



{"id":3052,"date":"2010-01-08T17:10:49","date_gmt":"2010-01-08T15:10:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3052"},"modified":"2010-02-04T11:31:38","modified_gmt":"2010-02-04T09:31:38","slug":"suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3052","title":{"rendered":"Patrick Aebischer: dix ans \u00e0 la barre de l&rsquo;EPFL"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large120110.jpg\" alt=\"large120110.jpg\" title=\"large120110.jpg\" width=\"468\" height=\"302\" border=\"0\" \/>Dans son bureau, une petite table basse est couverte par une vue a\u00e9rienne de l\u2019EPFL. On y distingue le futur Rolex Learning Center qui marquera l\u2019entr\u00e9e du campus. Mais l\u2019image est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9e: dehors, sous la fen\u00eatre, les ouvriers du chantier apportent les touches finales au nouveau b\u00e2timent. Les dix ans de pr\u00e9sidence de Patrick Aebischer ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par le d\u00e9veloppement constant de l\u2019\u00e9cole, tant par sa taille qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019ambitions acad\u00e9miques. <\/p>\n<p>Le nombre d\u2019\u00e9tudiants ainsi que le corps enseignant ont augment\u00e9 de presque 50% (\u00e0 7&rsquo;200 et 4&rsquo;300 respectivement), avec, dans les deux cas, plus de la moiti\u00e9 en provenance de l\u2019\u00e9tranger. L\u2019institution a cr\u00e9\u00e9 de nouveaux d\u00e9partements pour les sciences de la vie et le management de la technologie, tout en ajoutant divers instituts sp\u00e9cialis\u00e9s. Ce n\u2019est pas un hasard si l\u2019EPFL occupe aujourd\u2019hui une place aussi enviable dans les rankings des meilleures universit\u00e9s du monde.  <\/p>\n<p>\u00c0 la fois m\u00e9decin et neuroscientifique, dipl\u00f4m\u00e9 des Universit\u00e9s de Gen\u00e8ve et Fribourg, Patrick Aebischer, 54 ans, a pass\u00e9 pr\u00e8s de dix ans \u00e0 Brown University (Providence, Etats-Unis) avant de revenir en Suisse en 1992. Aujourd\u2019hui, quand il n\u2019est pas submerg\u00e9 par ses responsabilit\u00e9s administratives, il poursuit ses recherches sur les techniques de transfert de cellules et de g\u00e8nes pour le traitement de maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. \u00abJ\u2019ai des semaines de cent heures, l\u00e2che-t-il dans un sourire d\u00e9sarmant. Mais je ne survivrais pas si je ne pouvais pas continuer ma recherche.\u00bb  Pendant l\u2019interview d\u2019une heure qu\u2019il nous a consacr\u00e9e, Patrick Aebischer s\u2019est montr\u00e9 d\u00e9tendu et de bonne humeur, ponctuant r\u00e9guli\u00e8rement ses phrases de jargon acad\u00e9mique am\u00e9ricain. <\/p>\n<p><strong><br \/>\nQu\u2019est-ce qui a le plus chang\u00e9 durant vos dix ann\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sidence?  <\/strong><\/p>\n<p>En 1969, quand la Conf\u00e9d\u00e9ration a repris l\u2019Ecole polytechnique de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne pour en faire l\u2019EPFL, ce campus \u00e9tait un champ de patates. Depuis lors, chacun des quatre pr\u00e9sidents successifs s\u2019est efforc\u00e9 de le d\u00e9velopper en \u00e9levant le niveau de l\u2019\u00e9cole et en \u00e9largissant son domaine d\u2019investigation. Les plus grands changements de ces derni\u00e8res ann\u00e9es sont sans doute li\u00e9s \u00e0 l\u2019ouverture internationale, qui a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par la r\u00e9forme de Bologne. Nous avons aussi connu un renouvellement de g\u00e9n\u00e9rations. Si vous regardez la direction actuelle, vous verrez que presque tous ses membres ont pass\u00e9 une dizaine d\u2019ann\u00e9es dans les grandes \u00e9coles am\u00e9ricaines.   <\/p>\n<p><strong>Cela vous g\u00eane-t-il d\u2019entendre dire que l\u2019EPFL est une universit\u00e9 \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine?  <\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9coles am\u00e9ricaines sont class\u00e9es aux meilleurs rangs dans les rankings internationaux, cela signifie quand m\u00eame quelque chose. Nous essayons de nous inspirer de leur mode de fonctionnement tout en l\u2019adaptant \u00e0 la culture europ\u00e9enne. Les chercheurs que nous recrutons des Etats-Unis sont d\u2019ailleurs souvent des Europ\u00e9ens qui travaillent dans les grandes \u00e9coles comme Harvard et le MIT. En fin de compte, nous avons tous envie de rentrer en Europe, surtout au moment o\u00f9 les enfants grandissent. Mais le probl\u00e8me en Europe est li\u00e9 \u00e0 son syst\u00e8me tr\u00e8s hi\u00e9rarchique. Pour le changer il a fallu cr\u00e9er ce fameux \u00abtenure track\u00bb &#8212; en fran\u00e7ais, on appelle cela la titularisation pr\u00e9-conditionnelle, je crois &#8212; pour rendre les jeunes chercheurs plus autonomes. On voit maintenant les r\u00e9sultats en comp\u00e9tition internationale avec les \u00abJunior ERC Grants\u00bb (ndlr: bourses pour jeunes chercheurs, financ\u00e9es par l\u2019Union europ\u00e9enne) o\u00f9 l\u2019EPFL est class\u00e9e en t\u00eate des universit\u00e9s europ\u00e9ennes. Sur le plan scientifique, la faiblesse des Etats-Unis vient de son approche \u201cshort-term\u201d. En Europe, avec un financement plus stable, on peut encourager nos professeurs \u00e0 entreprendre des recherches plus risqu\u00e9es.<br \/>\n<strong><\/p>\n<p>Y a-t-il des particularismes suisses qu\u2019il faut pr\u00e9server?  <\/strong><\/p>\n<p>La force de la Suisse a \u00e9t\u00e9 son syst\u00e8me acad\u00e9mique ouvert. Dans d\u2019autres pays, le syst\u00e8me est compl\u00e8tement \u201cin bred\u201d, referm\u00e9 sur lui-m\u00eame, et on sait qu\u2019en g\u00e9n\u00e9tique, \u00e7a ne va pas tr\u00e8s loin. Dans ce sens, les \u00e9coles polytechniques suisses peuvent, du fait de leur autonomie, montrer la voie aux autres institutions en Europe continentale.   Le probl\u00e8me vient du fait que la science est internationale, alors que son financement reste principalement national. Il faudrait arriver \u00e0 une grande plateforme europ\u00e9enne de financement. C\u2019est pour cela que j\u2019aime beaucoup ces ERC qui sont bas\u00e9s sur le seul m\u00e9rite. Il faut \u00e9galement encourager la mobilit\u00e9 des \u00e9tudiants pour qu\u2019ils choisissent les meilleures universit\u00e9s europ\u00e9ennes au lieu de partir aux Etats-Unis, et il faut que les enseignants-chercheurs puissent aussi bouger. C\u2019est vital pour l\u2019Europe de d\u00e9velopper des grandes institutions qui refl\u00e8tent sa puissance intellectuelle. La contribution des Europ\u00e9ens \u00e0 la science est majeure, mais elle est faite de fa\u00e7on non n\u00e9gligeable par ceux qui travaillent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019Europe.   <\/p>\n<p><strong>Y a-t-il d\u2019autres universit\u00e9s en Europe qui sont proches de vous dans cette r\u00e9flexion?  <\/strong><\/p>\n<p>Oui, en Allemagne il y a ces \u201c\u00e9lite universities\u201d qui commencent \u00e0 se d\u00e9velopper, par exemple celles de Munich et de Karlsruhe. Il y aussi Copenhague et Helsinki, o\u00f9 on voit \u00e9merger de jeunes leaders europ\u00e9ens qui ont pass\u00e9 pas mal de temps aux Etats-Unis. Il faut saisir l\u2019opportunit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par Bologne, qui a compl\u00e8tement chang\u00e9 le concept: le syst\u00e8me unifi\u00e9 de dipl\u00f4mes permet des choses qui \u00e9taient impossibles auparavant. Cette ann\u00e9e, l\u2019EPFL a re\u00e7u 2\u2019500 candidats au Master; nous en avons s\u00e9lectionn\u00e9 200.  <\/p>\n<p><strong>Vous souhaitez donc que les jeunes se d\u00e9placent de plus en plus pour leurs \u00e9tudes?  <\/strong><\/p>\n<p>A 18 ans, l\u2019\u00e9tudiant europ\u00e9en n\u2019ira pas \u00e0 Hambourg parce qu\u2019on y trouve le meilleur d\u00e9partement de physique; il ira dans l\u2019universit\u00e9 la plus proche de chez lui, ce qui est naturel. Par contre, une fois son Bachelor en poche, les choses changent. L\u2019\u00e9tudiant est pr\u00eat \u00e0 quitter le domicile parental. Il regardera la carte d\u2019Europe et ira dans les meilleures universit\u00e9s pour faire son Master et son PhD. D\u2019o\u00f9, l\u00e0 aussi, notre id\u00e9e de d\u00e9velopper un campus: si vous encouragez la mobilit\u00e9, il faut aussi cr\u00e9er des logements, ce qui n\u2019\u00e9tait pas vraiment le cas dans l\u2019universit\u00e9 standard europ\u00e9enne.<br \/>\n<strong><\/p>\n<p>Comment jugez-vous le syst\u00e8me \u00e9ducatif suisse?  <\/strong><\/p>\n<p>Les deux \u00e9coles polytechniques exercent un certain effet de \u201cpull\u201d, elles tirent le syst\u00e8me en avant. Les grandes universit\u00e9s suisses se classent relativement bien. Prenez le classement de \u00abNewsweek\u00bb: 5 dans les 50 premiers pour un pays de la taille de la Suisse, c\u2019est remarquable. Sans faire partie de l\u2019Union europ\u00e9enne, la Suisse a \u00e9t\u00e9 le premier pays \u00e0 \u00eatre compl\u00e8tement Bologne-compatible. Elle a aussi une longue tradition de formation doctorale, et elle dispose du Fonds national de la recherche scientifique qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important dans toute l\u2019\u00e9volution scientifique suisse. Elle utilise le syst\u00e8me de \u201cpeer review\u201d depuis plus de 50 ans, alors que l\u2019Italie l\u2019a d\u00e9couvert il y a 3-4 ans. Donc il y a ici une longue tradition d\u2019allocation des moyens en fonction du m\u00e9rite.   Demain, on sera en pr\u00e9sence de trois grands march\u00e9s de la formation et de la recherche: le march\u00e9 am\u00e9ricain qui est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s m\u00fbr, le march\u00e9 asiatique \u00e9mergent, et puis l\u2019Europe qui doit un peu se r\u00e9inventer. Dans ce sens, la Suisse peut devenir un laboratoire, et peut-\u00eatre que dans ce laboratoire l\u2019EPFL l\u2019est encore plus.   <\/p>\n<p><strong>Les \u00e9tudiants suisses \u00e0 l\u2019EPFL sont-ils suffisamment bien pr\u00e9par\u00e9s?  <\/strong><\/p>\n<p>Nos professeurs se plaignent qu\u2019ils n\u2019ont pas le niveau en math\u00e9matiques. J\u2019ai trouv\u00e9 des documents de 1970 o\u00f9 nos enseignants se plaignaient exactement de la m\u00eame chose: il faut donc prendre ces critiques avec un peu de recul. A l\u2019\u00e9poque, il y avait moins de mati\u00e8re \u00e0 ma\u00eetriser. Aujourd\u2019hui il y a l\u2019informatique, et les langues sont devenues plus importantes. Ce qui me para\u00eet essentiel, c\u2019est d\u2019attirer de tr\u00e8s bons \u00e9tudiants \u00e9trangers afin que les n\u00f4tres aient une r\u00e9f\u00e9rence. Personnellement, j\u2019aime bien la g\u00e9n\u00e9ration actuelle d\u2019\u00e9tudiants: je la trouve curieuse, ouverte, engag\u00e9e, plus que nous l\u2019\u00e9tions \u00e0 l\u2019\u00e9poque. On avait une vision plus restreinte du monde. Par exemple, aujourd\u2019hui, on enseigne beaucoup en anglais parce qu\u2019un nombre non n\u00e9gligeable de nos professeurs ne parlent pas un mot de fran\u00e7ais. Je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019il y a trente ans on l\u2019aurait accept\u00e9 aussi facilement.  <\/p>\n<p><strong>Pourquoi construisez-vous tant de nouveaux b\u00e2timents?  <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e, c\u2019est de cr\u00e9er  un vrai campus. Comme la situation du logement est tendue ici et en ville, c\u2019est important de b\u00e2tir des logements. Nous construisons \u00e9galement un h\u00f4tel, de nouveaux b\u00e2timents pour nos start-up ainsi que les compagnies existantes. Nous planifions \u00e9galement de construire un centre de conf\u00e9rences. Toutes ces nouvelles constructions ont pour but de cr\u00e9er une communaut\u00e9 vivante. Ce campus est merveilleux, mais le soir et le week-end il reste un peu trop calme \u00e0 mon go\u00fbt.<br \/>\n<strong><\/p>\n<p>Et le Learning Center?<\/strong><\/p>\n<p>Un b\u00e2timent comme le Rolex Learning Center est important parce que les m\u00e9thodes d\u2019acquisition de savoir changent. On ne va plus \u00e0 la biblioth\u00e8que pour faire une copie d\u2019un bouquin ou d\u2019un article, mais il faut quand m\u00eame un lieu o\u00f9 l\u2019\u00e9tudiant peut se rendre avec son portable et acqu\u00e9rir de nouvelles connaissances. L\u2019ouverture vers la cit\u00e9 me semble \u00e9galement importante: il ne faut pas faire de nos campus des ghettos. Il faut cr\u00e9er des activit\u00e9s attrayantes pour que les gens aient envie de venir s\u2019instruire, et pour \u00e7a il faut des b\u00e2timents embl\u00e9matiques. Nous disposons d\u2019un site unique, mais on avait mis les parkings au plus bel emplacement! Un b\u00e2timent phare qui regarde le lac semblait une \u00e9vidence. Il faut aussi faire conna\u00eetre l\u2019EPFL car elle est moins connue que sa qualit\u00e9 ne le m\u00e9rite. Un b\u00e2timent phare comme le Rolex Learning Center contribuera \u00e0 donner une image de notre institution dans le monde. <\/p>\n<p><strong>Pour mieux faire conna\u00eetre l\u2019EPFL, ne faudrait-il pas un nom plus facile \u00e0 retenir?  <\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un sujet d\u00e9licat et sensible!  <\/p>\n<p><strong><br \/>\nEn Suisse al\u00e9manique, on l\u2019appelle ETH Lausanne, n\u2019est-ce pas?  <\/strong><\/p>\n<p>En Suisse al\u00e9manique, c\u2019est acceptable, comme nous disons du reste EPFZ. Mais derni\u00e8rement, un article dans la revue anglaise \u00abNature\u00bb disait qu\u2019un de nos professeurs \u00e9tait \u201cfrom the polytechnic school of Lausanne, France\u201d. L\u00e0, c\u2019est un drame! J\u2019ai \u00e9mis un certain nombre d\u2019id\u00e9es pour un nouveau nom, comme Swisstech Lausanne, mais je ne pense pas que ce soit m\u00fbr aujourd\u2019hui.   <\/p>\n<p><strong>Le \u00abpublic-private partnership\u00bb n\u2019est pas vraiment une conception europ\u00e9enne. Y a-t-il une limite \u00e0 la participation du secteur priv\u00e9 dans les universit\u00e9s?