



{"id":3265,"date":"2010-10-18T17:36:02","date_gmt":"2010-10-18T15:36:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3265"},"modified":"2011-06-14T11:11:24","modified_gmt":"2011-06-14T09:11:24","slug":"developpement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3265","title":{"rendered":"L\u2019Afrique, terre d\u2019investissements"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large191010.jpg\" alt=\"large191010.jpg\" title=\"large191010.jpg\" width=\"468\" height=\"300\" border=\"0\" \/>Salles d\u2019op\u00e9ration dernier cri, locaux flambant neufs, m\u00e9decins renomm\u00e9s. La clinique ophtalmologique Colaser, situ\u00e9e \u00e0 deux pas de la place de l\u2019Ind\u00e9pendance \u00e0 Dakar (S\u00e9n\u00e9gal), n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 ses homologues europ\u00e9ens. Hassan Jouni, m\u00e9decin et fondateur de Colaser, fait le tour du propri\u00e9taire non sans dissimuler une certaine fiert\u00e9. \u00abColaser est l\u2019une des rares clini\u00adques ophtalmologiques d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, sinon la seule, \u00e0 disposer d\u2019un tel mat\u00e9riel, sourit-il. Nous offrons la m\u00eame qualit\u00e9 de soin que nos confr\u00e8res occidentaux.\u00bb  <\/p>\n<p>Impensable en Afrique il y a encore quelques ann\u00e9es, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une telle structure \u00e0 Dakar s\u2019av\u00e8re un vrai succ\u00e8s: cr\u00e9\u00e9 en 2007, Colaser a r\u00e9alis\u00e9 un chiffre d\u2019affaires d\u00e9passant 750\u2019000 euros en 2008 et emploie aujourd\u2019hui une vingtaine de collaborateurs. Cette r\u00e9ussite n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans l\u2019intervention d\u2019Investisseur et Partenaire pour le D\u00e9veloppement (I&#038;P), une soci\u00e9t\u00e9 de capital investissement orient\u00e9e vers les PME africaines qui a mis\u00e9 pr\u00e8s de 430\u2019000 euros dans l\u2019entreprise (sous forme de pr\u00eats participatif et subordonn\u00e9).    <\/p>\n<p>\u00abLorsqu\u2019ils cherchent \u00e0 investir, rares sont les gestionnaires de fonds qui pensent en premier lieu \u00e0 l\u2019Afrique, souligne S\u00e9bastien Boy\u00e9, directeur d\u2019investissement chez I&#038;P. Pourtant, le potentiel de l\u2019Afrique est \u00e9norme. La rentabilit\u00e9 des investissements y est peut-\u00eatre la plus \u00e9lev\u00e9e au monde.\u00bb  <\/p>\n<p>Selon plusieurs analystes, certains fonds ont atteint une rentabilit\u00e9 proche de 40%, alors que leurs objectifs initiaux s\u2019\u00e9tablissaient \u00e0 25%. \u00abLes bons r\u00e9sultats obtenus par les fonds pionniers ont contribu\u00e9 \u00e0 asseoir la confiance des investisseurs\u00bb, confirme S\u00e9bastien Boy\u00e9. R\u00e9sultats: les lev\u00e9es de fonds destin\u00e9es \u00e0 l\u2019Afrique ont connu une forte croissance ces derni\u00e8res ann\u00e9es, passant de 1,7 milliard de dollars en 2005 \u00e0 5,3 milliards en 2008.   <\/p>\n<p><strong>Anomalie de march\u00e9 <\/strong><br \/>\nEn 2009, la crise a ralenti le rythme de croissance de ces montants mais les analystes s\u2019attendent \u00e0 un rebond en 2010. Preuve que la confiance reste de mise, trois acteurs majeurs du secteur, Groffin, Aureos et Kingdom Zephyr Africa management, ont clos fin 2009 leurs trois nouveaux fonds, pour un montant total d\u00e9passant le milliard de dollars.