



{"id":3795,"date":"2012-11-29T17:35:03","date_gmt":"2012-11-29T15:35:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3795"},"modified":"2012-11-30T12:33:42","modified_gmt":"2012-11-30T10:33:42","slug":"consommation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3795","title":{"rendered":"Vente au d\u00e9tail: la dictature des marques"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/112012\/EditionLargeur_Dictaturedesmarques.png\" alt=\"EditionLargeur_Dictaturedesmarques.png\" title=\"EditionLargeur_Dictaturedesmarques.png\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>27 septembre dernier. A la veille du lancement de l\u2019iPhone 5 en Suisse, un revendeur d\u2019Apple s\u2019impatiente. Son magasin ferme dans moins de trois heures et il n\u2019a toujours pas vu la couleur de l\u2019appareil. \u00abJe vais devoir en acheter un ou deux \u00e0 l\u2019Apple Store moi-m\u00eame pour pouvoir les pr\u00e9senter \u00e0 mes clients\u00bb, s\u2019indigne-t-il. Il fait pourtant partie des Apple Premium Resellers (APR), la cr\u00e8me des revendeurs helv\u00e9tiques de la marque. Or comme dans l\u2019horlogerie et l\u2019automobile, ces d\u00e9taillants sont d\u00e9sormais livr\u00e9s au bon vouloir de la maison m\u00e8re.<\/p>\n<p>La Suisse compte cinq Apple Premium Resellers, dont deux romands: Art Computer et MacS. A la diff\u00e9rence des autres revendeurs, ils ont l\u2019obligation de poss\u00e9der en rayon toute la gamme des produits, en plus d\u2019un \u00e9ventail \u00abexhaustif\u00bb de logiciels et d\u2019accessoires. Les vendeurs sont form\u00e9s aux articles et l\u2019habillage des magasins reprend les codes des Apple Stores.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019ind\u00e9pendants, les Premium Resellers sont confront\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 des exigences accrues de la part de leur fournisseur. \u00abApple veut tout contr\u00f4ler jusque dans les moindres d\u00e9tails, t\u00e9moigne l\u2019un d\u2019eux. Lorsque les APR ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s (en 2006, ndlr), il fallait des meubles blancs et des armoires noires, que nous avons d\u00fb faire fabriquer \u00e0 nos frais. Et puis, il y a une ann\u00e9e et demie, la marque a d\u00e9cid\u00e9 de tout changer. Si les adaptations ne sont pas r\u00e9alis\u00e9es d\u2019ici fin 2012, nous perdons notre statut.\u00bb<\/p>\n<p>Des documents confidentiels auxquels PME Magazine a eu acc\u00e8s d\u00e9crivent pr\u00e9cis\u00e9ment les am\u00e9nagements \u00e0 accomplir. Hauteur du plafond \u00e0 2,75 m\u00e8tres, surface au sol, positionnement des produits sur le pr\u00e9sentoir et m\u00eame angle d\u2019ouverture des ordinateurs: aucune marge de man\u0153uvre n\u2019est accord\u00e9e par la firme californienne.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 sur l\u2019existence de ce document et l\u2019objectif de ces nouvelles r\u00e8gles, Apple Suisse n\u2019a pas souhait\u00e9 faire de commentaire. L\u2019entreprise tient en tout cas \u00e0 ce que ses consignes soient appliqu\u00e9es puisqu\u2019elle envoie r\u00e9guli\u00e8rement des contr\u00f4leurs sur le terrain, dont certains interviennent anonymement. Le respect de ces normes a une incidence sur les marges, qui ne cessent de se r\u00e9duire (lire t\u00e9moignage ci-dessous).