



{"id":3622,"date":"2012-03-15T21:07:45","date_gmt":"2012-03-15T19:07:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3622"},"modified":"2012-04-24T10:09:34","modified_gmt":"2012-04-24T08:09:34","slug":"science","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3622","title":{"rendered":"Percer le secret du bonheur"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large160312.jpg\" alt=\"large160312.jpg\" title=\"large160312.jpg\" border=\"0\" height=\"307\" width=\"468\" \/>Comment \u00e7a va? Ce n\u2019est pas votre coll\u00e8gue qui vous pose la question, mais votre smartphone. Accumul\u00e9es jour apr\u00e8s jour, vos r\u00e9ponses permettront \u00e0 George MacKerron, un chercheur de la London School of Economics, de mieux appr\u00e9hender les facteurs qui influencent notre humeur.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de son app \u00abMappiness\u00bb &#8212; utiliser les smartphones pour faire des sondages &#8212; est irr\u00e9sistiblement simple, et c\u2019est pourquoi elle augure un changement profond de la pratique scientifique. Tout ce qui caract\u00e9rise et influence les \u00eatres humains &#8212; de l\u2019humeur \u00e0 la sant\u00e9 en passant par le sport, les r\u00e9seaux sociaux &#8212; est d\u00e9sormais pass\u00e9 au crible d\u2019une meute de psychologues, sociologues et \u00e9pid\u00e9miologistes lanc\u00e9s dans une qu\u00eate sans fin: amasser des donn\u00e9es, toujours plus de donn\u00e9es. Les cartes de fid\u00e9lit\u00e9 l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 fait pour nos achats, les smartphones coupl\u00e9s \u00e0 des senseurs \u00e9lectroniques le feront pour le reste.<\/p>\n<p>Lanc\u00e9e en ao\u00fbt 2010, Mappiness demande deux fois par jour de d\u00e9crire son humeur et son activit\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un curseur et de quelques questions. L\u2019horloge et le GPS du t\u00e9l\u00e9phone indexent automatiquement les donn\u00e9es et leur associe la m\u00e9t\u00e9o locale ainsi que des informations sur l\u2019environnement (milieu urbain, parc, campagne, etc.).<\/p>\n<p>\u00abMon but est de mieux comprendre les facteurs qui font que nous sommes heureux ou pas, explique George MacKerron. Nos travaux, qui notamment tentent de quantifier l\u2019impact positif d\u2019un environnement naturel, pourraient \u00eatre utiles dans des discussions publiques portant sur l\u2019am\u00e9nagement du territoire.\u00bb Certains r\u00e9sultats obtenus sont \u00e9vidents: \u00eatre malade clou\u00e9 au lit r\u00e9duit en moyenne de 19 points notre niveau de f\u00e9licit\u00e9 sur les 100 que contient l\u2019\u00e9chelle, avoir des relations intimes en rajoute 12. D\u2019autres le sont moins: se trouver au bord de la mer augmente en moyenne de 5 points notre niveau de bonheur, marcher en rajoute deux. Le chercheur souligne que le d\u00e9fi est de bien distinguer les simples co\u00efncidences statistiques des vraies influences (voir encadr\u00e9 p. 44).<\/p>\n<p>Mappiness fait l\u2019hypoth\u00e8se que les effets sont additifs: boire un verre avec des amis dans un parc accumulera les points de bonheur; se trouver coinc\u00e9 dans un bouchon sous la pluie les fera chuter. \u00abNous n\u2019avons pas encore \u00e9tudi\u00e9 les interactions pouvant exister entre les diff\u00e9rents facteurs\u00bb, poursuit le chercheur. L\u2019effet de se trouver seul, par exemple, d\u00e9pend clairement de l\u2019activit\u00e9 \u2013 probablement n\u00e9gatif lorsqu\u2019on boit un verre mais neutre ou m\u00eame positif lorsqu\u2019on lit un livre.