



{"id":3687,"date":"2012-06-11T15:39:20","date_gmt":"2012-06-11T13:39:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3687"},"modified":"2012-07-08T22:38:02","modified_gmt":"2012-07-08T20:38:02","slug":"science","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3687","title":{"rendered":"La tentation du dopage g\u00e9n\u00e9tique"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large090712.jpg\" alt=\"large090712.jpg\" title=\"large090712.jpg\" width=\"468\" height=\"279\" border=\"0\" \/>En 2006, un e-mail troublant \u00e9merge lors du proc\u00e8s de l\u2019entra\u00eeneur d\u2019athl\u00e9tisme Thomas Springstein, accus\u00e9 d\u2019avoir fourni des produits dopants \u00e0 une athl\u00e8te mineure: \u00abIl est tr\u00e8s difficile de se procurer le nouveau Repoxygen, \u00e9crit le coach \u00e0 un m\u00e9decin hollandais. Donnez-moi s\u2019il vous pla\u00eet de nouvelles instructions, de sorte que je puisse commander les produits avant No\u00ebl.\u00bb<\/p>\n<p>Or, le Repoxygen n\u2019est pas un banal produit dopant mais un traitement de th\u00e9rapie g\u00e9nique \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9poque en d\u00e9veloppement pr\u00e9clinique \u2013 destin\u00e9 \u00e0 combattre l\u2019an\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re. Le Repoxygen contient une copie du g\u00e8ne humain de l\u2019\u00e9rythropo\u00ef\u00e9tine (EPO), une hormone qui d\u00e9clenche la production de globules rouges tr\u00e8s pris\u00e9e des sportifs, parce que cens\u00e9e am\u00e9liorer l\u2019endurance. Cette volont\u00e9 manifeste de d\u00e9tourner un produit de th\u00e9rapie g\u00e9nique \u00e0 des fins sportives a tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme: le dopage g\u00e9n\u00e9tique pourrait devenir r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Les Jeux olympiques de Londres verront-ils pour la premi\u00e8re fois des athl\u00e8tes dop\u00e9s g\u00e9n\u00e9tiquement participer aux \u00e9preuves? \u00abFranchement, personne ne le sait, r\u00e9pond le professeur Bengt Kayser, directeur de l\u2019Institut des sciences du mouvement et de la m\u00e9decine du sport (ISMMS) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. Il n\u2019existe encore aucune preuve av\u00e9r\u00e9e. Mais plusieurs scientifiques ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s par des athl\u00e8tes et des entra\u00eeneurs, ce qui d\u00e9montre l\u2019int\u00e9r\u00eat du monde sportif. Si ce n\u2019est pas encore le cas, les sportifs finiront par avoir recours au dopage g\u00e9n\u00e9tique.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Un g\u00e8ne pour chaque sport<\/strong><\/p>\n<p>Le dopage g\u00e9n\u00e9tique peut s\u2019appuyer sur de nombreuses recherches en th\u00e9rapie g\u00e9nique. Afin de trouver le moyen de restaurer la croissance des muscles chez des personnes atteintes de dystrophies musculaires, l\u2019\u00e9quipe du docteur Se-Jin Lee de la John Hopkins University \u00e0 Baltimore (Etats-Unis) a r\u00e9alis\u00e9 en 2007 une double modification g\u00e9n\u00e9tique sur des souris, qui produisent alors davantage de follistatine \u2013 une hormone qui favorise la croissance musculaire \u2013 et moins de myostatine \u2013 une prot\u00e9ine qui la limite. R\u00e9sultat: des rongeurs litt\u00e9ralement bodybuild\u00e9s qui affichent une musculature 4 fois plus importante que celle d\u2019animaux normaux.<\/p>\n<p>En travaillant sur le g\u00e8ne PPAR, l\u2019\u00e9quipe de Johan Auwerx de l\u2019EPFL a r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9 des souris qui cavalent non pas plus vite, mais 2 fois plus longtemps. Et ce n\u2019est pas tout: 165 g\u00e8nes susceptibles d\u2019am\u00e9liorer les performances sportives ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nombr\u00e9s par les m\u00e9decins du sport de la Technische Universit\u00e4t M\u00fcnchen, comme, par exemple, les g\u00e8nes IGF-1 pour augmenter la force, GH pour favoriser la croissance musculaire ou encore VEGF pour l\u2019endurance\u2026 De quoi imaginer une panoplie compl\u00e8te de techniques g\u00e9n\u00e9tiques adapt\u00e9es \u00e0 chaque sport.