



{"id":3607,"date":"2012-02-16T18:41:19","date_gmt":"2012-02-16T16:41:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3607"},"modified":"2012-02-17T10:41:50","modified_gmt":"2012-02-17T08:41:50","slug":"couples","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3607","title":{"rendered":"Vive les divorc\u00e9es!"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large170212.jpg\" alt=\"large170212.jpg\" title=\"large170212.jpg\" height=\"291\" width=\"468\" border=\"0\" \/>\u00abDurant les semaines qui ont suivi mon divorce, j\u2019\u00e9tais boulevers\u00e9e, mais j\u2019ai surtout r\u00e9alis\u00e9 que j\u2019\u00e9tais enfin tr\u00e8s heureuse.\u00bb Publi\u00e9 en Su\u00e8de, au Danemark et en Norv\u00e8ge, le livre de la romanci\u00e8re f\u00e9ministe su\u00e9doise Maria Sveland a rapidement cr\u00e9\u00e9 le buzz au-del\u00e0 de la Scandinavie, sans m\u00eame encore avoir \u00e9t\u00e9 traduit. Happy Happy, co\u00e9crit avec l\u2019\u00e9crivaine Katarina Wennstam, rassemble une dizaine de t\u00e9moignages de femmes de diff\u00e9rents m\u00e9tiers et statuts sociaux, qui racontent comment elles ont retrouv\u00e9 le bonheur apr\u00e8s leur s\u00e9paration.<\/p>\n<p>\u00abOn se sent lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un poids et surtout on dispose de davantage de temps pour ses amis et ses activit\u00e9s\u00bb, poursuit Maria Sveland. Ag\u00e9e de 37 ans, cette m\u00e8re de deux enfants a divorc\u00e9 il y a deux ans. Nous n\u2019en saurons pas plus sur sa vie priv\u00e9e: \u00abLe but du livre n\u2019est pas d\u2019exposer nos mariages en d\u00e9tail, ni d\u2019accabler nos ex-maris. Il cherche seulement \u00e0 donner une image moins n\u00e9gative des femmes divorc\u00e9es. C\u2019est d\u2019autant plus important \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 plus d\u2019un couple sur deux se s\u00e9pare.\u00bb<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de Happy Happy a \u00e9tonn\u00e9 son auteure autant que les critiques, extr\u00eamement virulentes, qu\u2019il a suscit\u00e9es: \u00abLa violence et la quantit\u00e9 des r\u00e9actions n\u00e9gatives nous ont surprises. Elles concernent surtout les enfants: on nous traite de m\u00e8res indignes. Nous ne sommes pas de cet avis, car nous pensons que les enfants sont heureux de voir le bonheur de leur m\u00e8re. Et nous n\u2019aurions pas re\u00e7u ce genre de commentaires si nous avions \u00e9t\u00e9 des hommes\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Ces critiques n\u2019\u00e9tonnent pas Fran\u00e7oise Piron, directrice de Pacte, une association lausannoise qui soutient les femmes qui font carri\u00e8re: \u00abLe regard stigmatisant et culpabilisant reste encore tr\u00e8s fort sur les femmes divorc\u00e9es dans notre soci\u00e9t\u00e9. Moi-m\u00eame m\u00e8re de trois enfants et repr\u00e9sentant une famille monoparentale divorc\u00e9e, j\u2019ai eu droit durant des ann\u00e9es \u00e0 des remarques li\u00e9es \u00e0 mon statut d\u00e8s que l\u2019un de mes enfants avait le moindre souci.\u00bb<\/p>\n<p>Mais les reproches prof\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019encontre de Happy Happy ne concernent pas seulement les enfants. Ils parlent aussi du d\u00e9ni de la douleur li\u00e9e au processus du divorce, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme un deuil. N\u2019est-il pas un peu r\u00e9ducteur de pr\u00e9tendre que le divorce m\u00e8ne au bonheur et \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9? Les statistiques sont formelles: le risque de d\u00e9pression est plus \u00e9lev\u00e9 pour les femmes divorc\u00e9es, elles sont deux fois plus nombreuses \u00e0 tomber dans la pauvret\u00e9 et s\u2019engagent moins socialement.