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e massive des fonds de private equity permet de r\u00e9gler l\u2019un des probl\u00e8mes majeurs de l\u2019Afrique: le manque de financement. \u00abIl existe sur ce continent ce que l\u2019on appelle une anomalie de march\u00e9, explique Laurent Bidiscombe, responsable de l\u2019antenne dakaroise de l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement (AFD). De nombreuses entreprises ou entrepreneurs africains recherchent un financement, mais il existe tr\u00e8s peu d\u2019offres.\u00bb   <\/p>\n<p>\u00abLe premier facteur limitant le d\u00e9veloppement des entreprises locales demeure le manque de moyens, confirme Mamadou Makhtar Diagne, le directeur de l\u2019appui au secteur priv\u00e9, une \u00e9manation du Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie et des finances s\u00e9n\u00e9galais. En Afrique, le co\u00fbt des cr\u00e9dits est exorbitant, les banques ne souhaitant prendre aucun risque. Dans ce contexte, nous voyons d\u2019un tr\u00e8s bon \u0153il l\u2019arriv\u00e9e de soci\u00e9t\u00e9 de capital-risque et nous mettons tout en place pour faciliter fiscalement leur implantation.\u00bb  <\/p>\n<p>Via des prises de participation ou des pr\u00eats convertibles en actions, les fonds apportent le cash n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019expansion rapide de PME locales. La soci\u00e9t\u00e9 de t\u00e9l\u00e9phonie mobile Celtel, cr\u00e9\u00e9e par le soudanais Mo Ibrahim, n\u2019\u00e9tait en 1998 qu\u2019une start-up prometteuse lorsque plusieurs fonds (Actis capital, FMO, Blakeney management et Capital group) ont successivement int\u00e9gr\u00e9 son capital, pour un montant total avoisinant 400 millions d\u2019euros.   <\/p>\n<p>Cette manne financi\u00e8re a permis \u00e0 l\u2019entreprise de s\u2019implanter dans 15 pays africains. Sept ans plus tard, 85% du capital de Celtel a \u00e9t\u00e9 revendu au kowe\u00efti Zain pour 3,4 milliards de dollars, offrant aux soci\u00e9t\u00e9s de private equity un retour sur investissement \u00e0 faire p\u00e2lir les financiers du monde entier mais qui suscite aussi la col\u00e8re des d\u00e9tracteurs du private equity. Selon eux, les fonds cherchent uniquement \u00e0 maximiser leur profit, sans aucune vis\u00e9e \u00e0 long terme pour les entreprises concern\u00e9es.    <\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9tat mauvais payeur <\/strong><br \/>\n\u00abNous ne sommes pas des philanthropes qui agissent pour la beaut\u00e9 du geste. Nous investissons uniquement lorsqu\u2019une entreprise offre des perspectives de rentabilit\u00e9, t\u00e9moigne S\u00e9bastien Boy\u00e9. N\u00e9anmoins, ces critiques ne sont pas justes. Depuis sept ans que nous travaillons en Afrique, l\u2019impact positif sur l\u2019\u00e9conomie est r\u00e9el. Nous avons cr\u00e9\u00e9 ou sauv\u00e9 de nombreux emplois.\u00bb  <\/p>\n<p>Pr\u00e8s du march\u00e9 de Colobane de Dakar, la pauvret\u00e9 est une r\u00e9alit\u00e9. Comme dans de nombreuses villes africaines, les mendiants sont nombreux \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des marchands \u00e0 la cri\u00e9e vendant boubous, maillots de foot et chaussures. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019Equiplus, l\u2019une des trois plus grandes entreprises s\u00e9n\u00e9galaises sp\u00e9cialis\u00e9es dans l\u2019\u00e9quipement \u00e9lectrom\u00e9canique, a install\u00e9 ses locaux. Serigne Mbaye Niang, directeur g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9, ne cache pas ses ambitions: \u00abA terme, nous souhaitons nous \u00e9tablir dans toute la sous-r\u00e9gion.