



{"id":3286,"date":"2010-11-15T18:14:57","date_gmt":"2010-11-15T16:14:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3286"},"modified":"2011-12-02T15:31:52","modified_gmt":"2011-12-02T13:31:52","slug":"agriculture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3286","title":{"rendered":"Le bio pas toujours \u00e9colo"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112010\/bio.png\" alt=\"bio.png\" title=\"bio.png\" width=\"468\" border=\"0\" height=\"294\" \/>Avec ses belles Heidi aux joues roses plant\u00e9es dans un paysage bucolique, l\u2019agriculture biologique repr\u00e9sente le retour \u00e0 une nature authentique &#8212; forc\u00e9ment meilleure pour le corps autant que pour l\u2019esprit. C\u2019est le message que font passer non seulement les mouvements \u00e9colos, mais \u00e9galement d\u00e9sormais les grandes surfaces. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9quation \u00abbio = protection de l\u2019environnement = alimentation saine\u00bb est des plus approximatives et cache de multiples facteurs comme le transport, les engrais utilis\u00e9s ou encore la fra\u00eecheur des aliments. L\u2019agriculture biologique ne repr\u00e9sente que l\u2019une des \u00e9tapes s\u00e9parant la production d\u2019un aliment de sa consommation.<\/p>\n<p>\u00abLe bio est une m\u00e9thode d\u2019agriculture et non un simple retour \u00e0 la nature\u00bb, souligne Sibil Buschauer de Bio Suisse, la f\u00e9d\u00e9ration des entreprises agricoles biologiques. La loi suisse stipule que les cycles et processus naturels doivent \u00eatre pris en consid\u00e9ration dans la production et la pr\u00e9paration de produits biologiques et que l\u2019utilisation de mati\u00e8res auxiliaires et d\u2019ingr\u00e9dients chimiques de synth\u00e8se doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. \u00abTout part d\u2019un sol vivant et riche qui nourrit les racines des plantes, explique Walter Vetterli, ing\u00e9nieur agronome au WWF. C\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent de l\u2019agriculture intensive qui ressemble aux cultures hydroponiques de nos plantes vertes d\u2019appartement. Dans ce cas, le sol est un simple support pour l\u2019ancrage des racines, auxquelles on apporte ensuite les \u00e9l\u00e9ments nutritifs par l\u2019\u00e9pandage d\u2019engrais chimiques.\u00bb<\/p>\n<p>Au premier regard, les b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019agriculture bio pour l\u2019environnement paraissent \u00e9vidents et plusieurs \u00e9tudes ont montr\u00e9 que les sols sont plus vivants et favorisent la biodiversit\u00e9. \u00abPar rapport \u00e0 l\u2019agriculture traditionnelle, nous utilisons 96% de pesticides en moins et, parmi ceux-ci, surtout des produits naturels et des organismes vivants, indique Urs Niggli, directeur de l\u2019Institut de recherche de l\u2019agriculture biologique suisse. Le cuivre est le seul produit chimique encore utilis\u00e9, pour la vigne et les pommes de terre bio. Ce n\u2019est rien compar\u00e9 aux 400 substances chimiques autoris\u00e9es dans l\u2019Union europ\u00e9enne.\u00bb<\/p>\n<p>Mais l\u2019empreinte \u00e9cologique globale des aliments implique de nombreux autres param\u00e8tres, tels que le type de transport, le stockage, la distribution ou encore l\u2019emballage. En Suisse, la production locale d\u2019aliments bio ne suffit pas \u00e0 la demande, et il faut les importer. Et parfois de tr\u00e8s loin: haricots verts du Kenya (6000 km), citrons d\u2019Afrique du Sud (8000 km), bananes du Br\u00e9sil (10\u2019000 km)\u2026 Urs Niggli critique la politique agricole de la Conf\u00e9d\u00e9ration, qui \u00abmaintient un syst\u00e8me de paiements directs trop favorables \u00e0 d\u2019autres techniques agricoles\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abLa question de l\u2019empreinte \u00e9cologique d\u2019un produit bio est complexe et repr\u00e9sente un enjeu important, reconna\u00eet Sibil Buschauer de Bio Suisse. Le transport sur de longues distances peut rester une option dans certains cas. Notre organisation interdit le transport par avion, tout comme l\u2019importation des produits frais d\u2019Outre-Mer, sauf quelques exceptions.\u00bb Pour Walter Vetterli du WWF, l\u2019agriculture biologique produirait moins de gaz \u00e0 effet de serre: \u00abDes \u00e9tudes comparatives montrent que le bio exige 59% d\u2019\u00e9nergie fossile en moins, car il faut beaucoup de p\u00e9trole pour produire engrais et pesticides chimiques.