



{"id":3642,"date":"2012-04-16T19:04:00","date_gmt":"2012-04-16T17:04:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3642"},"modified":"2012-04-16T19:33:16","modified_gmt":"2012-04-16T17:33:16","slug":"entreprise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3642","title":{"rendered":"Jura: le Federer de la machine \u00e0 caf\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large170412.jpg\" alt=\"large170412.jpg\" title=\"large170412.jpg\" width=\"468\" height=\"313\" border=\"0\" \/>La petite commune de Niederbuchsiten, dans le canton de Soleure, semble vou\u00e9e au culte de Roger Federer. On y trouve par exemple le seul \u00abWalk of Fame\u00bb d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la star, o\u00f9 l\u2019on peut se faire tirer le portrait aux c\u00f4t\u00e9s de sa reproduction en carton. Pourtant, le tennisman n\u2019y est pas n\u00e9 et ne s\u2019y rend que rarement. L\u2019explication est ailleurs: depuis 2006, la marque de machines \u00e0 caf\u00e9 automatiques Jura, champion industriel local, a fait de lui son ambassadeur. <\/p>\n<p>Pour renforcer sa visibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, la soci\u00e9t\u00e9 mise sur les valeurs rassurantes du tennisman &#8212; \u00e9l\u00e9gant, pr\u00e9cis et moins \u00abcanaille\u00bb que George Clooney, \u00e9g\u00e9rie des capsules du concurrent Nespresso. Contrairement au sextuple vainqueur de Wimbledon, la firme n\u2019entend en revanche pas c\u00e9der son rang de num\u00e9ro un mondial dans les machines automatiques haut de gamme, dont le prix d\u2019entr\u00e9e avoisine les mille francs. <\/p>\n<p>Avec plus de 280&rsquo;000 unit\u00e9s \u00e9coul\u00e9es dans une cinquantaine de pays l\u2019an pass\u00e9, Jura symbolise une industrie suisse qui r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019imposer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale dans un secteur tr\u00e8s concurrentiel. Gr\u00e2ce notamment aux exportateurs de machines, le caf\u00e9 d\u00e9passe m\u00eame le chocolat ou le fromage dans l\u2019\u00e9conomie suisse, \u00e0 pr\u00e8s de 1% du PIB. <\/p>\n<p>Mais des nuages assombrissent l\u2019horizon de la soci\u00e9t\u00e9. Comme d\u2019autres PME suisses, l\u2019entreprise est confront\u00e9e \u00e0 un choix qui se r\u00e9sume en une formule: sous la pression du franc fort, sortir des fronti\u00e8res ou p\u00e9ricliter. En 2011, malgr\u00e9 des ventes de machines en hausse, Jura a ainsi d\u00fb enregistrer une diminution de 5% de son chiffre d\u2019affaires, \u00e0 352 millions de francs. La faute \u00e0 des frais \u00e9lev\u00e9s, pay\u00e9s pour moiti\u00e9 en francs suisses: \u00abCela va devenir vraiment dur pour les soci\u00e9t\u00e9s qui ne deviennent pas globales\u00bb, souligne le directeur de la marque depuis deux d\u00e9cennies, Emanuel Probst. <\/p>\n<p>Lui a d\u00e9j\u00e0 choisi. Sur ses 630 employ\u00e9s, ils ne sont plus que 270 \u00e0 travailler au pied du Jura. \u00abNous ne cr\u00e9ons plus d\u2019emplois en Suisse, o\u00f9 nous conservons les fonctions vitales. Mais nous avons engag\u00e9 une dizaine de personnes dans nos nouvelles filiales en France et en Australie, ouvertes au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e.\u00bb Des forces actives dans le marketing et la vente, car Jura ne produit rien elle-m\u00eame: la r\u00e9alisation des machines con\u00e7ues \u00e0 Niederbuchsiten est confi\u00e9e au g\u00e9ant thurgovien Eugster\/Frismag, pr\u00e9sent en Suisse, au Portugal et en Chine, qui fournit \u00e9galement Nespresso. <\/p>\n<p>\u00abIl y a six mois, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 fabriquer des machines exclusivement dans la zone euro\u00bb, explique Emanuel Probst. Une d\u00e9cision qui ne s\u2019est pas prise dans l\u2019urgence, assure le directeur. \u00abNous l\u2019avons amorc\u00e9e il y a quatre ans, lorsque le franc suisse avait d\u00e9j\u00e0 subi une baisse en regard de l\u2019euro. Il faut faire face \u00e0 une tendance de fond: la nouvelle mondialisation des PME, qui se contentaient jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent d\u2019exporter leur production locale.\u00bb <\/p>\n<p>Pour franchir le seuil symbolique des 300&rsquo;000 machines vendues cette ann\u00e9e, Emanuel Probst s\u2019attend notamment \u00e0 une forte croissance en France: \u00abC\u2019est le pays qui affiche le plus de potentiel, devant les Etats-Unis et le Br\u00e9sil.\u00bb La crise europ\u00e9enne semble renforcer l\u2019addiction du Vieux Continent au caf\u00e9: \u00abM\u00eame l\u2019Allemagne, notre premier d\u00e9bouch\u00e9, garde un potentiel de croissance. En fait, seul le march\u00e9 suisse est v\u00e9ritablement satur\u00e9.\u00bb Les clients nationaux ne repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui plus que 13,4% des ventes de ce fleuron helv\u00e9tique fond\u00e9 en 1931. <\/p>\n<p>Pour Chahan Yeretzian, professeur de chimie \u00e0 la Haute Ecole de sciences appliqu\u00e9es de Zurich et sp\u00e9cialiste du caf\u00e9, Jura prend le bon chemin: \u00abIls sont d\u00e9j\u00e0 bien positionn\u00e9s sur les grands march\u00e9s, notamment aux Etats-Unis. Comme Nespresso, ils travaillent avec un ambassadeur global et sous-traitent la r\u00e9alisation de leurs machines.