\u00bb Comprendre s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019ensemble du march\u00e9 ouest-africain. Il y a seulement un an, une telle ambition semblait illusoire. L\u2019entreprise \u00e9tait au bord du gouffre. \u00abLa plupart de nos contrats \u00e9taient conclus avec l\u2019Etat, explique le directeur. Or l\u2019Etat du S\u00e9n\u00e9gal est un tr\u00e8s mauvais payeur. Nous nous sommes trouv\u00e9e en s\u00e9rieux manque de liquidit\u00e9s.\u00bb <\/p>\n<p>Pour sortir la t\u00eate de l\u2019eau, Serigne Mbaye Niang n\u2019a pas eu d\u2019autre choix que de chercher des investisseurs susceptibles de renflouer les caisses. Les fonds fran\u00e7ais I&#038;P et hollandais O\u00efkocredit ont tout deux investi plus de 250\u2019000 euros dans l\u2019entreprise, sous forme de pr\u00eat convertible en actions. \u00abTrouver des fonds s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un v\u00e9ritable parcours du combattant, raconte Serigne Mbaye Niang. Nous avons d\u00fb frapper \u00e0 toutes les portes.\u00bb  <\/p>\n<p>Un combat que l\u2019entrepreneur ne regrette pas: \u00abDavantage que l\u2019argent, ces partenaires nous ont apport\u00e9 accompagnement et soutien en termes de strat\u00e9gie et de gestion.\u00bb Sur les conseils des fonds de capital investissement, l\u2019entreprise a accompli un tournant \u00e0 180\u00b0. \u00abCe n\u2019est pas facile de se voir dicter sa strat\u00e9gie par des \u00e9trangers, sourit Serigne Mbaye Niang, d\u2019Equiplus. Mais il faut \u00eatre en mesure de l\u2019accepter et de s\u2019ouvrir aux autres. Ensemble, nous sommes plus forts.\u00bb  <\/p>\n<p>Initialement tr\u00e8s proche des contrats \u00e9tatiques, Equiplus tente d\u00e9sormais de r\u00e9pondre aux besoins du secteur priv\u00e9, tout en poursuivant sa diversification dans la gestion de concessions d\u2019eau et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en milieu rural. <\/p>\n<p>Un virage r\u00e9ussi qui pousse I&#038;P  et O\u00efkocredit \u00e0 s\u2019investir \u00e0 plus long terme dans l\u2019entreprise. Les deux fonds n\u00e9gocient actuellement la conversion du pr\u00eat consenti en actions, afin de s\u2019approprier 21,5% du capital d\u2019Equiplus chacune. \u00abA chaque fois que nous entrons au capital d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 africaine, il y a un gros travail de mise \u00e0 niveau \u00e0 r\u00e9aliser, explique S\u00e9bastien Boy\u00e9 d\u2019I&#038;P. Dans certaines entreprises, les dirigeants ne savent m\u00eame plus o\u00f9 ils en sont en termes de rentabilit\u00e9 tellement la gestion est d\u00e9ficiente!\u00bb  <\/p>\n<p>Outre les faiblesses du management local, la corruption, le manque de transparence, ainsi que l\u2019instabilit\u00e9 politique continuent de freiner les investissements: l\u2019Afrique demeure un terrain \u00e0 haut risque. \u00abLorsqu\u2019un pays est victime d\u2019une guerre civile ou d\u2019un coup d\u2019Etat, les investisseurs s\u2019enfuient de toute la sous-r\u00e9gion, soupire un haut fonctionnaire s\u00e9n\u00e9galais. Ainsi le S\u00e9n\u00e9gal, qui n\u2019a jamais connu de conflit depuis son ind\u00e9pendance, a p\u00e2ti du conflit ivoirien.\u00bb  <\/p>\n<p><strong>Un march\u00e9 tr\u00e8s disput\u00e9 <\/strong><br \/>\nL\u2019accompagnement des entrepreneurs locaux s\u2019av\u00e8re un mal n\u00e9cessaire pour les fonds, afin de limiter les risques. Car le m\u00e9tier conna\u00eet aussi ses \u00e9checs: en 2005, par exemple, la soci\u00e9t\u00e9 foresti\u00e8re camerounaise Sabi a ferm\u00e9 ses portes, accr\u00e9ditant l\u2019\u00e9chec du fonds Cenainvest qui avait mis\u00e9 sur l\u2019entreprise. \u00abSur les 30 investissements que nous avons en Afrique, deux se portent mal, t\u00e9moigne S\u00e9bastien Boy\u00e9 d\u2019I&#038;P. Cela reste tout de m\u00eame un tr\u00e8s bon ratio.