



{"id":3781,"date":"2012-11-07T15:44:12","date_gmt":"2012-11-07T13:44:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3781"},"modified":"2012-11-08T11:39:50","modified_gmt":"2012-11-08T09:39:50","slug":"jet-set","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3781","title":{"rendered":"Itin\u00e9raire d\u2019un enfant g\u00e2t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/EditionLargeur_JeanPigozzii.png\" alt=\"EditionLargeur_JeanPigozzii.png\" title=\"EditionLargeur_JeanPigozzii.png\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/>Jean Pigozzi nous donne rendez-vous au caf\u00e9 du Mus\u00e9e d\u2019art moderne de la Ville de Paris avant sa visite de la collection de Michael Werner, puis change de plan \u00e0 la derni\u00e8re minute. Finalement, l\u2019entretien se d\u00e9roule quelques m\u00e8tres plus loin chez Carette, un tea-room de la place du Trocad\u00e9ro. \u00abQuand j\u2019\u00e9tais enfant, ma grand-m\u00e8re m\u2019emmenait l\u00e0 pour m\u2019offrir une glace. C\u2019\u00e9tait un haut lieu du trafic de drogue. Les patronnes, deux vieilles dames, ne voyaient rien au man\u00e8ge\u00bb, s\u2019amuse-t-il \u00e0 notre arriv\u00e9e. Bond\u00e9 de touristes am\u00e9ricains r\u00e9alisant leur parisian dream en croquant une tartelette au citron meringu\u00e9e, le lieu a bien chang\u00e9. \u00abMais \u00e0 chaque fois que je passe dans le quartier, je m\u2019y arr\u00eate, c\u2019est un peu ma madeleine\u00bb, raconte le fils d\u2019Henri Pigozzi, fondateur de la marque automobile Simca. Plus qu\u2019un souvenir, le salon de th\u00e9 fait peut-\u00eatre office d\u2019ancrage pour cet homme de 60 ans, toujours en mouvement, qui poss\u00e8de des r\u00e9sidences dans le monde entier, dont un appartement en vieille ville de Gen\u00e8ve. C\u2019est aussi \u00e0 Gen\u00e8ve, au Port-Franc, qu\u2019est entrepos\u00e9e sa fabuleuse collection d\u2019art contemporain africain, la plus importante du genre au monde. <\/p>\n<p>Milliardaire, grand collectionneur, grand m\u00e9c\u00e8ne, grand voyageur, ami de tout ce que compte la plan\u00e8te de c\u00e9l\u00e8bre: Jean Pigozzi est une figure hyperbolique digne de Rabelais. Sa stature XXL, aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans ce caf\u00e9 parisien encombr\u00e9, renforce ce sentiment d\u2019insatiable app\u00e9tit et de jovialit\u00e9. Un physique de colosse qui lui a valu une chiquenaude de cette chipie de Tom Ford. Alors qu\u2019il se plaignait de ne rien trouver dans la boutique new-yorkaise du cr\u00e9ateur de mode, la langue de vip\u00e8re texane lui a r\u00e9torqu\u00e9 que \u00ables personnes en surpoids ne sont pas les bienvenues dans ses magasins\u00bb. C\u2019est toujours bon \u00e0 savoir. <\/p>\n<p>Pigozzi a pris sa revanche r\u00e9cemment gr\u00e2ce au magazine Vanity Fair qui l\u2019a \u00e9lu parmi ses personnalit\u00e9s les mieux habill\u00e9es de l\u2019ann\u00e9e. \u00abLa mention m\u2019a fait plaisir parce que je ne porte jamais de costumes\u00bb, nous glisse-t-il. De fait, son \u00e9l\u00e9gance est un pied de nez \u00e0 l\u2019orthodoxie maniaque promue par les arbitres du bon go\u00fbt \u00e0 la Tom Ford. Streetwear de jour, Pigozzi porte des polos et des baskets fluo. Le soir, on le croise fleuri de ses iconiques chemises \u00e0 imprim\u00e9s hawa\u00efens, t\u00eates de mort, pois, ou encore motifs figuratifs tels que des sushis. Un style que ce navigateur semble avoir emprunt\u00e9 \u00e0 des \u00e9ternels vacanciers comme Antoine ou Carlos, mais qu\u2019il a sorti du marigot de la beauferie gr\u00e2ce \u00e0 son sens de l\u2019ironie. <\/p>\n<p>\u00abDepuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, j\u2019ach\u00e8te des tissus que je fais confectionner \u00e0 Hong Kong. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de cr\u00e9er un uniforme de forme fixe, mais dont les couleurs et les motifs varient.\u00bb Snob\u00e9 par les designers, il a lanc\u00e9 sa marque de v\u00eatements, histoire d\u2019\u00eatre s\u00fbr de trouver de quoi se v\u00eatir. Limoland s\u2019adresse \u00e0 ses pairs, les ROM, c\u2019est-\u00e0-dire les rich old men, du moins ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent la d\u00e9contraction color\u00e9e \u00e0 la rigueur de costumes marron ou bleu marine. La marque, disponible dans quelques boutiques comme Colette \u00e0 Paris, ne s\u2019embarrasse pas de faux-semblant et privil\u00e9gie l\u2019humour, \u00e0 l\u2019image de sa ligne de maillots de bain \u00abHedgefund\u00bb, en imprim\u00e9 symboles mon\u00e9taires. Limoland collabore aussi avec d\u2019autres marques comme le fabricant de jeans italien Replay, ce qui l\u2019ouvre \u00e0 une client\u00e8le moins fortun\u00e9e. Son logo rigolo de petit monstre bleu de l\u2019espace s\u2019inspire des figures du sculpteur tanzanien Georges Lilanga, l\u2019un des artistes de la collection d\u2019art