



{"id":3279,"date":"2010-11-04T19:03:46","date_gmt":"2010-11-04T17:03:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3279"},"modified":"2010-11-05T00:16:35","modified_gmt":"2010-11-04T22:16:35","slug":"entreprises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3279","title":{"rendered":"Quand grand-papa cr\u00e9e sa PME"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large051110.jpg\" alt=\"large051110.jpg\" title=\"large051110.jpg\" width=\"468\" height=\"288\" border=\"0\" \/>Aux Etats-Unis, les entrepreneurs seniors sont des stars. Le site du magazine Inc., une publication destin\u00e9e aux chefs d\u2019entreprises, \u00e9lit d\u2019ailleurs chaque ann\u00e9e les \u00ab8 octog\u00e9naires les plus cool des Etats-Unis\u00bb. Parmi eux, Lisa Gable, 84 ans, a lanc\u00e9 son business de lingerie \u00e0 71 ans. Phyllis Apple, 84 ans \u00e9galement, \u00e9tait fra\u00eechement retrait\u00e9e lorsqu\u2019elle a lanc\u00e9 sa soci\u00e9t\u00e9 de relations publiques pr\u00e8s de Miami. Quant \u00e0 Jeno Paulucci, 89 ans, il g\u00e8re toujours les diff\u00e9rentes marques du secteur alimentaire qu\u2019il a lanc\u00e9es en 1990.<\/p>\n<p>Selon le D\u00e9partement am\u00e9ricain des statistiques du travail, le pourcentage d\u2019ind\u00e9pendants dans la cat\u00e9gorie d\u2019\u00e2ge comprise entre 55 et 65 ans a augment\u00e9 de 33% en 2008. Ils ont largement d\u00e9pass\u00e9 le nombre de jeunes entrepreneurs qui se lancent entre 25 et 35 ans. La crise, qui a entra\u00een\u00e9 des licenciements massifs chez les seniors et a fait fondre leurs \u00e9pargnes, explique largement ce ph\u00e9nom\u00e8ne. D\u2019autres facteurs, comme l\u2019allongement de la vie en bonne sant\u00e9 et l\u2019envie de se r\u00e9aliser dans un projet, y participent. Ils existent aussi en Suisse, o\u00f9 la situation \u00e9conomique des retrait\u00e9s est \u00e9videmment peu comparable \u00e0 celle des Etats-Unis.<\/p>\n<p>Mathias Rossi, professeur \u00e0 la Haute Ecole de gestion de Fribourg, est l\u2019auteur de l\u2019unique \u00e9tude suisse sur l\u2019entrepreneuriat des seniors. Ses recherches ont analys\u00e9 la p\u00e9riode allant de 2005 \u00e0 2007: \u00abOn est pass\u00e9 de 2,4% d\u2019entrepreneurs seniors en 2005 \u00e0 6% en 2007. C\u2019est une augmentation significative.\u00bb Tout indique que cette croissance s\u2019est poursuivie depuis, d\u2019autant que l\u2019\u00e9tude Mathias Rossi a montr\u00e9 que les entreprises des plus de 55 ans poss\u00e9daient un taux de r\u00e9ussite sup\u00e9rieur \u00e0 celles cr\u00e9\u00e9es par les jeunes.<\/p>\n<p>\u00abLes seniors se trouvent souvent dans une excellente position pour cr\u00e9er une entreprise: ils poss\u00e8dent de l\u2019exp\u00e9rience, un r\u00e9seau \u00e9toff\u00e9, des capitaux et sont lib\u00e9r\u00e9s des charges familiales\u00bb, poursuit le professeur. Le portrait type de l\u2019entrepreneur senior suisse est un homme disposant d\u2019une formation et d\u2019un revenu sup\u00e9rieur. \u00abIl y a beaucoup moins de femmes, souligne Mathias Rossi. Ces g\u00e9n\u00e9rations de femmes ont \u00e9t\u00e9 moins actives sur le march\u00e9 du travail et ne disposent souvent ni de mod\u00e8les ni d\u2019un r\u00e9seau \u00e9toff\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 de bons taux de r\u00e9ussite, les entrepreneurs seniors restent une minorit\u00e9 en Suisse. \u00abLa retraite est encore associ\u00e9e chez nous \u00e0 la notion de loisir, commente Mathias Rossi. Beaucoup manquent de motivation pour s\u2019investir.\u00bb Une situation qui devrait \u00e9voluer, selon Xavier Comtesse, directeur d\u2019Avenir Suisse: \u00abL\u2019entrepreneuriat repr\u00e9sente une excellente solution pour les 60 ans et plus, car il leur offre ind\u00e9pendance et flexibilit\u00e9. De toute mani\u00e8re, la vie active va se prolonger dans les ann\u00e9es \u00e0 venir car l\u2019esp\u00e9rance de vie a augment\u00e9 de dix ans depuis l\u2019instauration de l\u2019AVS en 1948. C\u2019est \u00e9norme! Penser que la situation actuelle peut perdurer est une illusion.