



{"id":3686,"date":"2012-06-08T16:41:49","date_gmt":"2012-06-08T14:41:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3686"},"modified":"2012-07-06T15:00:58","modified_gmt":"2012-07-06T13:00:58","slug":"crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3686","title":{"rendered":"L&rsquo;inqui\u00e9tude des Grecs de Suisse"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large120612b.jpg\" alt=\"large120612b.jpg\" title=\"large120612b.jpg\" width=\"468\" height=\"280\" border=\"0\" \/>\u00abJe suis tr\u00e8s inquiet.\u00bb A l\u2019image de Yannis Papadopoulos, professeur \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences sociales et politiques de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (Unil), les Grecs install\u00e9s en Suisse ne cachent pas leur pr\u00e9occupation quant \u00e0 la situation de leur pays d\u2019origine. Depuis 2009 et la r\u00e9v\u00e9lation de d\u00e9ficits budg\u00e9taires plus \u00e9lev\u00e9s que pr\u00e9vu, la Gr\u00e8ce fait face \u00e0 une crise \u00e9conomique majeure qui s\u2019est encore aggrav\u00e9e en 2011.<\/p>\n<p>\u00abJe suis arriv\u00e9 en Suisse en 1972, juste apr\u00e8s mes \u00e9tudes de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ath\u00e8nes, se souvient le professeur Leonidas Zografos, chirurgien ophtalmologue \u00e0 l\u2019H\u00f4pital ophtalmique Jules-Gonin \u00e0 Lausanne. Aujourd\u2019hui encore, je continue \u00e0 entretenir des relations r\u00e9guli\u00e8res et privil\u00e9gi\u00e9es avec mon pays d\u2019origine. La situation actuelle est tr\u00e8s pr\u00e9occupante. Ma vision sur la crise n\u2019est ni celle des Suisses, ni celle des Grecs sur place. Pour moi, elle ne se r\u00e9sume pas \u00e0 des chiffres \u00e9conomiques, parce que je connais des personnes qui vivent l\u00e0-bas. Leurs probl\u00e8mes sont concrets. La vision des Suisses sur la Gr\u00e8ce est souvent caricaturale: avant c\u2019\u00e9tait le pays des vacances, maintenant c\u2019est celui de la crise. Mais c\u2019est bien plus complexe que cela.\u00bb<\/p>\n<p>Face \u00e0 la situation dramatique que conna\u00eet leur pays, les quelque 7000 expatri\u00e9s install\u00e9s en Suisse s\u2019avouent particuli\u00e8rement touch\u00e9s par la situation de leurs compatriotes &#8212; m\u00eame lorsqu\u2019ils y r\u00e9sident depuis plusieurs dizaines d\u2019ann\u00e9es. \u00abJe suis venu en Suisse en 1977 afin de poursuivre mes \u00e9tudes et je ne suis jamais reparti, raconte le professeur Yannis Papadopoulos. Mais m\u00eame si j\u2019ai pass\u00e9 toute ma vie d\u2019adulte ici, je me sens concern\u00e9 par le sort de la Gr\u00e8ce. J\u2019y retourne pour mes vacances ou pour des activit\u00e9s scientifiques et j\u2019ai des \u00e9chos, d\u2019ailleurs assez divergents, de mes connaissances l\u00e0-bas sur la situation actuelle.\u00bb<\/p>\n<p>Preuve de son attachement au pays de ses origines maternelles, l\u2019\u00e9crivaine vaudoise Isabelle Guisan vient de publier un livre, Les enfants de l\u2019euro, qui trace le portrait d\u2019une quinzaine de jeunes habitant une Gr\u00e8ce multiculturelle. \u00abL\u2019id\u00e9e de cet ouvrage m\u2019est venue de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 croissante qu\u2019on ressent dans le pays. L\u2019un des probl\u00e8mes ressentis par la population est la petite criminalit\u00e9 engendr\u00e9e, notamment, par l\u2019afflux massif d\u2019immigr\u00e9s extra-europ\u00e9ens sur la fronti\u00e8re turco-grecque. Cette r\u00e9alit\u00e9 a compl\u00e8tement boulevers\u00e9 le pays ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais l\u2019Europe n\u2019est pas solidaire pour autant sur cette probl\u00e9matique de la Gr\u00e8ce dont elle conna\u00eet mal la complexit\u00e9 contemporaine en raison de la barri\u00e8re linguistique et de sa position g\u00e9ographique.