



{"id":358,"date":"2000-03-19T00:00:00","date_gmt":"2000-03-18T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=358"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"football","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=358","title":{"rendered":"Anelka, l&rsquo;\u00e9trange histoire d&rsquo;une d\u00e9ch\u00e9ance"},"content":{"rendered":"<p>On s&rsquo;en souvient, l&rsquo;\u00e9quipe de France de football a gagn\u00e9 la coupe du monde 1998 en humiliant (3-0) le Br\u00e9sil au Stade de France. Un authentique exploit dans la mesure o\u00f9 les Tricolores ont remport\u00e9 la comp\u00e9tition sans jamais disposer dans leurs rangs d&rsquo;un buteur patent\u00e9.<\/p>\n<p>Ils croyaient l&rsquo;avoir trouv\u00e9 en Nicolas Anelka, surdou\u00e9 des surfaces de r\u00e9paration version oiseau de proie. En f\u00e9vrier 1999, Anelka faisait encore les beaux jours de l&rsquo;\u00e9quipe londonienne d&rsquo;Arsenal quand Roger Lemerre, le coach fran\u00e7ais, le s\u00e9lectionna pour un Angleterre-France amical \u00e0 Wembley. Ce soir l\u00e0, l&rsquo;attaquant fut tout simplement g\u00e9nial en marquant les deux buts de la victoire fran\u00e7aise, la premi\u00e8re depuis des d\u00e9cennies dans le temple britannique du football.<\/p>\n<p>En moins de 90 minutes, la valeur marchande du joueur explosa sur le march\u00e9 des transferts europ\u00e9ens. \u00abHot property\u00bb, disaient les Anglais en \u00e9voquant le cas Anelka. A Paris, la F\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise de football pouvait se r\u00e9jouir: elle venait de trouver l&rsquo;insaisissable terreur des gardiens adverses, le seul \u00e9l\u00e9ment qui manquait \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe championne du monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 suivant fut marqu\u00e9 par la bagarre \u00e9conomique entre le Real de Madrid, la Lazio de Rome et la Juventus de Turin, trois clubs milliardaires d\u00e9sireux de s&rsquo;attacher les services du num\u00e9ro 9. Assailli par les m\u00e9dias, Nicolas Anelka essaya de se faire discret, mais pas suffisamment. \u00abJ&rsquo;aimerais quitter l&rsquo;Angleterre\u00bb, dit-il. Le lendemain, les tablo\u00efds titraient sur ce satan\u00e9 frenchie qui avait os\u00e9 cracher dans la soupe en d\u00e9nigrant l&rsquo;\u00e9quipe anglaise d&rsquo;Arsenal \u00abgr\u00e2ce \u00e0 qui son talent avait pu exploser\u00bb.<\/p>\n<p>A l&rsquo;issue de plusieurs semaines de suspense, le Real de Madrid emportait les ench\u00e8res. Pour 55 millions de francs suisses, Anelka rejoignait le club madril\u00e8ne et devenait le deuxi\u00e8me joueur le plus cher de l&rsquo;histoire derri\u00e8re l&rsquo;italien Christian Vieri. La r\u00e9ception du canonier fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport de Madrid fut digne de celles habituellement r\u00e9serv\u00e9es aux hommes d&rsquo;Etat. Lunettes noires plant\u00e9es sur son cr\u00e2ne ras\u00e9, regard hautain, Anelka donnait l&rsquo;impression de toiser la foule de flatteurs \u00e0 ses pieds. Il paraissait immens\u00e9ment pr\u00e9tentieux mais on lui pardonnait sa superbe: \u00e0 ce prix-l\u00e0, on allait voir ce qu&rsquo;on allait voir.<\/p>\n<p>Le chasseur de buts fran\u00e7ais n&rsquo;avait pas encore touch\u00e9 son premier ballon \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement que certains de ses anciens formateurs du PSG &#8211; l&rsquo;\u00e9quipe parisienne qu&rsquo;il avait quitt\u00e9e pour l&rsquo;Angleterre \u00e0 17 ans &#8211; se mettaient \u00e0 parler de la fragilit\u00e9 psychologique du personnage. Trop jeune, trop riche, trop adul\u00e9, le gar\u00e7on courait le risque de consumer sa vie de sportif. <\/p>\n<p>Mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1999, l&rsquo;une des premi\u00e8res inqui\u00e9tudes d&rsquo;Anelka sit\u00f4t arriv\u00e9 \u00e0 Madrid fut la taille du garage de sa villa. Serait-il assez grand pour les Porsche de ses fr\u00e8res qui lui servent d&rsquo;agents et de conseillers?<\/p>\n<p>La presse espagnole prit rapidement le relais des tablo\u00efds britanniques qui avaient encens\u00e9 puis d\u00e9moli Nico. Celui-ci, de son c\u00f4t\u00e9, affectait l&rsquo;indiff\u00e9rence, r\u00e9pondant aux sollicitations m\u00e9diatiques par des phrases lacunaires: \u00abContent d&rsquo;\u00eatre au Real, grande \u00e9quipe&#8230; ferai mes preuves sur le terrain\u00bb.