



{"id":3226,"date":"2010-08-30T18:46:30","date_gmt":"2010-08-30T16:46:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3226"},"modified":"2010-08-31T10:09:17","modified_gmt":"2010-08-31T08:09:17","slug":"concurrence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3226","title":{"rendered":"Laver son linge sale en France"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large310810.jpg\" alt=\"large310810.jpg\" title=\"large310810.jpg\" width=\"468\" height=\"274\" border=\"0\" \/>\u00abNous devrions pouvoir attaquer le march\u00e9 suisse d\u2019ici un an, si les probl\u00e8mes administratifs se r\u00e8glent.\u00bb Fran\u00e7ois Nalborczyk, responsable du site d\u2019AMB L\u00e9man, filiale des blanchisseries fran\u00e7aises AMB, s\u2019int\u00e9resse depuis longtemps \u00e0 la Suisse. \u00abLe march\u00e9, notamment genevois, nous int\u00e9resse mais les douanes et ses contraintes, comme les contr\u00f4les intempestifs, font perdre du temps \u00e0 nos transporteurs. Or dans notre milieu, le temps repr\u00e9sente beaucoup d\u2019argent!\u00bb A l\u2019instar d\u2019AMB, d\u2019autres blanchisseries actives aux portes de la Suisse lorgnent sur le march\u00e9 romand. Parmi elles, le groupe Elis qui dessert plusieurs h\u00f4tels vers Thonon et Evian. Et Dauphi Blanc, aujourd\u2019hui filiale de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re AMB et ses 400 clients, qui a tent\u00e9 de d\u00e9marcher les \u00e9tablissements suisses de la cha\u00eene h\u00f4teli\u00e8re Accor. Longtemps tenu par des entreprises locales, le march\u00e9 romand de la blanchisserie s\u2019appr\u00eate \u00e0 subir une attaque \u00e9trang\u00e8re d\u2019envergure.<\/p>\n<p>Dans ce secteur fortement concurrentiel, le prix est bien s\u00fbr d\u00e9cisif, et c\u2019est l\u00e0 que l\u2019offre des entreprises frontali\u00e8res se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement int\u00e9ressante. \u00abNous pouvons proposer des services plus avantageux car nous avons une main d\u2019\u0153uvre et des frais fixes moins \u00e9lev\u00e9s\u00bb, r\u00e9sume Fran\u00e7ois Nalborczyk. Difficile d\u2019en savoir plus sur les tarifs exacts de la branche: le silence r\u00e8gne autant c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais que c\u00f4t\u00e9 suisse. La raison invoqu\u00e9e est que les tarifs varient \u00e9norm\u00e9ment selon le type de linge et de services. Mais le secret bien gard\u00e9 t\u00e9moigne surtout d\u2019une guerre des prix et d\u2019une forte concurrence sur le march\u00e9. Dans ce climat, le directeur des achats d\u2019un groupe h\u00f4telier genevois reconna\u00eet \u00abqu\u2019avec des prix 30-40% plus bas, le recours aux services de blanchisseries fran\u00e7aises deviendra envisageable\u00bb. Les h\u00f4tels s\u2019int\u00e9ressent \u00e9videmment \u00e0 faire des \u00e9conomies, d\u2019autant que les frais de blanchisserie repr\u00e9sentent un poste budg\u00e9taire important, le plus important apr\u00e8s les salaires. Par exemple, le co\u00fbt de traitement du linge de restaurant et de l\u2019h\u00e9bergement de l\u2019H\u00f4tel d\u2019Angleterre, un cinq \u00e9toiles genevois qui compte 45 chambres, atteint environ 30\u2019000 francs pour un mois de haute fr\u00e9quentation.<\/p>\n<p>Les blanchisseurs suisses pr\u00e9f\u00e8rent ne pas exprimer d\u2019inqui\u00e9tude face \u00e0 la menace d\u2019un d\u00e9barquement fran\u00e7ais, notamment du g\u00e9ant AMB. \u00abLes clients sont exigeants et habitu\u00e9s au fonctionnement suisse et \u00e0 son service de qualit\u00e9, dit Claudine Metzler, directrice de la Blanchisserie Centrale Sierre &#038; Yverdon. Dans notre industrie, il est presque mal vu de faire appel \u00e0 des Fran\u00e7ais pour la blanchisserie car ils ont plut\u00f4t mauvaise r\u00e9putation concernant la qualit\u00e9 de traitement du linge.