



{"id":3716,"date":"2012-07-26T11:42:36","date_gmt":"2012-07-26T09:42:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3716"},"modified":"2012-07-30T07:20:40","modified_gmt":"2012-07-30T05:20:40","slug":"jo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3716","title":{"rendered":"Dans le cerveau de l\u2019athl\u00e8te de pointe"},"content":{"rendered":"<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/brain.jpg\" alt=\"brain.jpg\" title=\"brain.jpg\" border=\"0\" height=\"398\" width=\"468\" \/>En 1971, la Canadienne Penny Werthner battait le record du monde du 1000 m en salle aux Jeux panam\u00e9ricains de Cali (Colombie). Quarante ans plus tard, l\u2019ex-athl\u00e8te se souvient tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment de la course: \u00abC\u2019est comme si j\u2019\u00e9tais sortie de mon corps. Tout est devenu naturel. Courir ne demandait plus aucun effort. Un sentiment incroyable.\u00bb Elle est aujourd\u2019hui psychologue du sport et directrice de l\u2019Ecole de cin\u00e9tique humaine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa &#8212; et s\u2019int\u00e9resse aux ph\u00e9nom\u00e8nes biologiques qui se cachent derri\u00e8re ces moments d\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Ces instants o\u00f9 tout semble facile se caract\u00e9risent par une concentration absolue et le sentiment d\u2019effectuer de mani\u00e8re automatique des actions maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Les sportifs parlent du \u00abflow\u00bb ou de \u00abjouer dans la zone\u00bb. Ceux qui l\u2019ont v\u00e9cu \u00e9voquent souvent une notion d\u00e9form\u00e9e du passage du temps qui peut s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer ou ralentir. Parfois, certains ne se souviennent de rien. Juste apr\u00e8s avoir remport\u00e9 le 400 m haies aux Championnats du monde de 1993, la Britannique Sally Gunnell raconte qu\u2019elle ne se rappelle \u00ababsolument pas avoir franchi la derni\u00e8re haie\u00bb.<\/p>\n<p>Cet \u00e9tat si particulier intrigue les scientifiques, qui souhaiteraient pouvoir l\u2019\u00e9tudier dans un scanner c\u00e9r\u00e9bral et aider peut-\u00eatre les athl\u00e8tes \u00e0 le reproduire. Malheureusement, le ph\u00e9nom\u00e8ne est rare: Penny Werthner ne l\u2019a ressenti qu\u2019une fois dans toute sa carri\u00e8re sportive, Sally Gunnell \u00e0 deux reprises. La \u00abzone\u00bb n\u2019est pas une condition sine qua non au succ\u00e8s: \u00abBeaucoup d\u2019athl\u00e8tes m\u00e9daill\u00e9s olympiques avec qui j\u2019ai collabor\u00e9 ne d\u00e9crivent pas leurs performances comme des exp\u00e9riences de flow\u00bb, note Penny Werthner.<\/p>\n<p>De nombreuses caract\u00e9ristiques du flow &#8212; notamment la concentration et la capacit\u00e9 \u00e0 rester calme sous pression &#8212; constituent des ingr\u00e9dients de toute bonne performance. Penny Werther entra\u00eene les athl\u00e8tes \u00e0 les reproduire en laboratoire, au moyen de techniques bas\u00e9es sur le biofeedback.<\/p>\n<p><strong>Progresser gr\u00e2ce au scanner<\/strong><\/p>\n<p>Le biofeedback consiste \u00e0 mesurer des param\u00e8tres physiologiques tels que le rythme cardiaque, la respiration, la tension musculaire ou encore l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et \u00e0 les afficher au participant en temps r\u00e9el. En regardant ses propres donn\u00e9es \u00e9voluer, la personne apprend \u00e0 modifier son \u00e9tat corporel pour atteindre et maintenir certains niveaux physiologiques et reproduire ainsi un \u00e9tat vis\u00e9.