<\/p>\n<p><strong>Des mol\u00e9cules ind\u00e9tectables<\/strong><\/p>\n<p>Reconnaissant le potentiel \u00e9norme de la m\u00e9thode, l\u2019Agence mondiale antidopage (AMA) a anticip\u00e9 le mouvement: elle a inscrit en 2003 de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique le dopage g\u00e9n\u00e9tique sur la liste officielle des \u00absubstances dopantes et m\u00e9thodes interdites\u00bb. L\u2019AMA finance plusieurs programmes de recherche pour tenter d\u2019\u00e9laborer des m\u00e9thodes de test, car \u00abpour l\u2019instant, on ne sait pas tr\u00e8s bien d\u00e9tecter le dopage g\u00e9n\u00e9tique\u00bb, souligne Bengt Kayser. \u00abLe produit recherch\u00e9 est souvent tr\u00e8s similaire \u00e0 la substance produite par le corps et donc indiscernable des mol\u00e9cules naturellement pr\u00e9sentes.\u00bb<\/p>\n<p>Mais un test n\u2019est peut-\u00eatre plus tr\u00e8s loin: des travaux financ\u00e9s par l\u2019AMA et publi\u00e9s dans la revue \u00abGene Therapy\u00bb ont montr\u00e9 en 2011 l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019un test de dopage g\u00e9n\u00e9tique chez des souris jusqu\u2019\u00e0 56 jours apr\u00e8s injection, effectu\u00e9 en d\u00e9celant dans le sang du rongeur la pr\u00e9sence des virus utilis\u00e9s pour transporter le g\u00e8ne. Ces r\u00e9sultats diminuent les craintes que la lutte antidopage exige un jour de soumettre les sportifs \u00e0 des pr\u00e9l\u00e8vements de tissus musculaires.<\/p>\n<p><strong>Un risque mortel<\/strong><\/p>\n<p>Surtout, le dopage g\u00e9n\u00e9tique reste extr\u00eamement risqu\u00e9 \u2013 plus encore que des produits usuels. \u00abIl y a d\u2019abord les risques inh\u00e9rents \u00e0 la technique de la th\u00e9rapie g\u00e9nique tels que l\u2019apparition de cancers que l\u2019on a observ\u00e9e chez certains patients trait\u00e9s avec cette m\u00e9thode, pr\u00e9vient Sandro Rusconi, sp\u00e9cialiste de la th\u00e9rapie g\u00e9nique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. De plus, le dopage g\u00e9n\u00e9tique force un tissu \u00e0 exprimer une hormone qu\u2019il ne s\u00e9cr\u00e8te pas naturellement.\u00bb Alors que l\u2019EPO est secr\u00e9t\u00e9e naturellement par les reins, une technique de dopage g\u00e9n\u00e9tique am\u00e8ne le g\u00e8ne dans des cellules musculaires. R\u00e9sultat: la prot\u00e9ine synth\u00e9tis\u00e9e peut parfois pr\u00e9senter une configuration l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente de celle produite par les reins. \u00abCela a provoqu\u00e9 une r\u00e9action immunitaire lors d\u2019exp\u00e9riences men\u00e9es sur des singes, poursuit Sandro Rusconi. Les anticorps ont neutralis\u00e9 la nouvelle prot\u00e9ine, mais \u00e9galement l\u2019EPO endog\u00e8ne naturellement produite par le corps. Cela a entra\u00een\u00e9 une an\u00e9mie tr\u00e8s grave, irr\u00e9versible et fatale.\u00bb Bref, l\u2019effet inverse de l\u2019action recherch\u00e9e \u2013 avec des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses.<\/p>\n<p>Les essais pr\u00e9cliniques du Repoxygen se sont eux aussi av\u00e9r\u00e9s d\u00e9cevants: des babouins l\u2019ayant re\u00e7u ont fabriqu\u00e9 de l\u2019EPO en de telles quantit\u00e9s que leur nombre de globules rouges a explos\u00e9. Pour les maintenir en vie, les scientifiques ont m\u00eame d\u00fb pratiquer des saign\u00e9es quotidiennes. \u00abL\u2019un des probl\u00e8mes du dopage g\u00e9n\u00e9tique est que nous ne savons pas encore r\u00e9guler la production des prot\u00e9ines recherch\u00e9es, explique Michel Audran, sp\u00e9cialiste du dopage \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montpellier. Et la surproduction de certaines hormones de croissance peut se r\u00e9v\u00e9ler tr\u00e8s dangereuse.