



{"id":3256,"date":"2010-10-06T20:33:41","date_gmt":"2010-10-06T18:33:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3256"},"modified":"2010-10-07T10:05:59","modified_gmt":"2010-10-07T08:05:59","slug":"internet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3256","title":{"rendered":"Vingt ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation du Web \u00e0 Gen\u00e8ve&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large071010.jpg\" alt=\"large071010.jpg\" title=\"large071010.jpg\" width=\"468\" height=\"301\" border=\"0\" \/>\u00abC\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode compl\u00e8tement folle.\u00bb Lorsqu\u2019il \u00e9voque les espoirs suscit\u00e9s par la r\u00e9volution Internet dans le monde de l\u2019entrepreneuriat, Jean-Luc Mossier, ex-directeur du Parc scientifique d\u2019Ecublens (PSE), ne dissimule pas sa nostalgie: \u00abNous pensions tous que le monde allait changer dans les six mois gr\u00e2ce au Web. Des dizaines d\u2019entreprises ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es, pouss\u00e9es par des investisseurs qui ne comptaient pas leurs sous. Et puis tout s\u2019est arr\u00eat\u00e9 en octobre 2000. En un mois, les soci\u00e9t\u00e9s de capital-risque ont ferm\u00e9 le robinet.\u00bb<\/p>\n<p>Retour en arri\u00e8re. Entre 1989 et 1990, Tim Berners-Lee d\u00e9veloppe, dans les bureaux du CERN \u00e0 Gen\u00e8ve, les trois piliers du Web actuel: les adresses Web (ou URL en langage technique), le langage hypertexte (html) et le protocole de transfert (http). En 1994, il quitte les bords du L\u00e9man pour rejoindre le Massachusetts Institute of Technology (MIT), o\u00f9 il cr\u00e9e le World Wide Web Consortium (W3C) pour d\u00e9velopper cette nouvelle technologie. Et le r\u00e9sultat ne se fait pas attendre. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1990, des start-up se cr\u00e9ent en Californie, puis partout dans le monde, afin de profiter du potentiel offert par ce nouveau m\u00e9dia.<\/p>\n<p>\u00abDevant nos yeux est apparue une nouvelle \u00e9conomie, raconte Jean-Luc Mossier. Les entrepreneurs autant que les financiers ne voulaient pas rater ce train. Il fallait y \u00eatre. Des bo\u00eetes, dont le seul projet \u00e9tait de vendre des cravates sur Internet, levaient 15 millions, parce que, en dessous de 10 millions, personne ne vous prenait au s\u00e9rieux! La plupart \u00e9taient revendues au prix fort avant m\u00eame d\u2019avoir prouv\u00e9 qu\u2019elles pouvaient \u00eatre rentables.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abC\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode incroyable, rench\u00e9rit R\u00e9mi Walbaum, l\u2019un des fondateurs du supermarch\u00e9 en ligne LeShop.ch. Il suffisait de dire le mot magique \u00abInternet\u00bb pour lever des fonds. Les sommes investies n\u2019\u00e9taient absolument pas proportionnelles \u00e0 la rentabilit\u00e9 potentielle des entreprises.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019histoire de TheGlobe.com est embl\u00e9matique de l\u2019\u00e9poque. En 1994, le Vaudois Stephan Paternot et son ami Todd Krizelman, tous deux \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Cornell aux Etats-Unis, lancent l\u2019un des premiers r\u00e9seaux sociaux en ligne au monde: TheGlobe.com. A peine \u00e2g\u00e9s de 20 ans, les deux comp\u00e8res font le tour des financiers afin de trouver des fonds. Et ils touchent le gros lot: plus de 20 millions de dollars lev\u00e9s en 1997. \u00abJe ne comprends pas tr\u00e8s bien ce qu\u2019ils font, mais j\u2019ai envie qu\u2019ils r\u00e9ussissent\u00bb, avouait \u00e0 l\u2019\u00e9poque David Duffield, l\u2019un des financiers qui a investi dans TheGlobe.