\u00bb Lorsqu\u2019ils s\u2019expriment publiquement, les h\u00f4teliers d\u00e9fendent eux aussi l\u2019industrie locale en la mati\u00e8re. \u00abLes employ\u00e9s des blanchisseries fran\u00e7aises sont g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et fortement syndiqu\u00e9s, dit Mathias Anthamatten, de la direction des achats de la cha\u00eene Accor. Nous n&rsquo;avons aucun droit de regard ou de contr\u00f4le sur leurs conditions de travail et de salaire en France alors qu&rsquo;en Suisse, une convention collective de travail a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>La concurrence fran\u00e7aise se fera progressivement, puisque les contrats du secteur s\u2019\u00e9tablissent sur des dur\u00e9es de 3 \u00e0 4 ans. Mais il semble claire qu\u2019elle ajoutera de la tension dans un march\u00e9 d\u00e9j\u00e0 en surcapacit\u00e9, qui a connu passablement de restructuration ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Actuellement, quatre leaders, la Blanchisserie Centrale, Lavotel, ILS et les Blanchisseries G\u00e9n\u00e9rales (lire le compl\u00e9ment ci-dessous) se partagent la majorit\u00e9 des \u00e9tablissements de la sant\u00e9, de la restauration et les 1500 h\u00f4tels de Suisse romande. \u00abLa tendance est d\u2019aller vers une concentration des partenaires, car il est de plus en plus difficile de tout faire soi-m\u00eame\u00bb, constate Jean-Charles Paccolat, pr\u00e9sident de l\u2019Association romande des entreprises de nettoyage industriel des textiles et de la blanchisserie LBG. Sa remarque prend tout son sens en regard de la strat\u00e9gie de Lavotel. Ce groupe a acquis quatre entreprises concurrentes entre 2006 et 2010. Des rachats consid\u00e9r\u00e9s par Paul Schwendimann, directeur g\u00e9n\u00e9ral de Lavotel, comme une cons\u00e9quence du trop plein d\u2019entreprises, ainsi que de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre toujours plus grand pour pouvoir lutter contre la concurrence des prix. <\/p>\n<p>Pour r\u00e9aliser combien l\u2019arriv\u00e9e de la concurrence va perturber le march\u00e9 romand, il suffit de regarder la situation al\u00e9manique, o\u00f9 l\u2019arriv\u00e9e des blanchisseries allemandes a chang\u00e9 la donne. \u00abDepuis l\u2019arriv\u00e9e d&rsquo;entreprises \u00e9trang\u00e8res il y a cinq ans, le march\u00e9 est devenu encore plus difficile, constate Andreas Holzer, CEO du groupe Bardusch qui regroupe cinq blanchisseries. La concurrence est tr\u00e8s forte, surtout \u00e0 cause des Allemands et Alsaciens qui proposent des prix plus bas. Il y a des cas o\u00f9 nous nous sommes align\u00e9s et d\u2019autres o\u00f9 nous avons d\u00fb nous retirer. Heureusement, certains clients sont revenus vers les blanchisseries suisses parce que le niveau de qualit\u00e9 les a d\u00e9\u00e7u.\u00bb <\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes douaniers \u00e0 Gen\u00e8ve, qui retardent encore la concurrence fran\u00e7aise, sont avant tout administratifs, et devraient se r\u00e9gler. Pour Jean-Claude Bruttin, chef de service de la section tarifs et r\u00e9gimes douaniers \u00e0 l\u2019arrondissement de Gen\u00e8ve, la situation s\u2019am\u00e9liore vite: \u00abPlus de 90 % des marchandises qui franchissent la fronti\u00e8re sont d\u00e9clar\u00e9es de mani\u00e8re \u00e9lectronique. Ensuite, nous choisissons les v\u00e9hicules que nous voulons contr\u00f4ler, avec de simples v\u00e9rifications de chargement et parfois d\u2019autres plus compl\u00e8tes avec comptage des pi\u00e8ces.\u00bb La partie contraignante consiste \u00e0 remplir la d\u00e9claration d\u2019exportation et de r\u00e9importation avec indication du poids, du nombre de pi\u00e8ces et de la valeur marchande du linge, et cela pour chaque passage. \u00abIl n\u2019y a pas d\u2019accords sp\u00e9ciaux avec des entreprises de blanchisseries; les possibilit\u00e9s de d\u00e9clarations collectives sont aujourd\u2019hui limit\u00e9es \u00e0 certaines marchandises, comme le gravier\u00bb, poursuit Jean-Claude Bruttin. L\u2019op\u00e9ration de blanchiment de linge sale en France engendre des contraintes administratives suppl\u00e9mentaires, mais pas de surco\u00fbts. Si l\u2019entreprise suisse ne paie aucune taxe pour l\u2019exportation, elle doit en revanche s\u2019acquitter des redevances pour l&rsquo;importation (droits de douane \u00e9ventuels et TVA). Pour toute entreprise dont le chiffre d\u2019affaire d\u00e9passe les 100&rsquo;000 francs, la taxe est n\u00e9anmoins rembours\u00e9e. L\u2019import-export reste donc int\u00e9ressant pour les gros clients suisses et repr\u00e9sente une menace bien r\u00e9elle pour les blanchisseurs.