



{"id":3402,"date":"2011-04-21T10:34:44","date_gmt":"2011-04-21T08:34:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3402"},"modified":"2011-06-10T16:16:14","modified_gmt":"2011-06-10T14:16:14","slug":"evolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3402","title":{"rendered":"Les bienfaits du r\u00e9chauffement climatique"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/rechauffement.png\" alt=\"rechauffement.png\" title=\"rechauffement.png\" width=\"468\" height=\"300\" border=\"0\" \/>\u00abSi on continue comme \u00e7a, on reprochera aux scientifiques dans cinquante ans d\u2019avoir amplifi\u00e9 les probl\u00e8mes!\u00bb Christian K\u00f6rner, professeur \u00e0 l\u2019Institut botanique de l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le, s\u2019irrite du catastrophisme avec lequel les m\u00e9dias traitent la question des effets du climat sur la biodiversit\u00e9. <\/p>\n<p>Suite au rapport du Groupe intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat (GIEC), on a pu souvent lire que 30% des esp\u00e8ces allaient dispara\u00eetre &#8212; une mise en garde illustr\u00e9e par des photos d\u2019ours blancs d\u00e9rivant sur la banquise. Or le rapport du GIEC est plus mesur\u00e9: \u00abPour environ 20 \u00e0 30% des esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales \u00e9tudi\u00e9es, le risque d\u2019extinction serait sans doute accru si la temp\u00e9rature moyenne de la plan\u00e8te augmentait de 1,5 \u00e0 2 degr\u00e9s.\u00bb \u00abCela ne veut pas dire qu\u2019un tiers des esp\u00e8ces va forc\u00e9ment s\u2019\u00e9teindre, souligne Christian K\u00f6rner. Il ne faut d\u2019ailleurs pas faire l\u2019amalgame entre r\u00e9chauffement et changement du climat. La simple hausse des temp\u00e9ratures a une incidence moindre sur la biodiversit\u00e9 que la plupart des autres composants du changement climatique, en particulier l\u2019augmentation de la fr\u00e9quence des \u00e9v\u00e8nements extr\u00eames tels que les s\u00e9cheresses ou les inondations.\u00bb<\/p>\n<p>Le sp\u00e9cialiste ne remet pas en cause les conclusions du GIEC, mais plut\u00f4t le fait que des sc\u00e9narios \u00e9tablis \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale soient directement appliqu\u00e9s \u00e0 la Suisse. Car les changements climatiques pourraient bien avoir un effet plus marqu\u00e9 sur la biodiversit\u00e9 dans le monde qu\u2019en Europe centrale, une r\u00e9gion \u00e9videmment moins concern\u00e9e par le rel\u00e8vement du niveau de la mer et la d\u00e9sertification.<\/p>\n<p>En Suisse, l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures &#8212; qui est plus rapide que dans le reste de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Nord &#8212; pourrait m\u00eame aller de pair avec une biodiversit\u00e9 plus riche: les chercheurs observent que certaines esp\u00e8ces habitu\u00e9es aux climats plus chauds s\u2019installent petit \u00e0 petit en Suisse, se rajoutant \u00e0 celles qui existent d\u00e9j\u00e0. <\/p>\n<p>Cette \u00e9volution est d\u00e9j\u00e0 frappante \u00e0 certains endroits, notamment dans les for\u00eats du Tessin. Originaire d\u2019Asie du Sud-Est, le palmier-chanvre \u00e9tait depuis longtemps cultiv\u00e9 dans les jardins. \u00abIl a aujourd\u2019hui colonis\u00e9 les for\u00eats tessinoises depuis les ann\u00e9es 1970, suite \u00e0 une forte diminution du nombre de jours de gel en hiver\u00bb, explique Pascal Vittoz du D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et d\u2019\u00e9volution de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. <\/p>\n<p>\u00abEn Valais, les for\u00eats de plaine connaissent de rapides transformations, notamment avec la disparition progressive des pins sylvestres (qui ne supportent pas les s\u00e9cheresses devenues plus fr\u00e9quentes et sont devenus plus sensibles aux parasites) au profit des ch\u00eanes pubescents. Ce changement se fait \u00e0 une vitesse sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00bb, indique Martine Rebetez, la collaboratrice scientifique \u00e0 l\u2019Institut f\u00e9d\u00e9ral de recherches sur les for\u00eats, la neige et le paysage (WSL).