



{"id":3464,"date":"2011-08-01T17:43:05","date_gmt":"2011-08-01T15:43:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3464"},"modified":"2011-08-02T10:20:01","modified_gmt":"2011-08-02T08:20:01","slug":"restauration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3464","title":{"rendered":"\u00abOui, j\u2019emploie des travailleurs au noir. Comme tout le monde\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large020811.jpg\" alt=\"large020811.jpg\" title=\"large020811.jpg\" width=\"468\" border=\"0\" height=\"299\" \/>A Gen\u00e8ve, l\u2019ex-arcade M\u00f6venpick a trouv\u00e9 preneur. D\u2019ici \u00e0 octobre prochain, rue du Cendrier, les glaces seront remplac\u00e9es par les nems et autres soupes tha\u00eflandaises de la cha\u00eene Mike Wong. \u00abAvec une surface de 400 m2, ce sera le plus grand et le plus bel \u00e9tablissement de la cha\u00eene, se f\u00e9licite Pierre Turtschi, fondateur et directeur de l\u2019entreprise qui g\u00e8re d\u00e9j\u00e0 trois restaurants en Suisse. Avec cette nouvelle adresse, l\u2019objectif est de doubler notre chiffre d\u2019affaires qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve actuellement \u00e0 5 millions de francs \u00e0 Gen\u00e8ve.\u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ussite \u00e9conomique, Pierre Turtschi la doit \u00e0 un concept tout simple import\u00e9 d\u2019Asie il y a treize ans. \u00abDans les ann\u00e9es 1980, je me rendais souvent en Tha\u00eflande, o\u00f9 l\u2019on trouve des plats savoureux \u00e0 chaque coin de rue pour une bouch\u00e9e de pain, raconte l\u2019entrepreneur d\u2019origine bernoise. En Suisse, il n\u2019existait pas de tel restaurant asiatique: rapide, bon et peu on\u00e9reux. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de me lancer.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019enseigne a rapidement trouv\u00e9 son public. \u00abLe seul probl\u00e8me, c\u2019est de recruter de la main-d\u2019\u0153uvre. Cela freine notre d\u00e9veloppement. Il est impossible de trouver des r\u00e9sidents suisses ou europ\u00e9ens capables de travailler dans la restauration asiatique. Je suis oblig\u00e9 d\u2019engager des travailleurs sans papiers. Les politiques, perch\u00e9s dans leur fonction, ne comprennent rien. Ils ne font rien pour moi, sinon me coller des amendes.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abPersonne n\u2019est au-dessus de la loi, commente sobrement Bernard Favre, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint du D\u00e9partement de la solidarit\u00e9 et de l\u2019emploi. Il y a peut-\u00eatre dans ses propos un peu de mauvaise volont\u00e9. A Gen\u00e8ve, pr\u00e8s de 1300 ch\u00f4meurs sont inscrits dans le secteur de l\u2019h\u00f4tellerie et de la restauration et l\u2019Europe compte 230 millions de travailleurs en \u00e2ge d\u2019exercer. Il doit donc \u00eatre possible de recruter des employ\u00e9s. D\u2019ailleurs, les autres restaurateurs asiatiques trouvent du personnel.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abFaux, r\u00e9torque Pierre Turtschi. Tous les h\u00f4teliers et restaurateurs genevois sont oblig\u00e9s de faire travailler des gens au noir, mais je suis le seul qui ose le dire ouvertement.\u00bb Un comportement qui n\u2019est pas du go\u00fbt de tout le monde. \u00abPour parvenir \u00e0 ses fins, il existe deux strat\u00e9gies: faire du bruit ou faire des r\u00e9sultats. Lui a choisi de faire du bruit, persifle Laurent Terlinchamp, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 des cafetiers-restaurateurs genevois. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019une personne se plaint qu\u2019il faut jeter l\u2019ensemble du syst\u00e8me. Les autres restaurateurs asiatiques trouvent du personnel. Peut-\u00eatre que s\u2019il payait davantage que le salaire minimum, il parviendrait \u00e0 embaucher. C\u2019est le principe de l\u2019offre et de la demande.\u00bb<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019administration genevoise, les rodomontades de Pierre Turtschi commencent \u00e0 agacer: \u00abJe ne suis pas s\u00fbr que sa strat\u00e9gie m\u00e9diatique am\u00e9liore l\u2019image de son entreprise, commente un employ\u00e9 du service de l\u2019emploi. Il existe diff\u00e9rentes mani\u00e8res de faire parler de son restaurant: certains font de la bonne cuisine, d\u2019autres font du raffut. Regardez quel avocat il a pris!\u00bb Pour d\u00e9fendre l\u2019une de ses employ\u00e9es frontali\u00e8res d\u2019origine tha\u00eflandaise, Pierre Turtschi n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 recruter Me Mauro Poggia, avocat et\u2026 \u00e9lu du Mouvement citoyens genevois (MCG). Un paradoxe assum\u00e9: \u00abJ\u2019ai fait appel \u00e0 lui parce qu\u2019il pratique des tarifs raisonnables. Pas pour d\u2019autres raisons. Je ne partage pas les id\u00e9es du MCG. Dans mes restaurants, j\u2019emploie une quinzaine de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes et j\u2019en suis fier. Sans les frontaliers et les \u00e9trangers, je pourrais mettre la cl\u00e9 sous la porte.\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019importe, Pierre Turtschi sait faire parler de lui. Lorsqu\u2019il lance le premier McWong, le 1er avril 1998 sur le boulevard James-Fazy, la devanture a de quoi faire jaser. Le grand \u00abW\u00bb jaune du logo ressemble comme un jumeau invers\u00e9 au \u00abM\u00bb de McDonald\u2019s. Quant \u00e0 la virgule qui souligne le tout, elle semble pr\u00e9lev\u00e9e sur une basket Nike\u2026 Trop pour le g\u00e9ant du hamburger am\u00e9ricain qui menace de porter plainte.<\/p>\n<p>\u00abMcDonald\u2019s craignait que nous ne profitions de sa r\u00e9putation. Comme nous n\u2019avions pas envie de gaspiller des milliers de francs en proc\u00e9dure, nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 changer de nom pour devenir Mike Wong. Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 une telle r\u00e9action de leur part. Ce n\u2019\u00e9tait pas un coup marketing pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, affirme Pierre Turtschi. Je remercie beaucoup McDonald\u2019s. Gr\u00e2ce \u00e0 leur attaque, toute la presse a parl\u00e9 de Mike Wong. Cette publicit\u00e9 fabuleuse nous a apport\u00e9 beaucoup de clients d\u00e8s le d\u00e9but.\u00bb<\/p>\n<p>De fait, le petit restaurant du boulevard James-Fazy affiche souvent complet. \u00abJe viens manger ici au moins une fois par semaine, dit J\u00e9r\u00f4me, un Genevois de 30 ans. J\u2019aime particuli\u00e8rement le fait que les cuisiniers fassent les plats devant les clients. Cela donne confiance.\u00bb Pierre Turtschi insiste sur le fait que tous les plats sont fabriqu\u00e9s \u00e0 la demande du client avec des ingr\u00e9dients provenant essentiellement d\u2019Asie, \u00abun gage de qualit\u00e9\u00bb, selon lui.<\/p>\n<p>\u00abFranchement, je n\u2019aime pas tellement le go\u00fbt du Mike Wong, tranche la g\u00e9rante de l\u2019un des plus vieux restaurants chinois de Plainpalais. Mais je n\u2019ai rien contre. Nous ne nous adressons pas \u00e0 la m\u00eame client\u00e8le, m\u00eame s\u2019il est s\u00fbr que leur arriv\u00e9e augmente la concurrence.