



{"id":3601,"date":"2012-02-26T11:53:54","date_gmt":"2012-02-26T09:53:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3601"},"modified":"2012-07-09T10:10:10","modified_gmt":"2012-07-09T08:10:10","slug":"ecologie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3601","title":{"rendered":"Jardiner ou ralentir le temps urbain"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/022012\/tomate.jpg\" alt=\"tomate.jpg\" title=\"tomate.jpg\" border=\"0\" height=\"300\" width=\"468\" \/>Plusieurs fois par semaine, Alexandre Grobet arrose, retourne la terre et r\u00e9colte tomates et poireaux dans son potager. Ni paysan ni propri\u00e9taire d\u2019une villa avec jardin, ce jeune professeur de g\u00e9ographie vit dans un immeuble locatif dans la commune genevoise du Grand-Saconnex. Il fait partie de la vingtaine d\u2019habitants du quartier qui cultivent une parcelle sur le potager urbain mis en place en mai dernier par l\u2019association Equiterre. \u00abPendant la belle saison, mon amie et moi n\u2019avons pas eu besoin d\u2019acheter de l\u00e9gumes, confie le trentenaire. S\u2019occuper d\u2019un potager requiert du temps, mais cela n\u2019est pas du tout contraignant; c\u2019est une activit\u00e9 plaisante et apaisante.\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9pandus en France et aux Etats-Unis, les potagers urbains (aussi appel\u00e9s \u00abjardins partag\u00e9s\u00bb) se d\u00e9veloppent aujourd\u2019hui en Suisse romande, avec comme objectif de ramener la nature dans les zones b\u00e9tonn\u00e9es. La Ville de Lausanne fait figure de pionni\u00e8re en ayant lanc\u00e9 en 1996 sa premi\u00e8re zone de plantage (elle en compte huit aujourd\u2019hui). A Gen\u00e8ve, plusieurs projets sont en route. \u00abNous venons d\u2019inaugurer un potager urbain sur la commune de Th\u00f4nex, suivront au printemps prochain celui de Meyrin et un deuxi\u00e8me au Grand-Saconnex, se r\u00e9jouit H\u00e9l\u00e8ne Gaillard, responsable du projet au sein d\u2019Equiterre. Ces initiatives r\u00e9pondent \u00e0 une demande, les citadins ont envie de jardiner!\u00bb<\/p>\n<p>Le concept: \u00abChaque m\u00e9nage qui le souhaite loue \u2013 \u00e0 un prix symbolique de 3 francs le m2 \u2013de 5 \u00e0 30 m2 de terre. Nous les conseillons pour cultiver, de mani\u00e8re \u00e9cologique, leurs fruits et l\u00e9gumes.\u00bb Au-del\u00e0 de la gourmande r\u00e9colte, ces initiatives jouent un r\u00f4le f\u00e9d\u00e9rateur au sein des quartiers. \u00abDes retrait\u00e9s, mais \u00e9galement des familles ou des jeunes couples jardinent sur notre potager, d\u00e9crit Alexandre Grobet. Il nous arrive d\u2019organiser des rencontres, de nous entraider ou d\u2019\u00e9changer les produits de nos r\u00e9coltes; ce projet stimule la collaboration interg\u00e9n\u00e9rationnelle et la cr\u00e9ation de liens sociaux.\u00bb Ecoles et centres de loisirs du quartier y cultivent aussi leur parcelle.<\/p>\n<p>Respect de l\u2019environnement, sensibilisation \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019importance de consommer des produits sains et locaux, les potagers urbains s\u2019inscrivent dans une d\u00e9marche de d\u00e9veloppement durable des villes. Et des citadins \u00e9galement. \u00abNos jardiniers en herbe nous disent souvent que cette pratique les d\u00e9stresse et leur fait du bien\u00bb, note H\u00e9l\u00e8ne Gaillard.<\/p>\n<p>Les potagers urbains se profilent comme une alternative aux jardins familiaux, ces parcelles de terrain mises \u00e0 la disposition des citadins depuis plus de cent ans, suffisamment grandes pour compter cabanons am\u00e9nag\u00e9s (avec mo\u00adbilier et barbecue), et dont la pr\u00e9sence est aujourd\u2019hui remise en question. Cr\u00e9\u00e9s \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle pour soutenir les ouvriers d\u2019origine agricole d\u00e9racin\u00e9s dans les centres urbains (on les appelait d\u2019ailleurs \u00abjardins ouvriers\u00bb), ces espaces de culture occupent de vastes surfaces de terrain. A titre d\u2019exemple, \u00e0 Zurich, les jardins familiaux repr\u00e9sentaient jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment 132 ha, soit l\u2019\u00e9quivalent de 185 terrains de football\u2026<\/p>\n<p>Un \u00abluxe\u00bb \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les