



{"id":368,"date":"2000-03-29T00:00:00","date_gmt":"2000-03-28T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=368"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=368","title":{"rendered":"Air, la bande-son nostalgique de l&rsquo;ann\u00e9e 2000"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une musique qui colle \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Avec leurs vieux synth\u00e9tiseurs, leurs harmonies intercontinentales et un savoir-faire impeccable, Nicolas Godin et Jean-Beno\u00eet Dunckel ont r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;imposer aupr\u00e8s du grand public comme sur les platines des faiseurs de mode. Leur premier album, \u00abMoon Safari\u00bb, paru en 1998, est devenu un classique de la nouvelle sc\u00e8ne \u00e9lectronique fran\u00e7aise qui s&rsquo;exporte jusqu&rsquo;\u00e0 Tokyo et Los Angeles.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 Los Angeles, justement, que les deux musiciens ont rencontr\u00e9 Sofia Coppola, fille de Francis Ford, compagne de Spike Jonze (\u00abBeing John Malkovich\u00bb) et r\u00e9alisatrice de courts m\u00e9trages remarqu\u00e9s. Elle leur a demand\u00e9 de composer l&rsquo;accompagnement musical de son premier long, <a href=http:\/\/www.virginsuicides.com target=_blank>\u00abThe Virgin Suicides\u00bb<\/a>, qui arrivera sur les \u00e9crans en avril. <\/p>\n<p>Le disque, lui, vient de sortir. Le duo de Versailles a puis\u00e9 dans le meilleur des ann\u00e9es 70 pour composer une suite de variations aux charmes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, psych\u00e9d\u00e9lique \u00e0 souhait. Du saxophone solo du \u00abWish You Were Here\u00bb de Pink Floyd, r\u00e9f\u00e9rence omnipr\u00e9sente, aux accords en mineur qui rappellent Ennio Morricone, rien ne manque \u00e0 l\u2019effet nostalgique, sans pour autant c\u00e9der au pittoresque ou \u00e0 l\u2019anecdotique.<\/p>\n<p>Plus que jamais, <a href=http:\/\/source.astralwerks.com\/air\/default.html target=_blank>Air<\/a> est une entit\u00e9 musicale contemporaine, sublimant le meilleur du son des ann\u00e9es 70 pour produire une musique en phase avec son temps. D\u00e9monstration avec Jean-Beno\u00eet Dunckel, moiti\u00e9 d\u2019un Air de Paris qui n\u2019est d\u00e9cid\u00e9ment pas m\u00fbr pour sa mise en bo\u00eete.<\/p>\n<p><b>Largeur.com: Comment compose-t-on une musique de film comme celle-ci? Aviez-vous acc\u00e8s \u00e0 des images, avez-vous travaill\u00e9 sur des atmosph\u00e8res?<\/b><\/p>\n<p>Jean-Beno\u00eet Dunckel: Pendant toute la dur\u00e9e du travail, nous nous sommes bas\u00e9s sur les premiers extraits qui nous sont parvenus. Sofia Coppola nous envoyait toutes les semaines des cassettes vid\u00e9o de ce qu\u2019elle avait film\u00e9, souvent \u00e0 un stade encore tr\u00e8s embryonnaire. Mais cela suffisait pour que l\u2019on puisse s\u2019en inspirer. Nous avions lu le sc\u00e9nario, ce qui nous avait bien aiguill\u00e9 au d\u00e9part.<\/p>\n<p><b>Etait-ce une d\u00e9marche nouvelle pour vous?<\/b><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s nouveau, en effet. Mais c\u2019est fantastique de pouvoir s\u2019inspirer d\u2019images, car tout va beaucoup plus vite. Quand on fait un album, qu\u2019on enregistre en studio, on ne s\u2019inspire a priori de rien. En d\u00e9finitive, on s\u2019inspire de soi-m\u00eame, de ses chocs \u00e9motionnels, ce qui est beaucoup plus difficile. Avec une bande originale comme celle-ci, le tout est d\u2019habiller le film, de mettre la musique au service du film. D\u2019une certaine mani\u00e8re, nous nous sentions d\u00e9complex\u00e9s, parce que nous pouvions nous permettre de faire quelque chose d\u2019assez minimaliste.<\/p>\n<p><b>D\u00e8s le d\u00e9part, vous n\u2019avez donc pas con\u00e7u ce disque comme le v\u00e9ritable deuxi\u00e8me album de Air.