<\/p>\n<p>Le type de neurofeedback le plus courant fonctionne gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9lectro-enc\u00e9phalographie (EEG) qui utilise des \u00e9lectrodes plac\u00e9es sur le cuir chevelu pour mesurer l\u2019activit\u00e9 proche de la surface du cerveau. La concentration d\u00e9tendue caract\u00e9ristique de la zone semble \u00eatre associ\u00e9e aux ondes alpha, des oscillations neuronales d\u2019une fr\u00e9quence d\u2019environ 10 hertz.<\/p>\n<p>Une nouvelle m\u00e9thode bas\u00e9e sur l\u2019imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) fait son apparition. Une \u00e9tude men\u00e9e par Takeo Watanabe de la Boston University a montr\u00e9 que des personnes plac\u00e9es dans un scanner qui pouvaient observer en direct l\u2019activit\u00e9 de la zone de leur cerveau responsable du traitement des signaux visuels augmentaient leur performance dans des t\u00e2ches de reconnaissance optique. Cette d\u00e9couverte publi\u00e9e dans \u00abScience\u00bb fin 2011 sugg\u00e8re que l\u2019IRMf pourrait devenir un outil efficace non seulement pour la r\u00e9\u00e9ducation des victimes de l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales, mais aussi pour l\u2019entra\u00eenement d\u2019athl\u00e8tes.<\/p>\n<p><strong>Une cible d\u00e9form\u00e9e dans le viseur<\/strong><\/p>\n<p>Mais le neurofeedback est plut\u00f4t lent. La stimulation transcr\u00e2nienne par courant continu (tDCS) constitue une technique prometteuse plus rapide. Lauren Bullard du Mind Research Network \u00e0 Albuquerque (Etats-Unis) a expos\u00e9 en 2011 une d\u00e9couverte surprenante dans la revue \u00abExperimental Brain Research\u00bb. Un courant de 2 milliamp\u00e8res appliqu\u00e9 pendant une demi-heure sur la zone du cerveau associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9tection visuelle pourrait plus que doubler la rapidit\u00e9 de reconnaissance des objets, tout en induisant l\u2019\u00e9tat de concentration paisible qui caract\u00e9rise le flow. Selon l\u2019\u00e9tude, le tDCS rend les neurones plus r\u00e9actifs aux \u00e9l\u00e9ments nouveaux et acc\u00e9l\u00e8re ainsi la formation de nouveaux circuits dans le cerveau.<\/p>\n<p>Jessi Witt, psychologue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Purdue (Etats-Unis), a explor\u00e9 un autre aspect du flow: la perception d\u00e9form\u00e9e. Les joueurs de tennis racontent, par exemple, que les balles ont l\u2019air plus grosses lorsqu\u2019ils les frappent correctement. Le groupe de la psychologue a tent\u00e9 d\u2019inverser la situation en installant des disques lumineux autour d\u2019un trou de golf afin de tirer parti d\u2019une illusion d\u2019optique bien connue. Des petits cercles lumineux font para\u00eetre le trou plus grand, en comparaison, des grands cercles le rapetissent. R\u00e9sultat: les golfeurs ont enregistr\u00e9 un taux de r\u00e9ussite environ 10% plus \u00e9lev\u00e9 lorsque le trou avait l\u2019air plus grand. Autrement dit, le simple fait d\u2019imaginer la cible plus grande qu\u2019elle ne l\u2019est am\u00e9liore r\u00e9ellement la performance des athl\u00e8tes.<\/p>\n<p><strong>La science du petit-bras<\/strong><\/p>\n<p>Si le flow peut amener la victoire, un blocage mental peut signifier la d\u00e9faite. Connu sous le nom de \u00abchoke\u00bb en anglais (\u00e9touffement), l\u2019effondrement soudain des performances d\u2019un athl\u00e8te qui craque sous la pression est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019antith\u00e8se de la zone. Le sportif devient trop c\u00e9r\u00e9bral: il commence \u00e0 trop r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ses actions jusqu\u2019\u00e0 ce que ses automatismes disparaissent pour de bon &#8212; et avec eux, la performance. Un exemple connu est la d\u00e9faite de Jana Novotna en finale de Wimbledon en 1993, qui s\u2019est compl\u00e8tement effondr\u00e9e suite \u00e0 une double faute commise \u00e0 6-7, 6-1, 4-1 (40-30) &#8212; \u00e0 5 points du match.