\u00bb Selon les cas, des kiwis bio import\u00e9s de Nouvelle-Z\u00e9lande par bateau peuvent se r\u00e9v\u00e9ler moins \u00e9nergivores qu\u2019un produit r\u00e9gional cultiv\u00e9 avec des engrais chimiques. Pour consommer bio et \u00e9colo, il faut donc acheter, en saison, des produits bio locaux non emball\u00e9s &#8212; et faire ses courses \u00e0 v\u00e9lo\u2026<\/p>\n<p><strong>Des b\u00e9n\u00e9fices incertains pour la sant\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Une majorit\u00e9 de consommateurs consid\u00e8re les produits bio comme meilleurs pour la sant\u00e9. \u00abLes aliments bio ne contiennent pas de pesticides, ou seulement des traces, observe Patrick Edder, chimiste cantonal genevois. Au contraire, les agriculteurs traditionnels ont tendance \u00e0 utiliser toujours plus de substances chimiques diff\u00e9rentes pour traiter leurs cultures, et nous ignorons encore tout des interactions entre ces produits.\u00bb<\/p>\n<p>Pour ce qui est des qualit\u00e9s nutritives sup\u00e9rieures des produits bio, aucune preuve scientifique d\u00e9finitive n\u2019existe encore. Une \u00e9tude de l\u2019Agence britannique des normes alimentaires parue en 2009 conclut qu\u2019ils ne sont pas plus sains que les autres. Le projet europ\u00e9en \u00abQualityLowInput Food\u00bb indique que, dans la plupart des cas, la qualit\u00e9 nutritionnelle des produits conventionnels est \u00e9quivalente \u00e0 celle du bio, mais rel\u00e8ve que les v\u00e9g\u00e9taux bio contiennent davantage d\u2019antioxydants et les produits laitiers plus d\u2019om\u00e9ga-3.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9sultat s\u2019expliquerait par le fait que les fruits et l\u00e9gumes bio doivent d\u00e9velopper leurs propres d\u00e9fenses immunitaires face aux attaques de parasites. Selon le projet europ\u00e9en, la relation entre nourriture biologique et sant\u00e9 n\u2019est pas encore d\u00e9montr\u00e9e. \u00abApporter cette preuve n\u00e9cessiterait des recherches co\u00fbteuses, dit Urs Niggli, car il faudrait une \u00e9tude de cohorte portant sur plusieurs milliers de personnes.\u00bb Une t\u00e2che rendue d\u2019autant plus ardue que de nombreux facteurs entrent en ligne de compte dans la qualit\u00e9 nutritionnelle des aliments: la vari\u00e9t\u00e9, l\u2019exposition au soleil, le type de sol et surtout le d\u00e9lai entre la r\u00e9colte et la consommation. Bio ou pas, les \u00e9pinards perdent toutes leurs vitamines C en quatre jours \u00e0 temp\u00e9rature ambiante.<\/p>\n<p>De nombreux nutritionnistes estiment que s\u2019alimenter sainement passe d\u2019abord par une grande consommation de fruits et l\u00e9gumes ainsi que par une diminution de la viande rouge: \u00abLes produits bio ne sont pas plus int\u00e9ressants d\u2019un point de vue nutritif, dit la nutritionniste Sidonie Fabbi. Le type d\u2019alimentation compte davantage. On peut tout \u00e0 fait mal se nourrir avec des aliments bio et se nourrir sainement avec des produits conventionnels.\u00bb<\/p>\n<p>En attendant, le march\u00e9 bio cro\u00eet d\u2019environ 10% par an en Suisse et dans le monde, avec des produits plus chers que les aliments conventionnels. Ce qui fait dire \u00e0 Sidonie Fabbi que \u00able bio sert aussi \u00e0 afficher un statut social. Historiquement, les classes sup\u00e9rieures ont toujours cherch\u00e9 \u00e0 se d\u00e9finir par leurs choix alimentaires. Quand l\u2019humanit\u00e9 manquait de tout, l\u2019opulence \u00e9tait une distinction. Lorsque la quantit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e au plus grand nombre, c\u2019\u00e9tait au tour des sp\u00e9cialit\u00e9s plus on\u00e9reuses et moins accessibles. Aujourd\u2019hui, c\u2019est le bio.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex (no 11).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bio est-il vraiment bon pour la sant\u00e9 et l\u2019environnement? Entre l\u2019id\u00e9alisme du consommateur et la r\u00e9alit\u00e9, il existe un foss\u00e9. Explications.<\/p>\n","protected":false},"author":19538,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3286","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3286","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19538"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3286"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3286\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}