



{"id":3087,"date":"2010-02-28T23:04:20","date_gmt":"2010-02-28T21:04:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3087"},"modified":"2017-07-12T11:29:40","modified_gmt":"2017-07-12T09:29:40","slug":"art-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3087","title":{"rendered":"Beyeler, l\u2019homme qui p\u00e9dalait"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large01032010.jpg\" alt=\"large01032010.jpg\" title=\"large01032010.jpg\" width=\"468\" height=\"290\" border=\"0\" \/>Il doit \u00eatre deux heures moins dix. La galerie s\u2019ouvre \u00e0 quatorze heures. Encore un peu de patience et je pourrai p\u00e9n\u00e9trer dans ce lieu rare. Il pleuvine. Adoss\u00e9e \u00e0 la fa\u00e7ade, je patiente quand surgit, dans ce d\u00e9cor gris, un cycliste. Un personnage tout de noir v\u00eatu, aux gestes hi\u00e9ratiques, vient s\u2019arr\u00eater \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi. <\/p>\n<p>Combien de fois me suis-je rem\u00e9mor\u00e9 cette sc\u00e8ne? Le septuag\u00e9naire \u00e9lanc\u00e9 s\u2019approche de la porte du b\u00e2timent, pivote et s\u2019adresse \u00e0 moi, en suisse allemand. \u00abVous venez voir l\u2019exposition?\u00bb, me demande-t-il. \u00abOui.\u00bb \u00abAlors vous pouvez me suivre.\u00bb <\/p>\n<p>D\u2019un pas alerte, il me pr\u00e9c\u00e8de dans l\u2019\u00e9troit escalier de bois qui permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la galerie. Qu\u2019il est sympathique, ce vieux monsieur, certainement l\u2019homme \u00e0 tout faire des lieux, le concierge! Apr\u00e8s avoir ouvert une premi\u00e8re porte donnant sur un minuscule bureau, \u00e0 grandes enjamb\u00e9es, il franchit d\u2019autres marches et ouvre d\u2019autres portes. La caverne d\u2019Ali Baba est l\u00e0, sous mes yeux.<\/p>\n<p>Incroyable, je suis seule avec Van Gogh, Picasso, Matisse, Klee, Chagall, Miro, Rothko, Baselitz, Richter et tant d\u2019autres, bien au-del\u00e0 des dix minutes d\u2019avance que j\u2019ai prises sur l\u2019horaire. L\u2019exposition temporaire de cet \u00e9t\u00e9 est intitul\u00e9e \u00abY love yellow\u00bb. Des toiles, r\u00e9unies autour du jaune, qui irradient. Je rayonne. <\/p>\n<p>Alors que je d\u00e9ambule \u00e0 proximit\u00e9 du bureau \u00e0 la porte entre ouverte, je d\u00e9couvre, affich\u00e9es au mur, des coupures de presse. Stup\u00e9faction! Ce concierge attentionn\u00e9 n\u2019est autre que le ma\u00eetre des lieux, celui qui a constitu\u00e9 l\u2019une des plus importantes collections d\u2019art de la plan\u00e8te, estim\u00e9e \u00e0 au moins deux milliards de francs. <\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, c\u2019est lui que j\u2019aper\u00e7ois maintenant en train de tapoter sur une machine \u00e0 \u00e9crire Herm\u00e8s. \u00abVenez, il y a encore des choses \u00e0 voir ici\u00bb, m\u2019indique-t-il. Mais je ne vois plus rien. Je suis \u00e9blouie. <\/p>\n<p>C\u2019est \u00abl\u2019oeil absolu\u00bb, c\u2019est Ernst Beyeler, celui que les sp\u00e9cialistes qualifient de \u00abmeilleur d\u00e9fricheur du futur\u00bb qui est l\u00e0, si attentif, si disponible pour moi, l\u2019amatrice d\u2019art peu \u00e9clair\u00e9e. Je me confonds en remerciements, redescends le petit escalier, retrouve la rue et sa grisaille.<\/p>\n<p>Le robuste v\u00e9lo noir est l\u00e0. Le personnage qui l\u2019enfourchera tout \u00e0 l\u2019heure ressemble fort \u00e0 \u00abL\u2019homme qui marche\u00bb, de Giacometti. Une oeuvre dont Beyeler est propri\u00e9taire et qu\u2019il exposera un an plus tard \u00e0 Riehen dans le mus\u00e9e de sa fondation.<\/p>\n<p>Dans le train qui me reconduit chez moi, je r\u00e9dige un brouillon. Une candidature spontan\u00e9e. J\u2019aimerais tant devenir gardienne de galerie, arriver de la gare en bicyclette et l\u2019abandonner \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle de mon nouveau patron. Le lendemain, j\u2019exp\u00e9die ma missive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que le monde de l\u2019art prend cong\u00e9 du grand collectionneur Ernst Beyeler, notre chroniqueuse se rem\u00e9more une sc\u00e8ne qu\u2019elle a v\u00e9cue en septembre 1996 \u00e0 la B\u00e4umleingasse 9, \u00e0 B\u00e2le.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[1298],"class_list":["post-3087","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","tag-chroniques","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3087","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3087"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3087\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5670,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3087\/revisions\/5670"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3087"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3087"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3087"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}