<\/p>\n<p>Et il n\u2019est pas le seul: en novembre 1998, TheGlobe r\u00e9ussit la plus belle introduction en Bourse du Nasdaq, avec une hausse de 600% en un jour. L\u2019entreprise est alors valoris\u00e9e \u00e0 plus d\u2019un milliard de dollars! La chute n\u2019en sera que plus brutale. D\u00e8s 1999, TheGlobe perd toute sa valeur avant de dispara\u00eetre. Ironie du sort, les r\u00e9seaux sociaux rena\u00eetront avec succ\u00e8s quelques ann\u00e9es plus tard \u00e0 l\u2019image de Facebook.<\/p>\n<p>\u00abIl r\u00e9gnait \u00e0 cette \u00e9poque une atmosph\u00e8re un peu na\u00efve, souligne Jean-Pierre Rosat, fondateur de nombreuses entreprises (voir encadr\u00e9). Les gens pensaient qu\u2019ils allaient changer le monde gr\u00e2ce \u00e0 Internet. Et l\u2019argent coulait \u00e0 flots.\u00bb Pour profiter de la Nouvelle Economie, l\u2019EPFL cr\u00e9e en 1993 le PSE sur le mod\u00e8le des incubateurs am\u00e9ricains. Objectif: aider le d\u00e9marrage de start-up qui profiteront des innovations d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 l\u2019EPFL.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des d\u00e9buts difficiles, le parc scientifique accueille vite une trentaine de start-up. \u00abNotre mod\u00e8le \u00e9tait la Californie, o\u00f9 les succ\u00e8s de soci\u00e9t\u00e9s actives dans la Nouvelle Economie se multipliaient, raconte Jean-Luc Mossier. Assez vite les investisseurs se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce que nous faisions. Ils avaient beaucoup d\u2019argent \u00e0 placer et le Parc s\u2019est retrouv\u00e9 bond\u00e9 d\u00e8s 1999.\u00bb<\/p>\n<p>Parmi les entreprises lanc\u00e9es au PSE dans les ann\u00e9es d\u2019euphorie, plusieurs conna\u00eetront un destin \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Parmi elles, R&#038;ED, une start-up d\u00e9veloppant le transfert de donn\u00e9es entre entreprises via Internet, lanc\u00e9e en 1996 (voir ci-dessous). \u00abA l\u2019\u00e9poque, notre technologie \u00e9tait tr\u00e8s novatrice, se souvient Jean-Christophe Leroy, le fondateur. Nous avons lev\u00e9 250 000 francs au d\u00e9but, puis 1,5 million en 1999. Trouver des bailleurs de fonds n\u2019\u00e9tait pas difficile.\u00bb Au sommet de son d\u00e9veloppement, R&#038;ED emploie une trentaine de personnes. \u00abSeulement, au moment de l\u2019\u00e9clatement de la bulle Internet, nos investisseurs nous ont l\u00e2ch\u00e9s et nous avons d\u00fb d\u00e9poser le bilan.\u00bb Oqibo (services de gestion de fortune en ligne) ou encore EUlux (vente au consommateur) &#8212; deux dotcoms du PSE &#8212; conna\u00eetront un destin similaire.<\/p>\n<p>Des \u00e9checs qui n\u2019\u00e9meuvent pas Jean-Luc Mossier: \u00abIl ne faut pas regarder ces d\u00e9p\u00f4ts de bilan uniquement sous l\u2019angle financier. Bien s\u00fbr, beaucoup d\u2019argent a \u00e9t\u00e9 perdu, mais les investissements ne se font pas que dans les soci\u00e9t\u00e9s. Ils se font aussi dans la t\u00eate des gens. Beaucoup d\u2019entrepreneurs ont rebondi apr\u00e8s un ou plusieurs \u00e9checs en cr\u00e9ant de nouvelles start-up ou en s\u2019investissant dans d\u2019autres entreprises. C\u2019est finalement un bon investissement pour la r\u00e9gion.\u00bb<\/p>\n<p>Un avis partag\u00e9 par R\u00e9mi Walbaum dont l\u2019une des soci\u00e9t\u00e9s, Axe Communication, n\u2019a pas surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la bulle: \u00abMes \u00e9checs m\u2019ont beaucoup appris, estime l\u2019entrepreneur. Lorsqu\u2019un patron prend une gamelle, il gagne en lucidit\u00e9.