



{"id":3803,"date":"2012-12-10T18:03:02","date_gmt":"2012-12-10T16:03:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3803"},"modified":"2012-12-10T18:51:46","modified_gmt":"2012-12-10T16:51:46","slug":"bourse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3803","title":{"rendered":"Facebook au Nasdaq: chronologie d\u2019un fiasco"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/122012\/bourse.jpg\" alt=\"bourse.jpg\" title=\"bourse.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><br \/>\nLe matin du 18 mai 2012, le patron-fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, \u00e2g\u00e9 de 28 ans et quatre jours, portait son traditionnel sweat-shirt \u00e0 capuche lorsqu\u2019il a fait sonner la cloche d\u2019ouverture du Nasdaq depuis le si\u00e8ge de son groupe, en Californie. Ce geste symbolique, que la Bourse new-yorkaise des valeurs technologiques autorise aux dirigeants des grandes soci\u00e9t\u00e9s lors de leur arriv\u00e9e sur le march\u00e9, sonnait aussi le d\u00e9but d\u2019une d\u00e9sillusion pour Facebook: introduit \u00e0 38 dollars, le titre du r\u00e9seau social avait perdu la moiti\u00e9 de sa valeur trois mois plus tard.<\/p>\n<p>L\u2019anecdote du sweat \u00e0 capuche (appel\u00e9 \u00abhoodie\u00bb outre-Atlantique) pourrait r\u00e9sumer le sentiment de nombreux commentateurs aux Etats-Unis, pays d\u2019origine du site internet aux 955 millions d\u2019utilisateurs. Quelques jours avant l\u2019entr\u00e9e en Bourse, le v\u00eatement de Mark Zuckerberg a d\u00e9clench\u00e9 une pol\u00e9mique, vite baptis\u00e9e \u00abhoodiegate\u00bb par les m\u00e9dias: des analystes de Bloomberg, du \u00abNew York Times\u00bb ou du \u00abWashington Post\u00bb se sont offusqu\u00e9s que le fondateur de Facebook porte cette tenue d\u00e9contract\u00e9e (celle des sportifs, des rappeurs ou des voyous) alors qu\u2019il rencontrait des investisseurs importants. <\/p>\n<p>Un manque de respect vis-\u00e0-vis de ces derniers, selon eux. L\u2019uniforme \u00abrelax\u00bb de la Silicon Valley est-il soluble dans le Nasdaq? Quand on se penche sur les raisons de la d\u00e9confiture de Facebook en Bourse, force est de constater que les cols blancs de la finance ont aussi leur part de responsabilit\u00e9 dans cette introduction rat\u00e9e. Dans les jours pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019introduction, Morgan Stanley, la banque qui pilotait l\u2019op\u00e9ration, a chang\u00e9 plusieurs fois la valeur de mise sur le march\u00e9, ainsi que le volume d\u2019actions.<\/p>\n<p>\u00abIl est extr\u00eamement rare qu\u2019on d\u00e9vie ainsi dans la fourchette de prix annonc\u00e9e initialement\u00bb, rappelle Thomas Neveux, associ\u00e9 chez Clipperton, firme de corporate finance sp\u00e9cialis\u00e9e dans les soci\u00e9t\u00e9s high-tech. \u00abLa banque et Facebook ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019augmenter le prix d\u2019introduction en fonction des pr\u00e9-souscriptions, annon\u00e7ant un maximum de 35 dollars l\u2019action, puis 36, puis 38. Ils ont aussi augment\u00e9 de 25% le volume de titres. Vis-\u00e0-vis des investisseurs, le message est d\u00e9sastreux: cela revient \u00e0 dire \u00abvous \u00eates de tels pigeons que nous allons vous donner encore plus de monnaie de singe, que vous ach\u00e8terez comme des fous.\u00bb\u00bb<\/p>\n<p>Selon Thomas Neveux, Facebook a \u00abp\u00e9ch\u00e9 par gourmandise, et aussi par aveuglement\u00bb. Le 18 mai, l\u2019action est donc propos\u00e9e \u00e0 38 dollars, valorisant la compagnie \u00e0 104 milliards de dollars &#8212; tr\u00e8s loin devant les 23 milliards de Google lors de son introduction, en 2004. Au soir de ce premier jour de cotation, le Nasdaq annonce qu\u2019un record de 576 millions d\u2019\u00e9changes a \u00e9t\u00e9 atteint. Mais le titre termine sur une tr\u00e8s d\u00e9cevante progression de 0,61%, \u00e0 38,23 dollars.<\/p>\n<p>On apprend rapidement que cette journ\u00e9e a connu plusieurs couacs, et conserve des zones d\u2019ombre. D\u00e9pass\u00e9 par l\u2019afflux d\u2019ordres, le Nasdaq a rencontr\u00e9 des probl\u00e8mes techniques qui ont emp\u00each\u00e9 des transactions. Selon le \u00abWall Street Journal\u00bb, ces probl\u00e8mes ont co\u00fbt\u00e9 en une journ\u00e9e 100 millions de dollars aux interm\u00e9diaires financiers, dont 30 millions pour UBS, qui veut \u00eatre indemnis\u00e9e. Et, surtout, le r\u00f4le des banques mandat\u00e9es par Facebook reste sujet \u00e0 caution. On leur reproche notamment d\u2019avoir communiqu\u00e9 des informations importantes \u00e0 certains investisseurs privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat, l\u2019arriv\u00e9e en Bourse de Facebook se double de scandales en puissance: Morgan Stanley, qui chapeautait l\u2019introduction, mais aussi JP Morgan, Goldman Sachs, Bank of America et la Barclays sont aujourd\u2019hui, ainsi que Facebook et le Nasdaq, l\u2019objet de proc\u00e9dures judiciaires en \u00abclass action\u00bb, ou d\u2019un proc\u00e8s intent\u00e9 par l\u2019Etat du Massachusetts, ou encore d\u2019enqu\u00eates de la SEC, le gendarme am\u00e9ricain de la Bourse.