



{"id":3619,"date":"2012-03-11T20:10:44","date_gmt":"2012-03-11T18:10:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3619"},"modified":"2012-03-12T08:32:42","modified_gmt":"2012-03-12T06:32:42","slug":"entreprise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3619","title":{"rendered":"Probl\u00e8me: les start-up romandes doivent s&rsquo;exiler pour grandir"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large120312.jpg\" alt=\"large120312.jpg\" title=\"large120312.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/>Fond\u00e9e \u00e0 Morges en f\u00e9vrier 2011, l&rsquo;entreprise Voxtrot a d\u00e9velopp\u00e9 une application permettant de t\u00e9l\u00e9phoner gratuitement sur smartphone. Elle vient d&rsquo;annoncer son d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 Toronto o\u00f9 son patron, Paul-Fr\u00e9d\u00e9ric Vi\u00e8s, cherche actuellement des locaux.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9part de Suisse succ\u00e8de \u00e0 celui de HouseTrip, le service lausannois de location d&rsquo;appartements de vacances qui, tout en gardant son si\u00e8ge en Suisse, a fait migrer le gros de ses effectifs \u00e0 Londres en mars 2011. Son patron, Arnaud Bertrand, d\u00e9clarait lors de la remise du Prix Strategis &#8212; qui r\u00e9compensait HouseTrip l&rsquo;an dernier &#8212; qu&rsquo;il \u00e9tait tr\u00e8s facile de cr\u00e9er une start-up en Suisse. Il admet aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il est bien plus compliqu\u00e9 de faire grandir ces structures sur le territoire helv\u00e9tique.<\/p>\n<p>Ces exils mettent en lumi\u00e8re les carences de la Suisse, o\u00f9 les start-up Internet se sentent vite \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit. Paul-Fr\u00e9d\u00e9ric Vi\u00e8s avance l&rsquo;argument d&rsquo;une tentative de d\u00e9veloppement sur le continent am\u00e9ricain pour justifier le d\u00e9m\u00e9nagement de Voxtrot. Apr\u00e8s les appareils dot\u00e9s du syst\u00e8me Android, il pr\u00e9voit de proposer son application aux utilisateurs d&rsquo;iPhone.<\/p>\n<p>Dans le cas de HouseTrip, c&rsquo;est le recrutement qui devenait un casse-t\u00eate. \u00ab\u00a0Nous souhaitions engager beaucoup d&#8217;employ\u00e9s: des d\u00e9veloppeurs, des designers, des sp\u00e9cialistes du marketing en ligne. Ces profils sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 trouver \u00e0 Lausanne, ou ailleurs en Suisse. Il n&rsquo;y a pas une r\u00e9serve de talents suffisante dans ces professions\u00a0\u00bb, explique Arnaud Bertrand, le cofondateur de l&rsquo;entreprise. Or, on le sait, une start-up doit poursuivre son d\u00e9veloppement au rythme du march\u00e9, faute de quoi elle court le risque d&rsquo;\u00eatre d\u00e9pass\u00e9e par ses concurrentes.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle s&rsquo;applique pleinement \u00e0 HouseTrip. La start-up bataille dans un environnement hautement concurrentiel face \u00e0 des poids lourds comme l&rsquo;am\u00e9ricain AirBnB ou sa copie allemande Wimdu. Cette urgence li\u00e9e au mod\u00e8le des start-up implique aussi qu&rsquo;elles n&rsquo;ont que peu de temps pour former de nouvelles recrues. Elles doivent de pr\u00e9f\u00e9rence engager des employ\u00e9s exp\u00e9riment\u00e9s. \u00ab\u00a0Nous cherchons des collaborateurs qui se sont d\u00e9j\u00e0 pris des murs\u00a0\u00bb, confirme Edouard Lambelet, cr\u00e9ateur de SmallRivers.<\/p>\n<p>A Londres, un important vivier de soci\u00e9t\u00e9s actives dans le tourisme, HouseTrip a pu embaucher le personnel qui lui faisait d\u00e9faut: des professionnels chevronn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;image de son chef op\u00e9rationnel, un transfuge de l&rsquo;agence de voyages en ligne Expedia. La main-d&rsquo;oeuvre anglaise se r\u00e9v\u00e8le plus abondante, et moins gourmande au niveau salarial. \u00ab\u00a0En Suisse, o\u00f9 le taux de ch\u00f4mage est bas, on rencontre peu de candidats, et ceux qui se pr\u00e9sentent r\u00e9clament souvent des sommes d\u00e9raisonnables\u00a0\u00bb, regrette Arnaud Bertrand. On comprendra qu&rsquo;avec ses 80 employ\u00e9s actuels, l&rsquo;entrepreneur soit attentif \u00e0 cette question.