



{"id":3416,"date":"2011-05-12T18:04:46","date_gmt":"2011-05-12T16:04:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3416"},"modified":"2011-06-10T16:13:30","modified_gmt":"2011-06-10T14:13:30","slug":"environnement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3416","title":{"rendered":"\u00abLa disparition de l\u2019ours blanc n\u2019aurait pas de grandes cons\u00e9quences\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/130511.jpg\" alt=\"130511.jpg\" title=\"130511.jpg\" width=\"468\" height=\"318\" border=\"0\" \/>La biodiversit\u00e9 est en danger, il faut la sauver! Le message est simple, mais que voulons-nous prot\u00e9ger pr\u00e9cis\u00e9ment, pour quelles raisons et \u00e0 quel prix? Sp\u00e9cialiste de la biodiversit\u00e9 et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, Christian L\u00e9v\u00eaque milite pour une approche plus rationnelle de la protection de la nature. \u00abLa disparition d\u2019une esp\u00e8ce est absolument normale et celle du panda n\u2019aurait pas de cons\u00e9quence catastrophique sur le plan \u00e9cologique. La biodiversit\u00e9, c\u2019est surtout les micro-organismes. Et donc aussi les maladies\u2026\u00bb Sans nier le fait qu\u2019une partie de la biodiversit\u00e9 est menac\u00e9e, Christian L\u00e9v\u00eaque d\u00e9nonce les positions manich\u00e9ennes sur le rapport entre l\u2019homme et son environnement.<\/p>\n<p><strong>La disparition d\u2019une esp\u00e8ce est-elle un drame en soi?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr que non, c\u2019est quelque chose d\u2019absolument normal. Probablement plus de 99,9% des esp\u00e8ces ont disparu au cours de l\u2019\u00e9volution et on pourrait dire qu\u2019elles sont pro\u00adgramm\u00e9es pour dispara\u00eetre. C\u2019est comme au niveau des individus: la mort fait partie de la vie. Les marais, par exemple, sont des \u00e9cosyst\u00e8mes tr\u00e8s fragiles et sensibles aux variations clima\u00adtiques. Certains sont appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre, mais d\u2019autres vont aussi se cr\u00e9er, ici ou ailleurs. <\/p>\n<p><strong>Comment comprendre le concept m\u00eame de disparition? Les esp\u00e8ces \u00e9voluent.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est en effet d\u00e9li\u00adcat. On peut dire qu\u2019une esp\u00e8ce dispara\u00eet lorsqu\u2019elle est \u00e9radi\u00adqu\u00e9e de la surface de la Terre, se transforme au cours du temps ou se d\u00e9place. Les esp\u00e8ces se transforment petit \u00e0 petit et certaines laissent la place \u00e0 d\u2019autres mieux adapt\u00e9es \u00e0 leur milieu. On ne peut en tout cas absolument pas consid\u00e9rer une esp\u00e8ce comme fig\u00e9e. C\u2019est une vision totalement fausse qui rap\u00adpelle l\u2019id\u00e9ologie cr\u00e9ationniste. <\/p>\n<p><strong>C\u2019est donc quoi, une esp\u00e8ce? <\/strong><\/p>\n<p>A priori, un groupe d\u2019individus qui peuvent se reproduire entre eux et dont la descendance n\u2019est pas st\u00e9rile. D\u2019abord bas\u00e9e sur des crit\u00e8res morphologiques, la notion d\u2019es\u00adp\u00e8ce est devenue plus floue avec l\u2019apport de la g\u00e9n\u00e9tique. <\/p>\n<p><strong>La biodiversit\u00e9 a\u00ad-t\u00ad-elle une valeur en soi? La nature est neutre. <\/strong><\/p>\n<p>Certains biolo\u00adgistes pensent qu\u2019un nombre \u00e9lev\u00e9 d\u2019esp\u00e8ces serait b\u00e9n\u00e9\u00adfique, en offrant de meilleures chances pour s\u2019adapter et sur\u00advivre au changement &#8212; une hypo\u00adth\u00e8se qui n\u2019est pas d\u00e9montr\u00e9e. Ce que l\u2019on peut dire, c\u2019est que certains \u00e9cosyst\u00e8mes fonction\u00adnent bien avec beaucoup d\u2019es\u00adp\u00e8ces diff\u00e9rentes, et d\u2019autres avec peu. La nature n\u2019a pas de finalit\u00e9. La valeur de la biodiversit\u00e9 et le sens que l\u2019on pourrait donner \u00e0 l\u2019\u00e9volution rel\u00e8vent de la philosophie. <\/p>\n<p>Notre