



{"id":3431,"date":"2011-06-03T16:33:13","date_gmt":"2011-06-03T14:33:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3431"},"modified":"2011-06-08T07:24:06","modified_gmt":"2011-06-08T05:24:06","slug":"espagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3431","title":{"rendered":"Indign\u00e9s, la campagne manque de bras!"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large080611.jpg\" alt=\"large080611.jpg\" title=\"large080611.jpg\" width=\"468\" height=\"295\" border=\"0\" \/>La jeunesse espagnole est en effervescence. Depuis quelques jours, les indign\u00e9s occupent les places au centre des villes, passent des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 se caresser le nombril en se demandant comment ils vont se d\u00e9brouiller pour quitter papa-maman, se trouver un appart, acheter une bagnole, etc.<\/p>\n<p>Vous l\u2019avez compris, les indign\u00e9s sont jeunes, dipl\u00f4m\u00e9s, ch\u00f4meurs, mais adeptes d\u2019un certain standing social. De quoi vivre dignement selon les crit\u00e8res commun\u00e9ment retenus par ce qu\u2019il n\u2019y a aucune raison d\u2019appeler autrement que par son nom: la petite bourgeoisie.<\/p>\n<p>Si nous tentons une approche historico-sociale, on peut d\u00e9finir l\u2019indign\u00e9 comme appartenant \u00e0 la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration postfranquiste. Ses grands-parents \u00e9taient encore saisonniers ou immigr\u00e9s allant dans les ann\u00e9es 70 (Franco meurt en 1975) gagner trois sous en Suisse, en Allemagne ou en Belgique. Gr\u00e2ce au boom \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la chute de la dictature, l\u2019av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie et l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union europ\u00e9enne (1986), les enfants de ces migrants purent rester au pays (ou le regagner) car l\u2019embauche ne manquait pas, alors que chez nous le ch\u00f4mage pointait le bout de son nez.<\/p>\n<p>Votant alternativement pour la gauche ou la droite, cette g\u00e9n\u00e9ration v\u00e9cut (et accumula des capitaux) en misant sur trois p\u00f4les de d\u00e9veloppement par d\u00e9finition fragiles et d\u00e9pendants: le tourisme, l\u2019agriculture, l\u2019immobilier, les grandes infrastructures \u00e9tant financ\u00e9e par l\u2019Europe. Cela a bien march\u00e9 pendant une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, puis, \u00e0 l\u2019aube du nouveau si\u00e8cle, cela commen\u00e7a \u00e0 coincer: apparurent alors les premiers reportages sur les adulescents (ces jeunes incapables de se lib\u00e9rer de l\u2019emprise familiale) et sur les scandales immobiliers et financiers.<\/p>\n<p>Alors que, \u00e9trange retour des choses, le tourisme et l\u2019agriculture fonctionnaient bien gr\u00e2ce \u00e0 une main d\u2019\u0153uvre immigr\u00e9e bon march\u00e9 (africaine et roumaine), les adulescents fils d\u2019anciens \u00e9migr\u00e9s fr\u00e9quentaient les hautes \u00e9coles et se sp\u00e9cialisaient dans des sciences aussi porteuses d\u2019avenir que le marketing, la communication ou le droit des affaires. Pour se donner du c\u0153ur \u00e0 l\u2019ouvrage, ils invent\u00e8rent une nouvelle coutume sociale, le botell\u00f3n, dont la d\u00e9finition donn\u00e9e par Wikip\u00e9dia est trop jolie pour que je vous en prive: \u00abLe botell\u00f3n (prononcer \u00ab\u00a0bot\u00e9yone\u00a0\u00bb) est une coutume espagnole de la fin du XXe &#8211; d\u00e9but XXIe si\u00e8cle qui consiste pour les jeunes \u00e0 se rassembler dans la rue, les parcs, les plages ou sur la voie publique pour s\u2019imbiber d\u2019alcool, \u00e9couter de la musique et fumer.\u00bb<\/p>\n<p>Parvenus aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e2ge de raison (mais est-ce bien vrai?), ces jeunes s\u2019interrogent enfin sur leur avenir. Ils se rendent compte que l\u2019alternance politique que l\u2019Espagne, en bonne \u00e9l\u00e8ve de l\u2019id\u00e9ologie occidentale, pratique avec assiduit\u00e9 n\u2019est qu\u2019un pas de deux que les protagonistes ex\u00e9cutent avec \u00e9l\u00e9gance sans se soucier outre mesure du lendemain, ni de l\u2019alternative qu\u2019ils sont cens\u00e9s pr\u00e9senter. Ils ont eux-m\u00eames particip\u00e9 au syst\u00e8me par nonchalance, indiff\u00e9rence ou inconscience en se laissant mener par le bout du porte-monnaie. Tant que les vieux paient, la belle affaire!<\/p>\n<p>L\u2019indignation surgit aujourd\u2019hui parce que la crise a cass\u00e9 le beau jouet con\u00e7u par l\u2019affairisme. Et que d\u2019autres affairistes pr\u00e9sentent la facture. Ciel! Comment a-t-on pu laisser se cr\u00e9er une situation o\u00f9 un jeune sur deux est au ch\u00f4mage? La r\u00e9ponse est dramatiquement simple: tout le monde s\u2019est servi, chacun y a trouv\u00e9 son compte. Mais il faudra quand m\u00eame passer \u00e0 la caisse.<\/p>\n<p>Le mal dont souffre l\u2019Espagne ne vient pas d\u2019un manque de dignit\u00e9 dont des indign\u00e9s pourraient s\u2019affranchir en criant leur g\u00eane et leur vergogne. Il est d\u00fb \u00e0 la stupidit\u00e9 et \u00e0 la corruption d\u2019\u00e9lites politiques (gauche et droite confondues) qui, converties \u00e0 l\u2019ultralib\u00e9ralisme, ont pens\u00e9 pourvoir surfer sur la mondialisation en se m\u00e9nageant des niches (tourisme, agriculture, immobilier) fort lucratives. L\u2019exemple suivi ne vient pas de tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p>On a connu le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne dans le monde communiste quand Moscou exploitait sans pudeur des pays sp\u00e9cialis\u00e9s \u00e9conomiquement (Moldavie en fruits et l\u00e9gumes, G\u00e9orgie en alcool, Bulgarie en informatique) qui, le jour o\u00f9 l\u2019URSS est entr\u00e9e en crise, se sont douloureusement d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est dire que si les indign\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui attendent la solution d\u2019un futur et mirifique emploi auquel leurs titres universitaires leur donneraient en principe droit, ils risquent d\u2019attendre longtemps. En r\u00e9alit\u00e9, il ne leur reste gu\u00e8re que deux solutions: quitter l\u2019indignation pour la r\u00e9volte et viser le pouvoir en abattant celui qui r\u00e8gne aujourd\u2019hui. Ou, \u00e0 d\u00e9faut ce qui semble plus \u00e0 leur port\u00e9e, se retrousser les manches pour aller remplacer les immigr\u00e9s dans les h\u00f4tels, sur les plages ou dans les vastes serres qui nous fournissent en fruits et l\u00e9gumes. Comme dit le proverbe, il n\u2019y a pas de sots m\u00e9tiers, il n\u2019y a que de sottes gens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les jeunes ch\u00f4meurs espagnols occupent le centre des villes. S&rsquo;ils comptent sur des emplois dignes de leurs dipl\u00f4mes, ils vont attendre longtemps. Commentaire.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3431","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3431","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3431"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3431\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3431"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3431"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3431"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}