\u00bb<\/p>\n<p>Conscient d\u2019un tel risque, qui voudrait faire usage du dopage g\u00e9n\u00e9tique? \u00abEn l\u2019\u00e9tat actuel des connaissances, j\u2019estime que seuls des athl\u00e8tes dans une situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e peuvent vouloir recourir \u00e0 cette m\u00e9thode, r\u00e9pond Sandro Rusconi. Je ne peux imaginer que des sportifs de pointe prennent de tels risques. Ils pr\u00e9f\u00e9reront le dopage traditionnel.\u00bb Un avis partag\u00e9 par Michel Audran: \u00abJ\u2019ai peut-\u00eatre tort, mais pour l\u2019instant, je ne crois pas au dopage g\u00e9n\u00e9tique. Il me semble plut\u00f4t que les sportifs affinent les techniques de dopage actuelles, en utilisant les m\u00eames produits qu\u2019avant mais en micro-doses afin de rester sous les seuils de d\u00e9tection. Il circulerait d\u2019ailleurs en ce moment une EPO synth\u00e9tique encore totalement ind\u00e9tectable.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Tout est dans les g\u00e8nes<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes Jeux olympiques sont cens\u00e9s repr\u00e9senter l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances, mais en fait, c\u2019est l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des chances, d\u00e9clare Bengt Kayser de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. La comp\u00e9tition de haut niveau s\u00e9lectionne les sportifs dont les g\u00e8nes sont les mieux adapt\u00e9s.\u00bb Les athl\u00e8tes d\u2019Afrique orientale triomphent en endurance, ceux dont l\u2019origine se trouve en Afrique occidentale excellent au 100 m, alors que l\u2019halt\u00e9rophilie est domin\u00e9e par les Caucasiens\u2026 Pourquoi? En grande partie parce que leurs g\u00e8nes sont diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Certains sportifs b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un avantage plus sp\u00e9cifique lorsqu\u2019ils portent une mutation rare favorable. Entre 1960 et 1968, le skieur de fond Eero M\u00e4ntyranta remporte sept m\u00e9dailles olympiques, dont trois en or. Le Finlandais doit ces r\u00e9sultats hors normes \u00e0 une mutation g\u00e9n\u00e9tique rare du g\u00e8ne encodant le r\u00e9cepteur de l\u2019EPO: la forme l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente de la prot\u00e9ine augmente le nombre de globules rouges et ainsi la capacit\u00e9 de son sang \u00e0 transporter de l\u2019oxyg\u00e8ne. En 1999, un jeune gar\u00e7on na\u00eet \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9 \u00e0 Berlin avec une musculation digne d\u2019un culturiste. A l\u2019\u00e2ge de 5 ans, il peut tenir des poids de 3,5 kg \u00e0 bout de bras. La raison? Une mutation dans le g\u00e8ne de la myostatine qui diminue chez lui cette prot\u00e9ine inhibant la croissance des muscles.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La th\u00e9rapie g\u00e9nique ne soigne pas encore les malades, mais int\u00e9resse d\u00e9j\u00e0 le milieu sportif. Son potentiel et ses risques sont immenses.<\/p>\n","protected":false},"author":19489,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3687","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3687","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19489"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3687"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3687\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3687"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3687"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3687"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}