



{"id":3466,"date":"2011-08-03T18:14:41","date_gmt":"2011-08-03T16:14:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3466"},"modified":"2012-02-10T16:42:56","modified_gmt":"2012-02-10T14:42:56","slug":"innovation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3466","title":{"rendered":"D\u00e9salinisation: la mer \u00e0 boire"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large050811c.jpg\" alt=\"large050811c.jpg\" title=\"large050811c.jpg\" height=\"311\" width=\"468\" border=\"0\" \/>Deux milliards d\u2019\u00eatres humains n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable, mais pr\u00e8s d\u2019une personne sur deux vit non loin d&rsquo;un littoral. Les premi\u00e8res industries de d\u00e9salinisation d\u2019eau de mer sont apparues dans les ann\u00e9es 1960. Aujourd\u2019hui, 17\u2019000 usines produisent chaque jour 70 millions de m\u00e8tres cubes, selon l\u2019Atlas mondial de l\u2019eau &#8212; soit ce que le canton de Gen\u00e8ve consomme en une ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Proche-Orient et en particulier la p\u00e9ninsule arabique utilise la moiti\u00e9 de l\u2019eau dessal\u00e9e produite dans le monde, rel\u00e8ve un rapport de l\u2019Organisation des Nations Unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO). Les pays europ\u00e9ens s\u2019y mettent aussi: la ville de Londres a r\u00e9cemment valid\u00e9 son propre projet.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait penser, on ne d\u00e9salinise pas l\u2019eau de mer en enlevant le sel de l\u2019eau de mer, mais en extrayant l\u2019eau douce de celle-ci. \u00abLes deux m\u00e9thodes les plus utilis\u00e9es sont la distillation et l\u2019osmose inverse\u00bb, explique Fran\u00e7ois Mar\u00e9chal, ing\u00e9nieur au laboratoire d\u2019\u00e9nerg\u00e9tique industrielle de l\u2019EPFL. La distillation consiste \u00e0 chauffer l\u2019eau pour r\u00e9cup\u00e9rer la condensation qui ne contient plus de sel. L\u2019osmose inverse est un syst\u00e8me de filtration tr\u00e8s fine bas\u00e9e sur le principe de l\u2019osmose, qui normalement \u00e9galise les concentrations de liquides s\u00e9par\u00e9s par une membrane perm\u00e9able. Dans le cas de la d\u00e9salinisation, une pression exerc\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019eau sal\u00e9e inverse le processus et fait passer de l\u2019eau douce \u00e0 travers la membrane.<\/p>\n<p><strong>Pour mille litres d\u2019eau, un litre de p\u00e9trole<\/strong><\/p>\n<p>Le dessalage n\u2019est toutefois pas une solution miracle. \u00abLe principal probl\u00e8me est qu\u2019il n\u00e9cessite beaucoup d\u2019\u00e9nergie, commente Fran\u00e7ois Zwahlen, professeur au Centre d&rsquo;hydrog\u00e9ologie de l\u2019Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel. Du coup, il est surtout utilis\u00e9 par les pays qui poss\u00e8dent des ressources p\u00e9troli\u00e8res importantes ou une industrie touristique d\u00e9velopp\u00e9e leur permettant de vendre assez cher l\u2019eau aux vacanciers, comme les \u00eeles du Pacifique.\u00bb<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019usine est la seule fourniture d\u2019eau douce, l\u2019augmentation de la demande \u00e9nerg\u00e9tique de la population peut aller jusqu\u2019\u00e0 15%, selon le magazine La Recherche. Mille litres d\u2019eau dessal\u00e9e demandent environ un litre de combustible. Co\u00fbt final: entre 0,1 et 0,3 centime le litre.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s gourmandes, les unit\u00e9s de dessalement par distillation sont d\u00e9sormais d\u00e9laiss\u00e9es au profit de celles fonctionnant par osmose inverse, moins \u00e9nergivores et aid\u00e9es par l\u2019arriv\u00e9e de membranes de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Les optimisations ont permis de diviser par deux les besoins \u00e9nerg\u00e9tiques des installations en 20 ans, selon Veolia, une multinationale fran\u00e7aise sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019eau et le traitement des d\u00e9chets. Les constructeurs couplent de plus en plus les usines \u00e0 des centrales \u00e9lectriques, comme par exemple \u00e0 Perth (Australie), o\u00f9 les besoins \u00e9nerg\u00e9tiques de l\u2019unit\u00e9 sont enti\u00e8rement couverts par un champ d\u2019\u00e9oliennes situ\u00e9 dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>La Suisse se profile \u00e9galement. La startup lausannoise