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au d\u00e9part, on est jeune, on en veut et on verse de tr\u00e8s petits salaires, mais d\u00e8s qu&rsquo; on se transforme en PME, on doit changer de mod\u00e8le\u00a0\u00bb, r\u00e9sume St\u00e9phane Doutriaux, cr\u00e9ateur et pr\u00e9sident ex\u00e9cutif de Poken, un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9change de carte de visite virtuelle bas\u00e9 \u00e0 Lausanne. Pour Poken, les charges salariales trop lourdes ont n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9duire les effectifs suisses et de d\u00e9localiser partiellement en Roumanie.<\/p>\n<p>Aux salaires s&rsquo;ajoutent des frais structurels cons\u00e9quents en Suisse. \u00ab\u00a0Le prix du m\u00e8tre carr\u00e9 ou des services p\u00e8se sur les start-up. En France, par exemple, Free propose une connexion Internet \u00e0 seulement 2 euros par mois\u00a0\u00bb, rappelle Jordi Montserrat, directeur de VentureLab Suisse romande, organisme f\u00e9d\u00e9ral de soutien aux entrepreneurs. Autre faiblesse de la Suisse pour les start-up du Web: l&rsquo;exigu\u00eft\u00e9 de son march\u00e9. La Toile se divise toujours en pays et en zones g\u00e9ographiques plus ou moins \u00e9tanches. Les particularismes r\u00e9gionaux et la barri\u00e8re des langues cantonnent parfois de bonnes id\u00e9es \u00e0 des \u00e8res restreintes. \u00ab\u00a0Rien qu&rsquo;au niveau suisse, iTaste marche moins bien en Suisse al\u00e9manique qu&rsquo;en Suisse romande parce que nous n&rsquo;avons pas de bureau \u00e0 Zurich\u00a0\u00bb, t\u00e9moigne ainsi Paul de la Rochefoucauld, le fondateur du site participatif de critiques de restaurants.<\/p>\n<p>Pour attaquer le march\u00e9 europ\u00e9en, les sites Internet am\u00e9ricains sont oblig\u00e9s d&rsquo;ouvrir des antennes r\u00e9gionales comme le guide Yelp qui vient d&rsquo;inaugurer des bureaux \u00e0 Lyon et Marseille. Avec son bassin de population modeste et son plurilinguisme, la Suisse offre un faible potentiel \u00e9conomique. \u00ab\u00a0On est les leaders du march\u00e9, mais notre valeur d&rsquo;entreprise n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. Il vaut mieux \u00eatre actif sur un march\u00e9 o\u00f9 il y a plus d&rsquo;utilisateurs potentiels\u00a0\u00bb, conseille le patron de iTaste.<\/p>\n<p>Un facteur sociologique p\u00e9nalise aussi les start-up europ\u00e9ennes, selon St\u00e9phane Doutriaux. \u00ab\u00a0Ici, les jeunes sortent, passent du temps en famille, vont au ski. Aux Etats-Unis, o\u00f9 la densit\u00e9 de population ainsi que le pouvoir d&rsquo;achat sont moindres, les gens passent tout leur temps libre devant la t\u00e9l\u00e9 ou \u00e0 jouer avec des applications sur leur smartphone&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;une des raisons qui ont pouss\u00e9 l&rsquo;entrepreneur \u00e0 changer son mod\u00e8le d&rsquo;affaires. D&rsquo;abord con\u00e7ue comme un gadget ludique, Poken s&rsquo;est mu\u00e9 en un outil destin\u00e9 aux entreprises, utile notamment pour \u00e9changer des informations lors de congr\u00e8s. \u00ab\u00a0En Suisse, nous sommes bien positionn\u00e9s pour faire affaire avec des entreprises \u00e0 un niveau international car cela ne n\u00e9cessite pas d&rsquo;ancrage particulier. En revanche, nous sommes trop isol\u00e9s pour percer dans le commerce avec des clients priv\u00e9s o\u00f9 il s&rsquo;agit d&rsquo;atteindre une masse critique d&rsquo;utilisateurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>SmallRivers, la start-up cr\u00e9\u00e9e par Edouard Lambelet, se trouve au coeur de cette m\u00eame probl\u00e9matique. Son site Paper.li permet d&rsquo;agr\u00e9ger et de classer sous la forme d&rsquo;un journal le contenu d\u00e9sordonn\u00e9 issu de r\u00e9seaux sociaux. Service sans sp\u00e9cificit\u00e9 locale, hormis la langue, Paper.li conna\u00eet un d\u00e9veloppement viral, avec 40% des utilisateurs aux Etats-Unis et une base importante en Europe, associ\u00e9e \u00e0 une forte croissance en Asie et au Br\u00e9sil. D\u00e8s lors, que faire? Partir aux Etats-Unis pour assurer un d\u00e9veloppement sur ce territoire? Rester et rayonner depuis l&rsquo;Europe? \u00ab\u00a0Le Graal serait d&rsquo;avoir une baguette magique et de faire de l&rsquo;ubiquit\u00e9 entre tous ces territoires\u00a0\u00bb, sourit Edouard Lambelet. C&rsquo;est bien la strat\u00e9gie qu&rsquo; il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>SmallRivers pr\u00e9voit d&rsquo;ouvrir une succursale aux Etats-Unis en 2012, dans la Silicon Valley ou \u00e0 New York. \u00ab\u00a0La Californie est le centre mondial pour les services et New York pour les m\u00e9dias; le choix entre les deux destinations d\u00e9pendra des personnes que nous rep\u00e9rerons.