



{"id":3066,"date":"2010-01-28T17:20:44","date_gmt":"2010-01-28T15:20:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3066"},"modified":"2010-04-07T18:12:19","modified_gmt":"2010-04-07T16:12:19","slug":"science","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3066","title":{"rendered":"Objectif: Mars"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large290110_1.jpg\" alt=\"large290110_1.jpg\" title=\"large290110_1.jpg\" width=\"468\" height=\"274\" border=\"0\" \/>Etudier la surface, l\u2019atmosph\u00e8re et les profondeurs souterraines de la plan\u00e8te Mars dans le but d\u2019y d\u00e9couvrir de l\u2019eau, voire les traces d\u2019une vie extraterrestre\u2026 Ce cahier des charges pourrait faire partie d\u2019ici dix \u00e0 vingt ans de la mission quotidienne d\u2019un \u00e9quipage en visite sur notre lointaine cousine. Deux cent cinquante jours de voyage pour l\u2019aller, 30 jours sur place et 240 pour le vol retour seront alors n\u00e9cessaires. Une fois sur place, un message envoy\u00e9 dans l\u2019immensit\u00e9 du syst\u00e8me solaire mettra vingt minutes pour atteindre la Terre. Autant dire que pareille aventure, sans doute l\u2019une des plus incroyables de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, ne pourra se permettre la moindre erreur. <\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne (ESA) participe avec l\u2019Institut russe des probl\u00e8mes biom\u00e9dicaux (IBMP) au projet Mars-500. Celui-ci simule les conditions d\u2019un vol vers la plan\u00e8te rouge et doit permettre de mieux comprendre les aspects psychologiques et m\u00e9dicaux des vols spatiaux de longue dur\u00e9e. Une premi\u00e8re mission d\u2019isolement de 105 jours s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e avec succ\u00e8s dans le hall de l\u2019IBMP \u00e0 Moscou. L\u2019\u00e9quipage, constitu\u00e9 de quatre Russes et de deux Europ\u00e9ens s\u00e9lec\u00adtionn\u00e9s par l\u2019ESA sur plus de 5\u2019600 candidats, a boucl\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier. Celle-ci ouvre la voie \u00e0 une simulation de 520 jours devant d\u00e9marrer cette ann\u00e9e, et qui correspond \u00e0 la dur\u00e9e totale du voyage r\u00e9el.  <\/p>\n<p>Plus de 70 exp\u00e9riences ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es durant cette premi\u00e8re simulation. Elles ont notamment \u00e9tudi\u00e9 les effets de la dynamique de groupe et de la solitude sur l\u2019adaptation dans des environnements extr\u00eames et confin\u00e9s, l\u2019influence du stress sur le syst\u00e8me immunitaire ainsi que les effets de la lumi\u00e8re bleue sur l\u2019\u00e9veil et le rythme du sommeil. Elles se sont \u00e9galement pench\u00e9es sur les relations homme-machine dans le but de d\u00e9velopper un syst\u00e8me autonome capable de traiter des situations inattendues et complexes. Des exp\u00e9riences relatives \u00e0 la nutrition (notamment l\u2019\u00e9quilibre salin dans le corps humain) ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019influence du manque de sommeil sur les capacit\u00e9s de psycho-vigilance ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es. \u00abLes r\u00e9sultats sont en cours d\u2019analyse, indique Markus Bauer de l\u2019ESA. Nous attendons les premi\u00e8res conclusions dans le courant de l\u2019ann\u00e9e.