\u00bb   <\/p>\n<p>\u00abAfin de nous d\u00e9velopper davantage, nous cherchons actuellement un troisi\u00e8me investisseur capable d\u2019entrer au capital, poursuit Serigne Mbaye Niang. Les occidentaux devraient d\u2019ailleurs se m\u00e9fier, parce que l\u2019Asie et l\u2019Orient s\u2019int\u00e9ressent de plus en plus au march\u00e9 africain. Si nous ne trouvons pas d\u2019investisseurs europ\u00e9ens, il n\u2019est pas improbable qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 asiatique entre dans notre capital.\u00bb   <\/p>\n<p>Ceci souligne le caract\u00e8re hautement concurrentiel de l\u2019Afrique, que se disputent d\u00e9sormais l\u2019Inde, la Chine, la Cor\u00e9e du Sud, le Br\u00e9sil, le Moyen-Orient et les investisseurs plus traditionnels que sont l\u2019Europe et les Etats-Unis.   <\/p>\n<p>Selon la Conf\u00e9rence des Nations unies sur le commerce et le d\u00e9veloppement (Cnuced), le commerce total de l\u2019Afrique avec les pays en d\u00e9veloppement, y compris ceux du continent, a \u00e9t\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 2008 sup\u00e9rieur \u00e0 son commerce avec l\u2019Union europ\u00e9enne (UE), qui est traditionnellement son principal partenaire commercial.   <\/p>\n<p>Retour au S\u00e9n\u00e9gal. Les principaux projets d\u2019investissement dans le pays sont aujourd\u2019hui le fait de nouveaux acteurs: Saudi Ben Laden Group (Arabie saoudite) pr\u00e9voit de mettre sur la table quelque 381 millions d\u2019euros, afin de cr\u00e9er une raffinerie de p\u00e9trole, et Dubai Ports World, qui g\u00e8re le port de Dakar, devrait investir 195 millions d\u2019euros dans la logistique portuaire.   <\/p>\n<p>Avant 2000, la France apportait 90% du flux d\u2019investissement \u00e9tranger direct (IED) vers le S\u00e9n\u00e9gal. En 2009, les parts de l\u2019ancienne puissance coloniale sont tomb\u00e9es \u00e0 seulement 50% des IDE, suivi par l\u2019Inde (20,2%) et la Suisse (6,8%). Des chiffres qui r\u00e9jouissent Mamadou Makhtar Diagne, le directeur de l\u2019appui au secteur priv\u00e9, une \u00e9manation du Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie et des finances s\u00e9n\u00e9galais: \u00abLa France ne s\u2019est pas retir\u00e9e de notre march\u00e9, ce sont d\u2019autres investisseurs  qui sont venus s\u2019ajouter.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Capital investissement, mode d\u2019emploi<\/strong><\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s de private equity investissent dans des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es non cot\u00e9es \u00e0 tr\u00e8s fort potentiel de croissance, sous forme de pr\u00eats convertibles en actions ou en entrant au capital. Cet apport de fonds favorise le d\u00e9veloppement rapide des entreprises vis\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais les gestionnaires ne sont pas des philanthropes. Leur objectif demeure de r\u00e9aliser la plus forte plus-value possible. Apr\u00e8s trois \u00e0 dix ans, ils se d\u00e9sengagent de l\u2019entreprise, soit par une introduction en Bourse, soit par une vente de leur part de capital \u00e0 la direction, \u00e0 un autre fonds ou \u00e0 un tiers. En Afrique, l\u2019une des limites \u00e0 l\u2019expansion du private equity est la faiblesse du syst\u00e8me boursier. Hormis en Afrique du Sud, il demeure tr\u00e8s rare que les fonds d\u2019investissement parviennent \u00e0 se d\u00e9sengager d\u2019une entreprise par le biais d\u2019une entr\u00e9e en Bourse, comme c\u2019est le cas ailleurs dans le monde.   <\/p>\n<p>\u00abLes sorties se font principalement par une vente aux directeurs, \u00e0 un autre fonds ou, de plus en plus souvent, \u00e0 un groupe international qui cherche \u00e0 s\u2019implanter dans un pays, explique S\u00e9bastien Boy\u00e9, directeur d\u2019investissement chez I&#038;P. Pour l\u2019heure, nous sommes sortis de deux entreprises, \u00e0 chaque fois dans des conditions tr\u00e8s positives.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>In\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales  <\/strong><\/p>\n<p>Tous les pays d\u2019Afrique ne sont pas log\u00e9s \u00e0 la m\u00eame enseigne en termes de private equity. Selon le think tank Cap Afrique, l\u2019Afrique australe re\u00e7oit une \u00e9crasante majorit\u00e9 (65%) des montants allou\u00e9s au continent, tir\u00e9 par la forte attraction qu\u2019exerce l\u2019Afrique du Sud. L\u2019Afrique de l\u2019Ouest emmen\u00e9e par le Nigeria s\u2019impose comme la deuxi\u00e8me destination favorite des gestionnaires de fonds avec 19% des montants, suivies par l\u2019Afrique du Nord (8%), l\u2019Afrique de l\u2019Est (7%) et l\u2019Afrique centrale (1%).<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abL\u2019Afrique sera le prochain miracle \u00e9conomique\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Mark Mobius compte parmi les investisseurs les plus exp\u00e9riment\u00e9s des march\u00e9s \u00e9mergents. Interview exclusive. <\/em><\/p>\n<p>Gestionnaire de fonds aupr\u00e8s de Franklin Templeton Investments \u00e0 Singapour, Mark Mobius est consid\u00e9r\u00e9 comme un pionnier des investissements sur les march\u00e9s \u00e9mergents. Cet homme de 74 ans administre avec son \u00e9quipe une fortune globale d\u2019environ 23 milliards de dollars US. Pour mener ses \u00e9tudes de terrain \u00e0 bien, il voyage plus de 200 jours par ann\u00e9e. <\/p>\n<p><strong>Vous investissez sur les march\u00e9s \u00e9mergents, plus particuli\u00e8rement en Afrique. Dans ce contexte, il est essentiellement question de l\u2019Afrique du Sud. Pourquoi presque tous les investisseurs se concentrent-ils sur la pointe m\u00e9ridionale du continent? <\/strong><\/p>\n<p>Mark Mobius: Les motifs sont divers. En premier lieu, l\u2019Afrique du Sud poss\u00e8de un sous-sol extr\u00eamement riche en mati\u00e8res premi\u00e8res et en ressources mini\u00e8res. De plus, le pays dispose d\u2019une bonne organisation sociale. Sous de multiples aspects, il s\u2019agit d\u2019une nation fortement avanc\u00e9e qui conna\u00eet une \u00e9volution tr\u00e8s rapide. Il suffit de penser \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 la Coupe du monde de football. Nombre d\u2019observateurs pensaient que le pays ne parviendrait pas \u00e0 assurer le bon d\u00e9roulement de la comp\u00e9tition. Pourtant, il a relev\u00e9 le d\u00e9fi haut la main. Et les \u00e9v\u00e9nements qui se produisent actuellement en Afrique du Sud ont un \u00e9norme retentissement sur l\u2019ensemble du continent.    <\/p>\n<p><strong>Et ce continent est tr\u00e8s vaste. Selon toute vraisemblance, il rec\u00e8le donc d\u2019autres opportunit\u00e9s d\u2019investissement. A votre avis, quels sont les pays qui poss\u00e8dent le meilleur potentiel? <\/strong><\/p>\n<p>Parmi les pays situ\u00e9s au sud du Sahara, le Nigeria poss\u00e8de incontestablement le plus grand potentiel. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e9tape naturelle en Afrique en raison de sa taille, de son dynamisme et de ses nombreuses richesses naturelles. Le Botswana est une autre nation qui pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat particulier, qui s\u2019explique notamment par sa Corporate Governance. Le pays est certes petit, mais il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une bonne culture politique. Je garderais \u00e9galement un \u0153il sur le Kenya \u00e0 l\u2019est et le Ghana \u00e0 l\u2019ouest du continent.En Afrique du Nord, l\u2019Egypte repr\u00e9sente le point de d\u00e9part id\u00e9al pour tout investisseur. A l\u2019instar du Nigeria, il s\u2019agit d\u2019un grand pays, tr\u00e8s dynamique &#8212; deux caract\u00e9ristiques qui suffisent \u00e0 le rendre int\u00e9ressant. En outre, l\u2019Egypte dispose d\u2019un autre atout de taille sous la forme d\u2019un march\u00e9 des capitaux bien d\u00e9velopp\u00e9, plus lib\u00e9ralis\u00e9 que dans d\u2019autres pays de la r\u00e9gion. De nombreuses entreprises sont cot\u00e9es \u00e0 la Bourse du Caire. Dans une deuxi\u00e8me \u00e9tape, les investisseurs peuvent trouver d\u2019int\u00e9ressantes opportunit\u00e9s d\u2019investissement au Maroc,  en Tunisie et en Alg\u00e9rie.    <\/p>\n<p><strong>Les r\u00e9gions constituent un premier \u00e9l\u00e9ment, la nature de l\u2019investissement un autre crit\u00e8re. Dans quels secteurs consid\u00e9rez-vous que ces pays poss\u00e8dent le plus grand potentiel? <\/strong><\/p>\n<p>A mon avis, le plus grand potentiel r\u00e9side dans le secteur bancaire. Il profite de mani\u00e8re tendancielle de l\u2019essor \u00e9conomique dans son ensemble,toutes branches confondues. Les banques tireront \u00e9galement avantage de la prosp\u00e9rit\u00e9 croissante des consommateurs. Elles se profilent en cons\u00e9quence et renforcent leurs prestations dans le domaine des cartes de cr\u00e9dit et des cr\u00e9dits \u00e0 la consommation.<br \/>\nUn autre secteur qui dispose d\u2019un gigantesque potentiel est celui des t\u00e9l\u00e9communications. La technologie avance \u00e0 pas de g\u00e9ant en Afrique et les habitants ont de plus en plus les moyens de s\u2019offrir un t\u00e9l\u00e9phone portable. Le secteur en b\u00e9n\u00e9ficie \u00e9galement.    <\/p>\n<p><strong>Tout cela semble trop beau pour \u00eatre vrai. Les investissements dans cette r\u00e9gion  ne sont-ils pas aussi li\u00e9s \u00e0 des risques consid\u00e9rables? <\/strong><\/p>\n<p>Les risques existent dans toutes les parties du monde, il n\u2019est que de penser \u00e0 la Tha\u00eflande qui conna\u00eet de longue date une situation politique explosive. Cet exemple d\u00e9montre que les march\u00e9s \u00e0 succ\u00e8s n\u2019ont pas n\u00e9cessairement besoin  de stabilit\u00e9 politique. Il n\u2019en reste pas moins vrai que le risque encouru par les investisseurs dans ces pays est plus \u00e9lev\u00e9 que dans d\u2019autres r\u00e9gions. Les Frontier Markets, en d\u2019autres termes les pays qui tendent \u00e0 devenir un march\u00e9 \u00e9mergent, sont des lieux dangereux et passionnants. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0, j\u2019en suis convaincu, que nous r\u00e9aliserons nos gains. Il faut pr\u00eater attention \u00e0 divers facteurs importants avant d\u2019investir sur ces march\u00e9s. Dans le cas contraire, vous courez le risque de perdre votre argent.  <\/p>\n<p><strong>Quels sont ces facteurs? <\/strong><\/p>\n<p>Notre travail repose sur des recherches approfondies. Aussi nos collaborateurs sont-ils constamment sur le terrain. Ils doivent conna\u00eetre les personnes avec lesquelles ils traitent et visiter les entreprises dans lesquelles ils investissent.