



{"id":3097,"date":"2010-03-12T18:03:02","date_gmt":"2010-03-12T16:03:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3097"},"modified":"2010-04-07T18:03:33","modified_gmt":"2010-04-07T16:03:33","slug":"dependance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3097","title":{"rendered":"Alcool au travail: briser la loi du silence"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large150310.jpg\" alt=\"large150310.jpg\" title=\"large150310.jpg\" width=\"468\" height=\"308\" border=\"0\" \/>Des gueules de bois qui tendent \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser les matins de semaine. Un verre vite fait avant de reprendre le travail apr\u00e8s une pause. Une motivation en chute libre et une qualit\u00e9 du travail qui se d\u00e9t\u00e9riore&#8230; Dans la plupart des entreprises, on trouve des collaborateurs ayant ce que l\u2019on appelle pudiquement une \u00abconsommation inappropri\u00e9e d\u2019alcool\u00bb. Or, ces situations, que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re si souvent ne pas voir, peuvent aboutir \u00e0 des cons\u00e9quences graves, telles que l\u2019isolement, les accidents, le licenciement ou m\u00eame le suicide.<\/p>\n<p>Selon la derni\u00e8re \u00e9tude de l\u2019Institut suisse de pr\u00e9vention de l\u2019alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), publi\u00e9e en d\u00e9cembre dernier, entre 15 et 25% des accidents au travail sont dus \u00e0 l\u2019absorption de produits alcoolis\u00e9s et pr\u00e8s de 5% des actifs peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9pendants de la boisson. Des chiffres inqui\u00e9tants &#8212; confirm\u00e9s au niveau international par l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) &#8212; qui d\u00e9montrent l\u2019\u00e9tendue d\u2019un probl\u00e8me encore largement tabou en milieu professionnel. Selon l\u2019ISPA, \u00e0 peine un tiers des soci\u00e9t\u00e9s ont abord\u00e9 cette question \u00e0 l\u2019interne au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es et seules 30% poss\u00e8dent des r\u00e9glementations sp\u00e9cifiques lorsqu\u2019un cas est av\u00e9r\u00e9. Consciente qu\u2019il existe un d\u00e9ficit d\u2019information et de prise de conscience, l\u2019ISPA a ouvert un site internet (<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.alcoolautravail.ch\">www.alcoolautravail.ch<\/a>) sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Et la d\u00e9marche commence \u00e0 porter ses fruits: certaines entreprises parlent d\u00e9sormais ouvertement des probl\u00e8mes de d\u00e9pendances. La permanence des Alcooliques anonymes \u00e0 Gen\u00e8ve re\u00e7oit ainsi toujours plus d\u2019appels en provenance directe des employeurs. Sp\u00e9cialiste en addictions aux H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG), Barbara Broers constate pour sa part une hausse des consultations d\u2019employ\u00e9s envoy\u00e9s directement par leur entreprise: \u00abUn nombre croissant de soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tablissent un contrat avec ces collaborateurs et leur proposent de suivre un traitement afin de conserver leur travail.\u00bb Par ailleurs, selon la sp\u00e9cialiste, pr\u00e8s de 20% de la population aurait une \u00abconsommation excessive\u00bb d\u2019alcool. A l\u2019attention de leurs propres employ\u00e9s, les HUG ont mis en place un programme de soutien, avec une probabilit\u00e9 \u00abdeux \u00e0 trois fois sup\u00e9rieure\u00bb que ceux-ci restent abstinents apr\u00e8s deux ans.<\/p>\n<p>Marqu\u00e9 dans les secteurs du b\u00e2timent, de l\u2019agriculture ou de la manutention, le risque de consommer de l\u2019alcool durant les heures de travail augmente aussi au sein des professions ayant un rapport direct avec le public, telles que la vente, la restauration ou la s\u00e9curit\u00e9. Le r\u00e9cent suicide du chef de la police grisonne Markus Reinhardt, dont les probl\u00e8mes d\u2019alcool \u00e9taient connus de sa hi\u00e9rarchie, en offre d\u2019ailleurs une triste illustration. Quant aux m\u00e9dias, ils ne sont gu\u00e8re \u00e9pargn\u00e9s: \u00abDes mesures de soutien et d\u2019accompagnement sont propos\u00e9es aux collaborateurs dont la consommation d\u2019alcool conduit \u00e0 des