<\/b><\/p>\n<p>Non, m\u00eame si la situation est assez ambigu\u00eb. La maison de disques et le public se posent in\u00e9vitablement la question de savoir s\u2019il s\u2019agit du deuxi\u00e8me album de Air. Artistiquement, \u00abThe Virgin Suicides\u00bb ne saurait l\u2019\u00eatre, dans le sens o\u00f9 il s\u2019agit v\u00e9ritablement d\u2019une musique de film, c\u2019est \u00e0 dire d&rsquo;une suite de variations sur un m\u00eame th\u00e8me. Au niveau promotionnel, nous avons donc tent\u00e9 de faire les choses de mani\u00e8re assez discr\u00e8te: il n\u2019y a qu\u2019un seul clip, et nous t\u00e2chons de donner un minimum d\u2019interviews. Cela dans le but de mieux pouvoir servir le second album. <\/p>\n<p><b>Aviez-vous \u00e0 l\u2019esprit l\u2019exemple des groupes de rock des ann\u00e9es 70 qui ont sacrifi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture de bandes originales?<\/b><\/p>\n<p>Non, du moins pas consciemment. Mais je sais que les gens me parlent souvent de \u00abMore\u00bb de Pink Floyd. En fait, ce qui est aujourd\u2019hui original et qui ne l\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019est que l\u2019on publie un recueil de morceaux sur disque \u00e0 partir d\u2019une musique de film, alors que la plupart des bandes originales d\u2019aujourd\u2019hui sont en g\u00e9n\u00e9ral bas\u00e9es sur une association de titres h\u00e9t\u00e9roclites qui n\u2019ont pas vraiment de lien entre eux.<\/p>\n<p><b>Vos compositions pour ce film paraissent plus sombres, plus inqui\u00e9tantes que le reste de votre production. Est-ce l\u00e0 le fait d\u2019un sc\u00e9nario particuli\u00e8rement morbide, ou aviez-vous la volont\u00e9 de vous d\u00e9barrasser de cette \u00e9tiquette \u00abeasy listening\u00bb qui vous colle \u00e0 la peau?<\/b><\/p>\n<p>L\u2019un et l\u2019autre, \u00e0 vrai dire. Au moment d\u2019\u00e9crire cette musique, nous en avions marre d\u2019\u00eatre constamment d\u00e9crits comme de gentils musiciens inoffensifs, qui aiment la musique douce et l\u00e9g\u00e8re. Mais il est vrai qu\u2019au d\u00e9but, nous n\u2019avions que des sc\u00e8nes assez violentes \u00e0 illustrer, des sc\u00e8nes de suicide et des sc\u00e8nes d\u2019amour, et c\u2019est cela qui a guid\u00e9 nos choix pour l\u2019ensemble du travail.<\/p>\n<p><b>Les sons que vous employez sur ce disque semblent volontairement connot\u00e9s \u00abseventies\u00bb. Etait-ce un choix esth\u00e9tique dict\u00e9 par le th\u00e8me du film?<\/b><\/p>\n<p>Oui, tout \u00e0 fait. Je crois qu\u2019avec ce disque, nous en avons vraiment fini avec le style r\u00e9tro des ann\u00e9es 70. Bien s\u00fbr, ce sont des sons que nous adorons, et cette bande originale nous a donn\u00e9 l\u2019occasion de les utiliser en plein, puisque l\u2019histoire du film se situe dans les ann\u00e9es 70. Par contre, si l\u2019on enregistrait maintenant un autre album r\u00e9tro, ce serait redondant.<\/p>\n<p><b>De quel \u0153il voyez-vous cet engouement g\u00e9n\u00e9ral pour les vieux synth\u00e9tiseurs?<\/b><\/p>\n<p>Suivant qui les manie, les vieux synth\u00e9tiseurs peuvent permettre de faire des choses extr\u00eamement modernes. Seule importe l\u2019attitude artistique. Ce n\u2019est pas une question de mat\u00e9riel, m\u00eame s\u2019il est parfois difficile de se d\u00e9tacher de certains sons. On peut tr\u00e8s bien faire des choses avant-gardistes avec un orchestre symphonique.<\/p>\n<p> <b>Jean-Jacques Perrey avec qui vous avez travaill\u00e9 est \u00e0 la fois un pionnier, et quelqu\u2019un qui a utilis\u00e9 ses synth\u00e9s de mani\u00e8re tr\u00e8s humoristique. Vous sentez-vous proche de cette d\u00e9marche?<\/b><\/p>\n<p>Oui, ou du moins proche de sa mani\u00e8re de travailler. Nous avons appris beaucoup de choses \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Perrey joue du synth\u00e9tiseur d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s bizarre. Il a une excellente oreille, et lorsqu\u2019il fait un solo, il ne joue qu\u2019avec le ruban qui module la hauteur des sons. Mais c\u2019est \u00e9galement un tr\u00e8s grand musicien, qui a une immense culture musicale. Au cours de nos conversations, il nous a expliqu\u00e9 comment il a r\u00e9alis\u00e9 sa fameuse reprise du \u00abVol du bourdon \u00bb: pour la m\u00e9lodie, il est parti dans les champs avec un magn\u00e9tophone, et a enregistr\u00e9 diff\u00e9rents \u00e9chantillons de sons