\u00bb  <\/p>\n<p>L\u2019espace de simulation (d\u2019une surface totale de 242 m2) se compose d\u2019une unit\u00e9 m\u00e9dicale, d\u2019un bloc d\u2019habitation (comprenant 6 chambres individuelles, une cuisine, un salon et une salle de contr\u00f4le) ainsi que d\u2019un module de stockage qui int\u00e8gre un compartiment frigorifi\u00e9 pour la nourriture p\u00e9rissable, des serres exp\u00e9rimentales (permettant de cultiver des l\u00e9gumes et des salades), une salle de gym, une salle de bains et un sauna. A ces trois unit\u00e9s se rajoute encore le module \u00abd\u2019amarsissage\u00bb de 6 x 6 m\u00e8tres, avec lits superpos\u00e9s, toilettes et salle de contr\u00f4le enti\u00e8rement \u00e9quip\u00e9e pour la collecte et l\u2019analyse de donn\u00e9es. Toutes les installations sont \u00e9quip\u00e9es d\u2019\u00e9gouts ainsi que de dispositifs d\u2019approvisionnement en eau et de syst\u00e8mes de surveillance et de s\u00e9curit\u00e9 contre les incendies.  <\/p>\n<p><strong>Un voyage aux contraintes multiples <\/strong><br \/>\n\u00abMon principal probl\u00e8me concernait le sommeil, en termes de r\u00e9gularit\u00e9 et donc de qualit\u00e9, t\u00e9moigne le Fran\u00e7ais Cyrille Fournier, l\u2019un des deux participants s\u00e9lectionn\u00e9s par l\u2019ESA. On sait tous qu\u2019un d\u00e9ficit de sommeil impacte le relationnel: on devient moins communicatif, moins patient et plus irritable \u2026 Cela pourrait devenir un s\u00e9rieux probl\u00e8me sur le long terme au sein d\u2019un \u00e9quipage, aussi stable soit-il.\u00bb   <\/p>\n<p>Parmi les autres contraintes auxquelles seront confront\u00e9s les membres de l\u2019\u00e9quipage dans leur voyage de 520 jours, Cyrille Fournier, qui exerce dans le priv\u00e9 la profession de pilote de ligne chez Air France, cite la promiscuit\u00e9, la gestion du manque sur les plans affectif et sexuel, et surtout le choc psychologique que pourra provoquer l\u2019incroyable distance qui s\u00e9parera l\u2019\u00e9quipage de son berceau naturel: \u00abPour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, un petit groupe d\u2019hommes va se retrouver \u00e0 une distance les isolant compl\u00e8tement de la Terre. M\u00eame lors des missions vers la Lune, il y a 40 ans, les astronautes gardaient en vue notre plan\u00e8te. D\u2019o\u00f9 une question incontournable: comment r\u00e9agiront des hommes se sentant totalement perdus au fond de l\u2019Univers?\u00bb  <\/p>\n<p>A cela s\u2019ajoute un autre probl\u00e8me: \u00e0 partir du moment o\u00f9 le vaisseau aura acquis la vitesse nominale n\u00e9cessaire pour le voyage vers Mars, il n\u2019y aura plus de possibilit\u00e9 de revenir en arri\u00e8re. \u00abDans le cas d\u2019une avarie ou d\u2019un probl\u00e8me s\u00e9rieux, l\u2019\u00e9quipage ne pourra pas inverser les r\u00e9acteurs pour revenir vers la Terre \u2013 m\u00eame si celle-ci est encore bien en vue, souligne Cyrille Fournier. Le seul moyen pour faire marche arri\u00e8re consistera \u00e0 utiliser le champ gravitationnel martien pour infl\u00e9chir la trajectoire du vaisseau, tout comme l\u2019on se sert actuellement de la Lune ou d\u2019autres plan\u00e8tes pour envoyer des sondes vers leur destination finale.\u00bb Ainsi, d\u00e8s les premiers jours du voyage, l\u2019\u00e9quipage saura qu\u2019il devra atteindre Mars pour esp\u00e9rer revenir sur Terre\u2026 <\/p>\n<p>Cette situation d\u2019isolement extr\u00eame implique d\u2019int\u00e9grer un concept d\u2019autonomie quasi totale. Il faudra pr\u00e9voir tout le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire dans le module de stockage, notamment des pi\u00e8ces de rechange en nombre suffisant. L\u2019approvisionnement ult\u00e9rieur est impossible &#8212; \u00e0 moins d\u2019avoir pr\u00e9c\u00e9demment \u00ablanc\u00e9 en aveugle\u00bb des sondes de ravitaillement\u2026 Un autre facteur important concerne le fait de baigner en permanence dans un champ de rayonnements solaires et cosmiques. Il faudra mesurer avec pr\u00e9cision &#8212; avant l\u2019envoi de la mission r\u00e9elle &#8212; son impact sur l\u2019homme et  notamment sur son patrimoine g\u00e9n\u00e9tique, ainsi que pr\u00e9voir des protections, m\u00eame seulement partielles. Pour couronner le tout, l\u2019\u00e9quipage, qui vivra dans des conditions recr\u00e9ant une pression atmosph\u00e9rique terrestre, sera compl\u00e8tement d\u00e9connect\u00e9 du cycle de 24 heures qui gouverne la vie sur Terre et garantit une certaine stabilit\u00e9 \u00e0 ses habitants.  <\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rents aspects mettent en \u00e9vidence l\u2019importance de la coh\u00e9sion qui devra imp\u00e9rativement r\u00e9gner au sein du groupe pour le succ\u00e8s de la mission. \u00abDans leur s\u00e9lection, les responsables devront privil\u00e9gier non pas des personnalit\u00e9s mais une \u00e9quipe capable de cohabiter dans les meilleures conditions durant les 75 semaines que durera le voyage\u00bb, souligne le pilote de ligne fran\u00e7ais. Au-del\u00e0 de leur savoir-faire technique, les membres de l\u2019\u00e9quipage devront ainsi briller par leurs comp\u00e9tences relationnelles, leur capacit\u00e9 d\u2019adaptation et une tr\u00e8s faible propension \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9\u2026  <\/p>\n<p>Les d\u00e9tails techniques du voyage d\u00e9pendent de progr\u00e8s technologiques encore \u00e0 venir. Une chose semble cependant d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 acquise: compte tenu du poids total du vaisseau, il est tr\u00e8s peu probable que le d\u00e9collage se r\u00e9alise directement depuis la Terre. \u00abIl faudra vraisemblablement passer par une station d\u2019assemblage en orbite ou par une base lunaire, souligne Cyrille Fournier. La premi\u00e8re option r\u00e9unit les faveurs des Russes, la seconde celles des Am\u00e9ricains.\u00bb  <\/p>\n<p>Une fois dans le voisinage de Mars, une proc\u00e9dure de mise en orbite d\u00e9butera, afin que le vaisseau m\u00e8re reste \u00e0 proximit\u00e9 de la plan\u00e8te rouge tandis qu\u2019un second vaisseau plus petit transportera un \u00e9quipage r\u00e9duit vers Mars. \u00abOn reproduira ainsi exactement la m\u00eame proc\u00e9dure qui a \u00e9t\u00e9 mise en \u0153uvre par les Am\u00e9ricains il y a 40 ans lors de leurs alunissages\u00bb, rel\u00e8ve Cyrille Fournier. A priori, sur l\u2019\u00e9quipage initial de 6 personnes, 3 resteront \u00e0 bord du vaisseau m\u00e8re, tandis que 3 autres partiront poser le pied sur Mars. Ils y resteront une trentaine de jours (terriens) pour y effectuer les exp\u00e9riences, sondages et pr\u00e9l\u00e8vements pr\u00e9vus. Avant de revenir, si tout se d\u00e9roule bien, sains et saufs sur Terre\u2026<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La perspective d\u2019un voyage habit\u00e9 sur la plan\u00e8te rouge n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi proche. Le pilote fran\u00e7ais Cyrille Fournier a particip\u00e9 \u00e0 Moscou \u00e0 une premi\u00e8re simulation d\u2019exp\u00e9dition de l&rsquo;Agence spatiale europ\u00e9enne. T\u00e9moignage.<\/p>\n","protected":false},"author":18920,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3066","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3066","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18920"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3066"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3066\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3066"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3066"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3066"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}