<\/strong>  <\/p>\n<p>Il y a plusieurs types d\u2019investissement priv\u00e9. L\u2019h\u00f4tel, le logement d\u2019\u00e9tudiants, le quartier de l\u2019innovation b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un financement de type partenariat public-priv\u00e9 et \u00e7a me para\u00eet tout \u00e0 fait logique: c\u2019est de l\u2019immobilier qui a une valeur \u00e9conomique. De plus, cela \u00e9conomise des moyens pour la recherche et la formation. Deuxi\u00e8mement, il y a les financements de type m\u00e9c\u00e9nat comme pour le Learning Center. Les contributeurs comme Rolex, Novartis, Nestl\u00e9, Credit Suisse, Logitech ou Sicpa auront leurs noms \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du b\u00e2timent, mais il n\u2019y a pas de contrepartie directe. Un troisi\u00e8me type de financement est constitu\u00e9 par les \u00abendowed chairs\u00bb, nous en avons maintenant 19. L\u00e0 aussi c\u2019est tr\u00e8s clair, le sponsor, qu\u2019il soit industriel ou un m\u00e9c\u00e8ne, peut avoir son mot \u00e0 dire dans le choix du domaine et de la personne qui incarnera cette chaire, mais la libert\u00e9 acad\u00e9mique et la libert\u00e9 de communication des r\u00e9sultats sont garanties. Enfin, il y a les contrats de recherche qui sont n\u00e9goci\u00e9s, et qui sont r\u00e9gis par des contrats types sur le transfert de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle.  Notre budget cette ann\u00e9e \u00e9tait de 750 millions de francs suisses, dont 550 millions de contribution de base de la Conf\u00e9d\u00e9ration et 200 millions de fonds tiers. Dans les fonds tiers, les fonds industriels sont relativement mineurs: 30 \u00e0 40 millions. Donc c\u2019est un mythe que de dire qu\u2019il y a une mainmise industrielle sur l\u2019Ecole; de plus, dans le domaine technologique, il est capital de maintenir des liens avec l\u2019industrie.<br \/>\n<strong><\/p>\n<p>Est-ce que vous consid\u00e9rez que l\u2019EPFL fonctionne maintenant comme un r\u00e9seau?<\/strong> <\/p>\n<p>L\u2019universit\u00e9, c\u2019est un r\u00e9seau de laboratoires.Chaque professeur a son propre r\u00e9seau dans le monde. Nous sommes en fait un r\u00e9seau de r\u00e9seaux. Aujourd\u2019hui, la transmission du savoir est globale et instantan\u00e9e.   <\/p>\n<p><strong>On vous reproche parfois de trop vouloir avaler d\u2019autres instituts. <\/strong><\/p>\n<p>Il y a une communication entre les savoirs: il faut donc disposer d\u2019une masse critique sur un lieu physique. On avait par exemple \u00e9tabli une division assez artificielle entre les disciplines \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la f\u00e9d\u00e9ralisation de l\u2019EPUL. L\u2019EPFL ferait l\u2019ing\u00e9nierie de la physique et les maths appliqu\u00e9es, et l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne la physique et les maths pures. Mais ces fronti\u00e8res \u00e9taient de moins en moins \u00e9videntes. Il est important que l\u2019Ecole dispose de cette masse critique, au niveau du nombre d\u2019\u00e9tudiants, du nombre de laboratoires, de domaines pr\u00e9sents sur l\u2019institution. Pour l\u2019Isrec, c\u2019\u00e9tait une condition de survie financi\u00e8re.  <\/p>\n<p><strong>Est-ce que vous imaginez que ces liens pourraient encore \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s avec d\u2019autres institutions dans la r\u00e9gion, tels l\u2019IMD ou l\u2019ECAL?  <\/strong><\/p>\n<p>Naturellement, mais cela ne veut pas dire qu\u2019elles doivent faire partie de l\u2019EPFL. L\u2019ECAL forme des artistes et des designers, nous formons des scientifiques. Par contre, il est int\u00e9ressant de cr\u00e9er des laboratoires communs comme l\u2019EPFL-ECAL Lab, avec des de\u00adsigners qui travaillent avec des ing\u00e9nieurs. Il en va de m\u00eame avec la m\u00e9decine, dont la partie technologique se d\u00e9veloppe de plus en plus: le dialogue est capital. La richesse d\u2019institutions de cette r\u00e9gion constitue une chance unique. On parle de Lausanne, ville du sport. C\u2019est tr\u00e8s bien. Mais je dirais que la r\u00e9gion l\u00e9manique est une r\u00e9gion du savoir. En Europe, peu d\u2019endroits disposent de tels \u00abclusters\u00bb d\u2019institutions acad\u00e9miques de premier rang.