



{"id":3567,"date":"2012-01-02T19:14:59","date_gmt":"2012-01-02T17:14:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3567"},"modified":"2012-02-10T16:49:10","modified_gmt":"2012-02-10T14:49:10","slug":"suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3567","title":{"rendered":"Politique nucl\u00e9aire: le sc\u00e9nario de sortie"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large030112.jpg\" alt=\"large030112.jpg\" title=\"large030112.jpg\" height=\"273\" width=\"468\" border=\"0\" \/>La politique est l\u2019art du possible, disait Otto von Bismarck. Pays multilingue jonglant avec des int\u00e9r\u00eats pluriels, la Suisse semble parfois incarner l\u2019art de l\u2019impossible. Le nucl\u00e9aire est un cas d\u2019esp\u00e8ce. Le possible a \u00e9t\u00e9 fait &#8212; les politiciens ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater toutes les centrales d\u2019ici \u00e0 2034 &#8212; mais il faudra d\u00e9sormais remplacer les 40% de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qu\u2019elles produisent aujourd\u2019hui. Une t\u00e2che qui peut sembler insurmontable.<\/p>\n<p>Avant Fukushima, m\u00eame le possible semblait impossible. M\u00e9fiante envers le nucl\u00e9aire depuis l\u2019accident de Tchernobyl, la Suisse commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019habituer \u00e0 l\u2019id\u00e9e que des nouvelles centrales nucl\u00e9aires pourraient s\u2019av\u00e9rer in\u00e9vitables si le pays voulait s\u00e9rieusement r\u00e9duire sa d\u00e9pendance au p\u00e9trole et rejeter moins de CO2.<\/p>\n<p>Mais l\u2019accident au Japon a eu un impact tr\u00e8s fort sur les Suisses, en particulier \u00e0 cause des tr\u00e8s grandes similitudes qui existent entre ces deux pays: hautement d\u00e9velopp\u00e9s, administr\u00e9s de mani\u00e8re comp\u00e9tente (ou du moins le croyait-on) et tr\u00e8s dens\u00e9ment peupl\u00e9s. Une imagination d\u00e9brid\u00e9e n\u2019est pas vraiment n\u00e9cessaire pour se repr\u00e9senter ce que signifierait pour le pays une zone contamin\u00e9e de 50 km de rayon autour de l\u2019un des cinq r\u00e9acteurs helv\u00e9tiques.<\/p>\n<p>\u00abFukushima a fait 1000 fois plus que trente ans de campagne anti-nucl\u00e9aire\u00bb, commente Philippe de Rougemont, pr\u00e9sident de l\u2019organisation \u00abSortir du nucl\u00e9aire\u00bb. Quelques jours apr\u00e8s Fukushima, la Suisse fut le premier pays europ\u00e9en \u00e0 geler le d\u00e9veloppement du nucl\u00e9aire. En juin, la mesure temporaire s\u2019est transform\u00e9e en ce qu\u2019il faut appeler un virage politique complet, avec l\u2019annonce du Conseil f\u00e9d\u00e9ral que les r\u00e9acteurs en fonction ne seront pas remplac\u00e9s apr\u00e8s avoir atteint leur dur\u00e9e de service pr\u00e9vue.<\/p>\n<p>La ministre de l\u2019Energie, Doris Leuthard, a justifi\u00e9 la d\u00e9cision par des raisons \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires: \u00abJusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire faisait partie de notre politique \u00e9nerg\u00e9tique, car elle pr\u00e9sentait deux avantages par rapport aux autres \u00e9nergies, a annonc\u00e9 la ministre. Elle \u00e9tait meilleur march\u00e9 et ne provoquait pas de rejet de CO2. Mais apr\u00e8s Fukushima, nous devons r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question de savoir si nous voulons vivre en Suisse avec le risque r\u00e9siduel li\u00e9 aux centrales.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 montre que le nucl\u00e9aire tend \u00e0 devenir plus cher, tandis que les \u00e9nergies renouvelables deviennent meilleur march\u00e9.\u00bb Les deux chambres du Parlement ont soutenu la d\u00e9cision du Conseil f\u00e9d\u00e9ral et une loi d\u00e9finitive devrait \u00eatre pass\u00e9e en d\u00e9cembre.