



{"id":344,"date":"2000-02-28T00:00:00","date_gmt":"2000-02-27T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=344"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"analyse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=344","title":{"rendered":"Trois questions pour comprendre le drame des Tch\u00e9tch\u00e8nes"},"content":{"rendered":"<p>Pour ceux qui en doutaient encore, les terribles images film\u00e9es vendredi dernier \u00e0 la lisi\u00e8re de Grozny par un journaliste allemand t\u00e9moignent des crimes de guerre commis par les soldats de Vladimir Poutine. Oreilles coup\u00e9es, corps mutil\u00e9s, charniers, le macabre spectacle fait irr\u00e9m\u00e9diablement penser aux horreurs du Kosovo d\u2019il y a tout juste un an. Surgit alors cette interrogation. Que peut-faire l\u2019Occident pour arr\u00eater la boucherie? R\u00e9flexion en trois questions. <\/p>\n<p><b>Premi\u00e8re question: faut-il recommander une ing\u00e9rence occidentale dans les affaires du Kremlin?<\/b><\/p>\n<p>Oui, ne serait-ce que pour signifier \u00e0 Vladimir Poutine que l\u2019on refuse d\u2019ent\u00e9riner sa politique violente et guerri\u00e8re du fait accompli. Le pr\u00e9sident russe par int\u00e9rim d\u00e9clarait l\u2019autre jour \u00e0 un diplomate am\u00e9ricain qu\u2019\u00e0 son avis, \u00abla Russie fait partie de l\u2019Ouest\u00bb. Or l\u2019Occident, c\u2019est un certain nombre de valeurs communes minimales &#8211; respect des droits de l\u2019homme, traitement \u00e9quitable des minorit\u00e9s &#8211; qui fondent les d\u00e9mocraties. Il faut dire \u00e0 Poutine qu\u2019il n\u2019est pas \u00aboccidental\u00bb dans sa conduite de la r\u00e9pression dans le Caucase, affirmer haut et fort qu\u2019il existe une ligne rouge infranchissable dans la mani\u00e8re de r\u00e9gler les questions de minorit\u00e9s nationales. <\/p>\n<p>L\u2019ing\u00e9rence au Kosovo n\u2019aura servi \u00e0 rien si le Kremlin peut aujourd\u2019hui justifier ses op\u00e9rations militaires en Tch\u00e9tch\u00e9nie par l\u2019expression \u00abaffaire interne\u00bb. Or jusqu\u2019ici, force est de constater que le camp occidental est aux antipodes de cette position. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OTAN, George Robertson, \u00e9tait \u00e0 Moscou r\u00e9cemment pour \u00abtourner la page\u00bb apr\u00e8s le Kosovo. Les ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res allemand Joschka Fischer, fran\u00e7ais Hubert V\u00e9drine et am\u00e9ricain Madeleine Albright ont tous effectu\u00e9 le d\u00e9placement au Kremlin. Sans oser aborder le dossier tch\u00e9tch\u00e8ne. De m\u00eame que Javier Solana, repr\u00e9sentant de l\u2019Union Europ\u00e9enne pour la politique ext\u00e9rieure. Quant \u00e0 Bill Clinton, il estime que Poutine est un homme avec lequel on peut n\u00e9gocier (\u00aba man we can do business with\u00bb).<\/p>\n<p>Indulgence, d\u00e9mission? Les raisons de la non-intervention occidentale correspondent \u00e0 un tournant dans la politique int\u00e9rieure russe au moment o\u00f9 Vladimir Poutine s\u2019engage \u00e0 restaurer la grandeur pass\u00e9e de la Russie, humili\u00e9e par une d\u00e9cennie de transition rat\u00e9e entre communisme et lib\u00e9ralisme incertain. Depuis la fin des ann\u00e9es rouges, l\u2019Occident s\u2019est accomod\u00e9 des sautes d\u2019humeur de Boris Eltsine parce qu\u2019on ne lui connaissait pas de rempla\u00e7ant potentiel pr\u00e9sentable. Maintenant que Eltsine a lui-m\u00eame choisi son successeur, l\u2019Ouest semble adopter la m\u00eame attitude de r\u00e9signation, faute de solution de rechange. <\/p>\n<p><b>Deuxi\u00e8me question: sous quelle forme intervenir?<\/b><\/p>\n<p>Faut-il se contenter de bl\u00e2mes verbaux ou joindre le geste \u00e0 la parole en envisageant des sanctions financi\u00e8res, voire militaires? On ne traite pas les grandes puissances comme les petites. S\u2019il est relativement facile de sanctionner un r\u00e9gime criminel (Irak, Serbie) au moyen d\u2019embargos ou de blocage des lignes de cr\u00e9dit du FMI, la chose est plus difficile quand il s\u2019agit de faire plier un g\u00e9ant (Russie, Chine). <\/p>\n<p>Le chantage financier a d\u2019autant moins de chances de fonctionner que Moscou n\u2019a jamais respect\u00e9, Tch\u00e9tch\u00e9nie ou non, les conditions de ses bailleurs de fonds occidentaux. Et quand le pays a sombr\u00e9 dans la faillite en ao\u00fbt 1998 (d\u00e9route du rouble, spoliation de dizaines de millions de petits \u00e9pargnants, r\u00e9cession), c\u2019est