<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, il est reproch\u00e9 \u00e0 Apple de vouloir d\u00e9tourner la client\u00e8le des revendeurs au profit de ses Apple Stores, qui ont fait leur apparition en Suisse en 2008, \u00e0 Gen\u00e8ve et Zurich. Retards dans les livraisons, adresses e-mail des clients r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es et produits vendus moins cher dans les Apple Stores que chez les revendeurs figurent parmi les pratiques d\u00e9nonc\u00e9es.<\/p>\n<p>Daniel Forster, \u00e0 qui appartiennent les boutiques MacS \u00e0 Lausanne et Fribourg, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 parler ouvertement de la concurrence des Apple Stores: \u00abDes exemples concrets ont montr\u00e9 que l\u2019implantation d\u2019un Apple Store dans une ville diminue le chiffre d\u2019affaires des revendeurs de la place d\u2019environ 50%.\u00bb Pour lui, Apple utilise les Premium Resellers pour \u00abfaire le boulot\u00bb \u00e0 la place des Apple Stores dans les endroits moins rentables ou dans lesquels Apple n\u2019est pas encore implant\u00e9.<\/p>\n<p>Une vision nuanc\u00e9e par Alexandre Robert-Tissot, propri\u00e9taire d\u2019Art Computer, pr\u00e9sent \u00e0 Gen\u00e8ve, Lausanne et Fribourg. L\u2019ouverture de l\u2019Apple Store du bout du L\u00e9man a fait plonger son chiffre d\u2019affaires de moiti\u00e9 la premi\u00e8re ann\u00e9e. Malgr\u00e9 cela, il juge que leur pr\u00e9sence engendre une \u00abconcurrence saine qui tire l\u2019ensemble du secteur vers le haut\u00bb et consid\u00e8re les exigences d\u2019Apple comme un \u00abgage de qualit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Concentration de la distribution<\/strong><\/p>\n<p>Les revendeurs d\u2019Apple ne sont pas les seuls \u00e0 sentir l\u2019\u00e9tau de leur marque se resserrer. Dans l\u2019horlogerie, ce sont les d\u00e9taillants multimarques, qui assurent traditionnellement la distribution des montres, qui sont mis sous pression.<\/p>\n<p>\u00abEn dix ans, nos marges ont recul\u00e9 de 10%\u00bb, constate C\u00e9dric Pastore, qui tient l\u2019enseigne multimarques Pastore-Nicolet \u00e0 Gen\u00e8ve. Il repr\u00e9sente dix-sept fabricants, de Flik Flak \u00e0 Omega. \u00abLes conditions pour r\u00e9cup\u00e9rer de la marge sont devenues intenables, poursuit-il. Certains demandent des augmentations de chiffre d\u2019affaires de plus de 20% par ann\u00e9e!\u00bb<\/p>\n<p>Stocks davantage fournis, reprise de collections enti\u00e8res et conditions durcies pour l\u2019obtention de pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es font partie des nouvelles contraintes avec lesquelles doivent composer les multimarques. En cause, notamment, les standards plus \u00e9lev\u00e9s de certaines griffes mont\u00e9es en gamme et qui r\u00e9clament de meilleurs chiffres de vente. La pr\u00e9sentation elle aussi importe nettement plus qu\u2019auparavant. Les vitrines doivent d\u00e9sormais refl\u00e9ter le prestige des manufactures.<\/p>\n<p>Des pr\u00e9occupations financi\u00e8res entrent aussi en jeu. \u00abDepuis que les grands groupes horlogers se sont introduits en Bourse il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, ils visent \u00e0 satisfaire leurs actionnaires\u00bb, remarque Fr\u00e9d\u00e9ric Comotti, propri\u00e9taire de la boutique multimarques Maverick \u00e0 Gen\u00e8ve et fin connaisseur de l\u2019industrie du luxe.<\/p>\n<p>Jean-Claude Biver, pr\u00e9sident de Hublot, membre du groupe fran\u00e7ais LVMH, ne s\u2019en cache pas: \u00abLes exigences de certaines marques sont renforc\u00e9es, mais elles le sont \u00e0 la hauteur de leur chiffre d\u2019affaires. Cela dit, nous ne sommes pas dans une position de pression, de rapports de force, mais dans une optique de dialogue et de partenariat.