\u00bb<\/p>\n<p>Fort du succ\u00e8s de sa premi\u00e8re enseigne, Pierre Turtschi ouvre en mars 2001 un deuxi\u00e8me restaurant, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un McDonald\u2019s, puis un autre en septembre 2009 \u00e0 Fribourg. \u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9 par le manque de place \u00e0 Gen\u00e8ve. Les r\u00e9gies refusent souvent de transformer une arcade en restaurant par peur du bruit et des odeurs. A Fribourg, en revanche, la r\u00e9gie m\u2019a accueilli \u00e0 bras ouverts. J\u2019ai d\u2019abord cru que tout serait plus facile qu\u2019\u00e0 Gen\u00e8ve, notamment en ce qui concerne les permis de travail. Erreur. Je n\u2019ai jamais rencontr\u00e9 des autorit\u00e9s aussi born\u00e9es qu\u2019\u00e0 Fribourg. Pourquoi ne sont-ils pas aussi s\u00e9v\u00e8res avec les dealers qui nous emb\u00eatent sur le boulevard James-Fazy? Pourquoi les autorit\u00e9s s\u2019acharnent-elles sur moi, qui fais travailler des dizaines de personnes?\u00bb<\/p>\n<p>Pour se prot\u00e9ger des voleurs, Pierre Turtschi a \u00e9quip\u00e9 ses restaurants de cam\u00e9ras de surveillance. Et il ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Apr\u00e8s avoir identifi\u00e9 plusieurs pickpockets sur ses vid\u00e9os, le restaurateur imprime leur visage et les placarde sous la caisse de ses restaurants avec la mention: \u00abMessieurs, sachez que la police est en possession de cette image. A bon entendeur, salut!\u00bb Une pratique qui fait bondir un avocat genevois: \u00abSi un voleur se retourne contre lui, il risque d\u2019\u00eatre condamn\u00e9. Il est interdit de montrer un pr\u00e9sum\u00e9 voleur en action. C\u2019est une atteinte \u00e0 la personnalit\u00e9, sans compter le risque d\u2019accuser par erreur une personne qui n\u2019aurait finalement rien fait d\u2019ill\u00e9gal.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abMon unique objectif est d\u2019\u00e9viter que mes clients ne se fassent voler et agresser, se d\u00e9fend le patron du fast-food. Les brigands doivent savoir qu\u2019ils ne peuvent pas faire ce qu\u2019ils veulent chez moi. Chaque semaine, j\u2019apporte mes vid\u00e9os \u00e0 la police. Coller l\u2019image d\u2019un voleur pris en flagrant d\u00e9lit augmente l\u2019aspect dissuasif.\u00bb Et lorsqu\u2019il se trouve dans l\u2019un de ses restaurants en m\u00eame temps qu\u2019un voleur, Pierre Turtschi n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire la police lui-m\u00eame. Spontan\u00e9ment, il montre des vid\u00e9os o\u00f9 il plaque de fa\u00e7on muscl\u00e9e des voleurs au sol, avant d\u2019appeler les forces de l\u2019ordre.<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, Pierre Turtschi pense avoir identifi\u00e9 une cinquantaine de voleurs. \u00abCela ne sert pas \u00e0 grand-chose, soupire-t-il. Le dernier voleur que j\u2019ai attrap\u00e9 et remis \u00e0 la police \u00e9tait libre trois heures plus tard. Cela fait treize ans que je me bats contre la d\u00e9linquance et contre les autorit\u00e9s. Si cela ne s\u2019am\u00e9liore pas, je vais tout vendre ou tout arr\u00eater. Ou alors, j\u2019ouvrirai un Mike Wong \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. En Espagne ou en Tha\u00eflande, ce serait bien. En tout cas, ce ne sera pas chez ces communistes de Fran\u00e7ais!\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exp\u00e9ditive jusque dans ses rapports avec la loi, la cha\u00eene de fast-food Mike Wong conna\u00eet un vrai succ\u00e8s et va ouvrir son troisi\u00e8me restaurant \u00e0 Gen\u00e8ve. Rencontre avec son fondateur, Pierre Turtschi. Qui ne conna\u00eet pas la langue de bois.<\/p>\n","protected":false},"author":19489,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3464","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19489"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3464"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3464\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}