\u00bb Un pr\u00e9cepte qu\u2019il transmet aux jeunes lors des cours d\u2019entrepreneuriat qu\u2019il donne \u00e0 l\u2019Ecole h\u00f4teli\u00e8re de Lausanne. \u00abJ\u2019ai un plaisir fou \u00e0 enseigner ce que j\u2019ai &#8212; parfois durement &#8212; appris.\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, si les entreprises meurent, les technologies demeurent. Malgr\u00e9 la liquidation de la biotech 2C3D, la m\u00e9thode prometteuse de l\u2019entreprise, un syst\u00e8me de guidage pour les op\u00e9rations chirurgicales, continue d\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e au sein des laboratoires de l\u2019EPFL. Une autre start-up pourrait \u00eatre cr\u00e9\u00e9e pour commercialiser le produit.<\/p>\n<p>Trop t\u00f4t. Autre faillite de taille, celle de Singularis, active dans la t\u00e9l\u00e9vision interactive, arriv\u00e9e trop t\u00f4t sur un march\u00e9 en devenir. Trop t\u00f4t: voil\u00e0 l\u2019une des raisons qui a conduit nombre de start-up au d\u00e9p\u00f4t de bilan. En 1997, LeShop.ch, le premier Web supermarch\u00e9 suisse, voit le jour. A cette \u00e9poque, Google n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts et seulement 7% de la population suisse utilise Internet.<\/p>\n<p>\u00abLe d\u00e9marrage de LeShop \u00e9tait vraiment quelque chose de fort. Nous avions beaucoup d\u2019illusions, se souvient R\u00e9mi Walbaum, cofondateur de l\u2019entreprise, aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Alain Nicod, Christian Wanner et Jes\u00fas Martin Garcia. Mais c\u2019\u00e9tait trop t\u00f4t. Nous avions construit un \u00e9norme supermarch\u00e9, auquel les clients ne pouvaient pas acc\u00e9der. Ils ne connaissaient pas la route pour y arriver. En d\u2019autres termes, les gens n\u2019\u00e9taient pas encore pr\u00eats \u00e0 faire leurs courses en ligne. Chaque ann\u00e9e, nous repoussions d\u2019un an notre objectif de rentabilit\u00e9 et les investisseurs suivaient. Et puis, la bulle a \u00e9clat\u00e9. D\u2019un coup, il a fallu que nos revenus proviennent de nos clients et non plus des investisseurs.\u00bb Une transition difficile: LeShop fr\u00f4le la mort en d\u00e9cembre 2002. Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9picerie en ligne rachet\u00e9e par la coop\u00e9rative Migros est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des plus gros succ\u00e8s helv\u00e9tiques de la Net \u00e9conomie. Alors que son chiffre d\u2019affaires ne d\u00e9passait pas 4 millions de francs en 1999, il atteint 132 millions en 2009, loin devant Coop@home, son concurrent num\u00e9ro 1, qui a r\u00e9alis\u00e9 des ventes de 67 millions la m\u00eame ann\u00e9e. Pour 2010, Dominique Locher, directeur marketing et ventes chez LeShop.ch, pr\u00e9voit que les revenus de l\u2019entreprise atteindront 150 millions de francs.<\/p>\n<p>\u00abG\u00e9n\u00e9ralement, les entreprises qui poss\u00e9daient un contenu technologique fort ont surv\u00e9cu lors de l\u2019\u00e9clatement de la bulle, explique Jean-Luc Mossier. Pendant quelques ann\u00e9es, elles ont r\u00e9duit la voile, ont chang\u00e9 d\u2019activit\u00e9, avant de reprendre leur envol. Au PSE, les ing\u00e9nieurs ont particuli\u00e8rement bien r\u00e9ussi cette transition.