



{"id":3040,"date":"2009-12-18T18:44:50","date_gmt":"2009-12-18T16:44:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3040"},"modified":"2009-12-21T12:11:44","modified_gmt":"2009-12-21T10:11:44","slug":"science","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3040","title":{"rendered":"L\u2019hypnose s\u2019installe \u00e0 l\u2019h\u00f4pital"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large211209.jpg\" alt=\"large211209.jpg\" title=\"large211209.jpg\" border=\"0\" width=\"468\" height=\"302\" \/> \u00abSi vous le souhaitez, vous pouvez fermer les yeux. Comme vous pr\u00e9f\u00e9rez.\u00bb D\u2019une voix douce, Maryse Davadant, infirmi\u00e8re sp\u00e9cialis\u00e9e aux soins intensifs, s\u2019adresse \u00e0 sa patiente, install\u00e9e dans un fauteuil \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Elle ne s\u2019appr\u00eate ni \u00e0 changer un pansement ni \u00e0 d\u00e9sinfecter une plaie: dans ce petit box blanc de l\u2019h\u00f4pital universitaire de Lausanne, une s\u00e9ance d\u2019hypnose se pr\u00e9pare.<\/p>\n<p>\u00abJe vous propose de prendre ce moment pour \u00eatre un peu plus en contact avec vous\u00bb, poursuit la soignante. Apr\u00e8s quelques minutes, la patiente &#8212; selon son propre feedback &#8212; se sent parfaitement d\u00e9tendue. Ailleurs et pr\u00e9sente \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Utilis\u00e9e comme m\u00e9thode de relaxation ce jour-l\u00e0, cette technique est utilis\u00e9e tous les jours dans des cabinets m\u00e9dicaux pour traiter des maux psychiques et physiques. Malgr\u00e9 les croyances populaires, influenc\u00e9es par les num\u00e9ros de spectacle et autres serpents aux yeux spiral\u00e9s, les scientifiques sont formels: l\u2019hypnose n\u2019a rien d\u2019\u00e9sot\u00e9rique ni de mystificateur. Au m\u00eame titre que la chirurgie ou les m\u00e9dicaments, elle est un outil th\u00e9rapeutique que de plus en plus de m\u00e9decins utilisent pour aider leurs patients \u00e0 affronter des phobies, \u00e0 se lib\u00e9rer d\u2019une d\u00e9pendance, \u00e0 traiter des troubles sexuels ou une allergie.<\/p>\n<p>Son efficacit\u00e9 est aussi largement reconnue pour soulager la douleur. Au CHUV, Maryse Davadant y recourt r\u00e9guli\u00e8rement pour calmer les grands br\u00fbl\u00e9s. \u00abLa douleur qu\u2019ils ressentent, notamment lorsque l\u2019on change leurs pansements, est d\u2019une extr\u00eame intensit\u00e9, explique-t-elle. Ils re\u00e7oivent de la morphine, mais, selon l\u2019ampleur des blessures, le m\u00e9dicament ne les apaise pas suffisamment.\u00bb<\/p>\n<p>Form\u00e9e aux techniques hypnotiques depuis pr\u00e8s de cinq ans, l\u2019infirmi\u00e8re propose \u00e0 cette cat\u00e9gorie de patients de s\u2019essayer \u00e0 l\u2019hypnose. \u00abNous avons men\u00e9 une \u00e9tude pendant une ann\u00e9e afin de comprendre s\u2019il est utile d\u2019utiliser cette pratique. Les r\u00e9sultats attestent que les personnes ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de s\u00e9ances d\u2019hypnose, en compl\u00e9ment aux traitements traditionnels, n\u00e9cessitent des doses inf\u00e9rieures d\u2019antalgiques. Ils cicatrisent \u00e9galement mieux et plus vite. Par ailleurs, leur s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital est r\u00e9duit et, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ils ressentent moins d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 au cours de leur traitement.\u00bb Ces bienfaits se r\u00e9sument aussi en une \u00e9conomie financi\u00e8re estim\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 20&rsquo;000 francs par patient.