



{"id":367,"date":"2000-03-28T00:00:00","date_gmt":"2000-03-27T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=367"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"film","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=367","title":{"rendered":"\u00abMan on the Moon\u00bb, c&rsquo;est l&rsquo;homme qui n&rsquo;existait pas"},"content":{"rendered":"<p>Aimez-vous Jim Carrey? Personnellement, je hais cet acteur. Enfin je le ha\u00efssais jusqu&rsquo;\u00e0 un jour r\u00e9cent. Sa tronche de joueur de frisbee fier d&rsquo;\u00eatre le plus cher de Hollywood alors qu&rsquo;il n&rsquo;a que des faci\u00e8s d\u00e9form\u00e9s \u00e0 offrir me d\u00e9sesp\u00e9rait grave. M\u00eame dans \u00abThe Truman Show\u00bb, o\u00f9 certains de mes amis le trouvaient bon, Carrey me semblait aussi naturel qu&rsquo;un lampadaire dans un champ de coquelicots. En lieu et place de son intensit\u00e9 dans les sc\u00e8nes path\u00e9tiques, je ne voyais que les efforts effectivement path\u00e9tiques d&rsquo;un com\u00e9dien qui aurait eu peine \u00e0 passer son examen d&rsquo;entr\u00e9e au conservatoire.<\/p>\n<p>Il a fallu que je me laisse all\u00e9cher par le nom de Milos Forman, bien en vue sur l&rsquo;affiche de \u00abMan on the Moon\u00bb, pour r\u00e9viser mon jugement. \u00abMan on the Moon\u00bb, c&rsquo;est un peu \u00abThe Mask\u00bb sans effets sp\u00e9ciaux: l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme qui a fait du canular une raison d&rsquo;\u00eatre et de sa vie un d\u00e9guisement.<\/p>\n<p>Andy Kaufmann, le h\u00e9ros dont il s&rsquo;agit, a bien exist\u00e9 et tordu de rire une g\u00e9n\u00e9ration de t\u00e9l\u00e9spectateurs am\u00e9ricains entre 1975 et 1984. Mais le film de Forman n&rsquo;est en rien une bio romanc\u00e9e \u00e0 dessein \u00e9dificateur ou hagiographique &#8211; \u00abAmadeus\u00bb et \u00abLarry Flint\u00bb avaient d\u00e9j\u00e0 brillamment \u00e9vit\u00e9 cet \u00e9cueil. Non, sous son ton goguenard, c&rsquo;est presque une parabole. Celle d&rsquo;un homme dont les r\u00eaves se confondent avec la vie. Une vie \u00e0 l&rsquo;envers, pour un film totalement \u00e0 rebrousse-poil, dans son contenu comme dans sa forme, puisqu&rsquo;il commence par un g\u00e9n\u00e9rique de fin et observe, mi-amus\u00e9 mi-inquiet, l&rsquo;incorrection politique totalement gratuite de son protagoniste: Andy Kaufmann se d\u00e9guise en vieux crooner \u00e0 deux balles qui humilie certains spectateurs; Andy Kaufmann fait payer les gens qui veulent toucher son kiste; Andy Kaufmann joue au catch avec des femmes exclusivement, \u00abpour \u00eatre s\u00fbr de gagner\u00bb.<\/p>\n<p>Comment \u00e7a, \u00abpas dr\u00f4le\u00bb? Effectivement, la plupart des gags de Kaufmann ne font rigoler que deux personnes: lui-m\u00eame et son complice. Mais c&rsquo;est l\u00e0 le miracle du bonhomme: mu par son seul d\u00e9sir de se faire rire, Kaufmann force l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 se regarder dans un miroir &#8211; spectacle peu ragoutant. Avec lui, le catch appara\u00eet comme une limpide m\u00e9taphore de la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale, r\u00e8gne du \u00abque le meilleur gagne\u00bb et donc des in\u00e9galit\u00e9s. La constatation a d&rsquo;autant plus de punch que ce n&rsquo;est pas par conviction politique que Kaufmann se lance dans une telle entreprise, mais par simple go\u00fbt du jeu.<\/p>\n<p>Car Kaufmann ne saurait faire que ce qui l&rsquo;amuse. L&rsquo;oblige-t-on \u00e0 jouer dans une sitcom qu&rsquo;il abhorre? Il s&rsquo;arrange pour la bousiller. Ses fans ne viennent-ils \u00e0 ses shows que pour voir leur h\u00e9ros t\u00e9l\u00e9visuel? Il leur lit int\u00e9gralement \u00abGatsby le Magnifique\u00bb dans un anglais des plus ch\u00e2ti\u00e9s. Kaufmann est un performer plus qu&rsquo;un comique. En butte \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, il est un spectacle \u00e0 lui tout seul.<\/p>\n<p>Sa vie m\u00eame n&rsquo;est qu&rsquo;une grosse farce, un mensonge qui ne conna\u00eet aucune limite dans le mauvais go\u00fbt. De sorte que, quand le h\u00e9ros est atteint d&rsquo;un cancer, on croit \u00e0 une (mauvaise) plaisanterie de plus. Et que, lorsqu&rsquo;il va voir un gu\u00e9risseur et qu&rsquo;il s&rsquo;aper\u00e7oit que ce dernier est aussi un charlatan, Kaufmann part d&rsquo;un rire salvateur: il a reconnu un des siens.<\/p>\n<p>C&rsquo;est justement parce que le personnage est un g\u00e9nial mystificateur que le choix de Jim Carrey appara\u00eet comme un coup de g\u00e9nie. Son jeu assagi devient l&rsquo;\u00e9tat permanent d&rsquo;Andy Kaufmann. Car le jeu c&rsquo;est sa vie et le monde est un th\u00e9\u00e2tre, on n&rsquo;a pas oubli\u00e9. Or ce n&rsquo;est pas le moins beau paradoxe que de voir Jim Carrey transfigur\u00e9 dans le r\u00f4le d&rsquo;une cr\u00e9ature \u00abde l&rsquo;\u00e9toffe dont on fait les r\u00eaves\u00bb, comme il est dit dans \u00abLa Temp\u00eate\u00bb. De voir cet acteur, coupable de trop en faire, coupable de trop d\u00e9border de ses pr\u00e9c\u00e9dents films, atteindre enfin l&rsquo;excellence en incarnant un personnage&#8230; qui n&rsquo;existe pas.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nAlain Perroux, journaliste, travaille \u00e0 Paris. Il contribue r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Largeur.com.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier film de Milos Forman conte l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme qui a fait du canular une raison d&rsquo;\u00eatre et de sa vie un d\u00e9guisement. On le recommande.<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-367","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=367"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/367\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}