\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019histoire du parc scientifique de l\u2019EPFL h\u00e9berge \u00e9galement quelques success stories qui alimentent la mythologie de l\u2019entrepreneur devenu millionnaire en quelques ann\u00e9es. Parmi elles, de nombreuses biotechs qui ont profit\u00e9 comme les dotcoms de l\u2019euphorie des march\u00e9s pour les valeurs technologiques. C\u2019est le cas d\u2019Endoart. Cette soci\u00e9t\u00e9, cr\u00e9\u00e9e par le professeur Nikos Stergiopulos et Christian Imbert, a d\u00e9velopp\u00e9 un anneau gastrique t\u00e9l\u00e9commandable destin\u00e9 aux personnes ob\u00e8ses. Jackpot en 2007: la jeune pousse est rachet\u00e9e pour 120 millions de francs par le groupe am\u00e9ricain Allergan. Cytion, une autre biotech du PSE, a \u00e9t\u00e9 vendue 26 millions de francs \u00e0 la firme am\u00e9ricaine Molecular Devices en 2001, seulement un an apr\u00e8s sa cr\u00e9ation (voir encadr\u00e9). Enfin Xoliox, une start-up sp\u00e9cialis\u00e9e dans les nanotechnologies, a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9e pour 4 millions d\u2019euros dont une partie en actions, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 irlandaise Ntera.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, pour les nouvelles start-up les lancements s\u2019av\u00e8rent plus difficiles. Trouver des financements est devenu un casse-t\u00eate et les investisseurs ont durci les r\u00e8gles. Plus question pour eux de se lancer \u00e0 l\u2019aveugle sans savoir quand l\u2019entreprise deviendra rentable. \u00abIl y a un avant et un apr\u00e8s 2000, constate Jean-Luc Mossier. Nous sommes revenus \u00e0 une vision plus industrielle de l\u2019entreprise.\u00bb<\/p>\n<p>Juste avant l\u2019\u00e9clatement de la bulle, l\u2019ancien directeur du PSE projetait de lancer Silentsoft, une dotcom. \u00abNos plans \u00e9taient compl\u00e8tement d\u00e9lirants, sourit-il aujourd\u2019hui. Nous voulions lever 15 millions de francs, afin de connecter toutes les machines industrielles \u00e0 Internet. Un objectif totalement d\u00e9mesur\u00e9 pour la petite structure que nous \u00e9tions.\u00bb Las. Juste avant la cr\u00e9ation de l\u2019entreprise, la bulle \u00e9clate. \u00abNous avons d\u00fb revoir tous nos plans, devenir plus modestes, raconte Jean-Luc Mossier. Plut\u00f4t que de r\u00eaver \u00e0 connecter toutes les machines au Net, nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 comment gagner de l\u2019argent en proposant des solutions de t\u00e9l\u00e9m\u00e9trie concr\u00e8tes aux secteurs de l\u2019immobilier et de l\u2019\u00e9nergie.\u00bb<\/p>\n<p>Finalement Silentsoft l\u00e8ve 3 millions de francs en 2001 en lieu et place des 15 millions projet\u00e9s avant la crise.<\/p>\n<p>Frileux. \u00abPeut-\u00eatre un mal pour un bien, selon Jean-Luc Mossier. Moins de fonds nous a permis de nous concentrer sur l\u2019\u00e9quilibre financier.\u00bb Un objectif atteint pour l\u2019entreprise bas\u00e9e \u00e0 Morges, qui emploie d\u00e9sormais une trentaine de personnes.<\/p>\n<p>Un changement de philosophie qui laisse Jean-Pierre Rosat, fondateur de Cytion, un peu amer: \u00abLa crise de 2000 a constitu\u00e9 un vrai traumatisme. Depuis, les t\u00eates br\u00fbl\u00e9es ont quasiment disparu. C\u2019est un peu dommage. C\u2019\u00e9tait beaucoup plus rigolo avant lorsque les gens flambaient. Aujourd\u2019hui, les entrepreneurs pensent d\u2019abord \u00e0 la survie, les gens sont plus prudents, plus pos\u00e9s. Et il y a un effet pervers \u00e0 cela: de nombreuses start-up v\u00e9g\u00e8tent des ann\u00e9es avec un ou deux salari\u00e9s, faute d\u2019investir dans leur d\u00e9veloppement. Finalement, ils se plantent au bout de cinq ans, au lieu de six mois. Ils perdent du temps. La correction apr\u00e8s les ann\u00e9es 2000 \u00e9tait n\u00e9cessaire, mais l\u00e0 le balancier a gliss\u00e9 trop fort de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Les entrepreneurs et les investisseurs sont devenus trop frileux.