\u00bb Une affirmation qui peine \u00e0 convaincre. \u00abSi les d\u00e9sid\u00e9ratas d\u2019une marque ne sont pas respect\u00e9s, nous risquons tout simplement de la perdre\u00bb, confie un revendeur de la place genevoise.<\/p>\n<p>Comme Apple, certaines manufactures tentent aujourd\u2019hui de privil\u00e9gier leur r\u00e9seau de distribution propre. Les monoboutiques, que la profession appelle \u00abflagships\u00bb, d\u00e9di\u00e9es \u00e0 un seul nom, fleurissent un peu partout. Des maisons comme Swatch, Omega et Hublot en ont fait le pilier de leur strat\u00e9gie.<\/p>\n<p>\u00abLa tendance est l\u00e0. Elle touche toute la Suisse mais de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e, confirme Marc Alain Christen, secr\u00e9taire de l\u2019Association suisse des maisons sp\u00e9cialis\u00e9es en horlogerie et bijouterie (ASHB), qui compte 450 membres. Les grandes villes sont les plus concern\u00e9es.\u00bb Gen\u00e8ve, symbole horloger, compte ainsi \u00e0 l\u2019heure actuelle plus de monoboutiques que de d\u00e9taillants multimarques (51 contre 50).<\/p>\n<p>Pour les fabricants, les flagships pr\u00e9sentent des avantages multiples, \u00e0 commencer par un gain d\u2019image, mais aussi une meilleure gestion des stocks, la r\u00e9cup\u00e9ration de la marge, la ma\u00eetrise directe du client ou encore l\u2019encadrement des vendeurs. \u00abL\u2019objectif, c\u2019est d\u2019aller vers une concentration verticale, r\u00e9sume Fr\u00e9d\u00e9ric Comotti. L\u2019ambition de certaines marques est de pouvoir \u00e9couler leur production \u00e0 70-80% sans passer par les d\u00e9taillants.\u00bb<\/p>\n<p>Pour Jean-Claude Biver, dont la marque Hublot compte une cinquantaine de boutiques en propre dans le monde (trois en Suisse), il s\u2019agit avant tout d\u2019une question d\u2019image: \u00abLes d\u00e9taillants qui vendent dix ou quinze marques ne peuvent pas les repr\u00e9senter toutes de la m\u00eame mani\u00e8re.\u00bb Il se d\u00e9fend de vouloir concurrencer les multimarques: \u00abLes deux sont compl\u00e9mentaires.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Course \u00e0 la performance<\/strong><\/p>\n<p>Des m\u00e9canismes similaires de contr\u00f4le de la distribution sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019automobile. En une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, le secteur a subi d\u2019importantes transformations. Les petits garages ind\u00e9pendants qui dominaient le paysage en proposant quasiment tous les m\u00eames services de vente et de r\u00e9paration sont d\u00e9sormais serr\u00e9s de pr\u00e8s par les constructeurs, qui tentent de d\u00e9velopper des r\u00e9seaux les plus repr\u00e9sentatifs possibles.<\/p>\n<p>En t\u00eate des imp\u00e9ratifs, les composants li\u00e9s \u00e0 la \u00abcorporate identity\u00bb, l\u2019image de marque: couleurs du garage, rev\u00eatement des sols, podiums de pr\u00e9sentation des mod\u00e8les, totem avec le logo devant la vitrine, etc. Ce dernier \u00e9l\u00e9ment co\u00fbte \u00e0 lui seul 10&rsquo;000 francs. Or les changements sont fr\u00e9quents. \u00abEn trente ans d\u2019agence, j\u2019en suis \u00e0 la quatri\u00e8me corporate identity diff\u00e9rente\u00bb, \u00e9num\u00e8re Roland Bandieri, agent Toyota \u00e0 Bassins, dans le canton de Vaud.