



{"id":3055,"date":"2010-01-13T18:32:38","date_gmt":"2010-01-13T16:32:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3055"},"modified":"2010-01-13T22:25:25","modified_gmt":"2010-01-13T20:25:25","slug":"reportage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3055","title":{"rendered":"Plong\u00e9e dans un laboratoire de bios\u00e9curit\u00e9 P4"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large140110.jpg\" alt=\"large140110.jpg\" title=\"large140110.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/>Chaque soir de match, lorsque les supporters de l\u2019Olympique Lyonnais se rendent au stade Gerland, ils passent \u00e0 quelques rues de redoutables tueurs en s\u00e9rie. Leurs noms? Ebola, Marburg, Nipah, Lassa, Crim\u00e9e-Congo. Ces virus parmi les plus vicieux au monde sont tous estampill\u00e9s P4, pour \u00abpathog\u00e8nes de classe 4\u00bb. Hautement mortels, ils n\u2019ont pas de vaccin ni de traitement efficace et sont tr\u00e8s contagieux, y compris par voie a\u00e9rienne. Certains provoquent des fi\u00e8vres h\u00e9morragiques, d\u2019autres des enc\u00e9phalites gravissimes.   <\/p>\n<p>Cette biblioth\u00e8que de l\u2019horreur se trouve au laboratoire lyonnais Jean M\u00e9rieux. La structure de recherche est n\u00e9e en 2000 \u00e0 l\u2019initiative de la Fondation M\u00e9rieux et de l\u2019Institut Pasteur, qui ont investi ensemble quelque 10 millions d\u2019euros. Depuis, elle est pass\u00e9e aux mains de l\u2019Institut national de la sant\u00e9 et de la recherche m\u00e9dicale, l\u2019Inserm. Vingt salari\u00e9s travaillent \u00e0 l\u2019entretien et \u00e0 la gestion de ce laboratoire autoris\u00e9 \u00e0 manipuler des agents pathog\u00e8nes P4.   <\/p>\n<p>Vu de l\u2019ext\u00e9rieur, le b\u00e2timent se r\u00e9duit \u00e0 un rectangle de verre pos\u00e9 sur des pilotis de b\u00e9ton. \u00abAvec la pr\u00e9sence du Rh\u00f4ne et de la Sa\u00f4ne, il \u00e9tait impossible d\u2019enterrer le laboratoire, explique Herv\u00e9 Raoul, directeur du laboratoire. La sur\u00e9l\u00e9vation le pr\u00e9serve des \u00e9ventuelles inondations.\u00bb Pour p\u00e9n\u00e9trer dans cette forteresse, les visiteurs doivent montrer patte blanche et poss\u00e9der de multiples autorisations. Malgr\u00e9 ces formalit\u00e9s, ils ne pourront observer le laboratoire qu\u2019\u00e0 travers ses vitres blind\u00e9es &#8212; seuls les chercheurs autoris\u00e9s peuvent y entrer.   <\/p>\n<p>Avec une superficie de 200 m\u00e8tres carr\u00e9s, ce P4 est le plus grand d\u2019Europe. L\u2019espace est divis\u00e9 en plusieurs zones de travail s\u00e9par\u00e9es par des portes \u00e9tanches. Au fond se trouve la zone d\u00e9di\u00e9e aux op\u00e9rations les plus d\u00e9licates, qui utilisent des animaux tels que des souris et des singes. Ce laboratoire poss\u00e8de une grande animalerie et il reste le seul, en Europe, \u00e0 d\u00e9tenir l\u2019autorisation de manipuler d\u2019autres esp\u00e8ces que des rongeurs &#8212; une sp\u00e9cificit\u00e9 que le directeur pr\u00e9f\u00e8re ne pas trop mettre en avant\u2026 <\/p>\n<p>Avec son int\u00e9rieur maintenu en d\u00e9pression, ce laboratoire ressemble \u00e0 un v\u00e9ritable coffre-fort. \u00abEn cas de fuite, explique Christophe Leculier, responsable bios\u00e9curit\u00e9 et maintenance, aucun agent pathog\u00e8ne ne peut en sortir.\u00bb L\u2019air est \u00e9galement renouvel\u00e9 en permanence et nettoy\u00e9 au moyen de filtres puissants.<br \/>\nAutour des fioles transparentes s\u2019activent des hommes et des femmes en combinaison blanche et pressuris\u00e9es. Avant d\u2019entrer dans le laboratoire, ils se d\u00e9shabillent et enfilent des sous-v\u00eatements jetables. Puis ils mettent leur combinaison et passent dans un sas de d\u00e9contamination au formol. <\/p>\n<p>Une fois ces op\u00e9rations effectu\u00e9es en une petite demi-heure, ils peuvent enfin aller travailler. A plusieurs conditions: porter un casque audio pour pouvoir communiquer et alerter la s\u00e9curit\u00e9 en cas d\u2019urgence, ne jamais entrer seul dans le laboratoire et ne pas y rester plus d\u2019une demi-journ\u00e9e &#8212; car au-del\u00e0, la concentration se rel\u00e2che. Les femmes enceintes ne peuvent d\u2019ailleurs pas p\u00e9n\u00e9trer dans la zone P4. Dans les pi\u00e8ces aseptis\u00e9es, les chercheurs branchent leur combinaison aux \u00abnarguil\u00e9s\u00bb, des c\u00e2bles jaunes leur permettant de respirer de l\u2019air pur.   <\/p>\n<p>Tous portent un scaphandre transparent. Tels des astronautes, ils \u00e9voluent dans une ambiance lunaire et avec une extr\u00eame lenteur. Prendre un tube contenant du virus, en pr\u00e9lever quelques millilitres avec une pipette, d\u00e9poser le liquide sur un support pour le mettre en culture\u2026 Dans le P4, ces gestes pourtant anodins requi\u00e8rent des heures \u00e0 cause de la combinaison. M\u00eame se retourner prend de longues secondes, pour ne pas s\u2019emp\u00eatrer dans un fil ou un pied de table. Les scientifiques portent quatre couches de gants chirurgicaux pour se prot\u00e9ger des coupures. \u00abC\u2019est comme faire de la chirurgie avec des gants de boxe\u00bb, dit Herv\u00e9 Raoul.  <\/p>\n<p>Un geste de travers et ils peuvent \u00eatre contamin\u00e9s. Cette menace, p\u00e8se-t-elle au quotidien sur les employ\u00e9s? \u00abSi on panique, on ne peut pas rentrer, raconte St\u00e9phanie Mundweiler, une immunovirologue salari\u00e9e du P4. De toute fa\u00e7on, nous avons suivi une formation pr\u00e9alable de trois semaines. Et m\u00e9dicalement, nous sommes tr\u00e8s suivis.\u00bb La scientifique de 33 ans acc\u00e8de trois fois par semaine au laboratoire. \u00abJ\u2019appr\u00e9cie ces conditions sp\u00e9cifiques, et le stress n\u2019est pas un probl\u00e8me pour moi.\u00bb Pour beaucoup de chercheurs, travailler en P4 constitue donc un motif de fiert\u00e9. \u00abC\u2019est un must, pr\u00e9cise son coll\u00e8gue St\u00e9phane Mely, 26 ans. Un laboratoire comme celui-l\u00e0 repr\u00e9sente un summum dans la formation. Mon entourage? Mon travail les fascine!\u00bb <\/p>\n<p>L\u2019institution ne d\u00e9veloppe pas ses propres projets de recherche, mais loue ses locaux \u00e0 des institutions priv\u00e9es (tarif: environ 1000 euros la demi-journ\u00e9e) ou publiques (630 euros), \u00e9trang\u00e8res ou fran\u00e7aises. Ces rentr\u00e9es d\u2019argent l\u2019aident \u00e0 financer des frais d\u2019entretien de plus d\u2019un million et demi d\u2019euros par an. Actuellement, une vingtaine de projets sont men\u00e9s conjointement et suivent un calendrier de travail tr\u00e8s pr\u00e9cis. Beaucoup d\u2019entre eux concernent l\u2019\u00e9laboration de kits scientifiques pour le diagnostic de virus. Une \u00e9quipe travaille par exemple sur une cartographie des enc\u00e9phalites, un mandat du gouvernement du N\u00e9pal qui veut pouvoir d\u00e9tecter les souches les plus graves. <\/p>\n<p>Le film \u00abAlerte\u00bb, qui pr\u00e9sente un Dustin Hoffman aux prises avec un virus mortel et tr\u00e8s contagieux, a contribu\u00e9 \u00e0 rendre mythique une profession m\u00e9connue du grand public. St\u00e9phane Mely nuance cette image: \u00abDans le laboratoire, personne ne joue avec l\u2019adr\u00e9naline. On ne peut pas se permettre d\u2019\u00eatre t\u00e9m\u00e9raire.\u00bb La r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 Lyon n\u2019a donc rien \u00e0 voir avec celle d\u2019Hollywood.\u00abLe risque z\u00e9ro n\u2019existe pas, souligne le directeur Herv\u00e9 Raoul, et il y a d\u2019ailleurs eu un petit incident \u00e0 Hambourg cette ann\u00e9e. Nous avons donc envisag\u00e9 tous les sc\u00e9narios &#8212; y compris celui o\u00f9 un petit avion venait \u00e0 s\u2019abattre sur le centre&#8230; Mais honn\u00eatement, le risque que le laboratoire se fende en deux et qu\u2019un nuage d\u2019Ebola se forme reste quasi nul.\u00bb <\/p>\n<p>\u00abParadoxalement, ces virus sont tr\u00e8s fragiles, ajoute Christophe Leculier. Ils ne supportent ni la chaleur, ni les UV, ni la lumi\u00e8re. Si un incendie se d\u00e9clenche, il tuera probablement toutes les souches.\u00bb Un seul accident dramatique est connu dans l\u2019histoire: en 1979, une fuite d\u2019anthrax au laboratoire de Serdlovsk en Russie a provoqu\u00e9 la mort d\u2019au moins 60 personnes.  <\/p>\n<p>Si le quotidien du P4 reste loin de ces sc\u00e9narios catastrophe, le laboratoire se pr\u00e9pare activement \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une mutation de la grippe. \u00abAujourd\u2019hui, la H5N1 et la H1N1 restent seulement class\u00e9es au niveau P3, pr\u00e9cise Herv\u00e9 Raoul. Mais si, demain, on a un probl\u00e8me majeur d\u2019influenza, on pourra y faire face, \u00e0 la fois en termes de diagnostic et de recherche de vaccin.