00bb n\u2019ayant qu\u2019un but, qu\u2019une obsession, qu\u2019une malveillance: \u00abaffaiblir l&rsquo;identit\u00e9 commune de la Suisse\u00bb. Du m\u00eame parti, le n\u00e9ophyte valaisan Yannick Buttet serine all\u00e9grement de vieux discours dignes de la mob ou de la guerre froide: \u00abSupprimer le service obligatoire, c\u2019est supprimer la coh\u00e9sion nationale et sociale.\u00bb Et sans doute ouvrir la porte \u00e0 la cinqui\u00e8me colonne et aux chars sovi\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Tout cela date d\u2019autant plus que, comme l\u2019a expliqu\u00e9 l\u2019historien Joseph Lang dans Le Temps, l\u2019arm\u00e9e de milice et l\u2019obligation de servir pourrait bien relever de la plus haute mythologie, patiemment construite puis \u00e2nonn\u00e9e. Ainsi, lors du pacte de 1815 l\u2019app\u00e9tit de l\u2019autorit\u00e9 pour la viande \u00e0 canons restait encore fort modeste: \u00abUn contingent de troupe sera form\u00e9 des hommes habiles au service militaire dans chaque canton, dans la proportion de deux soldats sur cent \u00e2mes.\u00bb<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1830, \u00e9crit encore Lang, la proportion d\u2019hommes en armes \u00abfut \u00e9lev\u00e9e \u00e0 4,5% de la population &#8212; en th\u00e9orie du moins, car ce nombre ne fut jamais atteint en pratique.\u00bb Des miliciens alors qui n\u2019\u00e9taient pas plus nombreux que les 20&rsquo;000 suisses mercenaires \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. La Constitution de 1848 ne \u00abchangea pas grand-chose \u00e0 la faiblesse quantitative et qualitative de l\u2019arm\u00e9e suisse\u00bb. La proportion d\u2019hommes astreints aux obligations militaires et effectuant leur service \u00abne d\u00e9passait pas 20%\u00bb et jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9vision totale de la Constitution en 1874, elle resta \u00abnettement en dessous de 40%\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est seulement avec la centralisation des forces arm\u00e9es en 1907 \u00abque le nombre de militaires augmenta, jusqu\u2019\u00e0 repr\u00e9senter 60% des jeunes hommes \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale\u00bb. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 ce moment l\u00e0 que \u00abprend forme le mythe qui lie obligations militaires et citoyennet\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Avec aujourd\u2019hui gu\u00e8re plus de 40% des jeunes qui se retrouvent incorpor\u00e9s, on quitte le mythe pour carr\u00e9ment le mensonge. Pour la grossi\u00e8re pr\u00e9tention d\u2019une minorit\u00e9 d\u2019incarner \u00e0 elle seule le pays.<\/p>\n<p>A tout honn\u00eate homme, la citoyennet\u00e9 suisse devrait apparaitre aujourd&rsquo;hui compatible aussi avec le militarisme obtus que l&rsquo;antimilitarisme b\u00e9at pour ne pas dire b\u00ealant. S\u2019agissant des ennemis int\u00e9rieurs, c\u2019est un autre vieux principe, tr\u00e8s en vogue jadis dans les cours d\u2019\u00e9cole, qui pourrait s\u2019appliquer: c\u2019est celui qui dit qui est.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019initiative du GSsA sur la fin de l\u2019obligation de servir fait ressurgir des arguments d\u2019un autre \u00e2ge. Qui peut croire encore que la citoyennet\u00e9 est au bout du fusil d\u2019assault?<\/p>\n","protected":false},"author":19223,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[1298],"class_list":["post-3808","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","tag-chroniques","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3808","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19223"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3808"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3808\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5206,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3808\/revisions\/5206"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3808"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3808"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3808"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}