<br \/>\n<strong><\/p>\n<p>Vous avez des id\u00e9es pour d\u00e9velopper d\u2019autres interfaces de ce type?  <\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, sinon ce serait grave: c\u2019est mon job!   <\/p>\n<p><strong>Pourquoi l\u2019EPFL a-t-elle besoin d\u2019une antenne \u00e0 Ras al-Khaima, dans les Emirats arabes unis?  <\/strong><\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un centre de recherche qui va nous permettre de mener des recherches qu\u2019on peut mieux faire l\u00e0-bas. On travaillera, par exemple, sur les \u00e9nergies renouvelables comme le solaire ou les \u00e9oliennes. Mais cette initiative est \u00e9galement motiv\u00e9e par notre volont\u00e9 d\u2019ouverture au monde. En Suisse romande, nous sommes un peu plus d\u2019un million de francophones. Vous ne pouvez pas faire une grande \u00e9cole avec ce bassin de recrutement. Donc pour acc\u00e9der \u00e0 la mati\u00e8re premi\u00e8re, qui est la mati\u00e8re grise dans ce cas, il faut \u00eatre pr\u00e9sent dans les r\u00e9gions \u00e0 forte croissance. Si vous \u00eates aujourd\u2019hui Harvard, Cal Tech, Stanford, c\u2019est un r\u00eave: tout le monde veut venir chez vous. Mais en Chine, il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019\u00e9tudiants qui pensent \u00e0 l\u2019EPFL ou \u00e0 l\u2019EPFZ. C\u2019est pour cela qu\u2019une pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019\u00e9tranger me para\u00eet importante.<br \/>\n<strong><\/p>\n<p>Avez-vous d\u2019autres projets \u00e0 l\u2019\u00e9tranger? <\/strong><\/p>\n<p>Nous d\u00e9veloppons un projet avec le Br\u00e9sil. Pour l\u2019instant, nous avons relativement peu de rapports avec l\u2019Am\u00e9rique du Sud, mais je pense que, pour un \u00e9tudiant avec une culture latine, il serait assez naturel de venir ici.  <\/p>\n<p><strong>Avec tous ces projets, comment trouvez-vous le temps de poursuivre votre propre recherche?<\/strong>  <\/p>\n<p>Je ne fais pas de golf. (Il rit.) Ni de sport et cela se voit malheureusement. Je suis le pr\u00e9dicat de Churchill \u00e0 qui l\u2019on demandait son secret de long\u00e9vit\u00e9: \u00abI was absolutely strict: no sports.\u00bb (Il rit encore.) Si je ne suis pas impliqu\u00e9 dans la recherche, je meurs. Cela a \u00e9t\u00e9 un moment difficile pour moi quand j\u2019ai accept\u00e9 la pr\u00e9sidence car j\u2019avais beaucoup moins de temps pour la recherche et l\u2019enseignement. Professeur d\u2019universit\u00e9 est le plus beau job qu\u2019on puisse imaginer, soit transmettre son savoir en faisant de la recherche de pointe.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Cette interview a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par Henry Muller et Pierre Grosjean. Elle est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sident de la prestigieuse \u00e9cole lausannoise fait le point sur une d\u00e9cennie marqu\u00e9e par l\u2019internationalisation et la conqu\u00eate de nouveaux sommets. \u00abC\u2019est vital pour l\u2019Europe de d\u00e9velopper des grandes institutions qui refl\u00e8tent sa puissance intellectuelle\u00bb, dit-il.<\/p>\n","protected":false},"author":19397,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-3052","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19397"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3052"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3052\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}