\u00bb<\/p>\n<p>Pour Guy Bovey, directeur d\u2019Avantage, un programme de ProSenectute qui soutient les travailleurs de plus de 50 ans, l\u2019entrepreneuriat ne pourra jamais concerner une majorit\u00e9 de retrait\u00e9s: \u00abIls n\u2019ont pas tous les comp\u00e9tences et la sant\u00e9 n\u00e9cessaires. Il faut aussi leur faire prendre conscience des risques qu\u2019il peut y avoir \u00e0 griller son deuxi\u00e8me pilier dans une affaire qui tourne mal. Nous devons cr\u00e9er des structures sp\u00e9cifiques qui soutiennent les seniors dans une d\u00e9marche entrepreneuriale.\u00bb<\/p>\n<p>Les seniors rencontrent en effet des obstacles au moment de cr\u00e9er leur entreprise: des difficult\u00e9s pour obtenir un pr\u00eat bancaire, des pi\u00e8ges fiscaux r\u00e9sultant de l\u2019exercice d\u2019une activit\u00e9 lucrative conjointement \u00e0 une rente, le manque de certaines qualifications ou encore les st\u00e9r\u00e9otypes associ\u00e9s aux personnes \u00e2g\u00e9es, comme le manque de dynamisme ou de ma\u00eetrise des technologies. Alors que des structures de soutien pour les entrepreneurs de plus de 60 ans ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es aux Etats-Unis et en Angleterre, elles font d\u00e9faut en Suisse. Un manque \u00e0 combler?<\/p>\n<p>Les entrepreneurs rencontr\u00e9s ne semblent pas s\u2019en plaindre. \u00abJ\u2019ai b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de soutien, raconte Christian Udasse, directeur de M\u00e9can-D\u00e9coupe (lire le t\u00e9moignage ci-dessous). De toute mani\u00e8re, \u00e0 un moment donn\u00e9, il faut se d\u00e9brouiller seul et faire confiance \u00e0 son instinct pour prendre les bonnes d\u00e9cisions.\u00bb Se sentent-ils parfois en d\u00e9calage avec leurs contemporains?<\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai de nombreux amis de mon \u00e2ge qui se consacrent intensivement \u00e0 leur passion durant la retraite, qu\u2019elle soit sportive ou artistique, confie Rudolf Farkas, fondateur de Rudicubes (lire t\u00e9moignage). De mon c\u00f4t\u00e9, je r\u00e9alise simplement des choses dans mon domaine d\u2019int\u00e9r\u00eat, l\u2019informatique. Les logiques sont similaires.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abJe ne prends rien pour acquis\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Christian Udasse, 71 ans, directeur de M\u00e9can-D\u00e9coupe<\/em><\/p>\n<p>\u00abTant que j\u2019aurai de l\u2019enthousiasme et de la sant\u00e9, je continuerai. Passer ma vie en vacances ne m\u2019int\u00e9resse pas.\u00bb Le d\u00e9bat sur l\u2019\u00e2ge de la retraite n\u2019int\u00e9resse pas non plus Christian Udasse, fondateur et patron de M\u00e9can-Decoupe, une PME de 15 personnes sp\u00e9cialis\u00e9e dans la m\u00e9canique de pr\u00e9cision. \u00abLes autres font ce qu\u2019ils veulent, moi je veux continuer \u00e0 travailler. Lorsque j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis en pr\u00e9retraite \u00e0 58 ans, j\u2019ai cherch\u00e9 du travail sans succ\u00e8s. En tant qu\u2019ing\u00e9nieur avec une longue exp\u00e9rience, j\u2019\u00e9tais trop comp\u00e9tent. L\u2019inactivit\u00e9 me pesait, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 souffrir de maux de dos, alors que j\u2019\u00e9tais toujours en parfaite sant\u00e9 jusque-l\u00e0. J\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 de me lancer \u00e0 mon propre compte. Comme par miracle, mes douleurs dorsales ont disparu!\u00bb<\/p>\n<p>Dans ses bureaux situ\u00e9s dans la zone industrielle de Meyrin, Christian Udasse s\u2019active comme un diable pour motiver ses ouvriers, dont une bonne partie a aussi d\u00e9pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge de la retraite. \u00abIls travaillent pour le plaisir ou pour mettre du beurre dans leurs \u00e9pinards. Leur exp\u00e9rience m\u2019est tr\u00e8s pr\u00e9cieuse!\u00bb Le septuag\u00e9naire est \u00e9galement second\u00e9 par sa femme pour les t\u00e2ches administratives.<\/p>\n<p>\u00abQuand j\u2019ai mont\u00e9 cette affaire, on m\u2019a dit que j\u2019\u00e9tais fou et que je n\u2019aurais que des probl\u00e8mes. Pourtant, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 soutenu par l\u2019Office de promotion \u00e9conomique de Gen\u00e8ve et par UBS, qui m\u2019a accord\u00e9 un pr\u00eat, parce que mon projet tenait la route.