



{"id":3375,"date":"2011-03-14T19:33:41","date_gmt":"2011-03-14T17:33:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3375"},"modified":"2011-06-14T11:15:59","modified_gmt":"2011-06-14T09:15:59","slug":"stupefiants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3375","title":{"rendered":"Les drogues synth\u00e9tiques \u00e0 l\u2019heure du deal 2.0"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large150311.jpg\" alt=\"large150311.jpg\" title=\"large150311.jpg\" width=\"468\" height=\"300\" border=\"0\" \/>Enfin! Depuis le 1er d\u00e9cembre 2010, la Suisse interdit la m\u00e9ph\u00e9drone, une nouvelle drogue de synth\u00e8se aux effets proches de l\u2019ecstasy. Comme ses voisins europ\u00e9ens, la Conf\u00e9d\u00e9ration a mis du temps \u00e0 r\u00e9agir. Les premi\u00e8res alertes concernant la consommation de cette mol\u00e9cule en Europe datent de 2007. A Londres en mars 2010, deux adolescents de 18 et 19 ans en sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Le compos\u00e9 a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en Suisse dans le milieu festif zurichois lors de l\u2019\u00e9t\u00e9 2009.   <\/p>\n<p>\u00abMais l\u2019interdiction ne r\u00e9sout pas tout. Chaque fois qu\u2019une mol\u00e9cule est class\u00e9e sur la liste des stup\u00e9fiants, un nouveau compos\u00e9 appara\u00eet, constate Emmanuel Lahaie, auteur d\u2019une note sur la m\u00e9ph\u00e9drone et les stimulants de synth\u00e8se pour le compte de l\u2019Observatoire fran\u00e7ais des drogues et des toxicomanies (OFDT). Les laboratoires clandestins conservent toujours un coup  d\u2019avance sur les l\u00e9gislations.\u00bb <\/p>\n<p>Et pour reproduire les effets des drogues classiques, leur imagination \u00e0 cr\u00e9er de nouveaux alliages chimiques non encore r\u00e9pertori\u00e9s semblent sans borne: en 2009, 24 nouvelles substances psychoactives ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es par une enqu\u00eate europ\u00e9enne. Un chiffre record qui sera vite battu, puisqu\u2019en novembre dernier, trente et un nouveaux compos\u00e9s avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 comptabilis\u00e9s pour l\u2019ann\u00e9e 2010. Ces savantes tambouilles mol\u00e9culaires appartiennent aux  familles chimiques des cathinones, pip\u00e9razines et ph\u00e9nyl\u00e9thylamines. Elles prennent l\u2019aspect de poudres blanch\u00e2tres ou de comprim\u00e9s et miment principalement les effets de l\u2019ecstasy, du cannabis ou des amph\u00e9tamines.<\/p>\n<p><strong>Les consommateurs servent de cobaye <\/strong><\/p>\n<p>Fabriqu\u00e9es dans des laboratoires clandestins install\u00e9s notamment aux Pays-Bas, en Belgique et en Chine, \u00abces nouvelles substances utilis\u00e9es dans les milieux festifs n\u2019ont m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 test\u00e9es sur des rats lors\u00adqu\u2019elles arrivent sur le march\u00e9, explique Alexander B\u00fccheli, de l\u2019organisme de pr\u00e9vention zurichois Street Working. On prend les gens pour des cobayes de laboratoire.\u00bb \u00abLes acheteurs ne savent absolument pas ce qu\u2019ils consomment, rench\u00e9rit Pierre Esseiva, professeur \u00e0 l\u2019Institut de police scientifique de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Ils se fient trop \u00e0 l\u2019aspect physique alors que cela ne veut rien dire. Deux pilules qui pr\u00e9sentent exactement le m\u00eame logo peuvent cacher des compositions tr\u00e8s diff\u00e9rentes.\u00bb   <\/p>\n<p>Sur le plan sanitaire, les nouvelles drogues de synth\u00e8se inqui\u00e8tent. \u00abQuelques cas de coma sont survenus en France apr\u00e8s consommation de m\u00e9ph\u00e9drone associ\u00e9e \u00e0 d\u2019autres substances. Mais dans l\u2019ensemble, les effets demeurent tr\u00e8s peu d\u00e9crits dans la litt\u00e9rature, souligne Emmanuel Lahaie. Quant \u00e0 leur toxicit\u00e9 \u00e0 long terme, c\u2019est le n\u00e9ant absolu. Nous ne disposons d\u2019aucune \u00e9tude sur l\u2019animal et encore moins chez l\u2019homme.