<\/p>\n<p>Et puis tout d\u00e9rapa. La star fran\u00e7aise se blessa en automne durant un galop d&rsquo;entra\u00eenement. L&rsquo;entra\u00eeneur n\u00e9erlandais, \u00e0 qui la gueule de l&rsquo;enfant-prodige ne revenait pas, en profita pour reb\u00e2tir l&rsquo;\u00e9quipe. A son retour de blessure, Anelka ne retrouva pas sa place de titulaire, mais le banc des rempla\u00e7ants.<\/p>\n<p>Cela n&rsquo;a rien d&rsquo;humiliant dans un \u00e9quipe \u00e0 l&rsquo;effectif aussi pl\u00e9thorique que le Real. Sauf quand \u00e7a dure. Et \u00e7a dure depuis novembre. A force de \u00abfaire banquette\u00bb, Anelka s&rsquo;est \u00e9mouss\u00e9. Sportivement, mais plus encore psychologiquement. Il n&rsquo;a marqu\u00e9 qu&rsquo;un but depuis son arriv\u00e9e en Espagne, un but \u00e0 55 millions de francs. <\/p>\n<p>C&rsquo;est alors qu&rsquo;Anelka s&rsquo;est rebell\u00e9. Il a commenc\u00e9 par faire la gr\u00e8ve, en snobant les entra\u00eenements. Le coach et le pr\u00e9sident du Real l&rsquo;ont menac\u00e9, parlant de discipline, expliquant qu&rsquo;avec un salaire pareil, un joueur n&rsquo;avait pas droit aux \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me. Et puis Anelka a commenc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ouvrir, lui qui ne disait jamais rien.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre jour, sur TF1, il parlait en direct depuis sa belle terrasse. Il \u00e9tait path\u00e9tique, stup\u00e9fiant de tristesse et de na\u00efvet\u00e9. Le regard dans le vague, une envie de pleurer contenue de justesse, il balbutiait des propos presque incoh\u00e9rents, r\u00e9p\u00e9tant trente fois qu&rsquo;il voulait seulement \u00abjouer au ballon\u00bb. On lui demanda ce qui ne tournait pas rond, s&rsquo;il avait \u00abbesoin d&rsquo;un soutien psychologique\u00bb. Il r\u00e9pondit que les dirigeants du Real le traitaient \u00abcomme un animal, comme de la marchandise\u00bb. <\/p>\n<p>Plus triste encore, Anelka semblait tirer un trait sur cette \u00e9quipe de France qui attendait tellement de lui voil\u00e0 quelques mois seulement. \u00abPour moi, l&rsquo;Euro 2000, c&rsquo;est r\u00e2p\u00e9. Le s\u00e9lectionneur ne prendra dans son groupe que les gars qui jouent dans leur club\u00bb. Anelka, alors trop jeune, avait d\u00e9j\u00e0 rat\u00e9 le pr\u00e9c\u00e9dent grand rendez-vous des Bleus, la Coupe du Monde. <\/p>\n<p>Anelka a trop parl\u00e9. La sanction ne s&rsquo;est pas fait attendre: suspension de matches (mesure symbolique puisqu&rsquo;il ne joue pas), mais surtout de salaire pour 45 jours, soit un manque \u00e0 gagner de pr\u00e8s de 600&rsquo;000 francs suisses. Le divorce a beau \u00eatre consomm\u00e9, Anelka n&rsquo;est pas pr\u00e8s de rentrer chez lui. Si le Real se s\u00e9parait de lui aujourd&rsquo;hui, la perte financi\u00e8re serait maximale. Et dans le monde de la finance, on n&rsquo;a pas l&rsquo;habitude de vendre au plus bas des actions achet\u00e9es au plus haut.  <\/p>\n<p>Vrai, Nicolas Anelka, n&rsquo;est ni le premier ni le dernier \u00e0 descendre de l&rsquo;Olympe avec une telle c\u00e9l\u00e9rit\u00e9. Sa d\u00e9ch\u00e9ance est embl\u00e9matique parce qu&rsquo;elle vient s&rsquo;inscrire au c\u0153ur de la folle logique de \u00abfinanciarisation\u00bb du football qui d\u00e9ferle sur l&rsquo;Europe depuis le fameux arr\u00eat Bosman. En ouvrant en 1995 les fronti\u00e8res \u00e0 la libre circulation des joueurs (apr\u00e8s celle des personnes et.. des marchandises) dans l&rsquo;Union Europ\u00e9enne, Bruxelles a tu\u00e9 l&rsquo;esprit du jeu en le livrant \u00e0 l&rsquo;app\u00e9tit sauvage des grands capitalistes. D\u00e9natur\u00e9, le jeu se venge: il tue les joueurs. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son transfert l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier au Real de Madrid l&rsquo;a propuls\u00e9 \u00e0 20 ans dans l&rsquo;\u00e9lite r\u00e9duite des millionnaires du football. Mais Anelka s&rsquo;est rapidement mis \u00e0 dos ses co\u00e9quipiers, son entra\u00eeneur et le pr\u00e9sident du club. Retour-arri\u00e8re sur un d\u00e9sastre.<\/p>\n","protected":false},"author":801,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-358","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/358","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/801"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=358"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/358\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=358"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=358"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=358"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}