\u00a0\u00bb L&rsquo;\u00e9quipe am\u00e9ricaine devrait fournir les comp\u00e9tences rares en Suisse de webmarketing et de business development. Le but de cette nouvelle succursale est aussi d&rsquo;ins\u00e9rer SmallRivers dans un r\u00e9seau de partenaires et d&rsquo;investisseurs aux moyens et aux ambitions plus \u00e9lev\u00e9s. En Suisse, les gros investissements concernent en effet surtout les start-up biotech et medtech. \u00ab\u00a0La Suisse n&rsquo;est pas un d\u00e9sert. Seulement, aux Etats-Unis, quand vous avez un bon projet, les gens sont pr\u00eats \u00e0 prendre de plus gros risques et \u00e0 mettre sur la table des sommes de l&rsquo;ordre de 5 millions de dollars tr\u00e8s t\u00f4t dans la vie d&rsquo;une startup, ce qui se fait rarement en Europe\u00a0\u00bb, confirme Jordi Montserrat.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses promesses, l&rsquo;exil aux Etats-Unis n&rsquo;est pas pour autant la cl\u00e9 du succ\u00e8s. \u00ab\u00a0Il faut que les fondateurs soient \u00e0 l&rsquo;aise avec la langue et la culture am\u00e9ricaine et qu&rsquo;ils embauchent les bonnes personnes, un exercice complexe quand on n&rsquo;est pas dans sa propre culture\u00a0\u00bb, met en garde St\u00e9phane Doutriaux.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres aspects retiennent heureusement certaines startup en Suisse: les structures d&rsquo;accompagnement et de formation, qui permettent aux entreprises de se d\u00e9velopper rapidement, et les aides f\u00e9d\u00e9rales de la Commission pour la technologie et l&rsquo;innovation (CTI). Par ailleurs, l&rsquo;habitude du plurilinguisme facilite la p\u00e9n\u00e9tration sur le march\u00e9 international. \u00ab\u00a0Il nous est plus naturel qu&rsquo;\u00e0 des Parisiens ou des Berlinois de nous lancer \u00e0 la fois sur le march\u00e9 fran\u00e7ais et allemand\u00a0\u00bb, remarque Paul de la Rochefoucauld.<\/p>\n<p>Ainsi, les quelques exils r\u00e9cents n&rsquo;ont rien d&rsquo;inqui\u00e9tant selon Jordi Montserrat: \u00ab\u00a0Il s&rsquo;agit de flux qui vont dans les deux sens et non pas d&rsquo;exils. La moiti\u00e9 des start-up cr\u00e9\u00e9es en Suisse sont fond\u00e9es par des \u00e9trangers, souvent li\u00e9s \u00e0 des hautes \u00e9coles. Il faut donc aussi relever et maintenir la capacit\u00e9 d&rsquo;attraction du pays.\u00a0\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Ces start-up qui partent pour conqu\u00e9rir le monde<\/strong><\/p>\n<p>Les entrepreneurs \u00e0 la t\u00eate de start-up \u00ab\u00a0Web\u00a0\u00bb regrettent la masse critique trop faible de la Suisse, tant en termes de professionnels qualifi\u00e9s que de clients. Cela limite l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un v\u00e9ritable \u00e9cosyst\u00e8me o\u00f9 pourraient cro\u00eetre rapidement les soci\u00e9t\u00e9s les plus ambitieuses.<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/voxtrot.com\/\">Voxtrot<\/a><br \/>\nActivit\u00e9: t\u00e9l\u00e9phonie<br \/>\nDirection: Paul-Fr\u00e9d\u00e9ric Vi\u00e8s<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/paper.li\/\">Paper Li<\/a><br \/>\nActivit\u00e9: Web blogging<br \/>\nDirection: Edouard Lambelet<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.housetrip.com\">HouseTrip<\/a><br \/>\nActivit\u00e9: location immobili\u00e8re<br \/>\nDirection: Arnaud Bertrand<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.poken.com\/\">Poken<\/a><br \/>\nActivit\u00e9: IT<br \/>\nDirection: St\u00e9phane Doutriaux<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De nombreuses entreprises prometteuses sont forc\u00e9es d&rsquo;aller se d\u00e9velopper aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. 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