\u00bb <\/p>\n<p><strong>Une centaine d\u2019e-boutiques <\/strong><\/p>\n<p>Ces nouveaux compos\u00e9s non contr\u00f4l\u00e9s et commercialis\u00e9s en tant que \u00ablegal highs\u00bb (euphorisants l\u00e9gaux) constituent un d\u00e9fi majeur en termes de surveillance. Vu qu\u2019ils ne sont pas classifi\u00e9s comme illicites, les saisies ne sont pas comptabilis\u00e9es et les interpellations non effectu\u00e9es, ce qui rend l\u2019application d\u2019une politique r\u00e9pressive difficile. De plus, leur mode de commercialisation via des sites internet d\u00e9di\u00e9s offre une confidentialit\u00e9 bien sup\u00e9rieure aux deals classiques effectu\u00e9s dans la rue. \u00abLe commerce sur internet explose pour tous les types d\u2019achats et les substances psychoactives n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 la r\u00e8gle\u00bb, d\u00e9plore Emmanuel Lahaie.  <\/p>\n<p>D\u00e9but 2010, l\u2019Observatoire europ\u00e9en des drogues et des toxicomanies (OEDT) recensait 170 boutiques virtuelles commercialisant des \u00ablegal highs\u00bb en Europe. Les revendeurs identifi\u00e9s sont \u00e9tablis au Royaume-Uni (37%), en Allemagne (15%), aux Pays-Bas (14%) et en Roumanie (7%). \u00abL\u2019analyse de pilules et poudres vendues sur internet a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une puret\u00e9 de l\u2019ordre de 40% au lieu des 99% annonc\u00e9s\u00bb, rapporte Emmanuel Lahaie.  <\/p>\n<p>Pour les consommateurs-internautes, c\u2019est la fin du deal glauque effectu\u00e9 dans une ruelle sombre, ce sont des prix bas (la m\u00e9ph\u00e9drone s\u2019ach\u00e8te pour 10 \u00e0 20 euros le gramme) ainsi qu\u2019une impression surfaite de l\u00e9galit\u00e9. \u00abAcheter sur internet donne une impression de qualit\u00e9 et d\u2019officialit\u00e9, note Alexander B\u00fccheli. Les clients n\u2019ont pas l\u2019impression de transgresser la loi.\u00bb Jean-Pierre*, Parisien de 30 ans r\u00e9sidant \u00e0 Gen\u00e8ve depuis plusieurs ann\u00e9es, explique: \u00abLe point fort de l\u2019achat en ligne, c\u2019est la pr\u00e9visibilit\u00e9. Quand tu vas en soir\u00e9e, il peut arriver que tu ne trouves aucune drogue sur place. Avec les sites, en revanche, tu passes ta commande et une semaine plus tard, tu re\u00e7ois le produit directement dans ta bo\u00eete aux lettres. C\u2019est hyper-rapide et \u00e7a donne l\u2019impression, peut-\u00eatre infond\u00e9e, qu\u2019il n\u2019y a aucun risque.\u00bb  <\/p>\n<p>Directeur de la police judiciaire de Neuch\u00e2tel et auteur d\u2019un ouvrage sur le march\u00e9 de la drogue en Suisse, Olivier Gu\u00e9niat ne cache pas que tr\u00e8s peu de contr\u00f4les sont effectu\u00e9s: \u00abLa plupart des contr\u00f4les se font sur le fret ou aux douanes. Nous ne v\u00e9rifions le courrier que des personnes d\u00e9j\u00e0 plac\u00e9es sous surveillance.\u00bb Les n\u00e9o-consommateurs de narcotiques ont donc peu de risques de se faire coincer par ce biais-l\u00e0. Pour autant, toucher de pr\u00e8s ou de loin aux nouvelles drogues de synth\u00e8se n\u2019est pas sans risque. \u00abSi une personne se fait prendre avec une substance non inscrite sur le registre des stup\u00e9fiants, le juge peut mettre en avant le fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mol\u00e9cule analogue \u00e0 une drogue, pr\u00e9vient Olivier Gu\u00e9niat. Il y aura alors d\u00e9bat d\u2019experts sur la question. Si une condamnation sur la loi des stup\u00e9fiants est impossible, le juge peut se tourner vers la loi Swissmedic qui interdit l\u2019importation et le commerce de toute substance non autoris\u00e9e.\u00bb   <\/p>\n<p>Pour reprendre les mots d\u2019un sp\u00e9cialiste du secteur: \u00abLes drogues non class\u00e9es sur la liste des stup\u00e9fiants ne sont ni vraiment ill\u00e9gales ni vraiment l\u00e9gales.\u00bb Dans la pratique, les importateurs et vendeurs sont g\u00e9n\u00e9ralement condamn\u00e9s, les consommateurs beaucoup moins.