



{"id":3176,"date":"2010-06-23T11:49:50","date_gmt":"2010-06-23T09:49:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3176"},"modified":"2011-12-02T15:33:24","modified_gmt":"2011-12-02T13:33:24","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3176","title":{"rendered":"\u00abOn ne peut comprendre l\u2019intelligence sans comprendre le corps\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/062010\/Reflex10_image.jpg\" alt=\"Reflex10_image.jpg\" title=\"Reflex10_image.jpg\" width=\"468\" border=\"0\" height=\"300\" \/>Le Laboratoire d\u2019intelligence artificielle de l\u2019Universit\u00e9 de Zurich est situ\u00e9 dans un b\u00e2timent moderne de la banlieue d\u2019Oerlikon, un p\u00f4le de l\u2019industrie technique helv\u00e9tique. Son fondateur et directeur est un dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019EPFZ, mince et d\u00e9contract\u00e9, qui a cosign\u00e9 plusieurs ouvrages pr\u00e9curseurs sur l\u2019intelligence comme \u00abUnderstanding Intelligence\u00bb (MIT Press, 2007) et \u00abHow the Body Shapes the Way We Think \u00bb (MIT Press, 2001). Dans un anglais parfait teint\u00e9 d\u2019un accent am\u00e9ricain acquis durant ses \u00e9tudes postdoctorales \u00e0 Carnegie Mellon et \u00e0 Yale, Rolf Pfeifer s\u2019est entretenu de son travail avec Reflex.<\/p>\n<p><strong>Nous nous trouvons au Laboratoire d\u2019intelligence artificielle, mais j\u2019ai retenu de vos livres que vous n\u2019appr\u00e9ciez pas vraiment le terme d\u2019intelligence artificielle.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019est nomm\u00e9 le laboratoire, et au fond je l\u2019appr\u00e9cie puisque j\u2019en suis le fondateur. Mais nous devons \u00eatre conscients que l\u2019intelligence artificielle \u00e9voque pour chacun des id\u00e9es diff\u00e9rentes. L\u2019id\u00e9e de base, tr\u00e8s algorithmique, remonte \u00e0 la Conf\u00e9rence de Dartmouth de 1956. Elle correspond \u00e0 l\u2019intelligence et \u00e0 la connaissance en tant que calcul. Elle a \u00e9t\u00e9 fructueuse en termes d\u2019applications pratiques: un produit comme Google contient beaucoup d\u2019algorithmes qui d\u00e9coulent de ce mode de pens\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui pose probl\u00e8me avec ce mod\u00e8le de base?<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019a pas tr\u00e8s bien r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9crypter les m\u00e9canismes sous-jacents \u00e0 des formes plus naturelles d\u2019intelligence, comme la reconnaissance d\u2019un visage dans une foule, la perception en g\u00e9n\u00e9ral, la marche, la manipulation d\u2019objets, le langage ou encore le sens commun. On a cherch\u00e9 des alternatives et l\u2019une d\u2019elles est l\u2019incarnation (\u00abembodiment\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, mat\u00e9rialiser de mani\u00e8re tangible et physique un concept, ndlr). Une belle citation du biologiste britannique Lewis Wolpert dit: \u00abPourquoi les plantes n\u2019ont-elles pas de cerveau? En fait, la r\u00e9ponse est tr\u00e8s simple: elles ne doivent pas se d\u00e9placer.\u00bb Dans cette optique, la pression \u00e9volutive sur le d\u00e9veloppement du cerveau et des syst\u00e8mes nerveux est venue du besoin de bouger, de se d\u00e9placer et de s\u2019orienter dans l\u2019espace. Et dans cette perspective, ce que nous appelons la connaissance ou la pens\u00e9e abstraite a \u00e9merg\u00e9 petit \u00e0 petit durant des millions et des millions d\u2019ann\u00e9es d\u2019\u00e9volution. L\u2019organisme complet doit interagir avec son environnement afin d\u2019y survivre \u2013 et le seul moyen d\u2019y parvenir passe par le corps. Il n\u2019y a pas d\u2019\u00ab\u00e9ther algorithmique\u00bb, pour ainsi dire.