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9cider d&rsquo;abord, l\u00e9gif\u00e9rer ensuite<\/strong><\/p>\n<p>Certes, mais que fera-t-on alors? \u00abC\u2019est tr\u00e8s bien de dire qu\u2019on sort du nucl\u00e9aire. Il faut cependant suivre avec des r\u00e8glements qui pr\u00e9cisent comment on va combler le manque d\u2019\u00e9nergie\u00bb, dit Philippe de Rougemont. Pour les anti-nucl\u00e9aire, de nouvelles normes doivent inclure des mesures de gestion de la demande &#8212; autrement dit, limiter la consommation &#8212; et de soutien aux \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n<p>Ils pr\u00e9conisent des outils qui vont d\u2019une limite sup\u00e9rieure \u00e0 la consommation \u00e9nerg\u00e9tique des b\u00e2timents, des v\u00e9hicules et des appareils \u00e9lectriques \u00e0 des encouragements financiers au d\u00e9veloppement du renouvelable. Les id\u00e9es ne manquent pas &#8212; d\u2019autant plus que la Suisse, compar\u00e9e \u00e0 des pays voisins comme l\u2019Allemagne, est plut\u00f4t en retard dans son soutien aux \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n<p>\u00abNous sommes rest\u00e9s endormis, soutient Philippe de Rougemont. L\u2019Allemagne a 14 fois plus de panneaux solaires par habitant que la Suisse.\u00bb L\u2019appui au photovolta\u00efque est un fiasco: les subsides manquent et le budget annuel 2011 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9 au mois de janvier de la m\u00eame ann\u00e9e. La liste d\u2019attente compte 11\u2019000 projets valant 1,5 milliard de francs.<\/p>\n<p><strong>Produire plus pour gagner plus<\/strong><\/p>\n<p>La route qui nous m\u00e8nera hors du nucl\u00e9aire sera tortueuse. Le parti le plus puissant de Suisse, l\u2019UDC, est favorable \u00e0 l\u2019atome et de nombreux membres du Parti lib\u00e9ral-radical sont encore proches du milieu du nucl\u00e9aire. Le manque de transparence du syst\u00e8me politique helv\u00e9tique n\u2019aide gu\u00e8re, et les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats sont l\u00e9gion: de nombreux politiciens \u00e0 l\u2019\u00e9chelon autant national que local si\u00e8gent (contre r\u00e9tribution) dans les conseils d\u2019administration des principaux producteurs d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui exploitent les centrales nucl\u00e9aires. L\u2019influence des lobbies s\u2019est \u00e9galement accrue.<\/p>\n<p>\u00abLe lobbying en soi n\u2019est pas une mauvaise chose tant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019informer, dit Isabelle Chevalley, fondatrice des Vert\u2019lib\u00e9raux. Mais le ton a chang\u00e9 depuis deux l\u00e9gislatures. Menacer de couper les vivres aux parlementaires qui ne sont pas d\u2019accord est devenu courant.\u00bb Pour Philippe de Rougemont, \u00ables politiciens qui ont un conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats devraient s\u2019abstenir de voter\u00bb. Laurent Horvath, \u00e9conomiste et fondateur du blog <a href=\"http:\/\/www.2000Watts.org\" target=\"_blank\">2000Watts.org<\/a>, se dit particuli\u00e8rement concern\u00e9 par l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des dirigeants des grandes entreprises \u00e9lectriques du pays: \u00abIls semblent perdus. Ils suivent le m\u00eame business model depuis cent ans, qui fonctionne uniquement si le public et l\u2019industrie consomment toujours davantage d\u2019\u00e9nergie. Ils n\u2019ont aucune raison de r\u00e9duire la consommation.\u00bb Et ces dinosaures de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 comptent parmi leurs actionnaires de nombreuses villes et cantons qui d\u00e9pendent de ces revenus pour boucler leur budget. Pour Laurent Horvath, des mod\u00e8les int\u00e9ressants existent aux Etats-Unis, en particulier en Californie o\u00f9 les profits des producteurs augmentent lorsque la consommation diminue.