<\/p>\n<p>C\u00e9l\u00e9br\u00e9e par les m\u00e9dias comme r\u00e9volutionnaire, l\u2019approche de Mappiness consiste en une simple extension des \u00e9tudes en \u00abEcological Momentary Assessment\u00bb (EMA) visant \u00e0 sonder des participants non pas en laboratoire mais dans leur milieu. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, elles \u00e9taient effectu\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de questionnaires t\u00e9l\u00e9phoniques pr\u00e9-enregistr\u00e9s, de sms ou encore de Palm Pilots pr\u00eat\u00e9s le temps de l\u2019exp\u00e9rience. Si la m\u00e9thode n\u2019est pas neuve, les r\u00e9sultats sont impressionnants: avec 3 millions de r\u00e9ponses donn\u00e9es par pr\u00e8s de 50\u2019000 utilisateurs (chacun fournit en moyenne 50 r\u00e9ponses pendant six semaines), Mappiness a d\u00e9montr\u00e9 l\u2019attrait de la m\u00e9thode. Car davantage de donn\u00e9es signifie des statistiques &#8212; et donc des interpr\u00e9tations &#8212; plus fiables.<\/p>\n<p>Ce changement de paradigme de la recherche en psychologie &#8212; quitter les laboratoires pour suivre les gens dans leur vie quotidienne &#8212; soul\u00e8ve des questions m\u00e9thodologiques. Faut-il craindre de sacrifier la qualit\u00e9 pour la quantit\u00e9? Les r\u00e9ponses sont-elles fiables, les protocoles bien pens\u00e9s? \u00abIl n\u2019existe pas encore d\u2019\u00e9tude sur la validit\u00e9 des questions utilis\u00e9es par Mappiness, r\u00e9pond Delphine Courvoisier, statisticienne au d\u00e9partement de psychologie de l\u2019Universit\u00e9 de Harvard et auteure<\/p>\n<p>de plusieurs \u00e9tudes sur le bien-\u00eatre et les EMA. Mais nous avions d\u00e9j\u00e0 pu confirmer que l\u2019utilisation de questionnaires t\u00e9l\u00e9phoniques fonctionne aussi bien que sur papier, pour autant bien s\u00fbr qu\u2019ils soient adapt\u00e9s au m\u00e9dia: questions simples et courtes, pas d\u2019\u00e9num\u00e9ration, etc.\u00bb George MacKerron se dit d\u2019ailleurs surpris de ne pas avoir re\u00e7u davantage de critiques de la part de chercheurs en psychologie, qui utilisent g\u00e9n\u00e9ralement pour estimer l\u2019humeur des outils plus sophistiqu\u00e9s qu\u2019un simple curseur.<\/p>\n<p>La science contemporaine semble parfois hypnotis\u00e9e par la possibilit\u00e9 d\u2019accumuler des donn\u00e9es, mais Delphine Courvoisier conseille de garder la t\u00eate froide. \u00abIl est tentant d\u2019interroger sans arr\u00eat les participants, mais on prend le risque de les lasser. Ils peuvent alors r\u00e9pondre de mani\u00e8re automatique et donc peu fiable.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres chercheurs d\u00e9veloppent des senseurs pour estimer nos \u00e9motions de mani\u00e8re automatique et continue. Au Medialab du MIT, Rosalind Picard explore l\u2019utilisation d\u2019un bracelet mesurant la conductivit\u00e9 \u00e9lectrique de la peau, la temp\u00e9rature et les acc\u00e9l\u00e9rations. Ce senseur r\u00e9agit entre autres aux changements du syst\u00e8me nerveux sympathique et peut indiquer un surcro\u00eet d\u2019excitation, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 ou d\u2019attention. Rosalind Picard, qui porte elle-m\u00eame deux bracelets continuellement, a r\u00e9cemment d\u00e9couvert une piste \u00e9tonnante: les signaux mesur\u00e9s sur les poignets gauche et droit semblent parfois diverger lors d\u2019une grande tristesse. Si v\u00e9rifi\u00e9, ce ph\u00e9nom\u00e8ne ouvrirait des possibilit\u00e9s pour distinguer \u00e9motions positives et n\u00e9gatives. \u00abCela pourrait avoir un rapport avec l\u2019asym\u00e9trie des deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, mais tout cela reste encore seulement une hypoth\u00e8se\u00bb, souligne la chercheuse.