\u00bb<\/p>\n<p>Mais plus que l\u2019immigration massive, c\u2019est la fiscalit\u00e9 que Christine Lagarde a choisi de pointer du doigt comme mal principal de la Gr\u00e8ce. \u00abLes Grecs devraient commencer par s\u2019entraider collectivement\u00bb, a estim\u00e9 la directrice du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) dans une interview au quotidien britannique The Guardian, et ce en \u00abpayant tous leurs imp\u00f4ts\u00bb. Si ces propos ont choqu\u00e9 en Gr\u00e8ce, la r\u00e9action de ceux qui vivent en Suisse est contrast\u00e9e. \u00abJ\u2019ai un avis sans doute assez dur sur la Gr\u00e8ce, ne cache pas Isabelle Guisan. Les Grecs se positionnent volontiers en victimes, en rejetant la responsabilit\u00e9 de leurs maux sur l\u2019Etat, la classe politique et aujourd\u2019hui la tro\u00efka. Je peine \u00e0 comprendre l\u2019immobilit\u00e9 de leur mentalit\u00e9 et que, \u00e0 tous les niveaux de la soci\u00e9t\u00e9, payer des imp\u00f4ts, par exemple, ne soit pas une \u00e9vidence.\u00bb<\/p>\n<p>Un avis loin d\u2019\u00eatre partag\u00e9 par Josef Zisyadis, membre du parti d\u2019extr\u00eame gauche POP: \u00abIl faudrait que Mme Lagarde paie des imp\u00f4ts avant de parler, tonne l\u2019ancien conseiller national. Depuis plusieurs ann\u00e9es, le FMI a mis volontairement en place une politique de paup\u00e9risation de la Gr\u00e8ce. Il faut que cela cesse. Donner des le\u00e7ons comme le fait Mme Lagarde est injustement stigmatisant et caricatural. De nombreux Grecs, comme les salari\u00e9s, les fonctionnaires ou les retrait\u00e9s sont oblig\u00e9s de payer leurs imp\u00f4ts, car leurs pr\u00e9l\u00e8vements se font \u00e0 la source. Ceux qui se soustraient aux taxes sont plut\u00f4t de profession lib\u00e9rale, tels les avocats, les commer\u00e7ants, les m\u00e9decins, sans oublier les Grecs fortun\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Selon l\u2019ONG Transparency International, 12 milliards d\u2019euros d\u2019imp\u00f4ts \u00e9chapperaient au fisc chaque ann\u00e9e, soit 30% de la richesse nationale. Une partie de cette manne atterrit dans les coffres suisses o\u00f9 les Grecs avaient plac\u00e9 24,2 milliards de francs en 2009, dont seulement 200 millions (1%) seraient d\u00e9clar\u00e9s, selon une \u00e9tude du courtier Helvea. \u00abLa diaspora bas\u00e9e en Suisse renvoie de l\u2019argent en Gr\u00e8ce sous forme de solidarit\u00e9 familiale\u00bb, confie Yannis Papadopoulos. Mais il n\u2019y a aucune chance que ces fonds servent \u00e0 r\u00e9gler la dette du pays. Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me, Gr\u00e8ce et Suisse discutent actuellement d\u2019un nouvel accord fiscal.<\/p>\n<p>Mais davantage que les Grecs qui flouent le fisc, le professeur Yannis Papadopoulos pointe du doigt l\u2019Etat qui ne parvient pas \u00e0 se faire payer: \u00abLa crise grecque est avant tout politique. Elle a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les deux partis qui dirigent la Gr\u00e8ce en alternance depuis la fin de la dictature militaire en 1974. Ils ont mis en place un syst\u00e8me client\u00e9liste qui a d\u00e9fendu leurs prot\u00e9g\u00e9s et les groupes corporatistes proches d\u2019eux ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de mesures protectionnistes. L\u2019\u00e9tat des finances publiques a \u00e9t\u00e9 largement affect\u00e9 par cela, sans parler des injustices sociales li\u00e9es \u00e0 un tel syst\u00e8me.