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de cela, les revendeurs sont pouss\u00e9s \u00e0 la performance. \u00abDepuis dix-huit mois, nous devons consacrer en permanence au minimum 30% de notre budget annuel en commandes aupr\u00e8s de l\u2019usine\u00bb, d\u00e9taille David Senn, repr\u00e9sentant Audi, Seat, Skoda et Volkswagen \u00e0 Neuch\u00e2tel, La Chaux-de-Fonds et Yverdon. Il \u00e9coule pr\u00e8s de 3\u2019000 v\u00e9hicules par an. \u00abNous avons \u00e9galement d\u00fb augmenter les surfaces des showrooms et de stockage, ainsi que le nombre de places de travail dans les ateliers pour booster les ventes\u00bb, continue-t-il, avant de relativiser: \u00abLes investissements sont importants, mais au final nous sommes gagnants.\u00bb<\/p>\n<p>Car le durcissement des r\u00e8gles profite aux garages les plus grands, qui voient la concurrence s\u2019essouffler. \u00abLes petits bracaillons sont \u00e9limin\u00e9s\u00bb, se r\u00e9jouit l\u2019un d\u2019entre eux. Les concessionnaires de taille plus modeste peinent en effet \u00e0 joindre les deux bouts. \u00abIl faut constamment n\u00e9gocier, les marques tiennent le couteau par le manche\u00bb, illustre David Asticher, concessionnaire Saab, Seat et Suzuki \u00e0 La Chaux-de-Fonds (lire t\u00e9moignage).<\/p>\n<p>Pour ne rien arranger, la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 introduite en Suisse \u00e0 partir de 2003 a pouss\u00e9 les prix \u00e0 la baisse et fait chuter les marges. Le secteur sature (4,2 millions de v\u00e9hicules de tourisme recens\u00e9s sur les routes suisses en 2011) et le nombre de marques \u00e0 se le disputer a augment\u00e9, avec l\u2019arriv\u00e9e massive de constructeurs asiatiques.<\/p>\n<p>Et si le march\u00e9 de l\u2019occasion apparaissait  il y a quelques ann\u00e9es encore comme alternative porteuse d\u2019espoirs pour les petits garages, ce n\u2019est plus autant le cas. Les mod\u00e8les us\u00e9s ne se vendent plus aussi bien, concurrenc\u00e9s par les v\u00e9hicules neufs dont les prix ont fondu, notamment en raison de la hausse du franc et des primes \u00e0 l\u2019euro. Reste la r\u00e9paration et l\u2019entretien, ou l\u2019affiliation \u00e0 des franchises.<\/p>\n<p>Pour Albert Bonelli, pr\u00e9sident de la section genevoise de l\u2019Union professionnelle suisse de l\u2019automobile (UPSA), les marques n\u2019ont fait que s\u2019adapter \u00e0 des clients toujours plus exigeants et inform\u00e9s: \u00abAujourd\u2019hui, les gens changent de voiture chaque ann\u00e9e. Les standards \u00e9lev\u00e9s des constructeurs, ce sont peut-\u00eatre les consommateurs qui les ont engendr\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>\u00abApple a mis en place des exigences compl\u00e8tement folles\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>Anonyme, Apple Premium Reseller, Suisse<\/em><\/p>\n<p>Il y a six ans, quand les Apple Premium Resellers ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, on nous a pr\u00e9sent\u00e9 cela comme le Saint Graal. On nous a promis qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un partenariat, que les marges seraient correctes, que nous recevrions le mat\u00e9riel en primeur et que nous b\u00e9n\u00e9ficierions d\u2019un contact \u00e9troit avec Apple. On n\u2019a jamais rien vu de tout cela! En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019un titre honorifique qui n\u2019apporte en pratique que des ennuis.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019arriv\u00e9e des Apple Stores en Suisse en 2008, Apple a mis en place des exigences compl\u00e8tement folles. Nous n\u2019avons plus aucune marge de man\u0153uvre. Rien que pour le mobilier, les investissements \u00e0 accomplir atteignent pr\u00e8s de 100&rsquo;000 francs. Tout doit \u00eatre uniformis\u00e9. Par ailleurs, il y a de moins en moins de place pour les accessoires d\u2019autres marques, alors que c\u2019est sur ces produits tiers que nous gagnons de l\u2019argent.