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abNous \u00e9tions tr\u00e8s confiants\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Jean-Pierre Buttet, SmartData<\/em><\/p>\n<p>\u00abTous nos collaborateurs seront millionnaires dans douze mois.\u00bb En juillet 2000, Jean-Pierre Buttet, CEO et fondateur de SmartData, cr\u00e9ait la pol\u00e9mique dans le magazine Bilan. Aujourd\u2019hui, il en rigole: \u00abNous \u00e9tions tr\u00e8s confiants. Malheureusement cela ne s\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9. N\u00e9anmoins, cela reste une p\u00e9riode extraordinaire. Les entreprises \u00e9taient rachet\u00e9es tr\u00e8s rapidement, \u00e0 des montants pas directement li\u00e9s \u00e0 leur rentabilit\u00e9. Je regrette que cela ne soit plus possible. Aujourd\u2019hui, il existe une certaine m\u00e9fiance des financiers vis-\u00e0-vis des hautes technologies. La rentabilit\u00e9 est pass\u00e9e au premier plan devant l\u2019innovation, alors qu\u2019avant c\u2019\u00e9tait l\u2019inverse. Nous ne sommes pas parvenus \u00e0 trouver un juste milieu.\u00bb SmartData n\u2019est toutefois pas un \u00e9chec. La petite entreprise, fond\u00e9e en 2000, continue de vivre aujourd\u2019hui, m\u00eame si elle a d\u00fb s\u2019adapter pour survivre. \u00abNous ne produisons plus nous-m\u00eames. Nous d\u00e9veloppons les technologies, puis nous d\u00e9posons des brevets.\u00bb La compagnie a notamment un projet de t\u00e9l\u00e9vision interactive pour les t\u00e9l\u00e9phones mobiles.\u00abEn 2003, nous avons propos\u00e9 ce syst\u00e8me \u00e0 un grand groupe helv\u00e9tique. Cela ne les int\u00e9ressait pas. Aujourd\u2019hui, ils font partie int\u00e9grante du projet Google TV qui est similaire\u00bb, soupire Jean-Pierre Buttet. \u00abCertains grands groupes pr\u00e9f\u00e8rent se d\u00e9velopper seuls, plut\u00f4t que de s\u2019appuyer sur des petites entreprises novatrices comme nous. Malgr\u00e9 nos brevets, nous ne pouvons pas lutter contre cela.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abLe facteur chance est important\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Jean-Pierre Rosat, serial-entrepreneur<\/em><\/p>\n<p>Jean-Pierre Rosat est un serial-entrepreneur. Aleva Neurotherapeutics, l\u2019entreprise qu\u2019il d\u00e9veloppe actuellement, est sa huiti\u00e8me start-up. \u00abJe suis un peu compulsif, rigole-t-il. Et puis surtout, lancer des entreprises est la seule chose que je sache faire.\u00bb En 1999, Jean-Pierre Rosat lance Cytion, une biotech qui permet d\u2019automatiser la technique du \u00abpatch-clamp\u00bb. Cette m\u00e9thode permet d\u2019isoler et d\u2019\u00e9tudier des portions de membranes cellulaires sur des micropuces en silice. Moins de deux ans plus tard, en 2001, Cytion est revendue 26 millions de francs \u00e0 la firme am\u00e9ricaine Molecular Devices. \u00abSur ce coup-l\u00e0, les investisseurs ont fait un tr\u00e8s bon chiffre\u00bb, sourit Jean-Pierre Rosat. N\u00e9anmoins, le produit d\u00e9velopp\u00e9 par Cytion n\u2019arrivera jamais sur le march\u00e9. Durement touch\u00e9e par une mauvaise conjoncture sur le march\u00e9 de l\u2019instrumentation m\u00e9dicale, Molecular Devices annonce le licenciement des 21 employ\u00e9s de Cytion en 2003.<\/p>\n<p>A ce moment-l\u00e0, Jean-Pierre Rosat a d\u00e9j\u00e0 le nez dans d\u2019autres start-up,: Apoxis et PicoDrill, tout en participant \u00e0 d&rsquo;autres projets tel Diagnoplex. Souvent, la r\u00e9ussite est au rendez-vous et les entreprises, revendues depuis, sont pour la plupart toujours actives. \u00abIl y a des soci\u00e9t\u00e9s qui ont mieux march\u00e9 que d\u2019autres. Il est vrai aussi que je n\u2019ai jamais connu de faillite ou de catastrophe absolue.