



{"id":3524,"date":"2011-11-03T19:46:03","date_gmt":"2011-11-03T17:46:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3524"},"modified":"2012-07-09T10:05:59","modified_gmt":"2012-07-09T08:05:59","slug":"telemusique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3524","title":{"rendered":"Concerto en r\u00e9seau majeur"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large041111.jpg\" alt=\"large041111.jpg\" title=\"large041111.jpg\" border=\"0\" height=\"312\" width=\"468\" \/>Jules Verne en r\u00eavait, internet l\u2019a fait. En 1875, l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais envisageait, dans un texte intitul\u00e9 Une ville id\u00e9ale en l\u2019an 2000, la possibilit\u00e9 d\u2019un concert en r\u00e9seau: \u00abPianowski, jouait \u00e0 Paris, \u00e0 la salle Hertz; mais au moyen de fils \u00e9lectriques, son instrument \u00e9tait mis en communication avec des pianos de Londres, de Vienne, de Rome, de P\u00e9tersbourg et de P\u00e9kin.<\/p>\n<p>Aussi, lorsqu\u2019il frappait une note, la note identique r\u00e9sonnait-elle sur le clavier de ces pianos lointains, dont chaque touche \u00e9tait mue instantan\u00e9ment par le courant volta\u00efque!\u00bb Ce sc\u00e9nario imaginaire est d\u00e9sormais devenu une r\u00e9alit\u00e9. Gr\u00e2ce aux nouvelles technologies, de plus en plus de musiciens s\u00e9par\u00e9s g\u00e9ographiquement exp\u00e9rimentent le champ des possibilit\u00e9s offertes par la \u00abt\u00e9l\u00e9musique\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Musique \u00e0 distance <\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est ainsi le cas du duo de musique \u00e9lectro-pop Tim &amp; Puma Mimi. Lui mixe \u00e0 Zurich, elle chante \u00e0 Tokyo, et ils se produisent en concert ensemble, via Skype. Tim est sur sc\u00e8ne, tandis que Puma Mimi appara\u00eet sur grand \u00e9cran. Ce choix s\u2019est en fait impos\u00e9 par hasard et plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9faut de ne pouvoir \u00eatre r\u00e9unis physiquement. Christian Fischer et Michiko Hanawa, de leurs vrais noms, se sont rencontr\u00e9s pendant leurs \u00e9tudes en Hollande. \u00abPar la suite, nous sommes rest\u00e9s en contact par le biais de Skype, raconte Christian Fischer, alias Tim. Un jour, apr\u00e8s deux ou trois heures pass\u00e9es devant nos webcams, comme on n\u2019avait plus rien \u00e0 se dire, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 jouer de la guitare face \u00e0 l\u2019\u00e9cran et Michiko \u00e0 chanter. Tout est parti de l\u00e0.\u00bb Quelque temps plus tard, lorsque des amis de Christian l\u2019invitent \u00e0 participer \u00e0 leur festival de nouveaux m\u00e9dias, il propose, un peu par plaisanterie, de r\u00e9aliser un concert en duo avec Michiko, alors au Japon. Le concept \u00e9tait lanc\u00e9.<\/p>\n<p>Avec le d\u00e9calage horaire entre la Suisse et le Japon, leurs concerts \u00e0 distance engendrent des situations plut\u00f4t \u00e9tonnantes. \u00abAlors que Christian joue sur sc\u00e8ne devant un public, moi je chante dans ma chambre \u00e0 5 heures du matin, seule et en pyjama!\u00bb raconte la chanteuse. Moins cocasse, le fait que Michiko ne puisse pas voir le public quand elle chante, la technologie \u00e9tant trop lourde, et de ne pas pouvoir \u00e9changer ses impressions avec Christian juste apr\u00e8s le concert. \u00abChristian doit rapidement \u00e9teindre son ordinateur et quitter la sc\u00e8ne. Moi je vais me coucher.\u00bb<\/p>\n<p>Cette collaboration \u00e0 distance les incite \u00ab\u00e0 exp\u00e9rimenter de nouvelles mani\u00e8res de cr\u00e9er\u00bb, confie Michiko. Mais pour Tim &amp; Puma Mimi, les concerts sur Skype n\u2019apparaissent pas comme une fin en soi, et ils pr\u00e9f\u00e8rent se produire ensemble sur la m\u00eame sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>George Robert, directeur du d\u00e9partement de jazz de la Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU), se r\u00e9jouit de son c\u00f4t\u00e9 des nouvelles possibilit\u00e9s qu\u2019offrent les concerts en r\u00e9seau. Ce saxophoniste s\u2019est r\u00e9cemment produit avec quatre autres musiciens r\u00e9partis en Europe. Une initiative de la soci\u00e9t\u00e9 Cisco, sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019\u00e9laboration de syst\u00e8mes de visioconf\u00e9rence: \u00abLe projet consistait \u00e0 d\u00e9terminer comment r\u00e9aliser un concert en simultan\u00e9 et o\u00f9 se situaient les probl\u00e8mes techniques\u00bb, explique George Robert. Ils ont alors constat\u00e9 que deux musiciens parvenaient \u00e0 \u00eatre sur la m\u00eame longueur d\u2019onde, mais d\u00e8s le troisi\u00e8me, appara\u00eet un d\u00e9calage. \u00abLa technologie actuelle est adapt\u00e9e pour des personnes en conf\u00e9rence et ne pourrait pas d\u00e9passer la vitesse de la lumi\u00e8re\u00bb, indique George Robert. Les techniciens planchent donc sur une mani\u00e8re de pouvoir r\u00e9duire le temps de latence.