vision de la biodiversit\u00e9 se focalise essentiellement sur les esp\u00e8ces embl\u00e9matiques et les vert\u00e9br\u00e9s. Mais c\u2019est sur\u00adtout ce qui ne se voit pas: les insectes, les bact\u00e9ries, les virus, les parasites &#8212; ainsi que les sauterelles qui ravagent les champs, les moustiques qui transmettent la malaria ou encore les maladies\u2026 Il faut arr\u00eater d\u2019avoir cette vision ang\u00e9lique de la Nature soutenue par certaines ONG. J\u2019ai discut\u00e9 avec l\u2019Union internationale de conservation de la nature (UICN) dans le cadre de la convention Ramsar sur la protection des zones humides. Ils refusent de reconna\u00eetre que ces milieux agissent comme des r\u00e9servoirs pour les maladies parasitaires. Ils se focalisent sur la protec\u00adtion des oiseaux et argumentent qu\u2019\u00e9radiquer le paludisme co\u00fbte\u00adrait trop cher. A ce niveau\u00ad-l\u00e0, c\u2019est placer la vie d\u2019un oiseau avant celle d\u2019un homme. <\/p>\n<p><strong>La disparition d\u2019esp\u00e8ces actuelles est-\u00adelle comparable aux grandes extinctions pass\u00e9es?  <\/strong><\/p>\n<p>Nous manquons de donn\u00e9es pour r\u00e9pondre. On en\u00adtend dire que le taux de dispari\u00adtion actuel serait 1\u2019000 \u00e0 10\u2019000 fois plus rapide que la situation \u00abnaturelle\u00bb. Selon moi, la publi\u00adcation originale de 1995 dont proviennent ces chiffres est un bricolage complet, une impos\u00adture. Elle m\u00e9lange des donn\u00e9es partielles et non repr\u00e9sentatives qui concernent des milieux com\u00adpl\u00e8tement diff\u00e9rents. Les infor\u00admations disponibles concernent surtout les esp\u00e8ces qui laissent des traces, en particulier les mammif\u00e8res et les oiseaux. Mais on conna\u00eet tr\u00e8s mal la situation des micro\u00adorganismes.  <\/p>\n<p><strong>Quel r\u00f4le jouons\u00ad-nous dans l\u2019\u00e9rosion de la diversit\u00e9 du vivant?<\/strong><\/p>\n<p>On peut voir deux actions principales: la pollution et la transformation des \u00e9cosys\u00adt\u00e8mes. Je ne dis pas destruction, car un nouveau milieu prend tou\u00adjours la place de l\u2019ancien, comme par exemple les plantations qui remplacent la for\u00eat de Born\u00e9o. <\/p>\n<p>La nature a \u00e9t\u00e9 g\u00e9r\u00e9e par l\u2019homme en Europe depuis des mill\u00e9naires, et ces modifications peuvent aussi bien \u00eatre posi\u00adtives que n\u00e9gatives. De nom\u00adbreux milieux regorgeant de biodiversit\u00e9 et per\u00e7us comme naturels sont en fait artificiels: les rizi\u00e8res, les r\u00e9servoirs, les alpages, les bocages. La Ca\u00admargue, que tous veulent prot\u00e9\u00adger, est n\u00e9e de l\u2019industrie des salins du Midi et de l\u2019agriculture dans le Bas\u00ad-Rh\u00f4ne. Une for\u00eat temp\u00e9r\u00e9e ne pr\u00e9sente pas forc\u00e9\u00adment davantage de vari\u00e9t\u00e9 biolo\u00adgique qu\u2019un bocage &#8212; et m\u00eame les d\u00e9charges \u00e0 ciel ouvert, si vous voulez, profitent aux mouettes et aux go\u00e9lands\u2026 L\u2019important pour la capacit\u00e9 d\u2019accueil, c\u2019est l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des milieux et leur variabilit\u00e9 dans le temps. Il faut arr\u00eater de se plaindre qu\u2019on ne fait que d\u00e9truire! C\u2019est faux.<\/p>\n<p><strong>Peut\u00ad-on demander \u00e0 l\u2019homme de ne plus fa\u00e7onner son environnement?