villes manquent cruel\u00adlement d\u2019espaces de construction. \u00abAux alentours de 1950, chaque parcelle mesurait 400 m2. Progressivement, leur taille a diminu\u00e9 de moiti\u00e9, rapportent Arnaud Frauenfelder, Christophe Delay et Laure Scalambrin, sociologues \u00e0 la Haute \u00e9cole de travail social Gen\u00e8ve \u2013 HETS-GE, qui ont men\u00e9 une enqu\u00eate de terrain sur trois sites de jardins familiaux genevois. Mais le territoire qu\u2019ils occupent reste important; dans les r\u00e9flexions sur l\u2019am\u00e9nagement futur du territoire, les autorit\u00e9s essayent d\u2019imaginer de nouvelles formes de jardins en ville, plus \u00e9conomes en sol.\u00bb A Gen\u00e8ve, par exemple, divers groupes de jardins familiaux devront certainement \u00eatre d\u00e9plac\u00e9s pour cons\u00adtruire plusieurs centaines de logements.<\/p>\n<p>Les potagers partag\u00e9s, comme celui du Grand-Saconnex, et les jardins familiaux pr\u00e9sentent un point commun: ils permettent \u00e0 des citoyens de jardiner et, par cons\u00e9quent, de les rapprocher de la nature. \u00abLes jardiniers que nous avons rencontr\u00e9s nous ont parl\u00e9 du plaisir qu\u2019ils ressentent en voyant leurs l\u00e9gumes pousser, ajoutent les sociologues. Ils consacrent un temps fou \u00e0 leur jardin mais se sentent \u00e9mancip\u00e9s de toutes contraintes de la vie quotidienne, notamment au regard de la position d\u2019ex\u00e9cutant souvent occup\u00e9e dans la sph\u00e8re productive. Il s\u2019agit d\u2019un temps qu\u2019ils ma\u00eetrisent.\u00bb Les locataires de jardins familiaux redoutent pourtant d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019avenir priv\u00e9s de leur parcelle et de devoir se rediriger vers un potager urbain. \u00abLa majorit\u00e9 sont encore aujourd\u2019hui des personnes d\u2019origine rurale qui \u00e9prouvent le besoin de jardiner, analysent les chercheurs. Le concept de potagers urbains ne pourrait pas les satisfaire enti\u00e8rement.\u00bb<\/p>\n<p>La grande diff\u00e9rence de surface \u00e0 disposition transforme la fonction du lieu. \u00abUne vaste surface permet d\u2019installer un cabanon et du mobilier, ce qui est per\u00e7u par les locataires, souvent issus des classes populaires, comme une forme d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 (la \u00abvilla du pauvre\u00bb, com\u00adme disent certains). D\u2019autant plus que chaque parcelle est individuelle et am\u00e9nag\u00e9e selon les go\u00fbts de chacun. Ils y re\u00e7oivent la famille, organisent des f\u00eates et certains y passent leurs week-ends, voire leurs vacances.\u00bb La quantit\u00e9 et la diversit\u00e9 des produits cultiv\u00e9s permettent \u00e0 certains m\u00e9nages de faire des \u00e9conomies.<\/p>\n<p>Les potagers urbains qui \u00e9mergent aujourd\u2019hui au pied des immeubles favorisent autant le dynamisme d\u2019un quartier et l\u2019\u00e9cologie \u2013 les personnes doivent d\u2019ailleurs habiter \u00e0 moins de cinq minutes \u00e0 pied du lieu \u2013 que les questions sociales.<\/p>\n<p>\u00abA cause de la croissance et la densification des villes, nous vivons une p\u00e9riode de r\u00e9forme en mati\u00e8re de jardinage urbain, notent les sociologues. Il reviendra aux autorit\u00e9s politiques de choisir quelle forme se d\u00e9veloppera \u00e0 l\u2019avenir, tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit que plusieurs d\u2019entre elles peuvent aussi cohabiter.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 2).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les potagers bourgeonnent dans les villes romandes. Comme les jardins familiaux, ils permettent aux habitants de ralentir leur rythme de vie quotidien.<\/p>\n","protected":false},"author":19078,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-3601","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3601","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19078"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3601"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3601\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3601"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3601"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3601"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}