<\/p>\n<p>Rosalind Picard s\u2019est aussi int\u00e9ress\u00e9e aux machines capables de reconna\u00eetre les \u00e9motions dans le but d\u2019aider des personnes autistes \u00e0 s\u2019exprimer. Le domaine, l\u2019\u00abaffective computing\u00bb, int\u00e9resse fortement les sp\u00e9cialistes du marketing, qui veulent pouvoir mesurer la capacit\u00e9 des produits et des publicit\u00e9s \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer les \u00e9motions d\u00e9sir\u00e9es. Si George MacKerron de Mappiness \u00abavoue penser \u00e0 fonder une start\u00adup\u00bb, Rosalind Picard l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait: sa soci\u00e9t\u00e9 Affectiva commercialise ses bracelets et logiciels d\u2019analyses. L\u2019un de ses clients, une compagnie de marketing, a, par exemple, envoy\u00e9 40 personnes \u00e9quip\u00e9es de bracelets dans un magasin d\u2019\u00e9lectronique pour identifier les sentiments de frustration ou de confusion pouvant survenir lors d\u2019un achat. Affectiva d\u00e9veloppe \u00e9galement un algorithme d\u2019analyse des visages par vid\u00e9o capable de reconna\u00eetre si une personne sourit ou fronce les sourcils. Ce dispositif est actuellement test\u00e9 sur internet pour analyser l\u2019effet de vid\u00e9os publicitaires humoristiques sur des internautes observ\u00e9s via leur webcam.<\/p>\n<p>Le vrai potentiel de ces technologies de r\u00e9colte de donn\u00e9es ne deviendra apparent qu\u2019avec leur mise en commun, ce qui exigera la mise au point de plateformes capables de combiner des donn\u00e9es tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes autant subjectives (humeur, relations humaines, alimentation) qu\u2019objectives (conductivit\u00e9 de la peau, rythme cardiaque, taux de cholest\u00e9rol, kilom\u00e8tres parcourus). Les possibilit\u00e9s de synergie, infinies, pr\u00e9figurent l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019informatique omnipr\u00e9sente (le \u00abswarm\u00bb) bas\u00e9e sur la g\u00e9n\u00e9ralisation de senseurs \u00e9lectroniques (\u00abl\u2019internet des objets\u00bb).<\/p>\n<p>\u00abDe plus en plus de recherches scientifiques s\u2019appuieront sur ces supports, pr\u00e9dit George MacKerron. Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9volution irr\u00e9sistible.\u00bb \u00abDe la m\u00eame mani\u00e8re que certaines personnes choisissent aujourd\u2019hui de ne pas \u00eatre trop connect\u00e9es, je ne pense pas que tout le monde doive s\u2019\u00e9quiper de senseurs, commente Rosalind Picard. Le plus important est que l\u2019utilisateur puisse comprendre ce que les appareils peuvent et ne peuvent pas faire.\u00bb Theodore Walls, de l\u2019Universit\u00e9 de Rhode Island (Etats-Unis), soul\u00e8ve une question \u00e9tonnante: \u00abLes nouvelles g\u00e9n\u00e9rations s\u2019adaptent extr\u00eamement rapidement aux nouveaux appareils \u00e9lectroniques \u2013 leurs int\u00e9r\u00eats fusionnent avec eux en quelque sorte. Elles arriveront un jour \u00e0 une telle ma\u00eetrise qu\u2019elles commenceront \u00e0 les manipuler afin, par exemple, de se pr\u00e9senter sous un meilleur jour &#8212; de la m\u00eame mani\u00e8re que nous utilisons le langage corporel inconsciemment. Il est na\u00eff de consid\u00e9rer ces appareils comme de simples instruments de mesure. Ce sont \u00e9galement des outils de communication, et ils seront utilis\u00e9s comme tels.