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des chiffres, le sociologue fran\u00e7ais Fran\u00e7ois de Singly, qui vient de publier S\u00e9par\u00e9e, une grande enqu\u00eate sur les femmes divorc\u00e9es, consid\u00e8re que \u00able bonheur ne constitue pas une suite logique du divorce. Le niveau des s\u00e9parations est corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des femmes et \u00e0 des changements sociologiques qui d\u00e9passent la simple qu\u00eate du bonheur. Les femmes sont les initiatrices du divorce dans 75% des cas, parce qu\u2019elles attendent bien plus d\u2019une union que les hommes pour des raisons historiques. Elles y cherchent la validation totale de leur identit\u00e9. De leur c\u00f4t\u00e9, les hommes compartimentent les diff\u00e9rentes sph\u00e8res de leurs vies et se contentent plus facilement du statu quo conjugal, quitte \u00e0 prendre une amante.\u00bb<\/p>\n<p>Lorsque les femmes sentent que leur conjoint ne leur apporte plus satisfaction, elles pr\u00e9f\u00e8rent partir et poursuivre leur d\u00e9veloppement personnel ailleurs. \u00abMais cette libert\u00e9 leur co\u00fbte souvent cher et si l\u2019\u00e9mancipation est vue dans nos soci\u00e9t\u00e9s comme une bonne chose, elle n\u2019est pas corr\u00e9l\u00e9e au bonheur\u00bb, conclut le sociologue.<\/p>\n<p>Maria Sveland se d\u00e9fend de remplacer le clich\u00e9 du mariage heureux et du divorce malheureux par son contraire: \u00abRien n\u2019est noir ou blanc. Notre objectif est de montrer qu\u2019il n\u2019y a pas une voie unique vers le bonheur. Nous ne nions pas le fait que le divorce repr\u00e9sente une \u00e9preuve difficile. Mais il faut arr\u00eater de dire que le bonheur ne se trouve que dans le mariage. Nous pensons qu\u2019apr\u00e8s quelques \u00e9tapes, la majorit\u00e9 des femmes sont heureuses de leur choix.<\/p>\n<p>La s\u00e9paration comporte un \u00e9l\u00e9ment lib\u00e9rateur tr\u00e8s fort, car elle implique de r\u00e9ussir \u00e0 aller \u00e0 l\u2019encontre des normes et \u00e0 rester honn\u00eate avec soi-m\u00eame.\u00bb<\/p>\n<p>La psychiatre Katharina Auberjonois, th\u00e9rapeute de couple et de famille, responsable de la Consultation pour familles et couples des HUG \u00e0 Gen\u00e8ve, confirme que \u00abdans certains cas, notamment dans les couples pathologiques, lorsqu\u2019il y a d\u00e9pendance affective ou de la domination, le divorce peut repr\u00e9senter une \u00e9tape essentielle dans le d\u00e9veloppement personnel. Mais pour trouver le bonheur apr\u00e8s, il faut que certaines conditions soient r\u00e9unies.\u00bb La psychiatre \u00e9voque notamment une acceptation de la s\u00e9paration qui n\u2019occulte pas sa douleur, une coparentalit\u00e9 efficace, un r\u00e9seau social riche ou un travail \u00e9panouissant.<\/p>\n<p>Ce dernier point est d\u00e9terminant pour Anne Reiser, avocate genevoise sp\u00e9cialiste du droit familial, qui voit d\u00e9filer de nombreux couples dans son cabinet: \u00abLes femmes qui ont un travail int\u00e9ressant et bien pay\u00e9 s\u2019en sortent g\u00e9n\u00e9ralement bien apr\u00e8s un divorce. Pour les femmes au foyer, je suis beaucoup moins s\u00fbre\u2026 Car la profession sert de levier pour se r\u00e9int\u00e9grer socialement et construire de nouveaux r\u00e9seaux. Ce que j\u2019observe, c\u2019est que la possibilit\u00e9 de retrouver le bonheur apr\u00e8s le divorce d\u00e9pend d\u2019un ensemble de facteurs culturels, \u00e9conomiques et sociaux.\u00bb<\/p>\n<p>Katharina Auberjonois constate aussi que \u00abplus la garde des enfants est partag\u00e9e avec le p\u00e8re, plus les femmes divorc\u00e9es retrouvent facilement une nouvelle vie de couple\u00bb. Ce type de garde devenant de plus en plus fr\u00e9quent en Suisse, la cohorte grandissante des femmes divorc\u00e9es pourrait alors s\u2019\u00e9panouir davantage que par le pass\u00e9. Une seule chose est prouv\u00e9e scientifiquement: chez les femmes, la s\u00e9paration a tendance \u00e0 prolonger la vie, heureuse ou pas, alors que c\u2019est le contraire pour les hommes.