<\/p>\n<p><strong>Un d\u00e9calage sonore \u00e0 exploiter <\/strong><\/p>\n<p>Pour le jazz, la synchronisation rythmique est essentielle, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de r\u00e9duire les d\u00e9calages. Il n\u2019en va pas de m\u00eame pour la musique plus exp\u00e9rimentale. J\u00e9r\u00f4me Joy, chercheur et compositeur fran\u00e7ais, exploite d\u2019ailleurs pleinement les contraintes impos\u00e9es de la musique en r\u00e9seau: \u00abA quoi bon tenter de reproduire fid\u00e8lement les concerts traditionnels? Il me semble plus int\u00e9ressant de d\u00e9velopper d\u2019autres pistes, en int\u00e9grant le d\u00e9calage de son.\u00bb<\/p>\n<p>J\u00e9r\u00f4me Joy utilise ainsi une technologie qui permet un son de plus grande qualit\u00e9 que sur Skype mais dont le temps de latence est de vingt-cinq \u00e0 trente secondes. \u00abSur ce vaste espace acoustique que repr\u00e9sente internet, les conditions de jeu sont \u00e9videmment diff\u00e9rentes, mais elles suscitent la production de nouvelles \u00e9critures musicales.\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, parmi ses nombreux projets en cours dans le domaine, J\u00e9r\u00f4me Joy collaborera l\u2019an prochain avec le compositeur anglais John Eacott sur une \u0153uvre cr\u00e9\u00e9e en direct, \u00e0 partir d\u2019un capteur plac\u00e9 dans un fleuve. \u00abLes donn\u00e9es r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es \u00e0 partir de ce milieu seront analys\u00e9es et musicalis\u00e9es en direct par des instrumentistes. Un concert jou\u00e9 par des musiciens mais compos\u00e9 par le fleuve en quelque sorte.\u00bb On touche ici au domaine de la sonification, en d\u2019autres termes: comment rendre sonores des donn\u00e9es qui ne le sont pas?<\/p>\n<p><strong>Un phone-spectacle intercontinental <\/strong><\/p>\n<p>Au th\u00e9\u00e2tre aussi, les r\u00e9seaux ont fait leur entr\u00e9e sur sc\u00e8ne. En 2008, le collectif germano-suisse Rimini Protokoll a mis en sc\u00e8ne Call Cutta in a Box. Un \u00abphone-spectacle\u00bb intercontinental qui se joue au t\u00e9l\u00e9phone et via Skype. Le spectateur se retrouve en ligne avec l\u2019op\u00e9rateur d\u2019un centre d\u2019appel en Inde, \u00e0 Calcutta. Est-ce un com\u00e9dien? Ce qu\u2019il raconte est-il invent\u00e9? Une conversation s\u2019engage alors, entre fiction et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Le collectif Rimini Protokoll, dont fait partie le metteur en sc\u00e8ne soleurois Stefan Kaegi, est reconnu pour \u00eatre l\u2019un des initiateurs du th\u00e9\u00e2tre d\u00e9nomm\u00e9 \u00abmouvement de la r\u00e9alit\u00e9\u00bb. Le collectif met en sc\u00e8ne des personnes de la vie r\u00e9elle, des \u00abexperts\u00bb, qui jouent sur sc\u00e8ne leur propre r\u00f4le, brouillant ainsi la fronti\u00e8re entre fiction et r\u00e9alit\u00e9. La performance Call Cutta in a Box a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e en 2009, \u00e0 l\u2019occasion du Prix Ars Electronica, une comp\u00e9tition internationale d\u2019art num\u00e9rique.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En jouant ensemble depuis diff\u00e9rents lieux, des musiciens inventent des orchestres d\u00e9localis\u00e9s et suscitent de nouveaux modes de cr\u00e9ation. Rencontres.<\/p>\n","protected":false},"author":19859,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3524","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3524","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19859"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3524"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3524\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3524"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3524"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3524"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}