



{"id":3513,"date":"2011-10-17T16:01:24","date_gmt":"2011-10-17T14:01:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3513"},"modified":"2011-10-18T15:12:14","modified_gmt":"2011-10-18T13:12:14","slug":"finance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3513","title":{"rendered":"Glencore, un g\u00e9ant tr\u00e8s discret"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large181011b.jpg\" alt=\"large181011b.jpg\" title=\"large181011b.jpg\" width=\"468\" height=\"304\" border=\"0\" \/>Ivan Glasenberg, CEO de Glencore et heureux propri\u00e9taire d\u2019une petite maison pr\u00e8s de Zurich, n\u2019aime pas la publicit\u00e9. Difficile pourtant de passer inaper\u00e7u lorsque l\u2019on devient virtuellement d\u00e9tenteur d\u2019une fortune de 9,6 milliards de dollars &#8212; la valeur de son paquet d\u2019actions lors de l\u2019entr\u00e9e en Bourse de 20% du capital de Glencore, le 19 mai dernier. L\u2019op\u00e9ration, pr\u00e9par\u00e9e par Citigroup, Credit Suisse et Morgan Stanley, a cons\u00adtitu\u00e9 la plus importante IPO de l\u2019histoire de la Bourse de Londres, valorisant Glencore, soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans le n\u00e9goce de mati\u00e8res premi\u00e8res, \u00e0 59 milliards de dollars au terme de sa premi\u00e8re journ\u00e9e de quotation.  <\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 zougoise avait pr\u00e9par\u00e9 un prospectus de plus de 1600 pages \u00e0 l\u2019intention des investisseurs et, fait rare pour l\u2019entreprise, le management s\u2019est fendu de quelques conf\u00e9rences de presse pour l\u2019occasion. Il faut dire que Glencore, qui emploie indirectement environ 55\u2019000 personnes dans le monde et a d\u00e9clar\u00e9 un chiffre d\u2019affaires de 145 milliards de dollars pour un b\u00e9n\u00e9fice net de 3,8 milliards de dollars en 2010, a longtemps pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la discr\u00e9tion aux op\u00e9rations de communication publique. Une tradition qui remonte aux d\u00e9buts de la soci\u00e9t\u00e9, appel\u00e9e \u00e0 l\u2019origine Marc Rich &#038; Co. du nom de son fondateur, le c\u00e9l\u00e8bre et controvers\u00e9 trader am\u00e9ricain Marc Rich (lire le portrait ci-dessous).  <\/p>\n<p>Sous la direction du Sud-Africain Ivan Glasenberg, recrut\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980, l\u2019entreprise a poursuivi une ascension fulgurante, jusqu\u2019\u00e0 devenir aujourd\u2019hui la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 suisse en termes de chiffre d\u2019affaires.  <\/p>\n<p>Glencore op\u00e8re dans trois domaines principaux: m\u00e9taux et min\u00e9raux, produits \u00e9nerg\u00e9tiques (charbon, p\u00e9trole, etc.) et produits agricoles. Selon ses propres estimations, Glencore contr\u00f4lait en 2010 pr\u00e8s de 60% du march\u00e9 mondial adressable de zinc, 50% de celui du cuivre, 38% de celui d\u2019alumine, 28% de celui du charbon et 9% de celui du bl\u00e9. Son b\u00e9n\u00e9fice net au premier trimestre 2011 a surpass\u00e9 de 47% celui de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, son chiffre d\u2019affaires ayant augment\u00e9 de 37%.   <\/p>\n<p>En plus de ses activit\u00e9s traditionnelles de trading, l\u2019entreprise poss\u00e8de tout ou partie d\u2019actifs miniers en Afrique, Am\u00e9rique du Sud, Asie, Australie et Etats-Unis, dont elle exploite et achemine la production, notamment par sa propre flotte. En 2007, les actifs en aluminium de Glencore ont \u00e9t\u00e9 fusionn\u00e9s avec ceux de Rusal et Sual, pour former United Company Rusal, le plus gros producteur d\u2019aluminium au monde (13% de la production d\u2019aluminium mondiale), que Glencore d\u00e9tient \u00e0 8,8%.  <\/p>\n<p>L\u2019ouverture du capital de Glencore s\u2019inscrit donc dans la suite logique de ses plans d\u2019expansion. \u00abGlencore avait besoin d\u2019argent frais pour couvrir ses dettes et poursuivre ses rachats d\u2019actifs et d\u2019entreprises, commente Patrick Rafaisz, analyste \u00e0 Vontobel. L\u2019IPO est \u00e9galement un moyen pour Glencore de permettre aux membres du management de se d\u00e9sengager plus facilement de l\u2019entreprise en vendant leurs parts.\u00bb Le CEO Ivan Glasenberg a cependant pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il ne vendrait aucune de ses actions tant qu\u2019il serait \u00e0 la t\u00eate de l\u2019entreprise. Parmi les cibles potentielles des app\u00e9tits de Glencore figure en bonne place Xstrata (autrefois S\u00fcdelektra), un autre g\u00e9ant minier zougois que Glencore poss\u00e8de \u00e0 37% et dont Ivan Glasenberg est le directeur non ex\u00e9cutif. Glencore a \u00e9galement manifest\u00e9 son intention d\u2019augmenter sa participation dans les mines du kazakh KaZZinc de 50,7 \u00e0 93%, une op\u00e9ration estim\u00e9e \u00e0 3,2 milliards de dollars.  <\/p>\n<p>Mais l\u2019entr\u00e9e en Bourse de Glencore a une contrepartie plus d\u00e9licate: l\u2019entreprise se retrouve au centre de l\u2019attention et devra d\u00e9sormais apprendre \u00e0 soigner son image publique, souvent malmen\u00e9e par le pass\u00e9. Op\u00e9rant fr\u00e9quemment dans des r\u00e9gions sensibles, Glencore a fait l\u2019objet de multiples accusations abondamment relay\u00e9es par la presse. Elle a notamment \u00e9t\u00e9 mise en cause par l\u2019ONU, qui lui a reproch\u00e9 d\u2019avoir livr\u00e9 du p\u00e9trole irakien \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, alors que courait l\u2019embargo du programme \u00abp\u00e9trole contre nourriture\u00bb, entre d\u00e9cembre 2000 et juillet 2001. Une investigation judiciaire pr\u00e9liminaire a toutefois conclu \u00e0 un abandon des charges, faute de preuves suffisantes.   <\/p>\n<p>Dans la longue liste des accusations port\u00e9es contre Glencore et ses filiales, deux affaires r\u00e9centes sont venues rappeler les risques inh\u00e9rents aux activit\u00e9s de la multinationale.  <\/p>\n<p>Le 31 mai 2011, la Banque europ\u00e9enne d\u2019investissement a formellement d\u00e9cid\u00e9 de ne plus accorder de nouveau pr\u00eat \u00e0 Glencore et ses filiales jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre \u00aben raison des pr\u00e9occupations graves qui se sont faites jour r\u00e9cemment au sujet de la gouvernance de Glencore\u00bb. En cause: des soup\u00e7ons de fraude fiscale et de d\u00e9gradations environnementales pesant sur l\u2019entreprise zambienne Mopani Copper Mines Plc, d\u00e9tenue \u00e0 73% par Glencore et \u00e0 laquelle la banque avait pr\u00eat\u00e9 50 millions de dollars en 2005, en vue de financer la r\u00e9novation de sa fonderie de cuivre de Mufulira. <\/p>\n<p>Glencore est \u00e9galement cit\u00e9 dans le proc\u00e8s en cours \u00e0 Bruxelles de Karel Brus, un ancien membre de la Commission europ\u00e9enne de l\u2019agriculture accus\u00e9 d\u2019avoir fourni entre 1999 et 2003 des informations sensibles \u00e0 Glencore Grains Rotterdam, une filiale de Glencore, en \u00e9change de compensations financi\u00e8res et en nature.  <\/p>\n<p>M\u00eame si Glencore a toujours fermement ni\u00e9 toute responsabilit\u00e9 dans les accusations qui lui ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es et affirm\u00e9 son respect des pratiques juridiques locales, ces reproches ont naturellement refait surface lors de l\u2019entr\u00e9e en Bourse de l\u2019entreprise.Une r\u00e9alit\u00e9 qui ne devrait toutefois pas trop impressionner les march\u00e9s. Les acheteurs \u00e9taient en tout cas au rendez-vous de la plus grosse IPO de l\u2019ann\u00e9e: lors des pr\u00e9paratifs de son entr\u00e9e en Bourse, Glencore avait ferm\u00e9 la souscription \u00e0 ses titres un jour plus t\u00f4t que pr\u00e9vu, tant la demande \u00e9tait importante. Parmi les grands investisseurs figuraient Abu Dhabi IPIC, Blackrock, Credit Suisse et UBS qui totalisaient 3,1 milliards de dollars d\u2019actions, soit 31% de l\u2019augmentation de capital.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>La vie romanesque de Marc Rich<\/strong><\/p>\n<p><em>Le fondateur de Glencore, longtemps recherch\u00e9 par le FBI, se distingue comme un homme de r\u00e9seaux hors du commun.<\/em><\/p>\n<p>La vie de Marc Rich, n\u00e9 Marcel David Reich \u00e0 Anvers en 1934, se lit comme un roman d\u2019espionnage. Parti en 1941 aux Etats-Unis avec sa famille pour \u00e9chapper aux nazis, Marc Rich fait l\u2019apprentissage du m\u00e9tier de businessman avec son p\u00e8re, un homme d\u2019affaires. Il commence sa carri\u00e8re de trader en mati\u00e8res premi\u00e8res chez Philipp Brothers, un grand n\u00e9gociant am\u00e9ricain en m\u00e9taux, qu\u2019il quitte en 1974 pour fonder sa propre compagnie, Marc Rich &#038; Co. \u00e0 Zoug, avec des bureaux \u00e0 Londres et Madrid. La petite soci\u00e9t\u00e9, au d\u00e9part principalement active sur les march\u00e9s du p\u00e9trole et ses d\u00e9riv\u00e9s, devient en moins d\u2019une d\u00e9cennie l\u2019un des acteurs principaux du n\u00e9goce en mati\u00e8res premi\u00e8res.  <\/p>\n<p>Car Marc Rich ne fait pas d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me quand il s\u2019agit de business. Lorsque l\u2019Iran est frapp\u00e9 d\u2019embargo par les Etats-Unis apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Ayatollah Khomeyni, Marc Rich &#038; Co va en devenir l\u2019un des exportateurs de p\u00e9trole, comme Marc Rich l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 lui-m\u00eame \u00e0 Daniel Ammann, un journaliste suisse auteur de sa seule bio\u00adgraphie autoris\u00e9e*. Durant cette p\u00e9riode, l\u2019entreprise approvisionne Isra\u00ebl avec du brut iranien et livre \u00e9galement du p\u00e9trole \u00e0 l\u2019Afrique du Sud de l\u2019apartheid.   <\/p>\n<p>En n\u00e9gociant audacieux, Marc Rich redessine le business model du n\u00e9goce de p\u00e9trole, \u00e0 l\u2019\u00e9poque aux mains des grandes compagnies p\u00e9troli\u00e8res, en imposant la pratique du \u00abspot trading\u00bb, l\u2019achat au comptant en fonction de l\u2019offre et de la demande, alors que 95% des contrats s\u2019effectuaient sur la base de contrats \u00e0 terme. Il diversifierapidement ses activit\u00e9s dans les m\u00e9taux, principalement l\u2019aluminium et le zinc, dont il rach\u00e8te des actifs miniers. Dans un contexte minier baissier, Marc Rich comprend qu\u2019il s\u2019agit d\u2019occuper le terrain en attendant que les prix remontent et prend son mal en patience, tout en r\u00e9alisant des investissements co\u00fbteux, parfois d\u00e9ficitaires. Dans un business o\u00f9 les relations d\u2019homme \u00e0 homme priment sur l\u2019institutionnel, Marc