<\/p>\n<p>En dix ans, nos marges ont chut\u00e9 de moiti\u00e9. Chaque trimestre, de nouvelles conditions sont impos\u00e9es pour en raboter encore une partie. Les mesures ne sont pas incitatives, mais uniquement r\u00e9pressives. Elles sont irr\u00e9alistes. Il faudrait par exemple vendre un certain pourcentage de logiciels Apple. Or il est devenu impossible d\u2019en \u00e9couler un seul: Apple les vend exclusivement en direct. Malgr\u00e9 cela, nos vendeurs ont l\u2019obligation d\u2019\u00eatre certifi\u00e9s \u00e0 ces logiciels. Une certification (qui correspond \u00e0 une formation, ndlr) peut co\u00fbter jusqu\u2019\u00e0 6\u2019000 francs par logiciel.<\/p>\n<p>J\u2019ai interrog\u00e9 mes clients: ils ne viennent pas chez nous parce que nos armoires sont noires ou grises, mais parce qu\u2019ils appr\u00e9cient notre service client\u00e8le et qu\u2019ils nous connaissent. Dans un Apple Store, le produit est le h\u00e9ros. Le client ach\u00e8te et repart. C\u2019est la McDonaldisation de l\u2019informatique. Chez nous, c\u2019est exactement l\u2019inverse. Nous privil\u00e9gions la relation humaine.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>\u00abNous allons bient\u00f4t devoir facturer chaque op\u00e9ration\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>David Asticher, Garage Asticher, La Chaux-de-Fonds <\/em><\/p>\n<p>Le garage existe depuis pr\u00e8s de quarante ans et je l\u2019ai repris en 1985. Je repr\u00e9sente Saab, Seat et Suzuki. A partir des ann\u00e9es 1990, il a fallu faire de tr\u00e8s importants investissements touchant \u00e0 la pr\u00e9sentation et \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement. Des contraintes nous ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es en termes de surface, de d\u00e9coration, de nombre de v\u00e9hicules de pr\u00e9sentation, avec \u00e0 chaque fois des d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires. Quelques ann\u00e9es plus tard arrivaient les contraintes financi\u00e8res li\u00e9es aux volumes de stockage minimaux (tunneling des commandes) et d\u00e9penses diverses obligatoires!<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, nos activit\u00e9s sont scrut\u00e9es de plus pr\u00e8s. Des volumes de ventes et des quotas de commandes aupr\u00e8s des fournisseurs doivent \u00eatre respect\u00e9s. Le pourcentage de voitures en stock a \u00e9t\u00e9 rehauss\u00e9. Pour une surveillance accrue, chaque v\u00e9hicule qui passe au garage doit \u00eatre communiqu\u00e9 \u00e0 la marque. Rien que pour cela, j\u2019ai d\u00fb acheter un logiciel \u00e0 10&rsquo;000 francs. Les chiffres sont ensuite analys\u00e9s \u00abpour notre bien\u00bb.<\/p>\n<p>A cela, il faut ajouter la formation des m\u00e9caniciens aux nouveaux mod\u00e8les, qui co\u00fbte environ 10&rsquo;000 francs par ann\u00e9e et par technicien. Ces formations ne sont plus incluses dans le produit. L\u2019outillage n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019entretien des mod\u00e8les est aussi \u00e0 nos frais, tout comme une bonne part de la publicit\u00e9. Du respect de ces exigences d\u00e9pendent une partie des marges, avec la mise en place d\u2019un syst\u00e8me de ristournes. Seuls 10 \u00e0 20% des concessionnaires parviennent \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces objectifs.