<\/p>\n<p>Mais comment de simples mots peuvent-ils r\u00e9duire une douleur? Ces mots, choisis et adapt\u00e9s \u00e0 chaque situation par le professionnel, vont d\u2019abord conduire le patient en un \u00e9tat dit \u00abde transe\u00bb ou \u00abde conscience modifi\u00e9e\u00bb. Cet \u00e9tat hypnotique n\u2019a rien d\u2019extraordinaire: il peut survenir naturellement chez quiconque lorsque l\u2019attention se concentre pendant un laps de temps sur un certain point. \u00abEn conduisant, par exemple, nous sommes concentr\u00e9s sur la route; si la situation devient monotone &#8212; sur l\u2019autoroute par exemple &#8212; notre esprit va finir par penser \u00e0 autre chose tout en restant extr\u00eamement vigilant.\u00bb<\/p>\n<p>Diff\u00e9rents signaux, tels qu\u2019un ralentissement de la respiration, de la tension art\u00e9rielle et de la fr\u00e9quence cardiaque, indiquent au soignant que le patient est sous hypnose.  \u00abA ce moment-l\u00e0, il faut d\u00e9tourner son attention de la douleur en la focalisant sur des sensations plus agr\u00e9ables dans d\u2019autres parties de son corps. Il est \u00e9galement possible de lui faire se rem\u00e9morer des souvenirs ou des lieux rassurants et confortables. Au final, l\u2019objectif est de parvenir \u00e0 transformer sa perception de la souffrance.\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la racine grecque \u00abhypnos\u00bb qui signifie \u00absommeil\u00bb, le sujet hypnotis\u00e9 ne dort pas. Au contraire. \u00abC\u2019est un \u00e9tat d\u2019hyper-\u00e9veil pendant lequel le patient va \u00e9largir son champ de conscience, note G\u00e9rard Salem, psychiatre et coauteur de l\u2019ouvrage \u00abSoigner par l\u2019hypnose\u00bb. Accompagn\u00e9 par le th\u00e9rapeute, le patient va \u00eatre capable d\u2019aller puiser dans des ressources qu\u2019il a en lui, mais dont il ignore l\u2019existence. Ce sont ces capacit\u00e9s inconscientes qui vont l\u2019aider \u00e0 aller mieux ou \u00e0 g\u00e9rer une douleur.\u00bb En d\u2019autres termes, le malade va gu\u00e9rir gr\u00e2ce \u00e0 ses propres moyens.<\/p>\n<p>Pour comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne, la neuroscience se penche, gr\u00e2ce aux nouvelles technologies, sur les effets de l\u2019hypnose sur le cerveau. En Suisse, le Laboratoire de neurologie et imagerie cognitive de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve (LabNic) s\u2019est particuli\u00e8rement distingu\u00e9 en mettant au jour des m\u00e9canismes c\u00e9r\u00e9braux sp\u00e9cifiques \u00e0 cet \u00e9tat mental. \u00abA l&rsquo;aide de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRM), expliquent Yann Cojan et Lakshmi Waber, respectivement docteur en neurosciences et psychiatre, nous observons l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale de volontaires plac\u00e9s sous hypnose et la comparons \u00e0 celle de personnes qui se trouvent dans un \u00e9tat normal.\u00bb<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, aucun marqueur ne permet de distinguer un cerveau en \u00e9tat de transe d\u2019un autre qui ne l\u2019est pas. \u00abC\u2019est uniquement lorsqu\u2019un geste ou une pens\u00e9e est sugg\u00e9r\u00e9 que l\u2019on constate une diff\u00e9rence. Lors de nos exp\u00e9riences, nous avons par exemple sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0 nos sujets une paralysie de leur bras gauche.