dysfonctionnements et une incapacit\u00e9 d\u2019assumer leurs activit\u00e9s professionnelles, en particulier \u00e0 travers un contrat tripartite entre l\u2019employeur, le collaborateur et une fondation sp\u00e9cialis\u00e9e dans le traitement des d\u00e9pendances, souligne Pierre-Fran\u00e7ois Chatton, directeur des ressources humaines \u00e0 la Radio T\u00e9l\u00e9vision Suisse. Par ailleurs, des mesures concr\u00e8tes ont \u00e9t\u00e9 prises au sein de l\u2019entreprise o\u00f9, depuis plusieurs ann\u00e9es, la vente d\u2019alcool \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria est limit\u00e9e aux heures de repas et celle des alcools forts est interdite.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Aussi les cadres<\/strong><\/p>\n<p>Cols blancs et cadres sup\u00e9rieurs sont eux aussi concern\u00e9s. Et cela bien souvent avec la complicit\u00e9 des entreprises, qui favorisent la consommation d\u2019alcool en de multiples occasions (repas d\u2019affaires, promotions, contrats sign\u00e9s, etc.). Selon Ana\u00efs Stauffer Spuhler, psychologue du travail qui officiait dans le secteur bancaire, les probl\u00e8mes d\u2019alcool touchent en m\u00eames proportions le personnel du back-office que les cadres ou les g\u00e9rants de fortune. \u00abBeaucoup de coll\u00e8gues sont amen\u00e9s \u00e0 boire de grandes quantit\u00e9s d\u2019alcool, notamment lors de repas avec la client\u00e8le\u00bb, confirme pour sa part ce banquier genevois. La situation s\u2019applique \u00e9galement aux politiciens et magistrats: le conseiller aux Etats genevois Robert Cramer avait ainsi relev\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es boire plus que de raison dans le magazine Saturne.<\/p>\n<p>\u00abLe risque existe dans tous les m\u00e9tiers, rench\u00e9rit Dwight Rodrick, responsable des programmes en entreprise \u00e0 l\u2019ISPA. On retrouve cependant davantage de consommation dans des contextes o\u00f9 le collaborateur se retrouve isol\u00e9, travaille de nuit, est expos\u00e9 \u00e0 la chaleur, au bruit, \u00e0 la poussi\u00e8re ou doit fournir un travail d\u2019une certaine p\u00e9nibilit\u00e9.\u00bb Le probl\u00e8me toucherait par ailleurs davantage les hommes que les femmes, la consommation des premiers \u00e9tant \u00absocialement plus accept\u00e9e\u00bb, celle des femmes se faisant \u00abde mani\u00e8re plus cach\u00e9e et solitaire\u00bb. Les chiffres du Centre de traitement en alcoologie du CHUV le confirment: la proportion de patients suivant un traitement est de 7 hommes pour 3 femmes.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la mani\u00e8re de consommer, s\u2019il peut arriver que certains collaborateurs boivent en cachette pendant les heures de bureau, il est plus fr\u00e9quent que les personnes boivent excessivement dans le cadre de leur vie priv\u00e9e \u00abavec le risque de r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur la place de travail\u00bb, souligne Dwight Rodrick.<\/p>\n<p>Touch\u00e9 de pr\u00e8s, le secteur de la construction a choisi d\u2019aborder le probl\u00e8me de front et estime avoir r\u00e9alis\u00e9 de gros progr\u00e8s en la mati\u00e8re. Une tendance que confirme l\u2019assurance f\u00e9d\u00e9rale Suva, qui souligne que le nombre total d\u2019accidents dans cette branche est pass\u00e9, pour 1000 travailleurs, de 217 en 1998 \u00e0 178 en 2007. \u00abLes bases l\u00e9gales existent, mais demeurent tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales, souligne Christophe Estermann, du secr\u00e9tariat romand de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse des entrepreneurs. Nous nous basons donc g\u00e9n\u00e9ralement dans nos recommandations sur la r\u00e8gle du 0,5\u2030.\u00bb Reste qu\u2019une consommation plus insidieuse, d\u2019un verre ou deux, peut aussi poser probl\u00e8me puisqu\u2019elle m\u00e8ne \u00e0 des modifications l\u00e9g\u00e8res de l\u2019attention et peut r\u00e9duire la qualit\u00e9 du travail. \u00abLa grande majorit\u00e9 des accidents de travail li\u00e9s \u00e0 l\u2019alcool ne sont pas provoqu\u00e9s par des personnes d\u00e9pendantes mais r\u00e9sultent de consommations excessives ponctuelles et inadapt\u00e9es\u00bb, explique Dwight Rodrick.