<\/p>\n<p>Le garage s\u2019en sort relativement bien car j\u2019ai su anticiper. Mais je me demande parfois s\u2019il vaut la peine de continuer, surtout en p\u00e9riode de crise. Le pilotage est serr\u00e9. Je ne parviendrais plus \u00e0 financer les millions n\u00e9cessaires \u00e0 la construction d\u2019un nouveau garage.<\/p>\n<p>Les alternatives? Etre plus pointu sur le mode de facturation. Nous allons bient\u00f4t devoir facturer chaque op\u00e9ration, comme chez le m\u00e9decin. Cela dit, il ne faut pas cracher dans la soupe: les r\u00e9formes demand\u00e9es ne sont pas toutes mauvaises. La base est solide. Mais seuls les garages les mieux adapt\u00e9s survivront.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>\u00abJ\u2019ai d\u00fb m\u2019adapter pour satisfaire certaines marques\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>Olivier Zbinden, Horlogerie-bijouterie<\/em><\/p>\n<p>Depuis que j\u2019ai repris la boutique en 2000, les exigences de certains de nos fournisseurs se sont durcies et les marges ont diminu\u00e9. Officiellement, rien n\u2019est jamais impos\u00e9: le chemin est indiqu\u00e9. En mati\u00e8re de chiffre d\u2019affaires par exemple, les marques ne formulent pas d\u2019objectifs pr\u00e9cis mais appr\u00e9cient que certains r\u00e9sultats soient tenus. Les marges arri\u00e8res (telles que des ristournes, ndlr) en d\u00e9pendent notamment.<\/p>\n<p>En l\u2019espace de quelques ann\u00e9es, certaines manufactures ont pris de l\u2019importance et veulent que cela se refl\u00e8te chez leurs d\u00e9taillants. C\u2019est logique, mais il faut pouvoir s\u2019adapter. En 2005, j\u2019ai senti le vent tourner et qu\u2019il \u00e9tait temps de proc\u00e9der \u00e0 des am\u00e9nagements, sans quoi je risquais de froisser certains partenaires. La boutique a \u00e9t\u00e9 agrandie d\u2019un quart. J\u2019ai d\u00fb investir des centaines de milliers de francs. Depuis, il faut r\u00e9guli\u00e8rement effectuer de nouveaux investissements.<\/p>\n<p>Les d\u00e9taillants helv\u00e9tiques font selon moi les frais des nouvelles politiques des fabricants pour le monde entier car la Suisse est le visage de l\u2019horlogerie. De nombreux touristes viennent y acheter leurs montres et les vitrines se doivent d\u2019\u00eatre impeccables.<\/p>\n<p>L\u2019avenir de mon magasin d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 de r\u00e9action face \u00e0 ces exigences. Je n\u2019ai aucune garantie de la part des marques pour le futur, d\u2019autant que la concurrence internationale nous complique encore la t\u00e2che. Mais je reste confiant et compte bien trouver les solutions pour p\u00e9renniser l\u2019entreprise familiale.<\/p>\n<p>Certaines marques milieu de gamme auront toujours besoin de leurs d\u00e9taillants pour les repr\u00e9senter. Mon objectif dans l\u2019imm\u00e9diat est donc de parvenir \u00e0 conserver nos partenaires les plus importants. Pour cela, nous allons en r\u00e9duire le nombre, de dix-sept \u00e0 une dizaine environ. Je comprends la volont\u00e9 des fabricants et c\u2019est \u00e0 nous d\u2019investir pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Informatique, horlogerie, automobile: les grands groupes imposent des exigences toujours plus \u00e9lev\u00e9es \u00e0 leurs revendeurs, qui n\u2019ont d\u2019autre choix que de s\u2019adapter. La grogne monte.<\/p>\n","protected":false},"author":19892,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3795","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19892"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3795"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3795\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}