\u00bb Un d\u00e9savantage potentiel certes, car \u00able contr\u00f4le est toujours meilleur quand tout est produit \u00e0 l\u2019interne. Mais Emanuel Probst a une tr\u00e8s bonne vision du marketing, il n\u2019est pas plong\u00e9 dans les boulons.\u00bb <\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, Jura \u00e9tait une soci\u00e9t\u00e9 un peu ronronnante tourn\u00e9e vers le march\u00e9 int\u00e9rieur, produisant, outre des machines \u00e0 caf\u00e9, des fers \u00e0 repasser, des toasteurs ou encore des \u00e9l\u00e9ments pour radio. <\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e d\u2019Emanuel Probst a marqu\u00e9 un tournant: \u00abNous avons fait un pari en nous concentrant sur les seules machines \u00e0 caf\u00e9 automatiques, raconte le directeur. Il fallait choisir un march\u00e9 de croissance et d\u2019exportation, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 Starbucks n\u2019avait pas encore r\u00e9pandu mondialement la culture du caf\u00e9.\u00bb <\/p>\n<p>La Suisse se profile en quelques ann\u00e9es comme le plus grand fabricant mondial de machines \u00e0 caf\u00e9 automatiques. \u00abIl y a vingt ans, sur 200&rsquo;000 machines automatiques produites au niveau global, 110&rsquo;000 \u00e9taient suisses. Tous les fournisseurs se trouvaient dans le pays, qui concentre encore aujourd\u2019hui un v\u00e9ritable savoir-faire industriel.\u00bb Des comp\u00e9tences \u00e0 l\u2019origine du succ\u00e8s de Jura: \u00abPour devenir un global player, il faut compter sur un march\u00e9 domestique solide, avec une concurrence f\u00e9roce mais saine.\u00bb <\/p>\n<p>Emanuel Probst aime faire la comparaison avec le march\u00e9 automobile: \u00abLes constructeurs allemands se sont impos\u00e9s parce qu\u2019ils \u00e9taient pionniers dans l\u2019innovation, port\u00e9s par leur march\u00e9 int\u00e9rieur.\u00bb Le directeur pousse la comparaison plus loin: \u00abNous voulons \u00eatre assimil\u00e9s \u00e0 la BMW du caf\u00e9. Notre culture d\u2019entreprise et notre design sont clairement Swiss made, s\u00e9lectifs, v\u00e9hiculant des valeurs d\u2019ing\u00e9nierie aboutie et de fiabilit\u00e9. <\/p>\n<p>Une comparaison qui prend tout son sens si l\u2019on observe la g\u00e9ographie de l\u2019industrie des machines \u00e0 caf\u00e9 automatiques, divis\u00e9e par les Alpes: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les poids lourds transalpins Saeco et De\u2019Longhi, num\u00e9ro un mondial toutes gammes confondues; de l\u2019autre, les firmes suisses Jura, Schaerer ou encore Franke. \u00abLe mod\u00e8le italien consiste \u00e0 baisser les prix et miser sur le volume. Nous luttons pour maintenir notre position de leader de la machine premium.\u00bb <\/p>\n<p>Jura entend notamment renforcer sa pr\u00e9sence sur le march\u00e9 professionnel, celui des grandes entreprises et de la restauration, pour lesquelles elle a lanc\u00e9 une nouvelle gamme: \u00abNous voulons doubler notre chiffre d\u2019affaires dans ce domaine.\u00bb Une t\u00e2che qui s\u2019annonce ardue, estime le professeur Chahan Yeretzian: \u00abIl y a maintenant beaucoup de concurrence autour de ce march\u00e9 domin\u00e9 par la marque suisse Franke, que Jura et Nespresso aimeraient s\u2019approprier.\u00bb <\/p>\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Nespresso revient souvent dans la discussion: \u00abIls ont eu une histoire incroyable, mais c\u2019est une tout autre philosophie. Nous proposons un syst\u00e8me ouvert, qui ne choisit pas les grains \u00e0 la place du client\u00bb, souligne Emanuel Probst, avant d\u2019aller chercher un grand sac en plastique. Les capsules roulent sur la table. \u00abLa question des d\u00e9chets est tr\u00e8s critique. Pour nous, les capsules constituent un business model du pass\u00e9. Ce n\u2019est pas l\u2019avenir que nous voulons pour nos enfants.\u00bb <\/p>\n<p>Le futur imm\u00e9diat de Jura, lui, d\u00e9pend notamment des d\u00e9cisions de la Banque nationale. Au taux de change actuel, l\u2019entreprise doit acc\u00e9l\u00e9rer son implantation hors de Suisse. Emanuel Probst y voit une menace pour toute l\u2019industrie: \u00abIl n\u2019y a pas une crise de l\u2019euro, mais une crise du franc suisse, qui est sur\u00e9valu\u00e9 vis-\u00e0-vis de toutes les autres grandes devises du monde. Notre monnaie n\u2019est plus en corr\u00e9lationavec la r\u00e9alit\u00e9. Il faudrait au minimum un euro \u00e0 1,35 franc. A 1,20 franc, c\u2019est une demi-catastrophe, mais une catastrophe tout de m\u00eame.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Leader mondial dans le haut de gamme, la PME soleuroise acc\u00e9l\u00e8re sa mue pour r\u00e9sister au franc fort. Elle s\u2019appuie notamment sur la renomm\u00e9e de son ambassadeur, Roger F. Visite. <\/p>\n","protected":false},"author":19840,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3642","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3642","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19840"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3642"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3642\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3642"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3642"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}