Rich soigne ses relations publiques et politiques et distribue g\u00e9n\u00e9reusement son argent selon une m\u00e9canique bien huil\u00e9e, \u00e0 en croire \u00abFortune Magazine\u00bb, qui avait publi\u00e9 une enqu\u00eate d\u00e9taill\u00e9e \u00e0 ce sujet en 1988 d\u00e9j\u00e0. Et \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, lorsque le prix des mati\u00e8res premi\u00e8res explose, la politique de Marc Rich a port\u00e9 ses fruits: son entreprise a \u00e9vinc\u00e9 son principal concurrent Philipp Brothers (devenu depuis Phibro) et engrange de formidables b\u00e9n\u00e9fices b\u00e2tis sur des parts de march\u00e9 faramineuses.   <\/p>\n<p>Mais un tel succ\u00e8s ne devait pas aller sans de s\u00e9rieux ennuis. Le \u00abroi du p\u00e9trole\u00bb, poursuivi par le procureur Rudolf Giuliani pour plus de 50 chefs d\u2019inculpation, dont \u00abcommerce avec l\u2019ennemi et \u00e9vasion fiscale\u00bb, quitte d\u00e9finitivement les Etats-Unis en 1983 pour ne plus jamais y retourner. Traqu\u00e9 par le FBI, qui l\u2019a longtemps fait figurer sur la liste de ses criminels les plus recherch\u00e9s, Marc Rich est oblig\u00e9 de c\u00e9der ses parts de l\u2019entreprise \u00e0 ses anciens lieutenants, apr\u00e8s avoir essuy\u00e9 une perte de plus de 170 millions de dollars sur un contrat. Il quitte d\u00e9finitivement sa soci\u00e9t\u00e9 en 1994, qui devient Glencore.   <\/p>\n<p>Marc Rich est finalement graci\u00e9 par Bill Clinton le 20 janvier 2001, au dernier jour de son mandat de pr\u00e9sident des Etats-Unis. Une d\u00e9cision controvers\u00e9e qu\u2019on attribue autant aux g\u00e9n\u00e9reuses contributions de son ex-femme au Parti d\u00e9mocrate qu\u2019aux pressions isra\u00e9liennes, pays dont Marc Rich a la nationalit\u00e9 et auquel il aurait rendu de grands services. Les bureaux de Marc Rich &#038; Co. au Moyen-Orient ont en effet longtemps eu la r\u00e9putation de servir d\u2019antennes officieuses des services secrets isra\u00e9liens, auxquels ils auraient livr\u00e9 de pr\u00e9cieux renseignements.  <\/p>\n<p>C\u2019est cette connaissance exceptionnelle du march\u00e9 et de ses acteurs, un carnet d\u2019adresses impressionnant (on dit que Marc Rich pouvait t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 tout moment \u00e0 n\u2019importe quel diplomate, homme d\u2019affaires ou politique d\u2019importance), un r\u00e9seau tenta\u00adculaire d\u2019agents pr\u00e9sents dans le monde entier qui op\u00e8rent directement pour le compte de Marc Rich ou \u00e0 l\u2019abri de soci\u00e9t\u00e9s- \u00e9crans, qui ont fond\u00e9 la r\u00e9ussite de Marc Rich &#038; Co. et de son successeur Glencore.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (no 4 \/ 2011)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ouvrant son capital, le leader du n\u00e9goce bas\u00e9 \u00e0 Zoug s\u2019est r\u00e9solu \u00e0 d\u00e9velopper sa visibilit\u00e9. Portrait d\u2019un colosse au pass\u00e9 sulfureux. <\/p>\n","protected":false},"author":19862,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3513","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3513","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19862"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3513"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3513\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3513"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3513"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3513"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}