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est absurde, c\u2019est comme demander \u00e0 un loup de devenir v\u00e9g\u00e9tarien. L\u2019\u00e9cologie profonde (ou deep ecology) voit la Nature comme essentiellement statique, une sorte de Jardin d\u2019Eden qui se porte mieux sans l\u2019homme et se trouve perturb\u00e9 par son arriv\u00e9e. Ce courant, qui est particuli\u00e8rement fort dans les pays anglo\u00adsaxons, est im\u00adpr\u00e9gn\u00e9 d\u2019id\u00e9ologie cr\u00e9ationniste. En exag\u00e9rant, on pourrait dire que vouloir cr\u00e9er une aire tota\u00adlement prot\u00e9g\u00e9e et immuable, c\u2019est une forme de cr\u00e9ation\u00adnisme. L\u2019Amazone repr\u00e9sente ce Jardin d\u2019Eden, mais elle ne date que de 10\u2019000\u00ad \u00e0 15\u2019000 ans, une dur\u00e9e excessivement courte \u00e0 l\u2019\u00e9chelle g\u00e9ologique. Le concept de for\u00eat vierge ne veut d\u2019ail\u00adleurs rien dire du tout sur le plan de la biologie, si ce n\u2019est qu\u2019il s\u2019agit simplement d\u2019une for\u00eat particuli\u00e8rement vieille. <\/p>\n<p>La nature n\u2019est pas statique. L\u2019origine de la biodiversit\u00e9 se trouve dans les modifications de l\u2019environnement. Les change\u00adments climatiques, les \u00e9v\u00e8ne\u00adments g\u00e9ologiques, les \u00e9ruptions de volcan et les chutes de m\u00e9t\u00e9orites ont caus\u00e9 des extinctions majeures, mais ces destructions ont laiss\u00e9 la place \u00e0 de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s. <\/p>\n<p><strong>On veut sauver l\u2019ours blanc mais pas les grenouilles. Veut\u00ad-on vraiment pr\u00e9server la nature, ou plut\u00f4t la transformer en zoo pour notre divertissement? <\/strong><\/p>\n<p>En Afrique, l\u2019\u00e9co\u00adtourisme se heurte \u00e0 des pro\u00adbl\u00e8mes de braconnage et de s\u00e9curit\u00e9. Les r\u00e9serves repr\u00e9\u00adsentent des sources d\u2019argent et m\u00eame de nourriture: quand vous avez faim, vous mangez de l\u2019\u00e9l\u00e9phant. Le point de vue sur la grande faune d\u00e9pend d\u2019o\u00f9 vous vivez. Pour un agriculteur local, un lion repr\u00e9sente un animal nuisible. <\/p>\n<p>La disparition des esp\u00e8ces em\u00adbl\u00e9matiques &#8212; ours blanc, panda, tigre &#8212; n\u2019aurait pas vraiment de grandes cons\u00e9quences au niveau \u00e9cologique. Je comprends tr\u00e8s bien que l\u2019on veuille les pr\u00e9ser\u00adver sur un plan \u00e9thique ou es\u00adth\u00e9tique: personnellement je trouve odieux que l\u2019on ne fasse pas davantage attention aux singes. Mais c\u2019est un point de vue individuel. Ce n\u2019est pas la m\u00e9gafaune qui est importante pour le fonctionnement de la Terre, ce sont les micro-organismes. J\u2019attache beaucoup d\u2019importance \u00e0 pouvoir profiter d\u2019espaces naturels pour aller \u00e0 la cueillette, pratiquer la p\u00eache. C\u2019est un aspect culturel, pas biologique. Il y a beaucoup de regards diff\u00e9rents sur la biodi\u00adversit\u00e9: \u00e9cologique, \u00e9conomique, \u00e9thique. Il faut \u00eatre lucide: l\u2019aspect le plus important de la biodiversit\u00e9, c\u2019est en quoi elle est utile \u00e0 l\u2019homme. <\/p>\n<p><strong>Quels sont les plus grands dangers qui menacent notre environnement? <\/strong><\/p>\n<p>En plus des modifi\u00adcations des milieux naturels, c\u2019est la pollution, qui s\u2019attaque principalement aux milieux aqua\u00adtiques. Nous devons mieux ma\u00ee\u00adtriser les substances chimiques, qui portent pr\u00e9judice \u00e0 des ani\u00admaux le plus souvent ignor\u00e9s: insectes aquatiques, crustac\u00e9s, poissons. Ces probl\u00e8mes<br \/>\nconcernent d\u00e9sormais \u00e9galement les eaux profondes. On voit un mouvement aller dans la bonne direction avec une utilisation plus raisonnable des insecticides et pesticides. L\u2019agricul\u00adture n\u2019est pas seule responsa\u00adble: il y a aussi le d\u00e9sherbage priv\u00e9 et public. L\u2019un des plus grands pollueurs de France, c\u2019est la SNCF. Une autre ques\u00adtion est la surexploitation des ressources, en particulier dans la p\u00eache. Le dernier thon rouge de M\u00e9diterran\u00e9e sera probable\u00adment bient\u00f4t p\u00each\u00e9. <\/p>\n<p>La d\u00e9mographie est un probl\u00e8me central. On peut nourrir peut\u00ad-\u00eatre 9 \u00e0 10 milliards de per\u00adsonnes, mais elles auront besoin d\u2019espace, de ressources et de moyens de transport. Cela se fera n\u00e9cessairement