



{"id":3533,"date":"2011-11-17T18:11:10","date_gmt":"2011-11-17T16:11:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3533"},"modified":"2012-07-09T10:07:28","modified_gmt":"2012-07-09T08:07:28","slug":"deceleration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3533","title":{"rendered":"Mobilit\u00e9 lente? Pas si vite!"},"content":{"rendered":"<p>A v\u00e9lo au boulot, mais en voiture \u00e0 la montagne. Cyclotourisme en \u00e9t\u00e9, mais en Patagonie. La bonne conscience environnementale, relay\u00e9e par m\u00e9dias, ONG et quantit\u00e9s de publicit\u00e9s l\u00e9nifiantes, cache une mobilit\u00e9 paradoxale et panach\u00e9e. Car dans le faits, nous avalons bon an, mal an, toujours davantage de kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Pour fuir le stress du quotidien, nous recherchons la lenteur, un espace hors du temps qui nous permette de nous reposer et de nous ressourcer. Mais ces marches, randonn\u00e9es \u00e0 dos d\u2019\u00e2ne et autres descentes de rivi\u00e8re \u00e0 l\u2019autre bout du monde commencent souvent par un voyage un avion. Lenteur et vitesse repr\u00e9sentent alors deux \u00e9l\u00e9ments indissociables.<\/p>\n<p><strong>Des indulgences pour nos p\u00each\u00e9s environnementaux <\/strong><\/p>\n<p>Le touriste cherche l\u2019isolement, mais souvent sans succ\u00e8s. Coinc\u00e9 entre son smartphone, internet et les r\u00e9seaux sociaux, il est \u00abphysiquement \u00e9loign\u00e9, mais psychologiquement pr\u00e9sent dans sa routine quotidienne\u00bb, glisse Rafael Matos-Wasem, professeur \u00e0 l&rsquo;Ecole suisse de tourisme de Sierre (HES-SO Valais). M\u00eame l\u2019\u00e9co-conscient finit par prendre l\u2019avion &#8212; quitte \u00e0 acheter des indulgences avec Myclimate pour compenser le CO2 g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par ses d\u00e9placements. L\u2019argument \u00e9conomique reste surpuissant et les prix des compagnies low-cost irr\u00e9sistibles. \u00abUn de mes \u00e9tudiants m\u2019a dit avoir pris 30 fois l\u2019avion en une ann\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, certains refusent l\u2019avion. \u00abLe grand-p\u00e8re de ma femme ne prend plus que l\u2019autocar pour se rendre de Pologne en Suisse, raconte Rafael Matos-Wasem. Il veut ainsi ressentir, petit \u00e0 petit, l\u2019\u00e9loignement ou le rapprochement. Mais ces cas restent marginaux. Nos transports consomment de plus en plus d\u2019\u00e9nergie et produisent du CO2.\u00bb La mobilit\u00e9 lente est davantage concept marketing que r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>M\u00eames paradoxes au niveau local. Plus de 80% des Suisses prennent leur voiture pour aller faire des randonn\u00e9es en montagne et les slow-up attirent des foules qui s\u2019y rendent en automobile, les v\u00e9los charg\u00e9s dans le coffre. Les efforts politiques ne suffisent pas. Mis sur pied par l\u2019ATE, le WWF et l\u2019Institut de tourisme de la haute-\u00e9cole valaisanne, \u00able projet \u00ab\u00a0Vacances sans voiture\u00a0\u00bb est pour l\u2019instant \u00abun \u00e9chec patent\u00bb, confie le chercheur. Quant au programme SuisseMobile &#8212; des parcours \u00e0 pied, \u00e0 v\u00e9lo et cano\u00eb qui sillonnent le pays dans toutes ses diagonales &#8211;, qui avait des ambitions internationales, il a subi des coupes budg\u00e9taires. Dispos\u00e9es \u00e0 la sortie de chaque gare, ces cartes entretiennent le fantasme, rarement r\u00e9alis\u00e9, de traverser un jour le pays entier \u00e0 pied.<\/p>\n<p><strong>Vitesse et libert\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Les distances parcourues par les pendulaires augmentent mais les dur\u00e9es restent \u00e0 peu pr\u00e8s constante au cours du temps, que ce soit \u00e0 pied ou \u00e0 cheval, en auto ou \u00e0 v\u00e9lo, note Malene Freudendal-Pedersen, sp\u00e9cialiste de la mobilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Roskilde au Danemark. Tr\u00e8s performant en ville, le v\u00e9lo est bien le nouvel acteur de la mobilit\u00e9 urbaine. Si les kilom\u00e8tres parcourus globalement en Suisse restent stables, le nombre de cyclistes en ville explose, comme \u00e0 Lausanne qui a observ\u00e9 une augmentation de 60% entre 2002 et 2008 \u00e0 quatre lieux de passage.