\u00bb<\/p>\n<p>Comment expliquer une telle r\u00e9ussite? \u00abLe facteur chance est important, r\u00e9pond modestement Jean-Pierre Rosat. Ensuite la roue tourne. Quand vous avez connu deux \u00e9checs, cela doit \u00eatre extr\u00eamement dur de se lancer \u00e0 nouveau. A l\u2019inverse, apr\u00e8s deux succ\u00e8s, le troisi\u00e8me projet se r\u00e9v\u00e8le plus facile.\u00bb<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, l\u2019entrepreneur constate que les conditions sont devenues de plus en plus difficiles. \u00abAvant 2000, les entrepreneurs et les financiers \u00e9taient un peu trop flambeurs. Maintenant, ils sont trop frileux. Les contrats sont devenus d\u2019une brutalit\u00e9 folle. Pour un investissement de 10 millions, les capitaux-risqueurs peuvent vous demander de rembourser jusqu\u2019\u00e0 cinq fois la mise, avant que les fondateurs ne touchent un centime. Il y a quelques ann\u00e9es, personne n\u2019aurait accept\u00e9 cela.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abNous avons toujours voulu rester petits\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Marc-Antoine Scheurer et Vincent Kohler, Sente<\/em><\/p>\n<p>En japonais, \u00eatre \u00absente\u00bb signifie avoir l&rsquo;initiative. C\u2019est en 1994 que Marc-Antoine Scheurer et Vincent Kohler ont pris l\u2019initiative de lancer Sente, l\u2019une des premi\u00e8res start-up bas\u00e9es au Parc scientifique d\u2019Ecublens (PSE). \u00abNous installer au PSE nous a permis d\u2019avoir une tr\u00e8s bonne visibilit\u00e9, raconte Marc-Antoine Scheurer, de baigner dans une culture entrepreneuriale et de disposer d\u2019un tr\u00e8s bon acc\u00e8s Internet, ce qui restait rare \u00e0 l\u2019\u00e9poque.\u00bb<\/p>\n<p>Une condition sine qua non pour l\u2019entreprise. En effet, Sente offre des services en ing\u00e9nierie informatique et d\u00e9veloppe des logiciels pour diverses plateformes (Internet, Windows, Mac OS X, Unix). Pour se d\u00e9velopper, les fondateurs font le choix rare pour l\u2019\u00e9poque de ne pas recourir \u00e0 des capitaux-risqueurs. \u00abNous n\u2019avons jamais recherch\u00e9 de financements externes, souligne Marc-Antoine Scheurer. Nous trouvions \u00e7a plus simple de s\u2019autofinancer et puis nous avons toujours voulu rester petits, raisonnables, m\u00eame lorsque le monde s\u2019emballait.\u00bb<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, comme les autres entreprises, Sente a du mal \u00e0 survivre au ralentissement g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00e9conomie apr\u00e8s 2001. \u00abNous avons travers\u00e9 une grosse crise. Pour nous en sortir, nous avons d\u00fb \u00e9voluer. Le concept de d\u00e9part qui \u00e9tait tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 Internet a beaucoup chang\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019entreprise a ainsi d\u00e9velopp\u00e9 de nombreux logiciels embarqu\u00e9s, ce qui n\u2019\u00e9tait absolument pas pr\u00e9vu au d\u00e9part, et s\u2019int\u00e9resse d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019iPhone et \u00e0 l\u2019iPad. \u00abNotre connaissance du syst\u00e8me d&rsquo;exploitation et des outils de d\u00e9veloppement \u00e0 la base de l&rsquo;iPhone nous permettent de revendiquer quinze ans d&rsquo;exp\u00e9rience dans ce domaine, m\u00eame si ces appareils n&rsquo;existent que depuis trois ans. Ce n&rsquo;est pas par effet de mode ou par opportunisme que nous nous int\u00e9ressons \u00e0 ces produits d\u2019Apple.