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abIl faut avoir le courage de se s\u00e9parer\u00bb <\/strong><br \/>\n<em>Babette Keller, CEO de Keller Trading, Bienne<\/em><\/p>\n<p>\u00abIl n\u2019y a rien de plus beau que l\u2019amour. Mais \u00e0 mon sens, lorsqu\u2019il n\u2019y a plus de flamme, et apr\u00e8s avoir tout essay\u00e9, il faut avoir le courage de se s\u00e9parer de son conjoint. Sinon, c\u2019est un manque de respect.\u00bb Babette Keller a divorc\u00e9 apr\u00e8s plus de vingt-cinq ans de mariage et quatre enfants. Une \u00e9preuve difficile qu\u2019elle a consid\u00e9r\u00e9e comme un deuil. \u00abAujourd\u2019hui, je ne regrette rien. Je consid\u00e8re que mon divorce est r\u00e9ussi. Cela n\u00e9cessite beaucoup de dialogue et d\u2019investissement, notamment aupr\u00e8s des enfants.\u00bb En couple avec un nouveau partenaire, la fondatrice de Keller Trading estime \u00abavoir renou\u00e9 avec le bonheur et une nouvelle forme d\u2019amour apr\u00e8s son divorce\u00bb. Elle conclut: \u00abNous n\u2019avons qu\u2019une vie et elle nous appartient. Il faut savoir tourner la page parfois, m\u00eame si c\u2019est dur.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abMon divorce a \u00e9t\u00e9 une renaissance\u00bb <\/strong><br \/>\n<em>Fran\u00e7oise Piron, directrice de Pacte, Lausanne<\/em><\/p>\n<p>\u00abD\u00e8s les premiers instants de ma s\u00e9paration, j\u2019ai su que c\u2019\u00e9tait la bonne d\u00e9cision. J\u2019ai eu un sentiment de d\u00e9livrance, voire de renaissance.\u00bb Cette m\u00e8re de trois enfants a non seulement pu r\u00e9organiser sa vie et sa famille selon ses valeurs, mais elle s\u2019est mise \u00e0 son compte en cr\u00e9ant son association. \u00abCela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9panouissant pour moi, mais en m\u00eame temps tr\u00e8s dur. Car une m\u00e8re seule qui travaille avec trois enfants doit jongler tout le temps et cela reste un exercice ardu.\u00bb Fran\u00e7oise Piron estime que, encore maintenant, le divorce est plus difficile pour les femmes en Suisse, car c\u2019est \u00e0 elles qu\u2019incombe la responsabilit\u00e9 des enfants. \u00abLa garde partag\u00e9e am\u00e9liore les choses, car la femme dispose de plus de temps pour elle. Mais elle met du temps \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abDivorcer pour retrouver le bonheur\u00bb <\/strong><br \/>\n<em>Doris Agazzi, coordinatrice romande de la F\u00e9d\u00e9ration suisse des familles monoparentales, Lausanne<\/em><\/p>\n<p>\u00abApr\u00e8s le s\u00e9isme d\u2019un divorce, on se reconstruit presque toujours, comme apr\u00e8s n\u2019importe quel \u00e9chec. Mais il y a quelques \u00e9tapes \u00e0 passer avant de retrouver la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. J\u2019ai moi-m\u00eame v\u00e9cu un divorce tr\u00e8s conflictuel il y a plus de dix ans. Mes enfants avaient 2 et 4 ans et j\u2019ai mis du temps \u00e0 voir le bout du tunnel. Je pense que nous nous en sommes sortis parce que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 retrouver notre couple parental et au moins \u00e0 pacifier cet aspect-l\u00e0 entre nous. J\u2019ai toujours \u00e9vit\u00e9 d\u2019utiliser nos enfants comme interm\u00e9diaires dans notre conflit et cela a probablement constitu\u00e9 une des cl\u00e9s de ce cheminement.\u00bb En couple avec un nouveau partenaire, sans cohabitation pour l\u2019instant, Doris Agazzi ne regrette rien: \u00abQuand la somme des probl\u00e8mes entre deux conjoints est trop grande, mieux vaut passer \u00e0 autre chose, pour soi-m\u00eame et les enfants. La finalit\u00e9 d\u2019un divorce, c\u2019est quand m\u00eame de quitter une situation devenue trop difficile pour trouver le bonheur!\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les divorces enthousiastes, racont\u00e9s dans le livre \u00abHappy Happy\u00bb, ont d\u00e9clench\u00e9 des pol\u00e9miques. La s\u00e9paration apporte-t-elle vraiment le bonheur? 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