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Les leaders romands de la blanchisserie industrielle<\/strong><\/p>\n<p>Blanchisserie Centrale<br \/>\nLes soci\u00e9t\u00e9s Blanchisserie Centrale de Sierre et Yverdon ont fusionn\u00e9 avec Bardusch \u00e0 B\u00e2le en mai 2010. Les deux entreprises sont des filiales du groupe allemand Bardusch Holding Gmgh pr\u00e9sent en Suisse avec cinq blanchisseries. Elles proposent des services d\u2019hygi\u00e8ne et de location pour h\u00f4tels, EMS, h\u00f4pitaux et autres industries en leur sous-traitant leur linge et leurs v\u00eatements professionnels. Le groupe Bardusch emploie 650 personnes en Suisse avec un chiffre d\u2019affaire sup\u00e9rieur \u00e0 70 millions pour 2009.<\/p>\n<p>ILS<br \/>\nILS g\u00e8re les diff\u00e9rents aspects de la fonction linge des h\u00f4tels, restaurants, entreprises et collectivit\u00e9s mais son activit\u00e9 principale est la location de linge. L\u2019entreprise familiale est pr\u00e9sente sur le march\u00e9 depuis 20 ans, emploie une soixantaine de personnes et est uniquement implant\u00e9e \u00e0 Bex. Elle dessert des clients de Gen\u00e8ve \u00e0 Sion et son chiffre d\u2019affaire pour 2009 avoisine les 10 millions.<\/p>\n<p>Lavotel<br \/>\nLavotel est actif dans la location et le traitement du linge de quatre secteurs: l\u2019h\u00f4tellerie, la gastronomie, les soins-sant\u00e9 et les v\u00eatements professionnels. Le linge de ces secteurs est r\u00e9parti dans les six sites de production dont Gen\u00e8ve, Lausanne et Sion, employant 270 employ\u00e9s en tout. L\u2019h\u00f4tellerie repr\u00e9sente plus de la moiti\u00e9 du chiffre d\u2019affaire, qui \u00e9tait sup\u00e9rieur \u00e0 30 millions pour 2009.<\/p>\n<p>Les blanchisseries g\u00e9n\u00e9rales (LBG)<br \/>\nLBG sont s\u00e9par\u00e9es en deux soci\u00e9t\u00e9s, la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re \u00e0 Yverdon (pour le linge sanitaire) et la filiale h\u00f4teli\u00e8re (exclusivement pour l\u2019h\u00f4tellerie, la location de linge et nettoyage) \u00e0 Chailly-sur-Montreux. Au total, l\u2019entreprise emploie 170 employ\u00e9s, livre dans toute la Suisse romande et son chiffre d\u2019affaire pour 2009 s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 30 millions.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Sous-traiter pour r\u00e9duire les co\u00fbts<\/strong><\/p>\n<p>La grande majorit\u00e9 des \u00e9tablissements de la sant\u00e9, de la restauration et de l\u2019h\u00f4tellerie confient le nettoyage du linge &#8212; autant celui des restaurants, que les uniformes des employ\u00e9s ou la literie des chambres &#8212; \u00e0 des entreprises externes. La plupart ne poss\u00e8dent pas leur propre linge mais le loue \u00e0 la blanchisserie. Il y a quelques ann\u00e9es, la tendance inverse dominait et le traitement du linge se faisait \u00e0 l\u2019interne, avec des infrastructures priv\u00e9es. L\u2019h\u00f4tel Kempinski \u00e0 Gen\u00e8ve fait d\u2019ailleurs partie des irr\u00e9ductibles de la blanchisserie \u00e0 l\u2019interne, avec des avantages selon la gouvernante en chef: l\u2019assurance de qualit\u00e9 et un service rapide puisqu\u2019il n\u2019y a pas de transport de marchandise.<\/p>\n<p>Kempinski except\u00e9, les h\u00f4teliers pr\u00e9f\u00e8rent louer et faire traiter leur linge \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, notamment parce qu\u2019ils ne paient que la quantit\u00e9 de linge utilis\u00e9e, un fonctionnement appr\u00e9ciable lors des mois de basse fr\u00e9quentation. Du c\u00f4t\u00e9 de la blanchisserie, ce syst\u00e8me est un pari. Elle ach\u00e8te une certaine quantit\u00e9 de linge tout en sachant que selon la fluctuation de clients, une partie ne sera pas rentabilis\u00e9e. Pour les plus petites entreprises, ce fonctionnement est p\u00e9nible, elles doivent poss\u00e9der plusieurs types d\u2019\u00e9quipement pour \u00eatre actives dans les diff\u00e9rents secteurs. Certaines pr\u00e9f\u00e8rent donc se concentrer sur des march\u00e9s de niches, comme le linge h\u00f4tellier trait\u00e9 et repass\u00e9 \u00e0 la main.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme leurs \u00e9quivalents allemands en Suisse al\u00e9manique, les g\u00e9ants fran\u00e7ais de la blanchisserie industrielle s\u2019appr\u00eatent \u00e0 attaquer le march\u00e9 romand. 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