<\/p>\n<p>En 2011, la chercheuse Marci DeCaro des Universit\u00e9s de Miami et Vanderbilt ont d\u00e9crit dans le \u00abJournal of Experimental Psychology\u00bb comment l\u2019environnement d\u2019un athl\u00e8te peut entra\u00eener un blocage psychologique. Les scientifiques ont reproduit en laboratoire une situation de forte pression: ils ont confi\u00e9 un exercice \u00e0 des \u00e9tudiants en leur disant que leur performance serait film\u00e9e et montr\u00e9e \u00e0 d\u2019autres \u00e9tudiants et \u00e0 des professeurs. La t\u00e2che qui consiste \u00e0 cat\u00e9goriser des objets s\u2019ex\u00e9cute le mieux de mani\u00e8re machinale. \u00abDans la situation de stress, les performances \u00e9taient moins bonnes que d\u2019habitude, commente Marci DeCaro. Les participants semblent avoir trop r\u00e9fl\u00e9chi lorsqu\u2019ils se sentaient observ\u00e9s.\u00bb La scientifique a \u00e9galement not\u00e9 diff\u00e9rents types de pression: amplifier l\u2019enjeu d\u2019un exercice &#8212; en promettant une r\u00e9compense li\u00e9e au r\u00e9sultat &#8212; ne d\u00e9t\u00e9riore pas la performance dans une activit\u00e9 machinale, mais devient un obstacle pour des t\u00e2ches exigeant de suivre une s\u00e9quence pr\u00e9cise avec des r\u00e8gles strictes.<\/p>\n<p><strong>Une chanson contre le stress<\/strong><\/p>\n<p>Marci DeCaro propose une parade. Une petite distraction &#8212; par exemple devoir presser un bouton \u00e0 chaque fois qu\u2019un \u00abS\u00bb appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9cran &#8212; aide les participants \u00e0 maintenir leur niveau de performance. Bien que cette conclusion n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 test\u00e9e en conditions r\u00e9elles, elle estime que le principe devrait rester valable pour chasser chez des athl\u00e8tes des pens\u00e9es trop pr\u00e9sentes. \u00abVous pouvez chanter une chanson ou compter \u00e0 l\u2019envers\u00bb, sugg\u00e8re-t-elle.<\/p>\n<p>Robin Jackson, un psychologue du sport \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Brunel de Londres, est parvenu \u00e0 des conclusions similaires en 2006. Des joueurs de football devant dribler entre des c\u00f4nes \u00e9taient moins performants s\u2019ils r\u00e9fl\u00e9chissaient \u00e0 leur technique que s\u2019ils gardaient des pens\u00e9es plus strat\u00e9giques &#8212; comment n\u00e9gocier au mieux le parcours en son entier. Pour le chercheur, un footballeur qui doit tirer un penalty ferait mieux de se concentrer sur le gardien que sur la balle.<\/p>\n<p>Les athl\u00e8te d\u2019\u00e9lites d\u00e9veloppent leurs propres m\u00e9canismes pour g\u00e9rer une pression intense, poursuit Robin Jackson. Un joueur de golf peut, par exemple, porter son attention sur ce qui est \u00e9crit sur la balle. De plus en plus d\u2019athl\u00e8tes font d\u00e9sormais appel aux services de professionnels &#8212; des coachs mentaux. Pour le chercheur, le monde du sport a enfin r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il est possible d\u2019utiliser ce que l\u2019on sait du cerveau afin d\u2019am\u00e9liorer les aptitudes, l\u2019endurance et finalement les performances des athl\u00e8tes &#8212; m\u00eame sous pression.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Etat de gr\u00e2ce ou effondrement complet: les athl\u00e8tes doivent composer avec des phases psychologiques extr\u00eames. 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