<\/p>\n<p>Les \u00eatres humains ont toujours utilis\u00e9 des m\u00e9taphores technologiques pour expliquer leur propre fonctionnement. Avant, le cerveau \u00e9tait assimil\u00e9 \u00e0 un standard t\u00e9l\u00e9phonique. Aujourd\u2019hui, certains le comparent plut\u00f4t \u00e0 internet. Beaucoup de gens pensent que les \u00eatres humains fonctionnent comme des ordinateurs, avec des entr\u00e9es, du traitement et de la production. En effet, qu\u2019est-ce qu\u2019il pourrait \u00eatre d\u2019autre? Il s\u2019agit d\u2019une m\u00e9taphore tr\u00e8s convaincante, et je crois qu\u2019elle est aussi convaincante que fausse.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi?<\/strong><\/p>\n<p>La vision incarn\u00e9e de l\u2019intelligence offre une alternative qui d\u00e9montre d\u00e8s le d\u00e9part que la vision classique est tout \u00e0 fait inappropri\u00e9e. Bien s\u00fbr, nous ne sommes pas les premiers \u00e0 avoir eu cette id\u00e9e. Un c\u00e9l\u00e8bre article du philosophe et psychologue am\u00e9ricain John Dewey, dat\u00e9 de 1896, plaidait d\u00e9j\u00e0 contre l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y aurait d\u2019abord une stimulation sensorielle qui serait en quelque sorte trait\u00e9e, suivie par la formulation de plans d\u2019action et leur ex\u00e9cution. Il a d\u00e9clar\u00e9 que c\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement faux. Nous sommes toujours en interaction avec l\u2019environnement. Quand je fais quelque chose, j\u2019influence l\u2019environnement et ce faisant je g\u00e9n\u00e8re en m\u00eame temps une stimulation sensorielle.<\/p>\n<p>Par exemple, lorsque je marche, je peux sentir la pression sur mes pieds, les forces dans mes jambes, les angles des articulations du genou, comment mes bras se balancent, la position du corps, etc. Par ce comportement rythm\u00e9, je g\u00e9n\u00e8re des formes de stimulation sensorielle tout au long de mon corps. Un ordinateur, au contraire, reste juste passif et attend que quelqu\u2019un appuie sur un bouton ou une souris.<\/p>\n<p>Beaucoup de gens ont relev\u00e9 l\u2019importance de la coordination sensori-motrice, dont John Dewey et Jean Piaget. Mais ils n\u2019ont pas parl\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation th\u00e9orique de l\u2019information. On peut d\u00e9montrer que les formes de stimulation sensorielle induites par une interaction physique avec le monde r\u00e9el \u2013 comme saisir un objet \u2013 contiennent ce que nous appelons des corr\u00e9lations, c\u2019est-\u00e0-dire une structure de l\u2019information. Particuli\u00e8rement si l\u2019interaction est coordonn\u00e9e de fa\u00e7on sensori-motrice, comme regarder un objet, le suivre des yeux, le saisir, etc. Ces formes constituent la \u00abmati\u00e8re brute\u00bb pour le traitement par le cerveau; elles fournissent la base pour apprendre quelque chose sur l\u2019environnement.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi est-ce si important?<\/strong><\/p>\n<p>Parce que cela d\u00e9montre la fa\u00e7on dont l\u2019interaction physique avec l\u2019environnement et le traitement de l\u2019information par le cerveau sont \u00e9troitement li\u00e9s. De plus, si vous voulez en apprendre davantage sur le monde r\u00e9el, l\u2019influx n\u2019est pas seulement visuel mais aussi tactile. Il y a un chevauchement partiel des informations que je peux extraire de diff\u00e9rents canaux sensoriels, de sorte que je peux apprendre avec le temps \u00e0 faire des pr\u00e9visions: je peux regarder ce verre d\u2019eau et d\u00e9j\u00e0 avoir une tr\u00e8s bonne id\u00e9e de ce que je ressentirai lorsque je le saisirai. D\u00e8s que vous optez pour cette perspective, vous d\u00e9veloppez un moyen extr\u00eamement puissant de penser l\u2019intelligence. C\u2019est pour nous un probl\u00e8me, car c\u2019est intuitivement si \u00e9vident et plausible que les gens nous disent maintenant: \u00abVous voulez dire que cela vous a pris quinze ans pour vous en rendre compte!\u00bb (Rires.)<\/p>\n<p><strong>Dans quelle direction avez-vous poursuivi votre recherche apr\u00e8s avoir pris conscience de cela?