au d\u00e9tri\u00adment de milieux dits naturels. Ces transformations ne sont pas forc\u00e9ment n\u00e9gatives pour la<br \/>\nbiodiversit\u00e9, il faut mettre les moyens pour mener des projets de r\u00e9habilitation. <\/p>\n<p><strong>Que peut apporter la Convention sur la biodiversit\u00e9 biologique, adopt\u00e9e au Sommet de Rio en 1992 et rediscut\u00e9e \u00e0 Nagoya en 2010? <\/strong><\/p>\n<p>Il faut souligner qu\u2019elle ne parle pas seulement d\u2019esp\u00e8ces, mais aussi des milieux naturels et de patrimoine g\u00e9n\u00e9\u00adtique. Il s\u2019agit moins de la pro\u00adtection de la biodiversit\u00e9 que de sa marchandisation. C\u2019est une n\u00e9gociation entre l\u2019Occident et les pays en voie de d\u00e9veloppe\u00adment, qui veulent monnayer l\u2019utilisation de leurs ressources naturelles par les industries du Nord. Ces rentr\u00e9es sont cens\u00e9es financer \u00e0 la fois le d\u00e9veloppe\u00adment et la protection de la biodi\u00adversit\u00e9 dans les pays du Sud, mais il ne faut pas se leurrer: elles serviront principalement au d\u00e9veloppement.  <\/p>\n<p><strong>Les \u00e9cosyst\u00e8mes sont-\u00adils modifi\u00e9s par les moyens de transport modernes?<\/strong> <\/p>\n<p>Les \u00eatres vivants ont toujours voyag\u00e9 par eux\u00adm\u00eames: les virus de la grippe viennent d\u2019Asie non pas par avion mais via les oiseaux migra\u00adteurs. Les humains ont voyag\u00e9 depuis des si\u00e8cles dans le but de ramener des animaux et des plantes et ont ainsi involontaire\u00adment introduit insectes et micro\u00adorganismes. Ces \u00e9changes se sont un peu intensifi\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e8re moderne, avec la cr\u00e9ation des canaux ou encore les ballasts des bateaux remplis \u00e0 un endroit et vid\u00e9s \u00e0 un autre. <\/p>\n<p>Certaines ONG mettent en avant les dangers li\u00e9s aux introduc\u00adtions d\u2019esp\u00e8ces. On peut tirer un parall\u00e8le entre cette notion \u00abd\u2019esp\u00e8ce invasive\u00bb et les propos x\u00e9nophobes tenus vis\u00ad-\u00e0\u00ad-vis des immigr\u00e9s: ils ne sont pas de chez nous, profitent de nos r\u00e9serves et sont prolifiques. On retrouve l\u2019id\u00e9ologie cr\u00e9ationniste d\u2019une nature id\u00e9ale et immobile, o\u00f9 les m\u00e9langes d\u2019esp\u00e8ces seraient \u00abcontre-\u00adnature\u00bb. Or, les esp\u00e8ces voyagent, c\u2019est dans leur nature. <\/p>\n<p>Certaines esp\u00e8ces exotiques nous causent des d\u00e9sagr\u00e9ments. Mais les aspects n\u00e9gatifs et positifs doivent \u00eatre mis en ba\u00adlance. La quasi\u00ad-totalit\u00e9 de notre production agricole vient de vari\u00e9t\u00e9s introduites et ce sont bien les esp\u00e8ces du sud de l\u2019Europe qui ont repeupl\u00e9 nos r\u00e9gions suite \u00e0 la derni\u00e8re gla\u00adciation, il y a 10\u2019000 ans. <\/p>\n<p><strong>L\u2019invasion du frelon asia\u00adtique, c\u2019est une all\u00e9gorie de la x\u00e9nophobie? <\/strong><\/p>\n<p>En quelque sorte. La vision purement comp\u00e9titive de l\u2019\u00e9volution est d\u2019ailleurs fr\u00e9\u00adquemment erron\u00e9e. Ce n\u2019est pas tant qu\u2019une esp\u00e8ce d\u00e9barque, \u00e9limine l\u2019autre et la remplace. Le plus souvent, l\u2019environnement devient progressivement moins favorable \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 dominante et d\u2019autres esp\u00e8ces, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes, s\u2019y sentiront mieux et prendront de l\u2019ampleur. C\u2019est moins une comp\u00e9tition directe qu\u2019un jeu de chaises musicales. <\/p>\n<p><strong>Le r\u00e9chauffement clima\u00adtique actuel est le plus souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme n\u00e9faste \u00e0 l\u2019environnement\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je ne vois pas pourquoi on crie au loup. Cer\u00adtains disent que la mont\u00e9e du niveau de la mer serait une ca\u00adtastrophe pour les \u00e9cosyst\u00e8mes c\u00f4tiers. Or, le niveau marin \u00e9tait 130 m plus bas il y a 12\u2019000 ans. Y a-\u00adt-\u00adil eu catas\u00adtrophe lorsqu\u2019il est remont\u00e9? Il y aura des effets ind\u00e9sirables sur le plan \u00e9conomique, mais pour la biodiversit\u00e9, rien ne permet de le dire.