<\/p>\n<p>S\u2019ajoute encore la d\u00e9mocratie directe. Le premier test pourrait survenir d\u00e8s cette ann\u00e9e, si les forces pro-nucl\u00e9aires devaient mettre \u00e0 ex\u00e9cution leur menace de lancer un r\u00e9f\u00e9rendum pour contrer chaque nouvelle loi \u00e9nerg\u00e9tique. Mais il s\u2019agit \u00e9videmment d\u2019une arme \u00e0 double tranchant: les Verts ont d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9 une initiative pour enterrer le nucl\u00e9aire en 2029 d\u00e9j\u00e0 (au lieu de 2034). L\u2019attitude \u00abnot in my backyard\u00bb (pas dans mon jardin) repr\u00e9sente un obstacle de plus qui &#8212; grandement facilit\u00e9 par des tortueuses proc\u00e9dures administratives et des man\u0153uvres juridiques sans fin &#8212; a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 tout son pouvoir en Suisse. Des oppositions locales ont fait capoter un projet d\u2019\u00e9oliennes sur les monts du Jura, pourtant bien expos\u00e9s. Dans le canton de Vaud, qui exige pourtant l\u2019utilisation d\u2019\u00e9nergies renouvelables dans les nouvelles constructions, les demandes de permis pour  l\u2019installation de panneaux solaires sont r\u00e9guli\u00e8rement refus\u00e9es. Il n\u2019est donc gu\u00e8re surprenant que la simplification des proc\u00e9dures et l\u2019\u00e9ventuelle limitation du droit de recours soient devenues des priorit\u00e9s pour le Parlement. La sortie du nucl\u00e9aire sera plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire. Contrairement \u00e0 des pays comme la France, le gouvernement helv\u00e9tique ne peut pas simplement d\u00e9cider d\u2019une nouvelle mesure et forcer son impl\u00e9mentation en se moquant des oppositions. Avec des politiciens suisses qui tenteront d\u2019accomplir l\u2019impossible, les prochaines ann\u00e9es s\u2019annoncent  passionnantes.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Sortir du nucl\u00e9aire: oui, mais sans mesures contraignantes<\/strong><\/p>\n<p>Le Conseil des Etats a ent\u00e9rin\u00e9 l\u2019abandon de l\u2019atome lors de sa session de septembre 2011 &#8212; mais a rejet\u00e9 la plupart des motions visant \u00e0 instaurer des mesures concr\u00e8tes d\u2019encouragement aux \u00e9conomies d\u2019\u00e9nergie. Contrairement au Conseil national qui les avait accept\u00e9es en juin, la chambre haute a refus\u00e9 les motions sur des normes minimales pour les performances \u00e9nerg\u00e9tiques des b\u00e2timents (motion no 11.3449), la r\u00e9cup\u00e9ration de la chaleur r\u00e9siduelle \u00e9mise dans les centrales de chauffage (11.3427), l\u2019abandon des tarifs pr\u00e9f\u00e9rentiels pour les chauffages \u00e9lectriques (11.3416) ainsi que la disparition de ces derniers d\u2019ici \u00e0 quinze ans (11.3424).  Les conseillers d\u2019Etat n\u2019ont pas tout refus\u00e9: ils ont accept\u00e9 de remplacer d\u2019ici \u00e0 la fin 2020 toutes les lampes pour l\u2019\u00e9clairage public des rues et des routes qui ne pr\u00e9sentent pas l\u2019efficacit\u00e9 voulue (11.3415).<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex (no 16).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s sa d\u00e9cision d\u2019abandonner l\u2019atome, la Suisse va devoir jouer serr\u00e9. Pr\u00e9sentation des enjeux de politique \u00e9nerg\u00e9tique pour 2012.<\/p>\n","protected":false},"author":19397,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3567","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19397"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3567"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3567\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}