\u00bb La structure Jean M\u00e9rieux chapeaute \u00e9galement un projet visant \u00e0 multiplier les laboratoires comme le sien, car \u00aben cas de pand\u00e9mie majeure, les six laboratoires europ\u00e9ens seraient insuffisants\u00bb, selon le directeur. <\/p>\n<p>Faut-il vraiment se pr\u00e9parer au pire? \u00abNous constatons une r\u00e9\u00e9mergence d\u2019agents pathog\u00e8nes probl\u00e9matiques, r\u00e9pond Herv\u00e9 Raoul. Le SRAS, la grippe aviaire, le Nipah, mais aussi des bact\u00e9ries comme la tuberculose\u2026 C\u2019est d\u2019abord pour faire front \u00e0 ces menaces naturelles qu\u2019il faut d\u00e9velopper des laboratoires P4.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Un P4 helv\u00e9tique, version militaire<\/p>\n<p>Le 25 juin 2010 aura lieu la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture du SiLab, le plus grand laboratoire haute s\u00e9curit\u00e9 de Suisse. Situ\u00e9e \u00e0 Spiez, \u00e0 40 kilom\u00e8tres de Berne, cette structure au budget pharaonique (pr\u00e8s de 30 millions de francs) sera mise en service d\u2019ici au d\u00e9but de 2011. Copi\u00e9e sur un mod\u00e8le canadien, elle comprendra quatre petits laboratoires s\u00e9curis\u00e9s: deux P3 et deux P4 d\u2019environ 50 m\u00e8tres carr\u00e9s chacun. Les chercheurs pourront y acc\u00e9der apr\u00e8s un enregistrement biom\u00e9trique suivi d\u2019une douche chimique. Entre quatre et six virologues et bact\u00e9riologues seront recrut\u00e9s pour y travailler.   <\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019un P4 suisse de grande envergure est n\u00e9e en 1996, mais s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e en 2001, \u00abapr\u00e8s les attaques \u00e0 l\u2019anthrax aux Etats-Unis\u00bb, note le porte-parole du laboratoire, Andreas Bucher. Le fondement du projet demeure donc plus militaire qu\u2019humanitaire. \u00abL\u2019objectif est de diagnostiquer des micro-organismes qui peuvent potentiellement servir comme armes biologiques, explique Marc Strasser, virologue \u00e0 Spiez. La recherche n\u2019est pas notre premier devoir.\u00bb Le financement du laboratoire d\u00e9pend ainsi du Minist\u00e8re de la d\u00e9fense, et le b\u00e2timent ne sera pas reli\u00e9 \u00e0 une universit\u00e9, mais \u00e0 une entit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e.  <\/p>\n<p>Ce choix ne ravit pas toute la communaut\u00e9 scientifique. Laurent Kaiser, responsable du laboratoire central de virologie des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve, dirige une petite unit\u00e9 classifi\u00e9e P4. \u00abPour survivre dans le monde de la recherche, il vaut mieux avoir une infrastructure autour du laboratoire, dit-il. A Spiez, il y a certes un joli lac et une caserne, mais pas d\u2019universit\u00e9\u2026 Gen\u00e8ve est un centre de r\u00e9f\u00e9rence suisse pour la grippe, mais nous ne b\u00e9n\u00e9ficions que d\u2019un tout petit budget, alors que Spiez touche des millions\u2026\u00bb \u00abNous ne sommes pas en concurrence avec Gen\u00e8ve, r\u00e9pond Andreas Bucher. Nous avons beaucoup de contacts avec eux.\u00bb  Le laboratoire de Spiez aura aussi pour mandat de permettre aux chercheurs internationaux de se former \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019un P4. En cela, le futur \u00e9tablissement se pose en rival direct de son grand fr\u00e8re lyonnais.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour manipuler les virus les plus dangereux au monde, des chercheurs en scaphandre utilisent des infrastructures futuristes de haute s\u00e9curit\u00e9. Visite \u00e0 Lyon du plus grand laboratoire europ\u00e9en de niveau P4.<\/p>\n","protected":false},"author":19729,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3055","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3055","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19729"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3055"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3055\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}