\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, les armateurs grecs qui assurent 15% du tonnage de la plan\u00e8te avec leurs 3000 navires, ne paient pas d\u2019imp\u00f4ts. La Constitution hell\u00e9nique les exempte de toute taxe directe ou indirecte, afin qu\u2019ils ne soient pas tent\u00e9s d\u2019aller voir ailleurs. En ces temps difficiles, ce paradis fiscal int\u00e9rieur fait pol\u00e9mique. Pour b\u00e9n\u00e9ficier des deux plans de sauvetage propos\u00e9s par l\u2019Union europ\u00e9enne et le FMI pour quelque 240 milliards d\u2019euros, la Gr\u00e8ce a d\u00fb accepter d\u2019engager des r\u00e9formes d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 drastique pour tenter d\u2019assainir ses finances.<\/p>\n<p>\u00abJe ne crois pas que les recettes d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, sans aucun moteur de croissance, \u00e9taient bonnes, dit Yannis Papadopoulos. D\u2019autant que ceux qui en p\u00e2tissent sont souvent des personnes qui ne sont pas responsables de la crise. Par exemple des retrait\u00e9s ou des salari\u00e9s ont vu leur r\u00e9mun\u00e9ration baisser de mani\u00e8re importante, alors qu\u2019ils ne peuvent pas se soustraire \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. Il faudrait mettre en place un syst\u00e8me qui offre un filet social aux outsiders tout en faisant endosser les co\u00fbts de la crise aux insiders qui ont pendant longtemps b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une situation de rente. Mais ceci a un co\u00fbt politique car les partis sont tr\u00e8s li\u00e9s \u00e0 ces derniers.\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, les familles d\u2019armateurs grecs Latsis et Niarchos, qui vivent partiellement en Suisse et figurent au palmar\u00e8s Forbes des plus grandes fortunes mondiales (avec respectivement 5,3 et 2,5 milliards de dollars), auraient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9venu qu\u2019elles d\u00e9placeront le si\u00e8ge de leurs soci\u00e9t\u00e9s aux \u00eeles Ca\u00efmans, \u00e0 Chypre, \u00e0 Malte ou ailleurs si le gouvernement d\u00e9cidait de les imposer. De quoi susciter un certain pessimisme: \u00abJe ne vois pas de solution imm\u00e9diate pour la Gr\u00e8ce, regrette Yannis Papadopoulos. Sans doute les politiciens pourraient ren\u00e9gocier \u00e0 la marge certaines des conditions draconiennes impos\u00e9es \u00e0 la Gr\u00e8ce, mais cela ne les dispense pas de tenir un langage de v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la population, tout en veillant \u00e0 une plus juste r\u00e9partition des co\u00fbts de la crise.\u00bb<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les \u00e9lections l\u00e9gislatives qui se tiendront en Gr\u00e8ce le 17 juin s\u2019av\u00e8rent \u00eatre un enjeu crucial: \u00abSi la droite, aid\u00e9e par la gauche, remporte les \u00e9lections, nous allons repartir vers une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, estime Josef Zisyadis. En revanche, si le chef de file du parti grec d\u2019extr\u00eame gauche Syriza, Alexis Tsipras, l\u2019emporte, tout sera possible. Il pourra faire annuler la dette, dans une solution \u00e0 l\u2019islandaise.\u00bb<\/p>\n<p>Plus mesur\u00e9, Leonidas Zografos esp\u00e8re simplement que \u00abla sagesse va l\u2019emporter et non les positions extr\u00e9mistes, de droite comme de gauche, tr\u00e8s dangereuses\u00bb et que \u00ables dirigeants vont comprendre qu\u2019il faut relancer l\u2019\u00e9conomie, construire des infrastructures et pr\u00e9server les plus d\u00e9munis\u00bb.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus de 7000 expatri\u00e9s grecs vivent en Suisse. Parmi eux, des professeurs d&rsquo;universit\u00e9, des politiciens et des \u00e9crivains. 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