



{"id":3612,"date":"2012-03-01T19:34:34","date_gmt":"2012-03-01T17:34:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3612"},"modified":"2012-03-04T23:58:45","modified_gmt":"2012-03-04T21:58:45","slug":"addiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3612","title":{"rendered":"\u00abAllez, encore un dernier \u00e9pisode\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large020312.jpg\" alt=\"large020312.jpg\" title=\"large020312.jpg\" width=\"468\" height=\"303\" border=\"0\" \/>On les reconna\u00eet \u00e0 leurs cernes, \u00e0 leurs yeux rougis et \u00e0 leur consommation de caf\u00e9 le matin au bureau. On les appelle les binge viewers comme on parle de binge drinkers avec l\u2019alcool. Ils sont ces consommateurs compulsifs de s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. Les plus accros sont capables de visionner l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des 121 \u00e9pisodes de Lost d\u2019une traite, comme lors de ce Lost Marathon organis\u00e9 sur 84 heures par un cin\u00e9ma londonien en 2010.<\/p>\n<p>Fan de The Wire, l\u2019\u00e9crivain Bret Easton Ellis est l\u2019un de ces adeptes de l\u2019immersion totale dans l\u2019univers t\u00e9l\u00e9visuel. Il affirmait dans le documentaire Series Addicts d\u2019Olivier Joyard, diffus\u00e9 il y a quelques semaines sur Canal+, qu\u2019il \u00e9tait \u00abbien plus dr\u00f4le que tout le reste de passer un week-end \u00e0 regarder une s\u00e9rie\u00bb. <\/p>\n<p>Educateur sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, Alexandre Di Palma ne dit pas le contraire: \u00abQuand je trouve la s\u00e9rie qui me pla\u00eet, je suis capable de regarder sept ou huit \u00e9pisodes \u00e0 la suite. Au-del\u00e0, cela devient physiquement difficile. Il m\u2019est arriv\u00e9 de m\u2019endormir devant un \u00e9pisode.\u00bb<\/p>\n<p>Ces fans de s\u00e9ries d\u00e9crivent leur pratique de visionnage avec un vocabulaire tir\u00e9 des exp\u00e9riences narcotiques. Ils parlent de \u00abdose\u00bb, de \u00absatisfaction\u00bb ou de \u00abmanque\u00bb, la dose n\u00e9cessaire \u00e0 la jouissance variant nettement d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre. Ainsi, M\u00e9lanie Leresche, 35 ans, institutrice \u00e0 Lausanne, con\u00e7oit une s\u00e9rie comme le petit verre de vin du soir: elle en consomme de mani\u00e8re assez r\u00e9currente, mais pas compulsive. \u00abJe peux regarder l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une saison en une semaine, mais au rythme d\u2019un ou deux \u00e9pisodes par soir\u00e9e.\u00bb <\/p>\n<p>Tristan G., 22 ans, \u00e9tudiant en droit, appartient plut\u00f4t aux disciples de la grosse biture, puisqu\u2019il parvient \u00e0 s\u2019enquiller une saison enti\u00e8re (g\u00e9n\u00e9ralement douze \u00e9pisodes) sans sortir de son lit. Une activit\u00e9 qu\u2019il lui arrive de pratiquer en couple. \u00abIl y en a souvent un qui craque avant l\u2019autre, m\u00eame si au d\u00e9part on a la ferme intention d\u2019aller main dans la main jusqu\u2019\u00e0 la fin\u00bb, explique-t-il. Mais c\u2019est surtout en solitaire qu\u2019il s\u2019adonne \u00e0 ces marathons t\u00e9l\u00e9visuels. \u00abQuand je suis seul, je n\u2019ai aucun scrupule \u00e0 m\u2019envoyer une grosse ration.\u00bb <\/p>\n<p>Ces comportements compulsifs s\u2019expliquent largement par les ressorts narratifs des s\u00e9ries comme le coup de th\u00e9\u00e2tre ou cliffhanger en fin d\u2019\u00e9pisode ou de saison. Jusque dans les ann\u00e9es 80, ces programmes fonctionnaient sur un mode \u00e9pisodique, chaque \u00e9pisode correspondant \u00e0 une histoire autonome. \u00abDallas a chang\u00e9 la donne. Pour la premi\u00e8re fois, les t\u00e9l\u00e9spectateurs devaient suivre les \u00e9pisodes semaine apr\u00e8s semaine pour entrer dans la narration et comprendre les diff\u00e9rents arcs narratifs d\u00e9ploy\u00e9s par les sc\u00e9naristes\u00bb, rappelle M\u00e9lanie Bourdaa, chercheuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux, auteure d\u2019une th\u00e8se sur les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. <\/p>\n<p>Le mode de diffusion \u00e0 horaires fixes interdisait alors l\u2019expression des penchants compulsifs. C\u2019est la sortie des s\u00e9ries en coffrets DVD et le t\u00e9l\u00e9chargement sur l\u2019internet qui ont lib\u00e9r\u00e9 ces instincts fr\u00e9n\u00e9tiques, la dur\u00e9e relativement courte d\u2019un \u00e9pisode, g\u00e9n\u00e9ralement moins d\u2019une heure, invitant \u00e0 s\u2019offrir une tranche suppl\u00e9mentaire avant de se coucher. <\/p>\n<p>Le n\u00e9ologisme \u00abs\u00e9riephile\u00bb tente de conf\u00e9rer un statut flatteur \u00e0 cette d\u00e9pendance qui n\u2019a jusqu\u2019ici pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pingl\u00e9e comme risqu\u00e9e par les psychiatres. On peut voir en effet un parall\u00e9lisme entre ces d\u00e9voreurs de s\u00e9ries, dont les go\u00fbts se raffinent au fil du temps, et les cin\u00e9astes de la Nouvelle Vague, comme Truffaut, qui usaient leurs pantalons en velours c\u00f4tel\u00e9 sur les si\u00e8ges de la cin\u00e9math\u00e8que pour ne rater aucun titre de la r\u00e9trospective Howard Hawks.<\/p>\n<p>La d\u00e9prime peut cependant surgir au moment de l\u2019arr\u00eat d\u2019une s\u00e9rie f\u00e9tiche. \u00abJ\u2019ai v\u00e9cu de grandes d\u00e9ceptions, reconna\u00eet Alexandre Di Palma. Il faut alors vite trouver une autre s\u00e9rie qui comble le manque.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans l&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9atives et passionnantes, les s\u00e9ries am\u00e9ricaines peuvent mener au \u00abbinge watching\u00bb, suscitant des modes de visionnage extr\u00eames. Addiction?<\/p>\n","protected":false},"author":19343,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3612","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3612","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19343"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3612"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3612\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3612"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3612"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3612"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}