



{"id":343,"date":"2000-02-27T00:00:00","date_gmt":"2000-02-26T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=343"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"vengeance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=343","title":{"rendered":"Deux paires de claques pour les Guignols de Canal Plus"},"content":{"rendered":"<p>Ils se croyaient intouchables, comme des enfants prodiges. Mais c&rsquo;est comme des enfants g\u00e2t\u00e9s qu&rsquo;ils viennent de recevoir deux paires de claques, apr\u00e8s dix ans de r\u00e8gne sans partage sur le petit jardin des modes parisiennes. Du haut de leur apparition quotidienne \u00e0 l&rsquo;heure du JT, ils se permettaient tout. Et comme ils \u00e9taient dr\u00f4les, sarcastiques, spirituels, on leur pardonnait tout.<\/p>\n<p>Chaque soir, ils plantaient leurs canines dans le fondement de la vie m\u00e9diatique et chaque soir, les t\u00e9l\u00e9spectateurs se d\u00e9lectaient. Personne n&rsquo;osait s&rsquo;attaquer aux Guignols.<\/p>\n<p>Et puis, leurs piques sont devenues plus m\u00e9chantes, grossi\u00e8res et gratuites. Pire: les gags moyennement dr\u00f4les se sont multipli\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9mission. Les Guignols n&rsquo;ont pas vu venir le retour de b\u00e2ton. Depuis le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 2000, c&rsquo;est une d\u00e9ferlante de critiques qui s&rsquo;abat sur eux, comme si toutes les victimes de leur humour ravageur, apr\u00e8s des ann\u00e9es de silence prudent, s&rsquo;\u00e9taient soudainement ligu\u00e9es pour leur r\u00e9gler leur compte.<\/p>\n<p>Au del\u00e0 du cas des Guignols, c&rsquo;est toute la culture d&rsquo;entreprise de Canal Plus qui est vis\u00e9e. Depuis quelques semaines, quotidiens de r\u00e9f\u00e9rence et hebdomadaires populaires s&rsquo;en donnent \u00e0 c\u0153ur joie pour instruire le proc\u00e8s de cette cha\u00eene hautaine, pur produit des ann\u00e9es 80 et du favoritisme mitterrandien. <\/p>\n<p>Canal Plus voulait garder son image \u00abbranch\u00e9e\u00bb tout en vendant le maximum de d\u00e9codeurs. Elle voulait plaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite parisienne comme aux techno-beaufs, s\u00e9duire les cin\u00e9philes en chambre comme les hooligans de salon. Commercialement, elle y a r\u00e9ussi. Mais son image de marque y a laiss\u00e9 des plumes, et elle s&rsquo;est fait beaucoup d&rsquo;ennemis. L&rsquo;impunit\u00e9 exasp\u00e9rante des Guignols a fourni un pr\u00e9texte aux attaques.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re salve est venue du Monde. Dans son \u00e9dition dat\u00e9e du 13 f\u00e9vrier, le quotidien publie un dossier sur l&rsquo;inspiration fl\u00e9chissante de l&rsquo;\u00e9mission satirique. Principal \u00e9l\u00e9ment du r\u00e9quisitoire: le t\u00e9moignage de la journaliste Sylvie Kerviel racontant comment elle a \u00e9t\u00e9 harcel\u00e9e par le Guignol en chef Bruno Gaccio. \u00abJe peux t&rsquo;apprendre des positions que tu ne connais pas&#8230; T&rsquo;es mari\u00e9e? T&rsquo;as des amants? Combien?\u00bb, lui a dit l&rsquo;humoriste pendant l&rsquo;interview, alors qu&rsquo;elle tentait de faire son travail. Malaise. <\/p>\n<p>Dans le m\u00eame dossier du Monde, le pr\u00e9sentateur Guillaume Durand, r\u00e9guli\u00e8rement ridiculis\u00e9 par les Guignols, r\u00e8gle ses comptes avec son ex-employeur: \u00abNous ne sommes pas dans l&rsquo;ironie et la moquerie des puissants ou des m\u00e9diatiques, mais dans la \u00abbeauferie\u00bb militante qui se prendrait pour la cause du peuple.\u00bb <\/p>\n<p>Dix jours plus tard, l&rsquo;hebdomadaire VSD ajoute une couche en consacrant sa Une au m\u00eame Guillaume Durand (\u00abComment Canal Plus l&rsquo;a broy\u00e9\u00bb), \u00e0 l&rsquo;occasion de la sortie prochaine de son livre-t\u00e9moignage (\u00abLa peur bleue\u00bb, \u00e9ditions Grasset). Ce livre relate son exp\u00e9rience apparemment traumatisante \u00e0 Nulle part ailleurs, l&rsquo;\u00e9mission qu&rsquo;il a anim\u00e9e pendant un an &#8211; pour un salaire mensuel de 250&rsquo;000 francs fran\u00e7ais &#8211; avant de se faire cong\u00e9dier par le patron de la cha\u00eene, Alain De Greef.