\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une quinzaine d\u2019ann\u00e9es d\u2019existence, Sente s&rsquo;est forg\u00e9 une solide r\u00e9putation en Suisse romande qui lui permet de travailler avec des clients tels Kudelski, Logitech, Swissquote ou le CHUV. Elle emploie huit personnes, contre deux lors de sa fondation, et cherche \u00e0 recruter de nouveaux collaborateurs. \u00abL\u2019important pour r\u00e9ussir est de toujours rester proche du march\u00e9, estime Marc-Antoine Scheurer.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abUne p\u00e9riode un peu folle\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Jean-Christophe Leroy, R&#038;ED<\/em><\/p>\n<p>En 1996, Jean-Christophe Leroy lance R&#038;ED, une dotcom sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019\u00e9change de donn\u00e9es entre opticiens, via Internet. \u00abA l\u2019\u00e9poque, notre technologie \u00e9tait tr\u00e8s novatrice, souligne l\u2019entrepreneur. J\u2019ai d\u00e9marr\u00e9 sur des fonds propres &#8212; un pr\u00eat \u00e9tudiant &#8212; avant de lever 250 000 francs, puis 1,5 million en 1999 par la vente de 20% de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un capital-risqueur. C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode un peu folle. Nous avons sign\u00e9 des contrats portant sur des dizaines de milliers d\u2019opticiens. A l\u2019\u00e9poque, tout le monde voulait r\u00e9inventer le business.\u00bb<\/p>\n<p>A son apog\u00e9e, R&#038;ED emploie une trentaine de personnes. Puis la crise conduit l\u2019entreprise au d\u00e9p\u00f4t de bilan. Un \u00e9chec? \u00abOui et non, r\u00e9pond Jean-Christophe Leroy en souriant. D\u2019un point de vue financier, l\u2019aventure n\u2019est \u00e9videmment pas positive. D\u2019un point de vue personnel, j\u2019ai accumul\u00e9 quinze ans d\u2019exp\u00e9rience en cinq ans. Par ailleurs, l\u2019approche que nous avions d\u00e9velopp\u00e9e est depuis devenue un standard. Nous avons r\u00e9volutionn\u00e9 le march\u00e9. En ce sens, les ann\u00e9es 1990 ont pos\u00e9 les fondations du business actuel.\u00bb<\/p>\n<p>De quoi stimuler l\u2019envie de se jeter \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019eau. Apr\u00e8s la mort de R&#038;ED, Jean-Christophe Leroy cr\u00e9e Spicetech, dans le consulting en t\u00e9l\u00e9coms.<\/p>\n<p>\u00abPour cette deuxi\u00e8me exp\u00e9rience, j\u2019ai choisi de n\u2019embaucher personne, afin d\u2019effacer l\u2019ardoise (500 000 francs, ndlr) laiss\u00e9e par R&#038;ED. Le chiffre d\u2019affaires de Spicetech a tr\u00e8s vite augment\u00e9 et je l\u2019ai revendue.\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, Jean-Christophe Leroy est directeur financier du groupe Berdoz Optic et regarde le d\u00e9veloppement des nouvelles start-up d\u2019un \u0153il bienveillant: \u00abFaire confiance \u00e0 une petite soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est prendre un risque. Actuellement, les financiers limitent le danger, en tout cas en ce qui concerne les nouvelles technologies, et donc la croissance des petites structures. Cela restera comme \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une nouvelle p\u00e9pite r\u00e9invente le business.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vingt ans apr\u00e8s, les pionniers de la nouvelle \u00e9conomie ont d\u00e9chant\u00e9. Seule une poign\u00e9e de start-up sont devenues des success stories. 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