africain de Pigozzi. <\/p>\n<p>Vue par pr\u00e8s d\u2019un million de spectateurs \u00e0 travers des expositions et des pr\u00eats \u00e0 des institutions comme le Guggenheim ou la Tate Modern, cet ensemble exceptionnel a largement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du continent africain sur la carte de l\u2019art actuel. \u00abJe l\u2019ai entam\u00e9e apr\u00e8s avoir visit\u00e9 l\u2019exposition Les Magiciens de la Terre au Centre Pompidou \u00e0 Paris en 1989. Auparavant, j\u2019associais l\u2019art africain \u00e0 l\u2019artisanat et aux arts premiers. J\u2019ai d\u00e9couvert une facette inattendue et je me suis mis en contact avec le commissaire Andr\u00e9 Magnin, qui \u00e9tait responsable de la section africaine de cette exposition.\u00bb Ensemble, ils ont \u00e9cum\u00e9 le continent, sorti de l\u2019anonymat quantit\u00e9s d\u2019artistes et r\u00e9uni des \u0153uvres qui m\u00ealent souvent techniques et sujets traditionnels \u00e0 des influences contemporaines li\u00e9es \u00e0 la pop culture. Depuis quelques ann\u00e9es, le collectionneur a chang\u00e9 d\u2019\u00e8re g\u00e9ographique, s\u2019int\u00e9ressant d\u00e9sormais avec la m\u00eame passion aux \u0153uvres de jeunes artistes japonais.<\/p>\n<p>Artiste lui-m\u00eame, il capture tout ce qui traverse son champ de vision avec son appareil photo de poche. Y compris les journalistes qui l\u2019interviewent, entre autres parce qu\u2019ils poss\u00e8dent les m\u00eames lunettes que lui. Cette pratique intensive de la photographie est une mani\u00e8re pour ce dyslexique de tenir son journal intime. Ses photos racontent une existence pass\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s des stars, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un paparazzo embarqu\u00e9, \u00e0 la fois dans l\u2019intimit\u00e9, dans l\u2019ombre et dans la lumi\u00e8re. <\/p>\n<p>Un autre tycoon, le galeriste Larry Gagosian, pr\u00e9sentait en 2010 quelques-uns de ses portraits, parmi lesquels cette sc\u00e8ne frappante de la rencontre de deux b\u00eates f\u00e9roces: Bill Gates nez \u00e0 nez avec un requin naturalis\u00e9 de Damien Hirst. C\u2019est en travaillant dans la production de films \u00e0 Hollywood, apr\u00e8s des \u00e9tudes d\u2019art \u00e0 Harvard, que Jean Pigozzi raconte avoir commenc\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter du beau linge. Son entregent et sa fortune l\u2019emm\u00e8nent ensuite dans tous les c\u00e9nacles: de l\u2019atelier de Sol LeWitt \u00e0 la Silicon Valley. Mais si d\u2019ordinaire l\u2019argent repa\u00eet et blase les enfants riches, il semble donner des ailes au Genevois. <\/p>\n<p>Pas qu\u2019un oisif d\u00e9cor\u00e9 de jolies blondes, cette multinationale \u00e0 lui tout seul s\u2019\u00e9loigne souvent du circuit de la jet-set internationale. On le signale r\u00e9guli\u00e8rement au Panama notamment. Propri\u00e9taire depuis les ann\u00e9es 1990 d\u2019un \u00eelot au large de ce pays d\u2019Am\u00e9rique centrale, il s\u2019inqui\u00e9tait des projets de d\u00e9veloppement du gouvernement de l\u2019\u00eele voisine de Coiba. \u00abCoiba abrite de nombreuses esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales end\u00e9miques. Elle est rest\u00e9e relativement inviol\u00e9e du fait de son isolement, car elle a servi de prison pendant de nombreuses ann\u00e9es. J\u2019ai fait les d\u00e9marches pour qu\u2019elle entre au patrimoine mondial de l\u2019Unesco, ce qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9 ardu. Il a fallu convaincre des autorit\u00e9s peu sensibles \u00e0 la question \u00e9cologique.\u00bb Afin de ne pas cadenasser \u00e0 nouveau cet ancien bagne, il y a install\u00e9 un centre de recherche oc\u00e9anographique de pointe, le Liquid Jungle Lab. Des scientifiques affluent d\u00e9sormais du monde entier dans ce centre high-tech pour \u00e9tudier des ph\u00e9nom\u00e8nes comme la mangrove. <\/p>\n<p>En ces temps, o\u00f9 les riches sont \u00e9pingl\u00e9s pour leur mesquinerie et que leurs arrangements avec le fisc subissent la d\u00e9sapprobation de l\u2019opinion publique, Jean Pigozzi le magnifique a quelque chose de r\u00e9jouissant: il redonne du panache \u00e0 sa caste de bienheureux. On le retrouve d\u2019ailleurs ce mois-ci dans les colonnes de Vanity Fair, qui appara\u00eet d\u00e9cid\u00e9ment comme son plus fid\u00e8le supporter, au rang des \u00abhommes de pouvoir en place\u00bb. Une forme de pouvoir gargantuesque et cr\u00e9ative qui rit \u00e0 pleine dent comme le petit monstre de Limoland. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>V\u00eatus de chemises \u00e0 fleurs exub\u00e9rantes, le milliardaire genevois Jean \u00abJohnny\u00bb Pigozzi s\u2019est assur\u00e9 une place au palmar\u00e8s des hommes les mieux habill\u00e9s de la plan\u00e8te de Vanity Fair. 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