<\/p>\n<p><strong>Contrat moral<\/strong><\/p>\n<p>Pour faire face \u00e0 ce risque, pr\u00e8s de deux tiers des entreprises suisses ont formul\u00e9 des directives pr\u00e9cises. Elles ne sont cependant que peu nombreuses (surtout celles de plus de 500 employ\u00e9s) \u00e0 aller plus loin. Active dans le domaine de l\u2019industrie et de la chimie, la soci\u00e9t\u00e9 valaisanne Cimo a mis sur pied un programme abordant les d\u00e9pendances au sens large (alcool, m\u00e9dicaments, drogues et tabac). Des questions aussi vari\u00e9es que la gestion du stress ou l\u2019ergonomie du mat\u00e9riel sont prises en compte, de m\u00eame qu\u2019un aspect pr\u00e9ventif incluant la formation des cadres, la sensibilisation des employ\u00e9s, des conseils m\u00e9dicaux et des contr\u00f4les al\u00e9atoires en cas de suspicion. \u00abSur un site de plus de 2000 personnes, nous rencontrons forc\u00e9ment des situations difficiles, dit Jacques Cherix, responsable des ressources humaines de Cimo. Dans ce cas, nous organisons un contact du collaborateur avec notre m\u00e9decin. Un accompagnement, des conseils et une aide au sevrage sont alors propos\u00e9s.\u00bb Un contrat moral se met ainsi en place. Si la d\u00e9marche s\u2019av\u00e8re concluante, le probl\u00e8me est r\u00e9gl\u00e9. En cas de r\u00e9cidive ou de non-respect d\u2019un \u00e9ventuel suivi, des mesures plus strictes peuvent \u00eatre prises, pouvant aller jusqu\u2019au licenciement.<\/p>\n<p>Avec plus de 60&rsquo;000 employ\u00e9s, la Poste n\u2019est pas \u00e9pargn\u00e9e par la question. Et le clich\u00e9 du facteur, en particulier dans les campagnes, qui encha\u00eene les coups de blanc \u00e0 chaque d\u00e9p\u00f4t de colis, ne reste pas pour rien solidement ancr\u00e9 dans la m\u00e9moire collective. La r\u00e9gie s\u2019engage en mati\u00e8re de pr\u00e9vention, notamment en \u00abencourageant l\u2019activit\u00e9 physique\u00bb de ces collaborateurs. \u00abNotre d\u00e9marche consiste davantage \u00e0 aider qu\u2019\u00e0 punir, souligne la porte-parole Nathalie Salamin. On pourrait r\u00e9sumer la situation ainsi: arriver au travail en bonne sant\u00e9 rel\u00e8ve de la responsabilit\u00e9 du collaborateur, qu\u2019il le soit toujours lorsqu\u2019il rentre chez lui, de celle de l\u2019employeur.\u00bb En guise de r\u00e8glement, c\u2019est souvent la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale qui fait foi. Ainsi, les conducteurs effectuant des transports professionnels de personnes, tels que les chauffeurs de cars postaux, doivent s\u2019abstenir de toute consommation durant les heures de travail, de m\u00eame que pendant les six heures pr\u00e9c\u00e9dant la reprise du travail.<\/p>\n<p><strong>Ap\u00e9ro sans alcool<\/strong><\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des administrations publiques, on conna\u00eet aussi le probl\u00e8me. A la ville de Pully une dizaine de cas (sur un total de 250 collaborateurs) ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s depuis dix ans, dont trois se sont mal termin\u00e9s: un par un d\u00e9c\u00e8s apr\u00e8s licenciement et refus d\u2019accepter une prise en charge, un autre avec un licenciement &#8212; la personne boit toujours et n\u2019a pas retrouv\u00e9 de travail, elle a \u00e9galement refus\u00e9 un traitement &#8212; et un dernier avec une mise \u00e0 la retraite &#8212; la personne a suivi depuis un traitement avec succ\u00e8s. \u00abDans les autres cas, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 stopper les d\u00e9g\u00e2ts en nous appuyant sur notre m\u00e9decin conseil, rel\u00e8ve Carole Schwander, responsable du personnel. Gr\u00e2ce \u00e0 un suivi rapproch\u00e9, nous r\u00e9ussissons en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 maintenir la personne \u00e0 son poste, ou \u00e0 lui faire cesser sa consommation.\u00bb<\/p>\n<p>La politique en mati\u00e8re de consommation d\u2019alcool est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00abtr\u00e8s restrictive\u00bb, sp\u00e9cialement pour les conducteurs de transports communaux pour qui, bien que fortement d\u00e9conseill\u00e9, le 0,5\u2030 reste admis: \u00abNous avons eu le m\u00eame nombre de cas dans les bureaux que dans les ateliers, ce qui d\u00e9montre qu\u2019il n\u2019y a pas une cat\u00e9gorie plus port\u00e9e sur la boisson qu\u2019une autre\u00bb, pr\u00e9cise Carole Schwander. Enfin, en ce qui concerne les ap\u00e9ritifs, deux r\u00e8gles s\u2019appliquent: ils doivent imp\u00e9rativement avoir lieu en fin de journ\u00e9e et&#8230; inclure des boissons non alcoolis\u00e9es.