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9nurie et drogues de synth\u00e8se  <\/strong><\/p>\n<p>\u00abNous d\u00e9nombrons cinq ou six affaires de m\u00e9ph\u00e9drone sur le canton de Neuch\u00e2tel, comptabilise Olivier Gu\u00e9niat. Les saisies de cette substance se font par hasard: nous sommes par exemple tomb\u00e9s sur de la m\u00e9ph\u00e9drone lors d\u2019une perquisition effectu\u00e9e chez un suspect pour trouver de la coca\u00efne. Il s\u2019agit d\u2019un march\u00e9 de niche.\u00bb Un avis partag\u00e9 par Marc Augsburger, responsable de l\u2019Unit\u00e9 de toxicologie et de chimie forensique au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV): \u00abLes nouvelles drogues de synth\u00e8se demeurent tr\u00e8s peu consomm\u00e9es en Suisse. En 2010, nous avons identifi\u00e9 la m\u00e9ph\u00e9drone dans trois \u00e9chantillons qui s\u2019ajoutent \u00e0 quelques cas de personnes ayant consomm\u00e9 de la k\u00e9tamine, du GHB ou encore du spice.\u00bb  <\/p>\n<p>Alors que la m\u00e9ph\u00e9drone est devenue en l\u2019espace de quelques mois la quatri\u00e8me drogue la plus consomm\u00e9e dans les clubs anglais, la Suisse reste peu concern\u00e9e. \u00abC\u2019est une question de disponibilit\u00e9, estime Alexander B\u00fccheli. Tant que les substances classiques sont disponibles en quantit\u00e9 et en qualit\u00e9, les consommateurs ne vont pas en chercher de nouvelles.\u00bb Lorsque la Suisse a v\u00e9cu une p\u00e9nurie de MDMA (ecstasy) entre 2009 et 2010, une nouvelle drogue, le mCPP, est ainsi apparue sur le march\u00e9 zurichois. \u00abLes producteurs ont remplac\u00e9 le MDMA par du mCPP tout en continuant \u00e0 vendre leurs pilules sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d\u2019ecstasy\u00bb, poursuit Alexander B\u00fccheli. N\u00e9anmoins les drogues classiques restent tr\u00e8s disponibles en Suisse. \u00abLorsque je vivais en France, j\u2019avais parfois du mal \u00e0 trouver de l\u2019ecstasy, raconte Jean-Pierre*. C\u2019est ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 commander d\u2019autres mol\u00e9cules sur internet. Mais ici, c\u2019est extr\u00eamement facile. Je n\u2019ai jamais vu autant de coke qu\u2019\u00e0 Gen\u00e8ve!\u00bb  <\/p>\n<p>*Le pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Les principales drogues de synth\u00e8se<\/strong><\/p>\n<p><em>M\u00e9ph\u00e9drone <\/em><br \/>\nStar du web en 2010, la m\u00e9ph\u00e9drone (une mol\u00e9cule de la famille des cathinones) est d\u00e9sormais  interdite dans la plupart des pays europ\u00e9ens. Commercialis\u00e9e sous les noms de Miaou-miaou, M-Cat, ou Bubbles, elle a des effets similaires \u00e0 ceux du MDMA. Elle aurait caus\u00e9 plusieurs d\u00e9c\u00e8s. <\/p>\n<p><em>M\u00e9th\u00e9drone <\/em><br \/>\nTr\u00e8s proche de la m\u00e9ph\u00e9drone tant au niveau chimique que par ses effets, cette drogue reste  l\u00e9gale, hormis au Royaume-Uni et en Su\u00e8de o\u00f9 deux morts lui sont attribu\u00e9s.   <\/p>\n<p><em>Spice<\/em><br \/>\nHerbe \u00e0 fumer coupl\u00e9e \u00e0 des cannabino\u00efdes de synth\u00e8se, le spice continue \u00e0 se d\u00e9velopper  via internet. A ce jour, l\u2019Observatoire europ\u00e9en des drogues et des toxicomanies a d\u00e9tect\u00e9 neuf produits diff\u00e9rents. Ces m\u00e9langes sont interdits dans la plupart des pays.  <\/p>\n<p><em>Benzylpiperazine (BZP)<\/em><br \/>\nIdentifi\u00e9 en 2008, le BZP est d\u00e9sormais interdit dans la plupart des pays de l\u2019UE. Les effets de cette pip\u00e9razine sont similaires \u00e0 ceux des amph\u00e9tamines.  <\/p>\n<p><em>Bromo-DragonFly <\/em><br \/>\nL\u2019OEDT exerce une surveillance particuli\u00e8re sur cette mol\u00e9cule li\u00e9e \u00e0 la famille des ph\u00e9nyl\u00e9thylamine, qui a d\u00e9j\u00e0 caus\u00e9 plusieurs d\u00e9c\u00e8s. En cause, son pouvoir hallucinog\u00e8ne important \u00e0 faible dose et sa dur\u00e9e d\u2019action d\u00e9crite comme tr\u00e8s longue. Hormis dans les pays nordiques, le Bromo-DragonFly demeure l\u00e9gale.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des drogues synth\u00e9tiques \u00abl\u00e9gales\u00bb s\u2019ach\u00e8tent en ligne pour une poign\u00e9e de francs. 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