<\/strong><\/p>\n<p>Selon l\u2019approche classique, l\u2019intelligence artificielle tenait fondamentalement du domaine de l\u2019informatique. Les laboratoires d\u2019intelligence artificielle faisaient partie des d\u00e9partements d\u2019informatique \u2013 comme c\u2019est le cas ici \u00e0 Zurich \u2013 car lorsque nous avons d\u00e9but\u00e9 en 1987, nous avons adopt\u00e9 la perspective algorithmique. Bien s\u00fbr, nous utilisons des algorithmes, mais nous partons d\u2019une posture de recherche totalement diff\u00e9rente. Si vous traitez du corps, vous devez commencer par vous occuper de forces, de couples et d\u2019\u00e9nergie, c\u2019est-\u00e0-dire, du monde de la physique.<\/p>\n<p>Nous devons aussi nous pencher sur l\u2019interaction physique avec le monde, ce qui veut dire avec le corps en g\u00e9n\u00e9ral. Nous devons donc \u00e9tudier les propri\u00e9t\u00e9s mat\u00e9rielles. Prenez quelque chose comme la peau. Si vous regardez les robots que nous avons aujourd\u2019hui, ils ont des types de peau tr\u00e8s primitifs. Ils peuvent avoir quelques capteurs l\u00e0 o\u00f9 nous en avons plusieurs centaines, par exemple \u00e0 la main et au bout des doigts. La peau est ing\u00e9nieuse: m\u00eame d\u00e9form\u00e9e, elle continue \u00e0 fonctionner. Essayez de saisir un verre avec des d\u00e9s \u00e0 coudre au bout des doigts: c\u2019est une t\u00e2che de contr\u00f4le tr\u00e8s difficile qui demande beaucoup d\u2019efforts du cerveau. Avec la peau, vous externalisez une partie de cette fonctionnalit\u00e9 \u00e0 des propri\u00e9t\u00e9s mat\u00e9rielles du syst\u00e8me: le tissu des doigts est d\u00e9form\u00e9 passivement et s\u2019aplatit. Il augmente ainsi sa surface de contact et s\u2019adapte automatiquement \u00e0 la forme de l\u2019objet.<\/p>\n<p>Le cerveau ne contr\u00f4le pas tant le corps qu\u2019il n\u2019en orchestre les mouvements. Lorsque vous courez, le genou effectue un mouvement oscillatoire tr\u00e8s rapide \u00e0 l\u2019impact, qui est beaucoup trop rapide pour que le cerveau ou m\u00eame la moelle \u00e9pini\u00e8re puissent contr\u00f4ler ce r\u00e9flexe. Nous travaillons donc avec la science du sport et la biom\u00e9canique, ce qui nous rend encore plus interdisciplinaires, et aussi avec des chercheurs en neurosciences, particuli\u00e8rement ceux qui travaillent sur le contr\u00f4le moteur. Et les chercheurs en biom\u00e9canique nous expliquent que la fonctionnalit\u00e9 du traitement de l\u2019impact est externalis\u00e9e aux propri\u00e9t\u00e9s mat\u00e9rielles du syst\u00e8me muscle-tendon, en modifiant de fa\u00e7on dynamique la raideur des muscles (rigidit\u00e9 faible lorsque la jambe est projet\u00e9e en avant, rigidit\u00e9 forte \u00e0 l\u2019impact). Le cerveau module donc la raideur plut\u00f4t qu\u2019il contr\u00f4le les trajectoires des genoux de mani\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9cise.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui change encore?<\/strong><\/p>\n<p>Nous devons construire des choses, nous devons donc \u00e9galement \u00eatre des ing\u00e9nieurs en \u00e9lectronique et en m\u00e9canique. Normalement, les sp\u00e9cialistes de la robotique construisent un robot qu\u2019ils programment ensuite pour effectuer certaines t\u00e2ches. Il s\u2019agit d\u2019une conception tr\u00e8s classique. Nous utilisons ce que nous appelons le principe de l\u2019agent complet: nous r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 la conception du syst\u00e8me dans son ensemble, car une grande part de la fonctionnalit\u00e9 peut se trouver dans les mat\u00e9riaux. Et les consid\u00e9rations morphologiques sont extr\u00eamement importantes, comme la forme. O\u00f9 est-ce que je place les capteurs? Si vous observez la localisation des capteurs sur le corps humain, elle est extr\u00eamement intelligente. Il y a une tr\u00e8s forte densit\u00e9 de capteurs du toucher et de temp\u00e9rature dans la main \u2013 beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e par exemple que dans le dos. C\u2019est pourquoi une stimulation sensorielle bien plus riche est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019action de saisir que lorsque l\u2019on touche quelqu\u2019un sur le dos.