\u00bb A travers leur analyse, les chercheurs ont constat\u00e9 un \u00e9tat d\u2019hyper-contr\u00f4le cognitif chez les personnes sous hypnose. \u00abLes sujets devaient appuyer au plus vite sur un bouton lorsqu\u2019ils apercevaient une main de couleur verte mais ne devaient pas bouger si celle-ci apparaissait en rouge. Chez les non-hypnotis\u00e9s, la partie c\u00e9r\u00e9brale qui freine le mouvement s\u2019activait uniquement lorsque le signal \u00e9tait rouge. Par contre, sous hypnose, cette r\u00e9gion \u00e9tait active tout au long de l\u2019exp\u00e9rience.\u00bb L\u2019hypnotis\u00e9 est donc tr\u00e8s attentif et conscient de ses actes.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte balaie l\u2019id\u00e9e r\u00e9pandue que le patient devient un pantin ob\u00e9issant \u00e0 l\u2019hypnotiseur. Les scientifiques parlent m\u00eame de \u00abgain\u00bb et non de \u00abperte\u00bb de contr\u00f4le. \u00abOn lui redonne la ma\u00eetrise sur des sensations qu\u2019il pensait ne pas savoir g\u00e9rer ou canaliser, estime Lakshmi Waber. D\u2019o\u00f9 son utilit\u00e9 en cas de phobies ou d\u2019angoisses par exemple.\u00bb<\/p>\n<p>Sur ce m\u00eame principe, une personne peut aussi participer activement \u00e0 une op\u00e9ration effectu\u00e9e sur son corps: depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, l\u2019hypnose est utilis\u00e9e, dans certains cas, \u00e0 la place d\u2019un anesth\u00e9siant. A la pointe dans ce domaine, le Centre hospitalier de Li\u00e8ge (Belgique) a d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9 plus de 4000 interventions chirurgicales (greffes osseuses, pose de proth\u00e8ses mammaires, thyro\u00efdectomies, etc.) gr\u00e2ce \u00e0 la technique d&rsquo;hypnos\u00e9dation. Le patient hypnotis\u00e9 n\u2019est pas anesth\u00e9si\u00e9, mais re\u00e7oit simplement un tranquillisant. Sa r\u00e9cup\u00e9ration postop\u00e9ratoire sera plus rapide et moins douloureuse. Tous les types de th\u00e9rapie impliquant l\u2019hypnose peuvent, en principe, fonctionner sur chacun. \u00abUn \u00e9chec s\u2019explique g\u00e9n\u00e9ralement par une erreur commise par l\u2019hypnoth\u00e9rapeute, estime G\u00e9rard Salem. Le patient doit aussi faire preuve de motivation.\u00bb<\/p>\n<p>Mais l\u2019hypnose pr\u00e9sente aussi des contre-indications \u00e0 ne pas n\u00e9gliger. \u00abIl faut faire preuve de prudence avec un patient d\u00e9pressif suicidaire, rappelle le psychiatre. Cette th\u00e9rapie peut l\u2019aider \u00e0 retrouver une joie de vivre, mais risque aussi de faciliter un passage \u00e0 l\u2019acte s\u2019il ne se sent pas en confiance. Une schizophr\u00e9nie peut aussi \u00eatre aggrav\u00e9e. Mais dans ces diff\u00e9rents cas \u00e9galement, l\u2019exp\u00e9rience du th\u00e9rapeute joue un r\u00f4le primordial.\u00bb<\/p>\n<p>A l\u2019heure o\u00f9 une nouvelle formation est propos\u00e9e aux professionnels de la sant\u00e9 (lire encadr\u00e9), l\u2019hypnose gagne en reconnaissance. \u00abCette m\u00e9thode n\u2019est pas infaillible et ne r\u00e9sout pas tous les maux de la terre, estime Maryse Davadant. Il faut simplement savoir qu\u2019elle existe et que, dans de nombreux cas, elle peut aider \u00e0 gu\u00e9rir, \u00e0 se relaxer ou simplement \u00e0 aller mieux.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Un certificat unique au monde<\/p>\n<p>Une formation acad\u00e9mique \u00e0 l\u2019hypnose vient d\u2019\u00eatre  inaugur\u00e9e en Valais: les titulaires d\u2019un dipl\u00f4me professionnel dans les domaines de la sant\u00e9, du travail social et de l\u2019enseignement peuvent d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent obtenir un certificat en \u00e9tudes avanc\u00e9es (CAS) en \u00abArt et techniques hypnotiques dans les domaines de la sant\u00e9 et du domaine social\u00bb. \u00abC\u2019est une premi\u00e8re mondiale, se r\u00e9jouit Eric Bonvin, pr\u00e9sident de l\u2019Institut romand d\u2019hypnose suisse (Irhys). Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, notre fondation formait les soignants \u00e0 cette pratique et leur d\u00e9livrait une attestation.\u00bb<\/p>\n<p>N\u00e9 d\u2019une collaboration entre la Haute Ecole sp\u00e9cialis\u00e9e de Suisse occidentale, l\u2019H\u00f4pital du Valais et la fondation Irhys, ce nouveau  certificat marque un tournant dans la pratique de l\u2019hypnose. \u00abGr\u00e2ce \u00e0 cette reconnaissance, tous les soignants ayant suivi cette formation seront officiellement l\u00e9gitim\u00e9s \u00e0 recourir \u00e0 l\u2019hypnose\u00bb, estime le psychiatre. La premi\u00e8re vol\u00e9e compte une cinquantaine de participants.<\/p>\n<p>Pour le public, Irhys organise \u00e9galement dans divers cantons romands des stages d\u2019initiation \u00e0 l\u2019auto-hypnose. Au cours d\u2019une soir\u00e9e ou de week-ends, tout le monde peut d\u00e9couvrir cette exp\u00e9rience pour se d\u00e9tendre ou calmer divers sympt\u00f4mes.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>L\u2019hypnose en 6 dates cl\u00e9s<\/p>\n<p>1779: Le m\u00e9decin autrichien Franz Anton Mesmer publie son M\u00e9moire sur la d\u00e9couverte du magn\u00e9tisme animal. Ses pratiques sont \u00e0 l\u2019origine de l\u2019hypnose. En anglais, \u00abto mesmerize\u00bb signifie encore aujourd\u2019hui \u00abhypnotiser\u00bb.<\/p>\n<p>1843: L\u2019histoire attribue au chirurgien James Braid l\u2019invention du terme \u00abhypnose\u00bb.<\/p>\n<p>1882: \u00c0 Paris, l&rsquo;Ecole de la Salp\u00eatri\u00e8re et notamment le neurologue Jean-Martin Charcot r\u00e9habilite l\u2019hypnose comme sujet d\u2019\u00e9tude scientifique.<\/p>\n<p>1917: Apr\u00e8s s\u2019y \u00eatre int\u00e9ress\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es, le c\u00e9l\u00e8bre Sigmund Freud discr\u00e9dite cette pratique en d\u00e9clarant que \u00abla psychanalyse date du jour o\u00f9 on a renonc\u00e9 \u00e0 recourir \u00e0 l&rsquo;hypnose\u00bb.<\/p>\n<p>1930: Le psychiatre am\u00e9ricain Milton Erickson publie son premier article sur le sujet. L\u2019ensemble de ses recherches contribuera au d\u00e9veloppement et \u00e0 l\u2019essor de l\u2019hypnose contemporaine.<\/p>\n<p>1992: Le Dr Marie-Elisabeth Faymonville du Centre hospitalier universitaire de Li\u00e8ge  utilise pour la premi\u00e8re fois l\u2019hypnos\u00e9dation, devenant ainsi la pionni\u00e8re dans le recours \u00e0 l&rsquo;hypnose en anesth\u00e9sie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Diminution de la douleur, des troubles du sommeil ou des phobies: les bienfaits av\u00e9r\u00e9s de l\u2019hypnose encouragent les soignants \u00e0 y recourir. Exemples et explications.<\/p>\n","protected":false},"author":19078,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3040","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3040","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19078"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3040"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3040\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3040"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3040"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3040"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}