<br \/>\nJe suis moi-m\u00eame 200 jours par an sur place afin de r\u00e9colter toutes ces informations et me tenir au courant des derniers d\u00e9veloppements. Certains investissements peuvent se r\u00e9v\u00e9ler tr\u00e8s p\u00e9rilleux s\u2019ils ne reposent pas sur une connaissance approfondie du march\u00e9.<br \/>\nD\u2019autre part, il est indispensable de consid\u00e9rer le facteur temps. Il convient de pr\u00e9voir un engagement minimal de cinq ans. N\u2019investissez pas votre argent en une seule fois, mais entrez progressivement sur le march\u00e9. Malgr\u00e9 toutes nos recherches, il nous arrive aussi de commettre des erreurs. C\u2019est in\u00e9vitable. De ce fait, mon premier conseil reste la diversification. Diff\u00e9rents pays, diff\u00e9rents secteurs, diff\u00e9rentes entreprises.    <\/p>\n<p><strong>Le potentiel semble important. L\u2019Afrique sera-t-elle le prochain miracle \u00e9conomique?<\/strong>   <\/p>\n<p>Oui, d\u2019ici 10 \u00e0 15 ans, l\u2019Afrique aura accompli de grands progr\u00e8s. C\u2019est donc le moment id\u00e9al pour investir sur le continent. Afin d\u2019entrer pour ainsi dire au rez-de-chauss\u00e9e avant que le mouvement ne parte \u00e0 la hausse.  Quels sont les ingr\u00e9dients de la r\u00e9ussite africaine?  Au cours des prochaines ann\u00e9es, la Chine utilisera ses r\u00e9serves afin de s\u2019implanter en Afrique dans sa qu\u00eate de mati\u00e8res premi\u00e8res, d\u2019\u00e9nergie et de main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon compte. Le continent peut r\u00e9pondre \u00e0 ces demandes. Des pays en d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019instar du Br\u00e9sil ont \u00e9galement l\u2019ambition de s\u2019y \u00e9tablir. Ils investiront les richesses qui leur faisaient d\u00e9faut pr\u00e9c\u00e9demment dans les anciennes colonies portugaises comme l\u2019Angola et le Mozambique.   <\/p>\n<p><strong>L\u2019Afrique souffre-t-elle aussi de la crise \u00e9conomique mondiale et de la situation de l\u2019euro comme le reste du monde? <\/strong><\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de remarquer que tel n\u2019est pas le cas. Des pays \u00e9mergents plus d\u00e9velopp\u00e9s comme la Chine ou l\u2019Inde sont davantage frapp\u00e9s car de nombreux investisseurs \u00e9tablis en Europe et aux Etats-Unis qui p\u00e2tissent de la crise retirent de grandes quantit\u00e9s d\u2019argent de ces march\u00e9s. Les Europ\u00e9ens et les Am\u00e9ricains n\u2019investissent pas massivement en Afrique, de sorte que les march\u00e9s locaux ressentent dans une moindre mesure les effets de la crise mondiale. Comme nous sommes personnellement pr\u00e9sents de longue date en Afrique, nos fonds y font particuli\u00e8rement bonne figure.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Port\u00e9 par l\u2019augmentation des \u00e9changes Sud-Sud, le continent africain se profile comme la r\u00e9gion pr\u00e9sentant le plus fort potentiel \u00e9conomique au XXIe si\u00e8cle. En forte croissance, les investissements s\u2019y multiplient.<\/p>\n","protected":false},"author":19489,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3265","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3265","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19489"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3265"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3265\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3265"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3265"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3265"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}