une fois de plus l\u2019Occidentaux qui a mis la main \u00e0 la poche sans condition, parce qu\u2019il redoutait trop l\u2019instabilit\u00e9 et le chaos. Les menaces, on le voit, n\u2019ont d\u2019effet v\u00e9ritablement coercitif que quand elles peuvent faire l\u2019objet d\u2019une gradation. <\/p>\n<p>On commence par les sanctions financi\u00e8res, \u00e9conomiques, avant de hausser le ton en \u00e9voquant le recours \u00e0 la force. Si \u00e7a ne marche toujours pas, il faut alors se r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019intervention militaire, quitte \u00e0 l\u2019enrober de nobles motifs humanitaires. Mais ce qui s\u2019est pass\u00e9 en Yougoslavie est impensable en Russie. Moscou, contrairement \u00e0 Belgrade, dispose du bouton nucl\u00e9aire. Vu sous cette angle, un assaut de l\u2019OTAN dans le Caucase pour sauver un peuple en d\u00e9tresse para\u00eet peu probable. La seule \u00e9vocation du sc\u00e9nario fait office d\u2019aimable plaisanterie. <\/p>\n<p><b>Troisi\u00e8me question: l&rsquo;Occident est-il d\u00e8s lors condamn\u00e9 \u00e0 la gesticulation face \u00e0 la Russie?<\/b><\/p>\n<p>Probablement. Sauf \u00e0 imaginer une nouvelle guerre froide, personne n\u2019aura le courage de se mettre \u00e0 dos le prochain ma\u00eetre du Kremlin. Quitte \u00e0 tirer un trait sur la vie de quelques milliers de civils tch\u00e9tch\u00e8nes innocents, la qualit\u00e9 des futures relations entre la Russie poutinienne et l\u2019Occident s\u2019accommodera bien de quelques crimes de guerre suppl\u00e9mentaires. Ce cynisme en haut lieu sert actuellement de ligne officielle \u00e0 Washington, Paris, Berlin et Bruxelles. A l\u2019Ouest, on ne craint rien moins qu\u2019une Russie \u00abinstable\u00bb. Or Poutine, dans son manifeste \u00e9lectoral, promet d\u2019\u00e9tablir une \u00abdictature de la loi\u00bb. Ses z\u00e9lotes ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 mettre la main sur les m\u00e9dias, dans l\u2019ambition de faire taire leurs \u00e9clairs d\u00e9mocratiques \u2013 ils pourraient nuire aux projets \u00e9lectoraux de l\u2019ancien espion du KGB. <\/p>\n<p>L\u2019indulgence occidentale pourrait se r\u00e9sumer \u00e0 \u00abfaire avec la Russie que l\u2019on a, et pas avec celle que l\u2019on souhaiterait avoir\u00bb, constat dress\u00e9 par William Pfaff dans un <a href=http:\/\/ www.iht.com\/IHT\/TODAY\/MON\/ED\/edpfaff.2.html target=_blank>\u00e9ditorial<\/a> du Herald Tribune. <\/p>\n<p>Moralement, c\u2019est bien s\u00fbr d\u00e9cevant, mais quelles sont les alternatives? Le romantisme va-t-en-guerre, qui consiste \u00e0 envoyer les braves soldats de la d\u00e9mocratie instaurer l\u2019Etat de droit dans les contr\u00e9es o\u00f9 il est bafou\u00e9, ne s\u2019applique pas partout. Cela ne fonctionne que quand le m\u00e9chant est plus faible. Quand il fait peur, c\u2019est une autre affaire.<\/p>\n<p>En attendant, le calcul diplomatique est le suivant: Poutine gagne les \u00e9lections, termine la guerre en Tch\u00e9tch\u00e9nie, s\u2019impose en homme fort d\u2019un Etat fort. Il fait \u00e0 nouveau de la Russie une nation que l\u2019on craint, redonne le moral \u00e0 l\u2019ex-Arm\u00e9e Rouge. Apr\u00e8s une intense p\u00e9riode de glaciation, les relations se d\u00e9tendent peu \u00e0 peu entre le Kremlin et l\u2019Occident. Jusqu\u2019au jour, par exemple, o\u00f9 l\u2019Ukraine d\u00e9cide d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019OTAN. A suivre\u2026 <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nLe premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle en Russie aura lieu le dimanche 26 mars prochain. Deux excellents sites d\u2019information pour suivre la campagne \u00e9lectorale, <a href=http:\/\/www.rferl.org target=_blank>Radio Free Europe<\/a> et <a href=http:\/\/www.russiatoday.com target=_blank>Russia Today<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Occident peut-il rester de marbre face aux crimes commis par l\u2019arm\u00e9e russe en Tch\u00e9tch\u00e9nie? La situation r\u00e9sum\u00e9e en trois questions embarrassantes.<\/p>\n","protected":false},"author":359,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-344","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/344","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/359"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=344"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/344\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=344"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}