<\/p>\n<p>Les t\u00e9l\u00e9spectateurs qui connaissent la suffisance de Guillaume Durand ne seront pas surpris par la vulgarit\u00e9 revancharde de son livre. Extrait: \u00abJe suis aux chiottes, assis dans un espace blanc lorsque j&rsquo;entends des pas. Puis des voix qui ignorent ma pr\u00e9sence et que j&rsquo;identifie tr\u00e8s rapidement: des proches&#8230; Comme Cyrano, j&rsquo;\u00e9coute&#8230; Et c&rsquo;est un d\u00e9lire de haine&#8230; Ma gueule ne leur revenait pas, mes costumes les faisaient vomir&#8230; Une demi-heure plus tard, surmontant le malaise et install\u00e9 dans mon bureau, j&rsquo;entends frapper \u00e0 la porte&#8230; Face \u00e0 moi, les deux fourbes souriants et attendris. \u00abGuillaume, on est vraiment d\u00e9sol\u00e9 de ce qui t&rsquo;arrive\u00bb&#8230; Ces deux anacondas de la veulerie morale ne se doutent pas le moins du monde que je les ai entendus. Se l\u00e2chant de m\u00e9chancet\u00e9 dans les toilettes de l&rsquo;entreprise. Deux merdes humaines.\u00bb<\/p>\n<p>Toujours dans \u00abLa peur bleue\u00bb, Durand s&rsquo;en prend \u00e0 l&rsquo;homme qui l&rsquo;a vir\u00e9, Alain De Greef: \u00abT\u00eate de Nicholson fatigu\u00e9 et voix de tueur du Brabant qui doit correspondre \u00e0 ses origines belges&#8230; Tous les matins, il adore faire sa petite promenade dans les couloirs blancs, jetant dans chaque bureau le regard de celui qui a b\u00e2illonn\u00e9 son petit personnel \u00e0 coups de branchitude et de contrats \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Alain de Greef ne tarde pas \u00e0 r\u00e9agir, par voie de presse. \u00abCe livre, longue m\u00e9lop\u00e9e fictive \u00e0 caract\u00e8re \u00e9gocentrique extr\u00eame, si ce n&rsquo;est parano\u00efaque, est souvent touchant car il met, avant tout, en exergue la blessure d&rsquo;un homme-enfant qui a vu son r\u00eave se briser\u00bb, \u00e9crit-il dans Le Figaro du jeudi 24 f\u00e9vrier. <\/p>\n<p>Trois jours plus tard, Durand lui r\u00e9pond, dans les colonnes du Journal du dimanche: \u00abQuand De Greef me compare \u00e0 un homme-enfant, j&rsquo;ai envie de lui dire ceci: quel homme est-il pour avoir autoris\u00e9 qu&rsquo;on tape un \u00abenfant\u00bb pendant deux ans sans rien dire? S&rsquo;est-il pos\u00e9 la question une fois, ne serait-ce qu&rsquo;une fois, de savoir si cet enfant avait mal? C&rsquo;est \u00e0 croire qu&rsquo;il faudrait qu&rsquo;un de ces \u00abguignolis\u00e9s\u00bb saute un jour par la fen\u00eatre pour s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;il laisse Gaccio et sa bande aller trop souvent trop loin.\u00bb<\/p>\n<p>Ce lavage de linge sale en public fait le d\u00e9lice des hebdos TV, au premier rang desquels T\u00e9l\u00e9 7 Jours, qui, sortant de sa l\u00e9gendaire neutralit\u00e9, titre cette semaine sur le \u00abras-le-bol\u00bb des victimes des Guignols et \u00e9num\u00e8re quelques d\u00e9rapages de l&rsquo;\u00e9mission satirique.<\/p>\n<p>Les vannes sont d\u00e9sormais ouvertes: chacun y va de sa critique, comme si la toute-puissance ricanante des marionnettes avait maintenu les langues li\u00e9es pendant trop longtemps. L&rsquo;humour des Guignols aurait-ils atteint sa date limite de fra\u00eecheur? C&rsquo;est peut-\u00eatre tout simplement que Canal est devenue une cha\u00eene comme les autres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guillaume Durand publie un livre dans lequel il raconte, entre autres, comment il a \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9 dans les WC de Canal Plus. La presse fran\u00e7aise en profite pour instruire le proc\u00e8s d&rsquo;une cha\u00eene pass\u00e9e de mode et de ses ambassadeurs de latex.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-343","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/343","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=343"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/343\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=343"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=343"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=343"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}