d\u2019abeilles, de bourdons. A chaque fois qu\u2019il trouvait une note particuli\u00e8re, il la notait, la r\u00e9pertoriait selon sa hauteur. Ensuite, il a d\u00e9coup\u00e9 dans ses bandes ces diff\u00e9rentes notes de bourdon qu\u2019il a alors mises bout \u00e0 bout&#8230; ce qui lui a pris deux mois de travail. En fait, il s\u2019est servi de la bande comme d\u2019un sampler, en faisant tout \u00e0 la main. C\u2019est fantastique! \u2026Et impensable aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><b>Il y a cinq ans, personne ne pouvait imaginer que le mouvement \u00e9lectronique le plus populaire allait surgir de France. Avec le recul, comment voyez-vous cela?<\/b><\/p>\n<p>Je pense qu\u2019il y a eu une premi\u00e8re vague de musiciens \u00e9lectroniques, essentiellement des DJs, parmi lesquels sont apparus quelques bons artistes, qui ont ensuite donn\u00e9 naissance \u00e0 une nouvelle vague. On assiste aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une vague plus s\u00e9rieuse de cr\u00e9ateurs comme Phoenix, Rob ou S\u00e9bastien Tellier, qui sera le second artiste de notre label. Ces Fran\u00e7ais qui r\u00e9ussissent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont un peu les enfants de la Nouvelle Vague au cin\u00e9ma. La force des Fran\u00e7ais est que nous avons toujours eu une grande activit\u00e9 dans le cin\u00e9ma, de laquelle d\u00e9coule une certaine tradition des musiques de film. Depuis des d\u00e9cennies, les musiciens fran\u00e7ais se sont habitu\u00e9s \u00e0 composer avec les musiques instrumentales, ce qui explique peut-\u00eatre la pertinence de cette nouvelle sc\u00e8ne \u00e9lectronique.<\/p>\n<p><b>Au sein de cette sc\u00e8ne, dont vous \u00eates en quelque sorte les chefs de file de par le succ\u00e8s de \u00abMoon Safari\u00bb, vous sentez-vous des affinit\u00e9s?<\/b><\/p>\n<p>Air a toujours \u00e9t\u00e9 un groupe un peu \u00e0 part dans le sens o\u00f9 nous ne faisons pas de la musique pour les clubs. Mais nous sommes tout de m\u00eame extr\u00eamement fiers de cette situation, parce que tout cela, c\u2019est avant tout une bande de copains qui aiment bien se retrouver, faire la f\u00eate et parler de musique, chacun s\u2019inspirant des m\u00e9thodes de l\u2019autre. Il y a une v\u00e9ritable synergie entre les personnes, et c\u2019est cela qui est g\u00e9nial. En France, tout le monde s\u2019en fout un peu, mais \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, il y a tellement peu de choses fran\u00e7aises que d\u2019un seul coup, tous les musiciens se sentent tr\u00e8s forts et tr\u00e8s soud\u00e9s. A Los Angeles, \u00e7a faisait comme une grosse mafia fran\u00e7aise qui d\u00e9barquait dans le milieu du film et de la musique. Pour le moment, le mouvement est encore timide, mais \u00e7a va en s\u2019amplifiant.<\/p>\n<p><b>Vous dites vouloir passer \u00e0 autre chose en terme de sons. A quoi peut-on s\u2019attendre pour le prochain album?<\/b><\/p>\n<p>Pour le prochain, je pense que l\u2019on va utiliser un peu tout ce que l\u2019on sait faire. Il y aura un peu de \u00abMoon Safari\u00bb, un peu de \u00abVirgin Suicides\u00bb, et aussi quelque chose de plus moderne. On va utiliser des principes musicaux proches de ceux de la techno. Une attitude plus progressiste. Il y aura aussi plus de chansons, plus de voix, et aussi plus de nuances: on passera de chansons extr\u00eamement joyeuses \u00e0 des choses beaucoup plus noires. Je pense que l\u2019on va utiliser un peu de tout, aussi bien des vieux synth\u00e9s que des nouveaux, des batteries que des bo\u00eetes \u00e0 rythmes, des pianos. Il faut tout utiliser, n\u2019importe comment, pourvu qu\u2019on d\u00e9tourne les instruments de leur fonction premi\u00e8re.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nAir, \u00abThe Virgin Suicides OST\u00bb (Source\/EMI).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec son deuxi\u00e8me album, compos\u00e9 \u00e0 la demande de la cin\u00e9aste Sofia Coppola, le duo de Versailles s&rsquo;impose comme l&rsquo;un des groupes les plus stimulants du moment. 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