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 30 mai, Facebook avait d\u00e9j\u00e0 perdu le quart de sa valeur. Ce qui autorisait le \u00abWall Street Journal\u00bb, la \u00abbible\u00bb des march\u00e9s am\u00e9ricains, \u00e0 qualifier cette introduction en Bourse de \u00abfiasco\u00bb. Thomas Neveux estime que Facebook et ses banques ont mal \u00e9valu\u00e9 leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00absoutenir\u00bb la valorisation qu\u2019ils escomptaient pour la soci\u00e9t\u00e9: \u00abQuand on introduit une soci\u00e9t\u00e9 avec une valorisation \u00e9lev\u00e9e, il faut un contexte qui rende s\u00fbr, ou presque, que le cours sera tenable. Il faut donc que la soci\u00e9t\u00e9 soit en contexte d\u2019ultra-croissance.\u00bb En 2012, ce n\u2019\u00e9tait plus le cas pour Facebook. Selon l\u2019analyste, le site californien n\u2019a pas pu profiter de la fen\u00eatre id\u00e9ale, 2009 ou 2010, \u00e0 cause de la crise financi\u00e8re. Le 18 mai, Facebook avait la possibilit\u00e9 de r\u00e9ussir une tr\u00e8s forte valorisation, mais uniquement en raison de la tr\u00e8s forte attente que suscitait le titre.<\/p>\n<p>Faire cro\u00eetre le cours, ou m\u00eame le maintenir, s\u2019av\u00e8re plus difficile. \u00abAujourd\u2019hui, les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au \u00abbottom line\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la rentabilit\u00e9, et non au \u00abtop-line\u00bb, la croissance de la soci\u00e9t\u00e9. En mai, Facebook \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en train de saturer son march\u00e9.\u00bb Des lib\u00e9rations de \u00ablock-up\u00bb (des actions invendables jusqu\u2019\u00e0 une certaine date) ont ensuite contribu\u00e9 \u00e0 faire chuter le cours, comme le 16 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Les perspectives se sont toutefois am\u00e9lior\u00e9es au fil des mois. Et la confiance des investisseurs revient comme en t\u00e9moigne la progression de plus de 30% sur le mois de novembre. <\/p>\n<p>L\u2019action Facebook pourra remonter durablement si le r\u00e9seau arrive \u00e0 renouveler son business model. \u00abLe mod\u00e8le actuel, qui repose sur la publicit\u00e9, peut g\u00e9n\u00e9rer de la valeur, mais pas \u00e0 la hauteur de cette valorisation\u00bb, estime Gr\u00e9gory Pouy, consultant en marketing digital et fondateur de l\u2019agence La Mercatique. Le site, qui favorisait jusqu\u2019en mai le confort des utilisateurs en r\u00e9duisant au minimum la place de la publicit\u00e9, a chang\u00e9 de strat\u00e9gie depuis qu\u2019il est cot\u00e9. \u00abMais aujourd\u2019hui, seuls 8% des \u00abfans\u00bb d\u2019une marque voient les statuts post\u00e9s par cette marque, ce n\u2019est pas suffisant\u00bb, ajoute Gr\u00e9gory Pouy.<\/p>\n<p>Selon le consultant, Facebook devrait s\u2019inspirer d\u2019Apple, en d\u00e9veloppant sa plateforme d\u2019applications (dont certaines sont d\u00e9j\u00e0 payantes), ou de LinkedIn &#8212; le seul r\u00e9seau social \u00e0 r\u00e9ussir en Bourse &#8211;, en faisant payer ses \u00abheavy users\u00bb.<\/p>\n<p>En attendant, Facebook conserve de bons fondamentaux: de tr\u00e8s loin leader mondial des r\u00e9seaux sociaux, son leadership n\u2019est pas contest\u00e9 comme le furent ceux des d\u00e9funtes compagnies high-tech Netscape, AOL ou Altavista.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (no 5).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cotation en Bourse du plus grand r\u00e9seau social a provoqu\u00e9 un engouement sans pr\u00e9c\u00e9dent cet \u00e9t\u00e9, avant de c\u00e9der la place \u00e0 la d\u00e9sillusion et aux scandales. Histoire.<\/p>\n","protected":false},"author":19958,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3803","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3803","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19958"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3803"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3803\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3803"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3803"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3803"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}