<\/p>\n<p>Plus en hauteur, on observe \u00e9galement l\u2019augmentation de la limite naturelle de la for\u00eat. Le Monitoring de la biodiversit\u00e9 en Suisse a mesur\u00e9 une remont\u00e9e moyenne des plantes alpines de 13 m entre 2001 et 2007. Les sommets autour de 3000 m ont connu un enrichissement en esp\u00e8ces consid\u00e9rable, de 86% en moyenne. Le r\u00e9chauffement a \u00e9galement pour cons\u00e9quence un d\u00e9veloppement printanier plus pr\u00e9coce et des automnes plus longs. En Suisse, les cerisiers fleurissent 15 \u00e0 20 jours plus t\u00f4t qu\u2019en 1951 et la p\u00e9riode de v\u00e9g\u00e9tation s\u2019est prolong\u00e9e de 2,7 jours par d\u00e9cennie depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. <\/p>\n<p>\u00abA priori, ces d\u00e9calages ne menacent pas directement la survie d\u2019esp\u00e8ces, souligne Pascal Vittoz. Par contre, ils peuvent remettre en question leurs relations: il faut parfois faire face \u00e0 de nouveaux concurrents et il peut suffire d\u2019un seul param\u00e8tre modifi\u00e9 pour qu\u2019une esp\u00e8ce prenne le dessus sur ses voisines, alors qu\u2019elles vivaient depuis des si\u00e8cles en parfaite harmonie.\u00bb <\/p>\n<p>Les cha\u00eenes alimentaires risquent \u00e9galement d\u2019\u00eatre perturb\u00e9es: des oiseaux migrateurs ne retrouveront par exemple plus les chenilles dont ils se nourrissent en Suisse au printemps, car celles-ci auront connu leur pic quelques semaines plus t\u00f4t. Mais les esp\u00e8ces peuvent s\u2019adapter: en se d\u00e9pla\u00e7ant et en colonisant de nouveaux territoires ou \u00e9voluant g\u00e9n\u00e9tiquement. Ce que l\u2019on ne sait pas, c\u2019est lesquelles s\u2019adapteront le mieux et comment.<\/p>\n<p>Si un r\u00e9chauffement de 2 degr\u00e9s pourrait s\u2019av\u00e9rer favorable \u00e0 la biodiversit\u00e9 en Suisse, cet enrichissement risque de n\u2019\u00eatre que passager, car certains nouveaux arriv\u00e9s finiront par \u00e9carter les esp\u00e8ces d\u2019origine. Les mod\u00e8les climatiques pr\u00e9disent pour les temp\u00e9ratures estivales d\u2019ici \u00e0 2070 une hausse comprise entre 2,1 et 7 degr\u00e9s dans les cas les plus extr\u00eames. Elle sera accompagn\u00e9e d\u2019une r\u00e9duction de 8 \u00e0 40% des pr\u00e9cipitations estivales ainsi que, probablement, d\u2019une augmentation des pluies torrentielles et de la dur\u00e9e des s\u00e9cheresses. <\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de 2 degr\u00e9s, des perturbations majeures pourraient intervenir dans les \u00e9cosyst\u00e8mes et des extinctions massives d\u2019esp\u00e8ces ne sont pas exclues. \u00abMais tout cela est extr\u00eamement complexe et nous pouvons difficilement pr\u00e9dire ce qui va se passer\u00bb, note Pascal Vittoz.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019avenir de la biodiversit\u00e9 d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 minimiser les effets du changement climatique, mais pas seulement, avertit Christian K\u00f6rner. La diversit\u00e9 d\u00e9pend davantage d\u2019autres facteurs comme l\u2019exploitation \u00e0 outrance des ressources naturelles ainsi que l\u2019urbanisation et le morcellement du paysage. Ces deux derniers facteurs sont particuli\u00e8rement mena\u00e7ants en Suisse, en raison de lois laxistes sur la construction. Ils me pr\u00e9occupent actuellement davantage que le climat.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La hausse des temp\u00e9ratures menace de nombreuses esp\u00e8ces au niveau mondial, mais pourrait favoriser la biodiversit\u00e9 en Suisse. 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