



{"id":3583,"date":"2012-01-18T16:21:21","date_gmt":"2012-01-18T14:21:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3583"},"modified":"2012-02-20T10:43:28","modified_gmt":"2012-02-20T08:43:28","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3583","title":{"rendered":"Le patient en qu\u00eate d\u2019une m\u00e9decine plus lente"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large240112b.jpg\" alt=\"large240112b.jpg\" title=\"large240112b.jpg\" height=\"285\" width=\"468\" border=\"0\" \/>Urgences. A l\u2019\u00e9vocation de la s\u00e9rie am\u00e9ricaine reviennent en m\u00e9moire les images d\u2019ambulances fon\u00e7ant \u00e0 tombeau ouvert, de patients scann\u00e9s, scrut\u00e9s sous tous les angles et finalement sauv\u00e9s par miracle gr\u00e2ce \u00e0 une op\u00e9ration complexe. Si la m\u00e9decine scientifique a fait ses preuves, elle s\u2019est peu \u00e0 peu d\u00e9tach\u00e9e du malade, faisant le lit du retour des m\u00e9decines traditionnelles plus lentes et plus proches de la culture des patients.<\/p>\n<p>\u00abLes gu\u00e9risseurs ont toujours exist\u00e9, particuli\u00e8rement dans les campagnes, rappelle J\u00e9r\u00f4me Debons, assistant \u00e0 la Haute Ecole de Sant\u00e9 Vaud \u2013 HESAV et auteur d\u2019un livre sur le sujet. En Valais, l\u2019arriv\u00e9e du m\u00e9decin au village ne remonte souvent qu\u2019au milieu du XXe si\u00e8cle. Avant, les patients s\u2019adressaient au gu\u00e9risseur, qui \u00e9tait le premier recours contre la maladie. Quand la m\u00e9decine est devenue pr\u00e9pond\u00e9rante, ces pratiques ont \u00e9t\u00e9 discr\u00e9dit\u00e9es et donc cach\u00e9es. Avec la remise en cause du diktat de la m\u00e9decine, elles reviennent sur le devant de la sc\u00e8ne. Il y a une vraie demande de la population, comme l\u2019a montr\u00e9 la votation sur les m\u00e9decines compl\u00e9mentaires en mai en 2009.\u00bb<\/p>\n<p>Ce come-back est \u00e9galement \u00e0 mettre en relation avec la tendance \u00e9colo et le succ\u00e8s croissant des m\u00e9decines naturelles. Ainsi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des gu\u00e9risseurs traditionnels (faiseurs de secret, rebouteux, etc.) fleurissent de nouveaux praticiens comme les magn\u00e9tiseurs, les radiesth\u00e9sistes ou les m\u00e9diums.<\/p>\n<p>\u00abLes malades n\u2019ont plus envie de se faire soigner uniquement par des machines, au sein d\u2019une m\u00e9decine d\u2019abatage qui consacre un temps chronom\u00e9tr\u00e9 \u00e0 chaque patient, explique Illario Rossi, anthropologue et professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Ils veulent l\u2019efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique, mais sont aussi en qu\u00eate de sens. Ils recherchent une solution globale \u00e0 leurs maux.\u00bb Une solution globale, exactement ce que la m\u00e9decine scientifique a perdu. \u00abAvec l\u2019av\u00e8nement des sciences, la m\u00e9decine est parvenue \u00e0 d\u00e9couper chaque organe, oubliant de prendre le patient dans sa globalit\u00e9\u00bb, estime J\u00e9r\u00f4me Debons.<\/p>\n<p>\u00abAutrefois, le m\u00e9decin de famille se d\u00e9pla\u00e7ait. Il rencontrait la famille et incluait dans son diagnostic le contexte culturel, familial et personnel du patient, raconte Magali Jenny, ethnologue \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Fribourg et auteure du best-seller Gu\u00e9risseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande. Aujourd\u2019hui, le patient se trouve entour\u00e9 de machines et de donn\u00e9es biologiques. On s\u2019int\u00e9resse de moins en moins \u00e0 sa personne, \u00e0 sa particularit\u00e9. La m\u00e9decine scientifique s\u2019est d\u00e9shumanis\u00e9e. Elle ne prend plus en compte le patient dans sa globalit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Un avis partag\u00e9 par le docteur Didier Chatelain, pr\u00e9sident de l\u2019association des m\u00e9decins de famille Gen\u00e8ve: \u00abLa progression des technologies m\u00e9dicales a entra\u00een\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 une explosion des sp\u00e9cialit\u00e9s. R\u00e9sultat: la m\u00e9decine s\u2019est d\u00e9shumanis\u00e9e. Les appareils d\u2019imagerie m\u00e9dicale scrutent un organe en particulier en oubliant de voir le tout.