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>CONSOMMATION D\u2019ALCOOL AU TRAVAIL<\/p>\n<p><strong>Facteurs:<\/strong><\/p>\n<p>Travail en continu (3 x 8 heures)<\/p>\n<p>Horaire de travail de nuit<\/p>\n<p>Travail isol\u00e9<\/p>\n<p>Ennui<\/p>\n<p>Stress ou pression excessive<\/p>\n<p>Encadrement insuffisant<\/p>\n<p>Absence de reconnaissance<\/p>\n<p>Perte de sens de la t\u00e2che effectu\u00e9e<\/p>\n<p><strong>Signes:<\/strong><\/p>\n<p>Pauses prolong\u00e9es, retards<\/p>\n<p>D\u00e9t\u00e9rioration de la qualit\u00e9 du travail<\/p>\n<p>Oublis, incidents ou accidents en hausse<\/p>\n<p>Plaintes des coll\u00e8gues ou des clients<\/p>\n<p>Tremblements des mains, titubations<\/p>\n<p>Changements fr\u00e9quents d\u2019humeur, isolement ou baisse de la motivation<\/p>\n<p>N\u00e9gligence de l\u2019hygi\u00e8ne personnelle et laisser-aller vestimentaire<br \/>\n_______<\/p>\n<p>LES CRIT\u00c8RES DE LA D\u00c9PENDANCE<\/p>\n<p>Selon la Fondation de lutte contre les addictions Ph\u00e9nix \u00e0 Gen\u00e8ve, trois crit\u00e8res au moins parmi les suivants doivent \u00eatre constat\u00e9s pour qu\u2019une personne soit consid\u00e9r\u00e9e comme d\u00e9pendante:<\/p>\n<p>Un d\u00e9sir puissant ou compulsif du produit,<\/p>\n<p>La poursuite de la consommation malgr\u00e9 la conscience des effets n\u00e9gatifs encourus,<\/p>\n<p>Un d\u00e9sint\u00e9ressement progressif des autres activit\u00e9s,<\/p>\n<p>Une augmentation de la tol\u00e9rance du corps et un manque physique.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>FACTURE DE 1,5 MILLIARD POUR LA SUISSE<\/p>\n<p>L\u2019incidence entre la consommation d\u2019alcool et les performances au travail reste difficile \u00e0 d\u00e9terminer. En cas d\u2019accident notamment, le taux d\u2019alcool\u00e9mie n\u2019est pas syst\u00e9matiquement mesur\u00e9. L\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) estime que l\u2019absent\u00e9isme au travail est 4 \u00e0 8 fois plus \u00e9lev\u00e9 chez les personnes ayant un probl\u00e8me d\u2019alcool. Celles-ci ont par ailleurs 3 \u00e0 4 fois plus de probabilit\u00e9s de provoquer des accidents. Quant \u00e0 leur perte de productivit\u00e9, elle est estim\u00e9e \u00e0 25%. Pour sa part, le Bureau international du travail (BIT) consid\u00e8re qu\u2019entre 3 et 5% des personnes actives dans le monde sont d\u00e9pendantes de l\u2019alcool, soit la m\u00eame proportion qu\u2019au sein de la population globale. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Institut suisse de pr\u00e9vention de l\u2019alcoolisme et autres toxicomanies chiffre les co\u00fbts indirects concernant les pertes de productivit\u00e9 (d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9s, invalidit\u00e9 et ch\u00f4mage) induits par l\u2019abus d\u2019alcool \u00e0 1,5 milliard de francs par ann\u00e9e en Suisse.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>T\u00c9MOIGNAGES<\/p>\n<p>Thomas, jardinier, 68 ans<br \/>\n<strong>\u00abEn tant qu\u2019ind\u00e9pendant, le pi\u00e8ge est plus grand\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLorsque j\u2019\u00e9tais jeune, je n\u2019ai jamais pens\u00e9 que j\u2019allais tomber dans l\u2019alcoolisme. Pourtant, \u00e0 chaque fois que je buvais, cela d\u00e9rapait. A l\u2019arm\u00e9e, je faisais partie des \u00absolides\u00bb, de ceux qui tenaient bien l\u2019alcool. On m\u2019admirait pour \u00e7a. Comme j\u2019arrivais encore \u00e0 g\u00e9rer mon travail et \u00e0 me lever le matin, je me disais je n\u2019avais pas de probl\u00e8me. Or, en tant qu\u2019ind\u00e9pendant, le pi\u00e8ge est plus grand. Il faut plus de discipline pour se contr\u00f4ler. Progressivement, ma consommation est devenue plus destructrice. Mes absences au travail se sont multipli\u00e9es. Le matin, au lieu d\u2019un caf\u00e9, je prenais une bi\u00e8re et ainsi de suite\u2026 Je trouvais des excuses pour ne pas aller au boulot. Je racontais \u00e0 mes clients que j\u2019\u00e9tais malade, alors que j\u2019avais la gueule de bois et que je ne voulais pas me rendre chez eux. Mes dettes ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019accumuler, je perdais des clients. Pour ne rien arranger, j\u2019ai rencontr\u00e9 une personne qui buvait elle aussi beaucoup. Du coup, ma consommation a encore augment\u00e9. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de quitter Gen\u00e8ve en pensant que cela pourrait s\u2019arranger ailleurs. Mais les m\u00eames probl\u00e8mes ont ressurgi. Je travaillais comme b\u00fbcheron. Tout le monde buvait trop. Malgr\u00e9 la dangerosit\u00e9 du m\u00e9tier nous frisions le code tous les jours\u2026 Lorsque je suis revenu \u00e0 Gen\u00e8ve, j\u2019ai vraiment touch\u00e9 le fond: je vivais dans un h\u00f4tel lugubre. J\u2019avais perdu les derniers clients qui me faisaient encore confiance. Je n\u2019avais plus d\u2019argent. En plus, \u00e0 cause de l\u2019alcool, j\u2019ai g\u00e2ch\u00e9 une relation avec une personne qui comptait vraiment pour moi. C\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre une clinique, puis les Alcooliques anonymes. Je ne bois plus depuis douze ans.\u00bb <\/p>\n<p>Daniel, carrossier, 50 ans<br \/>\n<strong>\u00abAu travail, personne ne s\u2019en est rendu compte\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 quelqu\u2019un de convivial. Une personne qui aime la compagnie. Jeune, je ne voyais pas de diff\u00e9rence entre ma consommation et celle de mes copains. Pour moi, toutes les occasions \u00e9taient bonnes pour aller au bistrot. Lorsque je me suis mari\u00e9 et que j\u2019ai eu des enfants, j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 sortir et \u00e0 boire. A cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9tais \u00e0 100% dans le d\u00e9ni. D\u2019autant qu\u2019au boulot, personne ne s\u2019est jamais rendu compte de mon probl\u00e8me. J\u2019ai travaill\u00e9 dix ans en tant qu\u2019agent de s\u00e9curit\u00e9 dans une grande entreprise o\u00f9 l\u2019alcool \u00e9tait omnipr\u00e9sent. On sortait souvent boire un coup avec les chefs et les coll\u00e8gues. Dans ces situations, j\u2019arrivais toujours \u00e0 me contr\u00f4ler. Je n\u2019ai jamais d\u00e9rap\u00e9. La diff\u00e9rence, c\u2019est qu\u2019apr\u00e8s, je continuais \u00e0 boire\u2026 Un alcoolique est un excellent tricheur. Personnellement, j\u2019ai toujours rattrap\u00e9 les choses en mentant. Cela a fini par peser sur ma famille et a pr\u00e9cipit\u00e9 mon divorce. Ce sont mes enfants qui, en raison de mes retards fr\u00e9quents, m\u2019ont fait prendre conscience de mon probl\u00e8me d\u2019alcool. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que je ne mentais pas qu\u2019aux autres, mais aussi \u00e0 moi-m\u00eame. Cela m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 me faire soigner. Cela fait six ans que je n\u2019ai pas touch\u00e9 \u00e0 un verre. Pour en revenir \u00e0 mon travail \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je ne pense pas que sa nature ou ses horaires aient eu une cons\u00e9quence d\u00e9terminante sur ma consommation. Cela serait une excuse un peu facile. Le probl\u00e8me r\u00e9side dans ma mani\u00e8re de boire, le fait que, lorsque je commence, je n\u2019arrive pas \u00e0 m\u2019arr\u00eater.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans l&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un quart des accidents professionnels en Suisse sont li\u00e9s \u00e0 la consommation d\u2019alcool. Un sujet sensible au sein des entreprises, qui pourtant reconnaissent le probl\u00e8me et commencent \u00e0 r\u00e9agir. Enqu\u00eate.<\/p>\n","protected":false},"author":18920,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3097","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3097","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18920"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3097"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3097\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3097"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3097"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3097"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}