\u00bb Et les r\u00e9sultats lui donnent raison: d\u00e8s le d\u00e9part, les affaires marchent bien pour M\u00e9can-D\u00e9coupe, qui se cr\u00e9e un r\u00e9seau de clients stables sur Gen\u00e8ve et l\u2019Arc l\u00e9manique.<\/p>\n<p>Le secret de Christian Udasse? \u00abJe n\u2019ai aucun mod\u00e8le, \u00e0 part Nicolas Hayek et Christoph Blocher, qui sont de grands entrepreneurs et qui disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Je ne prends rien pour acquis, je demande toujours le pourquoi des choses, que ce soit \u00e0 mon banquier ou \u00e0 mes ouvriers. Et puis, je garde en permanence un \u0153il sur mes finances, je sais \u00e0 l\u2019heure pr\u00e8s ce qui rentre et ce qui sort.\u00bb Cette formule r\u00e9ussit au patron de M\u00e9can-D\u00e9coupe, qui se voit \u00e0 la t\u00eate de son entreprise pour les prochaines ann\u00e9es et n\u2019envisage pas encore de succession.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abJ\u2019ai cr\u00e9\u00e9 une application iPhone \u00e0 72 ans\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Rudolf Farkas, 72 ans, fondateur de Rudicubes<\/em><\/p>\n<p>Sourire jovial, Rudolf Farkas tapote sur son iPhone avec l\u2019agilit\u00e9 d\u2019un geek adolescent. A une diff\u00e9rence pr\u00e8s: il vient de f\u00eater ses 72 ans. Cet ing\u00e9nieur informaticien genevois n\u2019est pas peu fier de l\u2019application iPhone qu\u2019il commercialise sur l\u2019App Store depuis le printemps dernier, le Cubz. Ce jeu de casse-t\u00eate s\u2019inspire du Taquin. Son but consiste \u00e0 remettre dans l\u2019ordre des cubes num\u00e9rot\u00e9s, le plus rapidement possible et en un minimum de coups.<\/p>\n<p>S\u2019il a d\u00fb faire l\u2019effort d\u2019apprendre un nouveau langage de programmation pour cr\u00e9er le Cubz, Rudolf Farkas b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une longue exp\u00e9rience d\u2019ing\u00e9nieur informaticien. Il a travaill\u00e9 les vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es de sa carri\u00e8re pour la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine Le Croy, jusqu\u2019\u00e0 70 ans. \u00abEn 2009, en raison de la crise, ils n\u2019avaient temporairement plus de mandat pour moi, raconte Rudolf Farkas. Mon fils, ing\u00e9nieur \u00e9galement, m\u2019a fait d\u00e9couvrir l\u2019iPhone et je me suis lanc\u00e9 dans l\u2019aventure.\u00bb<\/p>\n<p>Si Rudolf Farkas profite de sa retraite en pratiquant assid\u00fbment la randonn\u00e9e \u00e0 ski, il ne s\u2019imagine pas arr\u00eater de travailler: \u00abMon travail a toujours repr\u00e9sent\u00e9 une passion. C\u2019est naturel pour moi de continuer \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019informatique.\u00bb Apr\u00e8s plusieurs mois de programmation sur le Cubz, Rudolf Farkas s\u2019est rendu \u00e0 la r\u00e9union mensuelle du groupe des D\u00e9veloppeurs iPhone de Suisse romande, qu\u2019il a d\u00e9couvert gr\u00e2ce \u00e0 Facebook. \u00abLa moyenne d\u2019\u00e2ge des participants \u00e9tait de 30 ans. Mais j\u2019ai l\u2019habitude d&rsquo;\u00eatre le plus \u00e2g\u00e9 de mes coll\u00e8gues!\u00bb<\/p>\n<p>Rudolf Farkas convainc les participants avec son prototype. Il va m\u00eame s\u2019associer \u00e0 l\u2019un d\u2019eux, Bertrand Dufresne, pour cr\u00e9er Rudicubes, la structure qui commercialise le Cubz. Ils engageront ensuite un troisi\u00e8me collaborateur. Quelques mois apr\u00e8s le lancement du Cubz, Rudolf Farkas est satisfait: \u00abNous en avons vendu plusieurs milliers et avons eu droit \u00e0 des articles jusqu\u2019en Russie! Et heureusement que je ne compte pas dessus pour vivre.\u00bb<\/p>\n<p>Le Cubz co\u00fbte 2,20 francs sur l\u2019App Store, qui per\u00e7oit 30% de redevance. Cela ne diminue pas l\u2019enthousiasme de Rudolf Farkas: \u00abOn nous a propos\u00e9 de travailler au d\u00e9veloppement d\u2019autres jeux. Ce serait plus rentable. D\u00e8s que j\u2019aurai une nouvelle id\u00e9e d\u2019application, je n\u2019h\u00e9siterai pas \u00e0 recommencer.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les seniors qui lancent leur entreprise r\u00e9ussissent mieux que les jeunes. Ils poss\u00e8dent de l&rsquo;exp\u00e9rience, un r\u00e9seau \u00e9toff\u00e9, des capitaux et sont libres de charges familiales. 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