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>La cause et l\u2019effet<\/strong><\/p>\n<p>Comme tout projet bas\u00e9 sur une analyse statistique, Mappiness doit distinguer les simples corr\u00e9lations de relations de causes \u00e0 effets. \u00abIl faut prendre garde aux d\u00e9pendances cach\u00e9es, explique George MacKerron. Une personne se trouvant \u00e0 la campagne ou au bord de la mer se trouve probablement en vacances ou en week-end, ce qui influence bien entendu son humeur. Mais ce genre d\u2019effets peuvent \u00eatre compens\u00e9s en comparant, par exemple, uniquement des donn\u00e9es enregistr\u00e9es le week-end, ce qui permet d\u2019isoler le facteur \u00abse trouver au bord de la mer\u00bb.\u00bb<\/p>\n<p>Un autre pi\u00e8ge est celui de la causalit\u00e9 inverse: \u00abLe fait d\u2019\u00eatre heureux dans un parc d\u00e9montre-t-il l\u2019influence positive du parc, ou simplement le fait que j\u2019ai choisi de m\u2019y rendre pr\u00e9cis\u00e9ment parce que je me sentais bien? Cette difficult\u00e9 est difficilement \u00e9vitable dans le cas de facteurs que nous sommes en mesure d\u2019influencer comme ce que nous faisons ou l\u2019endroit o\u00f9 nous d\u00e9cidons d\u2019aller. On rencontre moins de probl\u00e8mes lorsque nous analysons des facteurs qui \u00e9chappent enti\u00e8rement \u00e0 notre contr\u00f4le, comme la m\u00e9t\u00e9o &#8212; on ne peut bien entendu pas choisir qu\u2019il fasse beau lorsqu\u2019on est heureux! Un aspect tr\u00e8s important, lorsqu\u2019on veut mieux comprendre une propri\u00e9t\u00e9 subjective comme l\u2019humeur, est de s\u2019assurer que les causes possibles soient le plus possible d\u00e9crites par des donn\u00e9es objectives.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Le fumeur observ\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Theodore Walls veut \u00e9tudier la consommation de tabac. Mais demander \u00e0 un fumeur quand et combien de cigarettes il a consomm\u00e9es n\u2019est pas forc\u00e9ment une bonne id\u00e9e, dit le chercheur de l\u2019Universit\u00e9 de Rhode Island (Etats-Unis). \u00abLes r\u00e9ponses ne sont pas toujours fiables, car les gens peuvent oublier quand ils ont fum\u00e9 ou ne pas r\u00e9pondre de mani\u00e8re compl\u00e8tement honn\u00eate.\u00bb C\u2019est pourquoi le chercheur d\u00e9veloppe des outils de monitoring automatique.<\/p>\n<p>Embarquant des acc\u00e9l\u00e9rom\u00e8tres, des senseurs port\u00e9s sur le poignet et le coude, permettent de reconstituer le mouvement de la main et d\u2019identifier chez un fumeur le nombre de cigarettes consomm\u00e9es et de bouff\u00e9es inhal\u00e9es &#8212; une m\u00e9thode qui fonctionne avec une pr\u00e9cision de 99%, selon le chercheur. En croisant cette information avec un questionnaire rempli r\u00e9guli\u00e8rement par les participants, Theodore Walls veut comprendre les facteurs qui influencent la consommation de tabac.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9l\u00e9charger une application pour comprendre ce qui nous rend heureux: la science \u00e9tudie l\u2019humain dans son envi\u00adron\u00adnement naturel et non plus en labo.<\/p>\n","protected":false},"author":19478,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3622","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3622","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19478"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3622"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3622\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3622"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3622"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}