<\/p>\n<p><strong>Mais le changement actuel est tr\u00e8s rapide. Les esp\u00e8ces au\u00adront-\u00adelles le temps de s\u2019adapter? <\/strong><\/p>\n<p>On ne sait pas encore si le rythme actuel est vraiment unique. Il y a d\u00e9j\u00e0 eu des variations d\u2019un degr\u00e9 sur un si\u00e8cle. Ce qui d\u00e9terminera la survie des esp\u00e8ces, c\u2019est sur\u00adtout leur capacit\u00e9 \u00e0 migrer. <\/p>\n<p><strong>Autant d\u2019esp\u00e8ces devraient profiter du changement clima\u00adtique qu\u2019en souffrir?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est possible. Des \u00e9tudes disent que des mil\u00adliers d\u2019esp\u00e8ces devraient dispa\u00adra\u00eetre de certaines r\u00e9gions. Mais elles seront remplac\u00e9es, et la toundra sib\u00e9rienne deviendra plus accueillante. Le d\u00e9bat sur le changement climatique s\u2019ap\u00adpuie lui aussi sur une vision statique de la biodiversit\u00e9, ce qui bien s\u00fbr est totalement faux. Apr\u00e8s la derni\u00e8re glaciation, la recolonisation de l\u2019Europe a commenc\u00e9 il y a 10\u2019000 ans. Qui a dit que c\u2019\u00e9tait termin\u00e9? Il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9quilibre.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Un expert engag\u00e9 mais lucide<\/strong><\/p>\n<p>Sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9cologie des eaux douces tropicales et de la biodiversit\u00e9, Christian L\u00e9v\u00eaque a publi\u00e9 de nombreux ouvrages grand public, dont \u00abLa Biodiversit\u00e9 au quotidien\u00bb (2008), \u00abD\u00e9veloppement durable: nouveau bilan\u00bb (2008), \u00abFaut-il avoir peur des introductions d\u2019esp\u00e8ces (2008), \u00abNos Rivi\u00e8res sont-elles devenues des poubelles?\u00bb (2006), \u00abBiodiversit\u00e9\u00bb (2001).<\/p>\n<p>L\u2019hydrobiologiste fran\u00e7ais est directeur de recherche \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Institut de recherche pour le d\u00e9veloppement (IRD). Il a \u00e9t\u00e9 responsable du programme de recherche national Biodiversit\u00e9 (1996-1999) et directeur du programme multidisciplinaire Environnement, vie et soci\u00e9t\u00e9s au CNRS (1998-2003). Il a particip\u00e9 au Millenium Ecosystem Assessment des Nations unies en 2001, au programme de lutte contre l\u2019onchocercose (c\u00e9cit\u00e9 des rivi\u00e8res) de l\u2019OMS (1984-1991) et a servi comme expert de la biodiversit\u00e9 aupr\u00e8s du Fonds pour l\u2019environnement mondial. A 70 ans, il pr\u00e9side le groupe Eau de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise d\u2019agriculture et travaille toujours comme expert scientifique des milieux aquatiques.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les esp\u00e8ces s\u2019\u00e9teignent et les \u00e9cosyst\u00e8mes s\u2019adaptent, rappelle Christian L\u00e9v\u00eaque. L\u2019hydrobiologiste fran\u00e7ais d\u00e9monte les clich\u00e9s d\u2019une nature immuable et soul\u00e8ve les contradictions au coeur du d\u00e9bat sur la biodiversit\u00e9. Interview.<\/p>\n","protected":false},"author":19478,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3416","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3416","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19478"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3416"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3416\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3416"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3416"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3416"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}