SwissINSO a mis au point une unit\u00e9 de d\u00e9salinisation totalement autonome gr\u00e2ce \u00e0 une alimentation photovolta\u00efque. \u00abConstitu\u00e9 de deux containers, notre syst\u00e8me Krystall peut fournir entre 25\u2019000 et 100\u2019000 litres d\u2019eau par jour pour un co\u00fbt inf\u00e9rieur \u00e0 0,3 centime par litre, annonce Yves Ducommun, directeur de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019osmose inverse procure une eau dessal\u00e9e \u00e9galement purifi\u00e9e, exempte de germes, insecticides et autres polluants. Nous allons livrer des unit\u00e9s en Alg\u00e9rie et en Malaisie, et sommes en pourparlers avec de nombreux pays, dont Ha\u00efti\u00bb.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces initiatives, les scientifiques craignent l\u2019impact environnemental de la d\u00e9salinisation. \u00abLe probl\u00e8me le plus imm\u00e9diat est pos\u00e9 par l\u2019\u00e9limination sans danger de la saumure (une solution de sel, nldr) r\u00e9siduelle extr\u00eamement concentr\u00e9e provenant des unit\u00e9s de dessalement\u00bb, note la FAO. Sur un litre d\u2019eau de mer, seuls 7 dl d\u2019eau potable sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, le reste \u00e9tant form\u00e9 par un substrat de sel et de diff\u00e9rentes bact\u00e9ries.<\/p>\n<p>En clair: cette substance acide, rejet\u00e9e \u00e0 la mer, peut modifier l\u2019\u00e9quilibre marin. M\u00eame si les recherches n\u2019ont pas encore d\u00e9montr\u00e9 les dangers de tels rejets, le Fonds mondial pour la nature (WWF) s\u2019en inqui\u00e8te. Il craint que le dessalement ne soit qu\u2019une \u00absolution de facilit\u00e9\u00bb pour les pays riches et qu\u2019il d\u00e9tourne l\u2019attention de solutions telles que le recyclage des eaux us\u00e9es, moins co\u00fbteuses et moins agressives mais plus complexes \u00e0 mettre en place.<\/p>\n<p>Ronald Jaubert, professeur \u00e0 l&rsquo;Institut de hautes \u00e9tudes internationales et du d\u00e9veloppement de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, opine: \u00abIl n\u2019y a pas de p\u00e9nurie d\u2019eau sur Terre, car les ressources en eau ne diminuent pas. Cela ne veut pas dire que la d\u00e9salinisation est inutile, mais elle n\u2019est pas la r\u00e9ponse ad\u00e9quate partout. Elle est efficace l\u00e0 o\u00f9 il y a peu d\u2019eau et surtout d\u2019importants moyens, comme dans les pays du Golfe. Pour le reste, elle n\u2019a rien d\u2019une r\u00e9ponse globale\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Trop cher pour l\u2019agriculture<\/strong><\/p>\n<p>Surtout, le dessalement ne r\u00e9sout pas les demandes venant du monde agricole. \u00abDans le monde, 70% de l\u2019eau est utilis\u00e9e pour les cultures, poursuit Ronald Jaubert. Dans les r\u00e9gions qui manquent d\u2019eau, l\u2019irrigation constitue un enjeu fondamental. Or, le co\u00fbt du dessalement reste encore trop \u00e9lev\u00e9 pour pallier \u00e0 ce probl\u00e8me\u00bb. Impossible de rentabiliser l\u2019achat d\u2019une usine de d\u00e9salinisation avec la vente de bl\u00e9, de ma\u00efs ou d\u2019orge. L\u2019Espagne fournit le seul contre-exemple: confront\u00e9 \u00e0 la d\u00e9sertification de ses territoires du sud, le pays a construit des usines pr\u00e8s de la M\u00e9diterran\u00e9e dans les villes d\u2019Almeria et d\u2019Alicante afin d\u2019irriguer les champs de salades et tomates. Selon les sp\u00e9cialistes, la revente de ces l\u00e9gumes couvrirait les frais de d\u00e9salinisation.<\/p>\n<p>Le dessalement est devenu une industrie lucrative. En 2008, Goldman Sachs estimait le chiffre d\u2019affaires du secteur \u00e0 5 milliards de dollars par an, avec un potentiel de croissance de 5 \u00e0 10%. Les soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises Suez et Veolia en sont des acteurs importants &#8212; tout comme le Suisse ABB, qui va prochainement installer l\u2019\u00e9quipement de contr\u00f4le \u00e9lectrique de la plus grande usine de dessalement d\u2019Inde \u00e0 Chennai.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que deux milliards d&rsquo;\u00eatres humains n&rsquo;ont toujours pas acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;eau potable, de nouvelles m\u00e9thodes permettent de dessaler l&rsquo;eau de mer \u00e0 bon compte. Mais les enjeux \u00e9cologiques sont d\u00e9licats. 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