<\/p>\n<p>Prenez simplement le cerveau: on n\u2019a aucune id\u00e9e du bienfait r\u00e9el des circuits neuronaux sur le comportement de l\u2019organisme. Il faut comprendre l\u2019int\u00e9gration du cerveau dans le syst\u00e8me physique, les propri\u00e9t\u00e9s physiques du syst\u00e8me sensoriel et moteur, ainsi que l\u2019interaction avec l\u2019environnement. On ne peut comprendre l\u2019intelligence que si l\u2019on comprend le corps.<\/p>\n<p><strong>Cela ne rend-il pas la construction de robots trop d\u00e9courageante?<\/strong><\/p>\n<p>Vous posez une question fondamentale. Nous regardons les syst\u00e8mes biologiques et t\u00e2chons de comprendre les principes qui sous-tendent leur fonctionnement, mais de mani\u00e8re abstraite car nous ne voulons pas simplement les copier. Notre but est de construire des syst\u00e8mes artificiels. Si nous comprenons les principes de ces syst\u00e8mes, nous pourrons peut-\u00eatre parvenir \u00e0 des conceptions encore meilleures, car les solutions biologiques ont \u00e9volu\u00e9 lentement et sont toujours des constructions ad hoc. Eventuellement, nous pourrons alors utiliser nos connaissances techniques pour commencer \u00e0 optimiser des choses que la nature n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capable d\u2019optimiser ou, alternativement, nous pourrons utiliser des mat\u00e9riaux que la nature n\u2019utilise pas. Un exemple \u00e9vident est le m\u00e9tal, qui est l\u2019un des meilleurs mat\u00e9riaux dont les ing\u00e9nieurs disposent. Nous pourrons peut-\u00eatre aller au-del\u00e0 de ce que la nature a con\u00e7u et parvenir \u00e0 des syst\u00e8mes mieux appropri\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p><strong>A quels types d\u2019application cette technologie peut-elle conduire?<\/strong><\/p>\n<p>Un domaine est celui des proth\u00e8ses. Nous avons construit un dispositif d\u2019entra\u00eenement avec des muscles artificiels.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que quelqu\u2019un construira un jour un robot dot\u00e9 de toutes les capacit\u00e9s d\u2019un \u00eatre humain?<\/strong><\/p>\n<p>Certaines personnes pensent que les gens voudront des robots humano\u00efdes chez eux ou sur leur lieu de travail. Vous serez capable de lui parler et ils seront capables de r\u00e9agir par des \u00e9motions. Je ne suis pas s\u00fbr que cela sera effectivement le cas. Ce dont je suis s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un excellent objectif de recherche. En essayant d\u2019y parvenir, nous apprendrons \u00e9norm\u00e9ment non seulement dans le domaine technique mais \u00e9galement sur la fa\u00e7on dont les humains fonctionnent en r\u00e9alit\u00e9 \u2013 sur l\u2019intelligence humaine. De plus en plus de chercheurs en neurosciences, biom\u00e9canique et science du sport ont commenc\u00e9 \u00e0 construire des robots pour mieux comprendre leur propre domaine. Quant \u00e0 savoir si cela m\u00e8nera \u00e0 des robots humano\u00efdes \u00e9conomiquement viables qui seraient assez bon march\u00e9 et fiables pour \u00eatre utilis\u00e9s \u00e0 la maison, dans des usines ou dans l\u2019environnement quotidien de travail, cela reste une question ouverte \u00e0 mon sens. Si vous y r\u00e9fl\u00e9chissez, les humains sont une sorte de machine \u00e0 fonction g\u00e9n\u00e9rale. Nous pouvons faire beaucoup de choses, mais pour une t\u00e2che individuelle comme visser ou coudre, une machine peut le faire plus vite, \u00e0 meilleur prix, plus efficacement et plus pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que l\u2019approche incarn\u00e9e tient compte de l\u2019intelligence collective?