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abCette absence de contact humain a engendr\u00e9 une d\u00e9ception de la population vis-\u00e0-vis de la m\u00e9decine scientifique, coupl\u00e9e au besoin, tr\u00e8s en vogue, d\u2019un retour \u00e0 la nature, poursuit Magali Jenny. Les patients n\u2019ont pas l\u2019impression que les progr\u00e8s et les nombreuses d\u00e9couvertes dans le domaine de la sant\u00e9 permettent aux m\u00e9decins de mieux les comprendre. Au contraire, ils d\u00e9plorent le peu de temps que les m\u00e9decins ont \u00e0 disposition pour les \u00e9couter et leur expliquer, avec des mots simples, les maladies dont ils souffrent et les traitements propos\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>A cela s\u2019ajoute ce qu\u2019Ilario Rossi nomme \u00ables maladies de civilisations\u00bb: \u00abJusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, nous vivions dans une \u00e9poque o\u00f9 la croyance dans le progr\u00e8s \u00e9tait aveugle. La science allait permettre de gu\u00e9rir toutes les maladies, de r\u00e9soudre tous les maux. Mais aujourd\u2019hui, la dictature de la biologie s\u2019affaisse. La m\u00e9decine scientifique est confront\u00e9e \u00e0 des maladies comme les cancers, les d\u00e9pressions, les maladies chroniques et psychosomatiques, qu\u2019elle ne parvient pas \u00e0 gu\u00e9rir. Au mieux, elle peut les ralentir. Les patients doivent apprendre \u00e0 vivre avec, comprendre pourquoi ils sont malades et g\u00e9rer au mieux leur condition. Mais les sciences ne leur apportent aucune r\u00e9ponse \u00e0 ce niveau. Ils se tournent donc vers d\u2019autres sources de r\u00e9ponses, comme internet, les r\u00e9seaux sociaux ou les gu\u00e9risseurs.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLes patients cherchent avant tout une gu\u00e9rison, poursuit J\u00e9r\u00f4me Debons. Les personnes qui se tournent vers des gu\u00e9risseurs n\u2019ont souvent pas pu \u00eatre soign\u00e9es par la m\u00e9decine. Par exemple, les gens font appel aux faiseurs de secret pour gu\u00e9rir les br\u00fblures, les h\u00e9morragies et les verrues.\u00bb<\/p>\n<p>Avec quels r\u00e9sultats? \u00abJe consid\u00e8re que si une pratique continue \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9e au cours des si\u00e8cles, c\u2019est qu\u2019elle apporte des r\u00e9sultats\u00bb, r\u00e9pond J\u00e9r\u00f4me Debons. Un avis partag\u00e9 par Magali Jenny: \u00abTout le monde conna\u00eet quel\u00adqu\u2019un qui a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 avec succ\u00e8s par un gu\u00e9risseur. Ils ne co\u00fbtent pratiquement rien comparativement aux m\u00e9decins. Il y en a m\u00eame qui ne touchent pas un centime de leurs consultants. C\u2019est pourquoi il est difficile de les taxer de faire de l\u2019exploitation financi\u00e8re de la mis\u00e8re humaine.\u00bb<\/p>\n<p>Pour autant, l\u2019auteure de Gu\u00e9risseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande ne tombe pas dans la croyance aveugle: \u00abDes amis m\u00e9decins m\u2019ont racont\u00e9 qu\u2019ils ont recueilli des patients dans un \u00e9tat d\u00e9plorable parce que des pr\u00e9tendus gu\u00e9risseurs leur ont fait arr\u00eater un traitement vital ou parce qu\u2019ils ont trop attendu avant de se rendre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Le probl\u00e8me, c\u2019est que les malades ont g\u00e9n\u00e9ralement peur de dire \u00e0 leur m\u00e9decin qu\u2019ils consultent aussi un gu\u00e9risseur. Ils le font dans le secret, alors que les deux m\u00e9decines devraient \u00eatre compl\u00e9mentaires.\u00bb<\/p>\n<p>Une situation temp\u00e9r\u00e9e par J\u00e9r\u00f4me Debons: \u00abG\u00e9n\u00e9ralement, les patients qui vont voir des gu\u00e9risseurs n\u2019abandonnent pas pour autant la m\u00e9decine. Ils alternent au gr\u00e9 de leurs besoins. Les itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques peuvent \u00eatre tr\u00e8s diversifi\u00e9s.\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019heure de la m\u00e9decine high-tech et des scanners, les m\u00e9decins ne prennent plus le temps d&rsquo;\u00e9couter leurs patients. Ces derniers se tournent vers les m\u00e9decines traditionnelles et alternatives. 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