<\/p>\n<p>\u00abLa notion de vitesse va avec celle de libert\u00e9\u00bb, note  Malene Freudendal-Pedersen. Le v\u00e9lo offre une sensation de libert\u00e9 &#8212; on peut choisir son chemin &#8212; et m\u00eame de rapidit\u00e9 lorsqu\u2019on remonte une file de voitures immobilis\u00e9es au feu rouge. C\u2019est toute la diff\u00e9rence entre vitesse de pointe et vitesse moyenne: en ville, des voitures potentiellement bien plus rapides arrivent le plus souvent apr\u00e8s les v\u00e9los. La mobilit\u00e9 douce est la plus rapide &#8212; sauf dans les m\u00e9gapoles, o\u00f9 aller plus vite exigera de prendre l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re.<\/p>\n<p>Avec la d\u00e9mocratisation de l\u2019avion et de la voiture, la vitesse a perdu de son exclusivit\u00e9. Les conducteurs recherchent surtout le confort et la s\u00e9curit\u00e9 que promettent les voitures lourdes telles que les 4&#215;4. \u00abLe plus souvent, les gens qui ne poss\u00e8dent pas d\u2019automobile n\u2019en ont pas les moyens, note Giuseppe Pini, directeur de l\u2019Observatoire universitaire de la mobilit\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve. Les autres, qui s\u2019en passent par choix, sont souvent des professionnels entre 25 et 35 ans. Tr\u00e8s mobiles, ils se rattrapent avec des voyages en avion et sont donc lents du lundi ou vendredi, et rapides le week-end.\u00bb Ils s\u2019ach\u00e8teront une voiture avec l\u2019arriv\u00e9e des enfants et le d\u00e9m\u00e9nagement du centre-ville pour la banlieue. Les consid\u00e9rations environnementales sont absentes &#8212; en tout cas pour les Vaudois, qui dans les enqu\u00eates privil\u00e9gient toujours la rapidit\u00e9 et le confort, indique Giuseppe Pini, quelque peu d\u00e9pit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Se ressourcer dans les bouchons<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes urbanistes et planificateurs ont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent n\u00e9glig\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience ressentie par les voyageurs, poursuit Malene Freudendal-Pedersen. Leurs mod\u00e8les comptent les kilom\u00e8tres et les minutes, mais ne prennent pas en compte les aspects \u00e9motionnels.\u00bb Ceux-ci sont surprenants. \u00abFace \u00e0 l\u2019exigence croissante d\u2019\u00eatre tout le temps atteignable, disponible, efficace, les d\u00e9placements deviennent pour certains l\u2019unique opportunit\u00e9 de rester avec soi-m\u00eame. On peut \u00eatre seul, \u00e9couter la radio au volant ou lire un livre dans le train.\u00bb Pris dans les bouchons, certains automobilistes disent savourer ce temps mort pour, enfin, ne rien faire. Mais le danger guette: le confort et la ponctualit\u00e9 des trains ainsi que notre mobilit\u00e9 \u00e9lectronique nous encouragent d\u00e9sormais \u00e0 y travailler.<\/p>\n<p>En principe, la marche devrait permettre de ne \u00abrien faire\u00bb. Mais h\u00e9las, \u00e9quip\u00e9s de nos smartphones, nous deviendrons bient\u00f4t des marcheurs-lecteurs, qui se d\u00e9placent certes lentement, mais sans perdre une seconde. \u00abSi le temps est de l\u2019argent, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration est le pouvoir\u00bb, disait le philosophe Paul Virilio. Et la d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration de la mobilit\u00e9, un v\u0153u pieux.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est \u00e0 lire dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 2).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La mobilit\u00e9 douce fait son chemin en politique et dans les m\u00e9dias, mais moins dans nos habitudes quotidiennes. 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