<\/strong><\/p>\n<p>Absolument. Nous avons tendance \u00e0 nous concentrer sur l\u2019individu, mais l\u2019intelligence collective est une invention brillante. Nous la retrouvons \u00e0 plusieurs niveaux: mol\u00e9culaire, cellulaire, ou encore celui d\u2019individus qui interagissent. Au fond, l\u2019intelligence consiste en la coop\u00e9ration entre le cerveau, le corps et l\u2019environnement. La puissance de l\u2019environnement est \u00e9norme. Nous le structurons de fa\u00e7on particuli\u00e8re afin de pouvoir l\u2019exploiter pour mener \u00e0 bien nos actions, une id\u00e9e appel\u00e9e \u00e9chafaudage (\u00abscaffolding\u00bb). Prenez par exemple la t\u00e2che d\u2019aller de Zurich \u00e0 Berne. A l\u2019\u00e9poque, il fallait conna\u00eetre la g\u00e9ographie. Ensuite, des panneaux ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s et la seule comp\u00e9tence n\u00e9cessaire consistait \u00e0 les suivre. Vous n\u2019avez m\u00eame pas besoin de cela aujourd\u2019hui si vous poss\u00e9dez un GPS: vous devez simplement suivre les instructions et vous trouverez votre chemin partout dans le monde. Vous vous d\u00e9chargez de la fonction cognitive sur l\u2019environnement. Nous proc\u00e9dons continuellement \u00e0 ce type de transfert.<\/p>\n<p>Mais d\u2019autres agents individuels font \u00e9galement partie de l\u2019environnement et l\u2019interaction avec ceux-ci donne lieu au ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019intelligence collective. L\u2019exemple standard est celui des fourmis. Elles trouvent le chemin le plus court vers une source de nourriture. Elles r\u00e9solvent un probl\u00e8me complexe d\u2019optimisation, m\u00eame si elles ne s\u2019en rendent pas compte. Elles ne font que d\u00e9poser des ph\u00e9romones et observer une r\u00e8gle de conduite qui consiste \u00e0 suivre la plus haute concentration de ph\u00e9romones. C\u2019est ce que nous appelons l\u2019auto-organisation ou \u00e9mergence.<\/p>\n<p>Il s\u2019av\u00e8re que le comportement d\u2019un individu est toujours \u00e9mergent. C\u2019est pourquoi la connaissance du programme de contr\u00f4le ne suffit pas, vous devez savoir comment celui-ci s\u2019int\u00e8gre dans le syst\u00e8me physique, quelles sont les qualit\u00e9s des capteurs, les qualit\u00e9s du syst\u00e8me moteur et \u00e0 quoi ressemble l\u2019environnement.<\/p>\n<p><strong>Pendant des d\u00e9cennies, les scientifiques ont essay\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une d\u00e9finition succincte de l\u2019intelligence. Quelle est la v\u00f4tre?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne discute jamais de d\u00e9finitions de l\u2019intelligence, je pense qu\u2019elles ne m\u00e8nent nulle part. Cela ne me d\u00e9range pas du tout si quelqu\u2019un dit que Deep Blue, le logiciel d\u2019IBM qui a battu Garri Kasparov aux \u00e9checs en 1997, est vraiment intelligent. Mais c\u2019est une voie qui s\u2019\u00e9loigne des formes naturelles de l\u2019intelligence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour Rolf Pfeifer de l\u2019Universit\u00e9 de Zurich, le cerveau n\u2019est pas seulement un ordinateur surpuissant qui traite des informations. Il fait partie d\u2019un syst\u00e8me incarn\u00e9 et complexe qui produit dans son ensemble ce que nous nommons intelligence.<\/p>\n","protected":false},"author":19397,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3176","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3176","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19397"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3176"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3176\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3176"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3176"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3176"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}