



{"id":361,"date":"2000-03-21T00:00:00","date_gmt":"2000-03-20T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=361"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"film","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=361","title":{"rendered":"Le puritanisme dissimul\u00e9 de Mr. Ripley"},"content":{"rendered":"<p>Amis du sous-entendu appuy\u00e9, de l\u2019ellipse stabiloboss\u00e9e, de l\u2019explication de texte pour cin\u00e9phile boutonneux, ce film est pour vous. Si vous allez voir \u00abLe talentueux Mr. Ripley\u00bb d\u2019Anthony Minghella et que vous ne saisissez pas son sous-texte homosexuel, de deux choses l\u2019une: soit vous vous \u00eates endormi apr\u00e8s 20 minutes devant cette montagne d\u2019acad\u00e9misme, soit il vous faut courir chez un ophtalmo.<\/p>\n<p>Oh, certes, officiellement, nous sommes dans un thriller inspir\u00e9 d\u2019un <a href= http:\/\/www.amazon.co.uk\/exec\/obidos\/ASIN\/0099282879\/largeurcom target=_blank>roman<\/a> de Patricia Highsmith et d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran par Ren\u00e9 Cl\u00e9ment en 1959 (\u00abPlein Soleil\u00bb). Le film est donc sanglant et haletant. C\u2019est l\u2019histoire du jeune et pauvre Tom Ripley (Matt Damon), parti sur les traces du jeune et riche Dickie Greenleaf (Jude Law). Tom se lie d\u2019amiti\u00e9 avec Dickie, le tue \u00e0 mi-film puis endosse son identit\u00e9 \u2013 et ses ch\u00e8ques \u2013 , \u00e9limine quelques t\u00e9moins g\u00eanants et enfin se d\u00e9barrasse juste \u00e0 temps de cette fausse identit\u00e9.<\/p>\n<p>Manifestement, ce n\u2019est pas cette histoire-l\u00e0 qui a int\u00e9ress\u00e9 l\u2019oscaris\u00e9 Mr. Minghella. Lequel a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 transformer le thriller en drame psychologique, faisant de ce qui restait sous-jacent et secondaire dans le bouquin le th\u00e8me principal de son film. Et pour que ce d\u00e9tournement de thriller soit compris du spectateur moyen, le besogneux Mr. Minghella d\u00e9ploie des tr\u00e9sors d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 cin\u00e9matographique: regards bouche b\u00e9e de Matt \u00e0 Jude, baiser virtuel de Matt \u00e0 Jude via leur reflet dans la vitre, regards gourmands de Matt quand Jude embouche goul\u00fbment son saxophone\u2026 <\/p>\n<p>A mesure que le film avance, les crypto-clich\u00e9s remplacent les images-symboles: ayant occis et remplac\u00e9 Jude, Matt meuble son int\u00e9rieur d\u2019un buste antique et y joue du piano en peignoir de soie. Puis il se rend \u00e0 l\u2019op\u00e9ra (un signe qui ne trompe pas) pour assister \u00e0 une repr\u00e9sentation d\u2019\u00abEug\u00e8ne On\u00e9guine\u00bb, ouvrage ambigu compos\u00e9 par Tcha\u00efkovski, homosexuel notoire. C\u2019est l\u00e0 que Matt rencontre un autre gar\u00e7on sensible, Peter. Ils \u00e9changeront des yeux de merlans frits, avant d\u2019emm\u00e9nager dans une chapelle meubl\u00e9e par Laura Ashley et d\u2019esquisser un remake de Titanic le temps d\u2019une croisi\u00e8re qui ne s\u2019amuse pas beaucoup.<\/p>\n<p>Certes, le cin\u00e9ma s\u2019av\u00e8re souvent passionnant lorsqu\u2019il s\u2019emploie \u00e0 faire comprendre sans dire. Mais le non-dit au cin\u00e9ma n\u2019a pas attendu le melliflueux Mr. Minghella pour \u00eatre illlustr\u00e9 par Bergman, Resnais ou m\u00eame Ivory. Chez eux, ce qui reste informul\u00e9 est montr\u00e9 de la mani\u00e8re la plus allusive possible. Ici, le non-dit est surexpos\u00e9. Au point de friser l\u2019homophobie.<\/p>\n<p>Car les modifications que le consensuel Mr. Minghella impose au livre tendent \u00e0 d\u00e9responsabiliser Ripley. S\u2019il s\u2019embarque dans cette aventure, c\u2019est la faute d\u2019une veste qu\u2019un ami lui a pr\u00eat\u00e9e. S\u2019il tue Dickie, c\u2019est sur un coup de sang, parce que Dickie lui a dit des choses m\u00e9chantes. Rien de tel chez Highsmith, o\u00f9 Ripley pr\u00e9m\u00e9dite son crime et parvient in extremis \u00e0 sortir indemne de son temporaire changement d\u2019identit\u00e9 et des quelques assassinats n\u00e9cessaires. Le h\u00e9ros s\u2019en porte m\u00eame comme un charme: il h\u00e9rite de la fortune de sa premi\u00e8re victime tout en ayant commis le crime parfait \u2013 ce qui permettra \u00e0 l\u2019auteur de lui inventer de nouvelles aventures.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse, le film se conclut sur l\u2019image d\u2019un Ripley souffrant et prostr\u00e9. Tel Macbeth, le jeune fou est coinc\u00e9 dans l\u2019engrenage infernal d\u2019une s\u00e9rie de crimes qui l\u2019a conduit \u00e0 tuer aussi le charmant Peter de la croisi\u00e8re, pr\u00e9lude \u00e0 d\u2019autres crimes avant une probable arrestation. On en vient \u00e0 voir en Mr. Ripley une all\u00e9gorie de l\u2019homosexuel suivant des clich\u00e9s qu\u2019on croyait enterr\u00e9s \u2013 du moins au cin\u00e9ma: \u00abl\u2019inverti\u00bb comme un \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 la solitude, un psychopathe de l\u2019\u00e9toffe dont on fait les serial-killer, vampirisant ceux qu\u2019il aime et tuant les personnes qui l\u2019aiment, un \u00eatre faux qui m\u00e8ne une double vie et se voit interdire toute forme de bonheur. Le maladroit Mr. Minghella pensait sans doute faire preuve d\u2019incorrection politique en exaltant l\u2019homo\u00e9rotisme du livre originel. Il finit par \u00eatre encore plus politiquement correct qu\u2019un film hollywoodien des ann\u00e9es 50. Entre puritanisme dissimul\u00e9 et fausse audace, il finit par se montrer aussi trouble que son h\u00e9ros.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abLe talentueux Mr. Ripley\u00bb offre une image de l&rsquo;homosexualit\u00e9 pleine de clich\u00e9s qu\u2019on croyait enterr\u00e9s bien profond. En exaltant l\u2019homo\u00e9rotisme du livre originel, Anthony Minghella transforme son film en une fable politiquement correcte et d\u00e9mod\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-361","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/361","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=361"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/361\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=361"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=361"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=361"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}